Les candidats sur le terrain 03/10/2011 à 18h53

Royal, présidente des solutions, pas toujours des résultats

François Krug | Journaliste Rue89

En Poitou-Charentes, les projets ambitieux de la candidate socialiste se heurtent parfois à la réalité.


Ségolène Royal salue ses partisans après le second tour des élections régionales à Poitiers, le 21 mars 2010 (Régis Duvignau/Reuters).

Ségolène Royal l'affirmait à La Rochelle, interrogée par les lecteurs de Rue89 : « Je veux être la présidente des solutions, des solutions justes et efficaces. » Un pragmatisme flamboyant qu'elle pratique déjà en Poitou-Charentes. Avec des résultats parfois mitigés, comme avec la reconversion de l'usine automobile New Fabris en pôle d'industries vertes. Un dossier-phare pour la « présidente des solutions »... mais plus compliqué qu'elle ne le pensait.

Juillet 2009. A Châtellerault (Vienne), l'équipementier automobile New Fabris ferme, laissant 366 salariés sur le carreau. La fin d'un conflit très médiatisé, au cours duquel les ouvriers sont allés jusqu'à menacer de faire sauter le site.

Le projet : un site-modèle pour l'industrie verte

La suite, c'est Jean-François Macaire, vice-président du conseil régional, qui la raconte dans « Elle l'a fait en région » (éditions Un Autre Reg'Art), un petit livre à la gloire de sa patronne :

« Ségolène Royal refuse d'en rester là [...]. Elle l'annonce aux salariés qui ont quitté leur usine en pleurs : New Fabris vivra, on y fabriquera les nouveaux produits écologiques en émergence, à commencer par des véhicules électriques. »

Deux ans plus tard, les ouvriers « en pleurs » attendent encore. Dans ce dossier, la méthode Royal a pourtant joué à plein. Une loi autorise en 2010 les collectivités à se lancer dans des activités industrielles, via des « sociétés publiques locales » (SPL) ? Pas d'hésitation : la socialiste s'empare de ce statut juridique tout neuf.

Châtellerault est une ville de droite ? Peu importe : elle associe au projet le député-maire Nouveau Centre, Jean-Pierre Abelin. La région rachètera le site de New Fabris, et la communauté d'agglomération, une autre usine voisine. Ensemble, elles y installeront leur SPL, la « Nouvelle Fabrique écologique ».

Il faut y attirer des entreprises privées ? Pas de problème : trois mois après la fermeture de New Fabris, la présidente du conseil régional annonce une première prise, le producteur d'énergie Solaire Direct, qui promet 11 millions d'euros d'investissement et 140 emplois. Solaire Direct sera suivi par Eco & Mobilité, un producteur − poitevin − de véhicules électriques. Deux beaux symboles pour la « présidente des solutions ».

Un site trop pollué pour être exploité

Petit problème : la région a racheté le site New Fabris, pour 850 000 euros, sans exiger au préalable sa dépollution. Impossible, pour l'instant, d'y installer la Nouvelle Fabrique écologique. « Dépolluer prendra au moins un an », estime un bon connaisseur du dossier.

Ségolène Royal et son équipe sont-elles allées trop vite ? Jean-François Macaire, le vice-président du conseil régional, préfère relativiser les difficultés :

« Nous pensions dépolluer progressivement, mais à cause du refus des autorités, nous n'avons pas pu échapper à la dépollution totale [...]. Ce qui est intéressant, c'est le symbole : on va remplacer une vieille industrie finissante par une éco-industrie émergente. »

La communauté d'agglomération, elle, sera bientôt prête à exploiter son site. Et à se lancer avant la région. « Ce ne seront pas forcément des activités vertes, prévient-on désormais au cabinet du maire de Châtellerault. Si elles sont créatrices d'emplois et pas trop polluantes, ça nous ira. »

Les partenaires privés s'interrogent

Le retard pris par la région fait chanceler le projet. Eco & Mobilité, de guerre lasse, est partie s'installer à l'autre bout de la Vienne, à Mazerolles. Un déménagement provisoire, assure la région. « Notre métier n'est pas de déménager », expliquait pourtant en juillet le PDG, embarrassé, dans le quotidien local La Nouvelle République. Fin septembre, la société a été placée en redressement judiciaire.

Second coup dur : Solaire Direct, à son tour, a lâché le projet. Pas à cause du retard pris par la région, mais à cause de l'Etat, assure son PDG Thierry Lepercq. En décembre 2010, le gouvernement a suspendu pour trois mois le rachat d'énergie solaire par EDF et, depuis, « la filière connaît un certain trouble ». Le patron de Solaire Direct le promet : c'est un retrait provisoire, et il n'a pas renoncé à s'implanter à Châtellerault.

