Boutin sur la Droite populaire : « Ils me font rire ceux-là »
Après avoir « pris un petit whisky », la présidente du Parti chrétien-démocrate a répondu à vos questions et celles de Rue89.
Elle en a « ras-le-bol, ras-le-bol », Christine Boutin. « Ras-le-bol » de sa caricature, de ceux qui lui cherchent des poux dans la tête pour des déclarations vieilles de dix ou quinze ans, alors que « des homosexuels viennent passer des vacances » chez elle.
« Ras-le-bol » aussi de ces syndicalistes qui l’ont virée de la manifestation pour l’éducation organisée ce mardi après-midi. Quand elle débarque à Rue89 pour répondre aux questions que vous lui avez posées, elle raconte qu’elle s’est fait « molester ».
La voilà de nouveau candidate à la présidentielle, comme en 2002. En 2007, elle n’y était pas allée. Certes, elle craignait « un 21 Avril à l’envers ». Surtout, elle avait passé un deal avec Sarkozy : « Il m’avait promis qu’il n’y aurait pas d’euthanasie et pas de mariage homosexuel » en échange de sa non-candidature.
Cette fois-ci encore, elle pense se rallier à lui au soir du premier tour, s’il est le candidat de droite en mesure de l’emporter en mai 2012. Elle n’en voit pas d’autre. Borloo ? Pas question. Mais, promet-elle, elle ne veut plus être ministre. Elle a déjà donné – au Logement – et garde un souvenir cuisant de sa cohabitation forcée avec sa secrétaire d’Etat, Fadela Amara, qui elle « avait le soutien politique ». Sous-entendu : pas moi. Bref, elles ont « échoué » toutes deux sur la banlieue.
Plus racines chrétiennes que théorie du genre
Avant, annonce-t-elle, elle va lancer une grande pétition dans le cadre du droit d’initiative citoyenne introduit par le traité de Lisbonne. Son objectif : faire en sorte que « les racines chrétiennes de l’Europe » soient enfin gravées dans le marbre.
Elle dément toute appartenance à l’Opus Dei, détaille son rôle de consulteur au conseil pontifical pour la famille. Elle sèche complètement quand on lui parle théorie de l’évolution et créationnisme. Elle un peu plus diserte sur la théorie du genre (« C’est inouï ! ») : elle a lu Beauvoir mais pas Butler.
Sur le 11 Septembre – elle avait estimé que George W. Bush pouvait être à l’origine des attentats –, elle explique aujourd’hui qu’elle s’était fait « piéger » par Karl Zéro.
Boire des coups et faire l’amour
Elle rit beaucoup. Donne parfois l’impression de n’avoir jamais réfléchi aux questions qu’on lui pose et pense à haute voix.
Elle exprime le fond de sa pensée sur la députée Droite populaire Brigitte Barèges, le député UMP du Nord Christian Vanneste... et Colonel Reyel. Sur le métal, les seins nus, l’IVG, le clip-hommage de Jeudi noir, le concordat, le mariage homosexuel, le nucléaire, le cannabis, les banlieues et bien d’autres sujets.
Sur la primaire PS aussi, que « Claude Guéant aurait dû interdire » car anticonstitutionnelle, selon elle. Si elle devait choisir entre les six candidats, c’est Hollande qu’elle prendrait. « Le plus solide. »
Elle nous dit aussi qu’elle aime bien vivre, boire des coups, et faire l’amour.
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Rue89 : Vous arrivez de la manifestation pour l’éducation, vous m’avez dit dans l’ascenseur : « Je me suis fait molester, ça s’est mal terminé. » Racontez-nous.
Christine Boutin : C’est un grand mot. J’étais un peu secouée. Les gens étaient surpris de me voir là, alors qu’en réalité je pense que la situation de l’éducation est dramatique et que ce n’est pas une histoire de gauche ou de droite. C’est une question d’enfants, de parents, d’enseignants qui ont besoin d’être reconnus, donc voilà, moi je suis venue pour soutenir. Il y a l’enseignement privé et l’enseignement public, ça s’est jamais fait.
J’ai été surprise du côté un peu exclusion dont j’étais l’objet, alors que Marine Aubry a été accueillie, on m’a annoncé la présence de Nathalie Arthaud [porte-parole de Lutte ouvrière, ndlr]...
Rue89 : Exclusion de la part de qui ?
Des organisateurs, apparemment. C’était drôle du reste, parce qu’ils avaient le fil du carré de tête et moi j’avais pas le droit de rentrer dans le carré de tête.
Non seulement je n’avais pas le droit de rentrer dans le carré de tête, mais il ne fallait pas que je marche sur la route, il fallait que je marche sur le trottoir.
Rue89 : Vous avez envoyé une photo sur Twitter, en disant : « Les syndicats privatisent la manif. »
Oui, je suis une citoyenne comme tout le monde ; si je ne suis pas contente de l’éducation, je peux le dire. Surtout que là, tout le monde était d’accord. Donc voilà, bon c’est pas grave. Mais ça a été un peu violent, il a fallu que je sois protégée, parce qu’ils m’ont collée contre une grille, vous savez les barrières pour éviter que les piétons descendent sur la route. Bon voilà, c’est pas grave.
