Un recruteur me demande si j'ai des enfants et si je fume. Légal ?
Mardi matin, un e-mail dans la boîte « contact » de Rue89 : « Suite à un entretien dans un cabinet de recrutement pour un poste de standardiste, la première question fut : “Avez-vous des enfants ?”, la deuxième “Vous fumez ? Le client ne supporte pas les pauses prises par les fumeurs”. Est-ce légal ? »
Le 13 septembre 2011, une « presque quadra » répond à une annonce de Keljob :
« A., cabinet de recrutement spécialisé dans l’immobilier basé à Neuilly-sur-Seine, recherche pour le compte de son client, une standardiste en CDI, tâches classiques d’une standardiste : accueil téléphonique et physique, mise sous plis, affranchissement du courrier. Salaire entre 18 et 24 000 euros. »
Jeudi 15 septembre 2011, Elise reçoit un appel de monsieur Patrick L., directeur du cabinet de recrutement. Rendez-vous est pris pour le lendemain. La suite :
« Patrick L. me reçoit, me donne d’emblée sa carte, regarde mon CV et première question : “39 ans, célibataire. Vous avez des enfants ?” Je lui réponds “non”, ce qui est la vérité.
Il me demande de détailler mon parcours, il me parle d’un CDD que j’ai effectué au sein de la société T. en 2003-2004 au service ressources humaines. Il commence à me poser des questions pointues, on repart sur mon parcours, et là, la question : “Vous fumez ?”
Je réponds “oui”. Et il me dit que son client est exigeant et ne “supportera pas les pauses pour les fumeurs”.
Je me dis : si son client ne supporte pas les pauses pour les fumeurs, supportera-t-il les pauses pour aller aux toilettes ? »
« Nous sommes attachés à une forme de transparence »
Patrick L., le recruteur, veut bien nous « éclairer » sur cet échange dont il confirme la teneur :
« Notre but, c’est que l’employeur et le candidat soient satisfaits, qu’aucun des deux ne soit déçu. Nous sommes attachés à une forme de transparence, des deux côtés, que chacun exprime ses limites. Par exemple pour cette dame, célibataire, il est important de savoir si elle a des enfants, et donc des contraintes horaires. Il ne s’agit pas de discrimination, mais c’est mieux de le préciser, pour s’inscrire dans la durée. Personne n’a intérêt à ce que ça s’arrête après la période d’essai. »
La question sur la cigarette, est, explique-t-il, liée aux contraintes du métier de standardiste-hôtesse, où on ne peut pas toujours s’absenter :
« Il ne s’agit pas de discriminer les fumeurs, mais dans notre démarche professionnelle et qualitative, de bien préciser qu’il ne faut pas s’absenter trop longtemps. »
« Il y a des gens formidables qui fument »
Et c’est son droit. Et ce n’est pas discriminatoire. Donc légal, pour répondre à la question d’Elise. La cigarette est un critère « objectif » explique maître Philippe Ravisy. Les critères discriminatoires sont légalement répertoriés :
- origine,
- sexe,
- mœurs,
- orientation sexuelle,
- âge,
- situation de famille ou grossesse,
- caractéristiques génétiques,
- appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race,
- opinions politiques,
- activités syndicales ou mutualistes,
- convictions religieuses,
- apparence physique,
- patronyme,
- état de santé ou handicap.
Philippe Ravisy ajoute :
« Moi même je pose la question, c’est un problème d’hygiène, d’allergie. La cigarette me fait vomir. Si on me répond franchement, je dis : “Jamais dans le bureau.” »
Rien à voir avec un jugement de valeur : les fumeurs seraient des « loseurs » (une idée en vogue aux Etats-Unis). Philippe Ravisy :
« Il y a des gens formidables qui fument. Par exemple Audrey, qui a décroché le téléphone, elle est exceptionnelle. Et elle fume. »
Elise n’a pas été retenue pour ce poste de standardiste. « Pas assez aimable », selon le recruteur.
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juriste
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Article L. 1221-6 du code du travail : Les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, au candidat à un emploi ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles.
Ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ou avec l’évaluation des aptitudes professionnelles.
Le candidat est tenu de répondre de bonne foi à ces demandes d’informations.
Chaque salarié doit répondre de bonne foi aux questions qui ont pour but d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. Par conséquent, pour le reste (grossesse, enfant,vie sexuelle,passion pour les hamsters ...) vous avez le droit de ne pas répondre ou de mentir. Ensuite, si on vous pose la question et que vous ne répondez pas, l’employeur aura beau jeu de ne pas vous embaucher et la discrimination sera difficile à prouver. Toutefois, le comité d’entreprise (pour les entreprises de plus de 50 salariés) doit être informé des méthodes d’embauche et des questions posées ce qui peut être un contre poids.




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