Les anciens de New Fabris, eux, continuent à souffrir. « On est trop vieux, on est bon à rien », s'insurge Dominique Duval, ancien délégué FO, qui coordonne un Réseau de solidarité des privés d'emploi : sur ses 80 membres, dix seulement auraient retrouvé un emploi durable.

Dominique Duval rit jaune : « Merci à Pôle Emploi, merci à M. Estrosi [ministre de l'Industrie lors de la fermeture, ndlr], merci à M. Abelin... » Et madame Royal ? Dominique Duval se félicite :

« Le conseil régional a toujours été à notre écoute. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour rapporter des emplois à Châtellerault, mais ils ne peuvent pas faire plus que les autres. »

Pas toujours facile d'être à la fois la « présidente des solutions » et celle des résultats.

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  • rahaan
    rahaan
    situation
    • Posté à 18h55 le 03/10/2011
    • Internaute
      situation

    Bon, c'est pas Ségolène non plus le Favoris de rue 89

    Par éliminations, je finirai bien par savoir

  • François Krug
    François Krug répond à rahaan
    Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
    • Posté à 19h19 le 03/10/2011
      rédacteur
    • Journaliste
      Journaliste

    Je comprends votre trouble, parce que nous-mêmes, nous avons du mal à savoir : au fil des commentaires des articles que nous consacrons à la primaire, nous découvrons que nous faisons campagne pour ou contre (rayer les cinq mentions inutiles sur les six qui suivent) Aubry/Baylet/Hollande/Montebourg/Royal/Valls...

    Croyez-le ou non, Rue89 n'a pas de favori, ni de favorite. Nous avons passé en revue l'action de chaque candidat dans sa région, son département, sa ville : cet article est le dernier de la série (que vous avez aussi pu découvrir dans Rue89 Le Mensuel). Nous avons aussi reçu tous les candidats, pour qu'ils répondent aux questions des riverains. Après, à chacun de se faire son avis, mais je ne pense pas que Rue89 tente d'influencer ce choix...

  • AubedeFrance
    • Posté à 21h32 le 03/10/2011

    Au moins, Ségolène Royal essaye par tous les moyens de faire redémarrer une activité là-bas, malgré tous les sabotages sarkozystes (nous avons tous pu voir sur le dossier Heuliez, comme ils ont essayé) Comme le dit bien cet ouvrier elle ne peut pas tout faire toute seule. J'aimerais bien savoir dans ce blocage autour de la dépollution quelle est la part d'obstruction de droite, juste, pour essayer encore de la saboter ? Ces gens-là se fichent éperdument du sort des salariés. Seul, le pouvoir et le fric les intéressent.

  • A déménagé le 7-12-2011
    • Posté à 08h56 le 04/10/2011

    « Petit problème : la région a racheté le site New Fabris, pour 850 000 euros, sans exiger au préalable sa dépollution. »

    Oublier de lancer de diagnostic dépollution avant l'achat OU mettre une condition suspensive à l'achat pour une USINE automobile, c'est une grossière erreur voire une faute professionnelle.

    Mais en pratique, c'est visiblement un problème qui relève de la maîtrise d'ouvrage gérant l'acquisition (Conseil Régional, service patrimoine COMPETENT ou direction de la SPL créée) et non de la politique pas compétente/responsable de ce sujet ... Le seul reproche qu'on pourrait lui faire dans ce cas, c'est une difficulté à nommer/embaucher les bonnes personnes.

  • Marshall banana
    • Posté à 10h05 le 04/10/2011

    « Si ça suivait aux autres échelles, en particulier l'Etat, ce serait sans doute moins compliqué »

    Ah, ben voilà, je commençais a douter que quelqu'un ai remarqué ça. Parce que en lisant l'article, je me dis pas « Quelle incapable celle là », je me dis, « elle s'est pas mal bougé tout de même, c'est étrange que ça n'arrête pas de coincer là haut ».

    en tout cas, cet article est déjà beaucoup moins critique que Lien.

  • rhody
    • Posté à 12h14 le 04/10/2011

    Je ne suis pas forcément fan de Ségolene Royal, et effectivement, d'après l'article, les solutions n'ont pas l'air simples. Mais ne peut- on pas penser qu'elle « au moins » essaye et s'engage.
    Alors devrions nous la clouer au pilori parce-que l'affaire ne se concrétise pas plus vite ? Je ne le pense pas, elle a eu au moins le courage d'essayer, au risque de se faire critiquer par les médias ou autres.
    Ne serait-ce pas là ce que nous attendons de nos politiques ? Plutôt que de ne pas bouger en attendant leur réélection... car en agissant ainsi, on ne risque effectivement pas la critique ...