Vie de bureau 21/09/2011 à 10h49

Un recruteur me demande si j'ai des enfants et si je fume. Légal ?

Blandine Grosjean | Rédactrice en chef Rue89


Des mégots (Mendhak/Flickr/CC).

Mardi matin, un e-mail dans la boîte « contact » de Rue89 : « Suite à un entretien dans un cabinet de recrutement pour un poste de standardiste, la première question fut : “Avez-vous des enfants ?”, la deuxième “Vous fumez ? Le client ne supporte pas les pauses prises par les fumeurs”. Est-ce légal ? »

Le 13 septembre 2011, une « presque quadra » répond à une annonce de Keljob :

« A., cabinet de recrutement spécialisé dans l’immobilier basé à Neuilly-sur-Seine, recherche pour le compte de son client, une standardiste en CDI, tâches classiques d’une standardiste : accueil téléphonique et physique, mise sous plis, affranchissement du courrier. Salaire entre 18 et 24 000 euros. »

Jeudi 15 septembre 2011, Elise reçoit un appel de monsieur Patrick L., directeur du cabinet de recrutement. Rendez-vous est pris pour le lendemain. La suite :

« Patrick L. me reçoit, me donne d’emblée sa carte, regarde mon CV et première question : “39 ans, célibataire. Vous avez des enfants ?” Je lui réponds “non”, ce qui est la vérité.

Il me demande de détailler mon parcours, il me parle d’un CDD que j’ai effectué au sein de la société T. en 2003-2004 au service ressources humaines. Il commence à me poser des questions pointues, on repart sur mon parcours, et là, la question : “Vous fumez ?”

Je réponds “oui”. Et il me dit que son client est exigeant et ne “supportera pas les pauses pour les fumeurs”.

Je me dis : si son client ne supporte pas les pauses pour les fumeurs, supportera-t-il les pauses pour aller aux toilettes ? »

« Nous sommes attachés à une forme de transparence »

Patrick L., le recruteur, veut bien nous « éclairer » sur cet échange dont il confirme la teneur :

« Notre but, c’est que l’employeur et le candidat soient satisfaits, qu’aucun des deux ne soit déçu. Nous sommes attachés à une forme de transparence, des deux côtés, que chacun exprime ses limites. Par exemple pour cette dame, célibataire, il est important de savoir si elle a des enfants, et donc des contraintes horaires. Il ne s’agit pas de discrimination, mais c’est mieux de le préciser, pour s’inscrire dans la durée. Personne n’a intérêt à ce que ça s’arrête après la période d’essai. »

La question sur la cigarette, est, explique-t-il, liée aux contraintes du métier de standardiste-hôtesse, où on ne peut pas toujours s’absenter :

« Il ne s’agit pas de discriminer les fumeurs, mais dans notre démarche professionnelle et qualitative, de bien préciser qu’il ne faut pas s’absenter trop longtemps. »


Le recruteur (Baudry)

« Il y a des gens formidables qui fument »

Et c’est son droit. Et ce n’est pas discriminatoire. Donc légal, pour répondre à la question d’Elise. La cigarette est un critère « objectif » explique maître Philippe Ravisy. Les critères discriminatoires sont légalement répertoriés :

  • origine,
  • sexe,
  • mœurs,
  • orientation sexuelle,
  • âge,
  • situation de famille ou grossesse,
  • caractéristiques génétiques,
  • appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race,
  • opinions politiques,
  • activités syndicales ou mutualistes,
  • convictions religieuses,
  • apparence physique,
  • patronyme,
  • état de santé ou handicap.

Philippe Ravisy ajoute :

« Moi même je pose la question, c’est un problème d’hygiène, d’allergie. La cigarette me fait vomir. Si on me répond franchement, je dis : “Jamais dans le bureau.” »

Rien à voir avec un jugement de valeur : les fumeurs seraient des « loseurs » (une idée en vogue aux Etats-Unis). Philippe Ravisy :

« Il y a des gens formidables qui fument. Par exemple Audrey, qui a décroché le téléphone, elle est exceptionnelle. Et elle fume. »

Elise n’a pas été retenue pour ce poste de standardiste. « Pas assez aimable », selon le recruteur.