Rue89 : Mais est-ce que cela vous appris quelque chose de la manière dont les gens vous perçoivent ? Quelque chose de neuf ?
Non, je pense qu’on a toujours ses amis, ses ennemis, on a toujours ses excités dans un camp comme dans l’autre, bon il y en avait là. C’est tout. Je suis habituée, je suis tellement habituée [Rires].
Philippe Prieur : Le Sénat bascule à gauche, quelle est votre lecture de cet événement ? Est-ce une sanction de la politique de Sarkozy, ou est-ce que la France des collectivités territoriales se sent désormais plus proche des valeurs de la gauche ?
Je pense qu’il y a un rejet d’un certain nombre de mesures, de réformes, qui ont été mises en place par Nicolas Sarkozy, en particulier tout ce qui concerne l’intercommunalité. C’est actuellement en train de se mettre sur pied, et de façon très autoritaire, moi je l’entends bien sur le terrain. Je pense que les élus, qu’ils soient de droite ou de gauche, ne supportent pas ça. Je crois qu’il y a effectivement un rejet de ces réformes-là.
Rue89 : C’est ça, selon vous, qui a joué ?
Bah c’est très important. C’est pas rien, je veux dire. C’est sûr que c’est un événement politique majeur, ce qui vient de se passer. On voit bien qu’il y a dans l’opinion un rejet de la politique du Président, puis il y a aussi maintenant les grands élus, donc... Alors est-ce que c’est une adhésion à la gauche, peut-être, je ne sais pas, vous savez on aura peut-être l’occasion d’en reparler. Qu’est-ce que ça veut dire gauche et droite aujourd’hui, moi j’aimerais bien le savoir.
Rue89 : Ce mercredi a lieu le deuxième débat de la primaire socialiste. Pourquoi considérez vous que cette compétition est un non-sens politique ?
Bah parce que je suis républicaine et démocrate, et que nous avons une Constitution en France, qui prévoit que l’élection présidentielle se fait à deux tours. Donc si elle se fait à deux tours, il n’est pas nécessaire de faire des primaires qui sont un troisième tour. Il y a une espèce de plagiat des élections américaines, mais les élections américaines, il n’y a qu’un seul tour, là cela se justifie, des primaires.
Mais en France, il n’y a pas de raison. Et je ne comprends pas comment il se fait que le ministre de l’Intérieur ait accepté cela, en donnant les moyens des communes. Ou alors on change la Constitution, on fait une élection, du reste ce qui va assez bien avec la logique du quinquennat qui va vers la bipolarisation de la vie politique. Si c’est ça qu’on veut en France, c’est très bien. Donc on va avec deux grands maousses là, bon, mais jusqu’à présent c’était pas ça.
Rue89 : Guéant aurait dû l’interdire ?
Je pense, oui. Franchement, oui. Il n’aurait pas dû la faciliter. Du reste, je suis très surprise que le Conseil constitutionnel n’ait pas soulevé le côté inconstitutionnel de cette opération. Il n’a peut être pas été saisi sur ce sujet.
Greeday : La Droite populaire s’organise aujourd’hui en mouvement. Est-ce que vous vous reconnaissez dans ses options ?
Ils me font rire ceux-là, ils me font vraiment rire. On voit très bien quel est l’objectif politique de ça. J’ai vu dans Le Monde, cet après-midi, leur réforme sur l’Education nationale, ils proposent un vêtement scolaire. Vous savez, moi, j’ai proposé l’uniforme, le retour à l’uniforme, bon c’est quelque chose d’important l’uniforme mais enfin c’est pas essentiel, alors eux pour ne pas copier ils appellent ça le vêtement scolaire.
Rue89 : C’est sans doute un hommage à votre personne.
Ah bah ils devraient tous adhérer au Parti chrétien démocrate. Je les invite très largement.
Rue89 : Christian Vanneste vous inspire du respect ?
Christian Vanneste est un député qui a des propos malheureux. En tous les cas, je le crois profondément. Voilà, oui. Mais cela dit, il a été aussi l’objet, alors qu’il est député, dans le cadre de l’immunité des parlementaires que je revendique pour la droite, pour la gauche, pour tout parlementaire, c’est-à-dire la liberté de parole, vous savez dans mon expérience politique de parlementaire, près de 25 ans de vie à l’Assemblée nationale, le seul lieu en France où on a vraiment une liberté de parole, c’est dans l’hémicycle. Dans l’hémicycle, même s’il y a des ordures qui sont dites, moi je pense qu’il faut qu’elles soient dites. Cela dit je ne cautionne pas les propos de monsieur Vanneste.
Rue89 : Pourquoi il faut que les « ordures » soient dites, ça fait office de soupape ?
Moi, je ne suis pas pour la censure, je suis hostile à la censure, donc voilà. Je pense que toute parole doit être dite, oui.
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Relativiste relatif
Relativiste relatif
La tete qu’elle fait quand elle dit « buzz », rien que ça ça vaut les 5 bouboules a cet articles :)




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