  • 50182 visites
  • 362 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • kam-kam
    kam-kam
    juriste
    • Posté à 12h07 le 21/09/2011
    • Expert 135320
      juriste

    Article L. 1221-6 du code du travail : Les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, au candidat à un emploi ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles.
    Ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ou avec l’évaluation des aptitudes professionnelles.
    Le candidat est tenu de répondre de bonne foi à ces demandes d’informations.

    Chaque salarié doit répondre de bonne foi aux questions qui ont pour but d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. Par conséquent, pour le reste (grossesse, enfant,vie sexuelle,passion pour les hamsters ...) vous avez le droit de ne pas répondre ou de mentir. Ensuite, si on vous pose la question et que vous ne répondez pas, l’employeur aura beau jeu de ne pas vous embaucher et la discrimination sera difficile à prouver. Toutefois, le comité d’entreprise (pour les entreprises de plus de 50 salariés) doit être informé des méthodes d’embauche et des questions posées ce qui peut être un contre poids.

  • kakoulite
    kakoulite
    Intermediation & Imprecation
    • Posté à 12h36 le 21/09/2011
    • Internaute 126452
      Intermediation & Imprecation

    La World Health Organisation ne vous embauchera pas si vous etes fumeur et ils l ecrivent noir sur blanc sur leurs descriptions de postes. Legal ou pas je n en sais strictement rien mais vu les juristes qui bossent a plein temps juste pour eux je ne pense pas qu’ils se seraient aventures sur un terrain mine.

    Lien

    (cliquer sur n importe quel poste a pourvoir puis aller tout en bas de page).

  • Garp.cie
    Garp.cie
    salarié
    • Posté à 14h46 le 21/09/2011
    • Internaute 149881
      salarié

    Poser la question des enfants ne veut pas dire que l’on va discriminer. Moi-même, je recrute régulièrement et pose la question, aux hommes comme aux femmes. Ca me sert derrière à pouvoir demander si la personne a besoin d’un aménagement d’horaires (chose que j’accepte si c’est justifié). Depuis le mois de juin, j’ai fait 5 recrutements. 3 sont des mères de famille, 1 est une jeune femme de 29 ans, une qui va peut-être faire un enfant dans les années à venir, et l’autre est un père de famille. Pourtant, toutes les femmes étaient en « concurrence » face à des hommes.
    Pour 2 d’entre elles, la question m’a permis de savoir que mes futurs collègues auraient besoin d’arriver plus tôt, pour partir plus tôt. Nous avons pu commencer notre relation de travail sur des bases saines pour elles comme pour l’entreprise.

    Je vous avoue que, monstre infâme que je suis, j’ai même interrogé l’une d’entre elle sur ses origines. D’une, parce que je suis curieux des gens qui seront amenés à travailler avec moi, et de deux, parce que dans une société internationnale comme celle pour laquelle je travaille, la diversité des cultures et des façons de penser est un atout (n’allez pas croire pour autant que je discrimine les personnes d’origine française !). Est-ce que je mérite pour autant de faire l’objet d’un article et d’une poursuite par la HALDE ?

    Ne jouons pas les vierges effarouchées ! Il faut punir la discrimination effective, mais ne soyons pas plus prude que les américains.

  • Mathieu_D
    Mathieu_D
    Consultant
    • Posté à 15h01 le 21/09/2011
    • Internaute 88055
      Consultant

    Bonjour.

    Je suis sidéré par toutes ces remarques sur les critères discriminatoires à l’embauche.

    Vous savez qu’embaucher, c’est discriminer ? C’est à dire choisir un candidat parmi n, celui avec lequel vous allez bosser.

    Faites un jeu de rôles 10 secondes. Vous êtes en situation d’embaucher. Vous avez 10 candidats. 3 pourraient faire l’affaire.

    Si vous n’avez pas envie de cotoyer un fumeur, pourquoi en prendre un s’il y a des non fumeurs parmi ces 3 candidats ?

    Quand vous avez le choix, vous embauchez la personne qui a la tête qui vous revient le mieux. Si vous aimez les roux, vous prenez un roux. C’est pareil pour whatever.

Verbes thématiques