Tribune 13/09/2011 à 11h00

Sénatoriales : fin septembre, une nouvelle cohabitation ?

Michel Berson | Sénateur

A l’issue des prochaines élections sénatoriales, le dernier grand bastion du conservatisme français pourrait tomber. Et la conquête du Sénat par la gauche risque de produire une profonde modification du paysage institutionnel français.

Se sentant attaqués par les propos de Lionel Jospin, alors premier ministre, qui avait qualifié la haute assemblée d’« anomalie de la démocratie », les sénateurs de droite s’étaient organisés pour défendre leurs intérêts.

Ils refusèrent notamment toute réforme du mode de scrutin sénatorial allant dans le sens d’une meilleure représentation de la réalité démographique des territoires de notre pays.

L’article 39 et la priorité « territoriale » du Sénat

Ils décidèrent aussi que des garanties constitutionnelles plus fortes devaient s’attacher à préserver leur pouvoir. C’est ainsi qu’ils élaborèrent des projets visant à reconnaître la prééminence constitutionnelle du Sénat sur toutes les questions touchant à la vie des collectivités territoriales.

La nomination providentielle d’un des leurs à Matignon en 2002 permit de concrétiser cette étrange novation. Jean-Pierre Raffarin prit soin d’étendre le pouvoir législatif du Sénat dans le cadre de la révision constitutionnelle du 28 mars 2003, considérée comme l’acte 2 de la décentralisation.

Ainsi, l’article 39 de notre Constitution accorde désormais un droit de priorité au Sénat pour les matières touchant à l’« organisation des collectivités territoriales ».

Si la gauche parvenait à conquérir la majorité au Sénat, l’article 39 pourrait se retourner contre ses concepteurs. Alors qu’il fut amendé pour offrir des outils de riposte à la droite parlementaire, en cas de victoire de la gauche à des élections nationales, il pourrait permettre à la gauche sénatoriale, devenue majoritaire, d’entamer la première cohabitation territoriale de l’histoire de nos institutions !

Un bouclier législatif pour protéger les collectivités territoriales

Dès l’ouverture de la prochaine session parlementaire d’octobre 2011, la gauche pourra, en cas de victoire, se servir de cette curiosité institutionnelle pour contrer les projets du gouvernement. L’UMP devra alors décider si elle tente le bras-de-fer ou si elle accepte d’entrer dans une négociation globale avec la nouvelle majorité sénatoriale pour aborder de manière juste et efficace l’ensemble des réformes qui peuvent ou doivent être conduites au cours des prochains mois.

Pour les communes, les départements et les régions, confrontés à la stratégie de défausse financière mise en œuvre par tous les gouvernements depuis 2004, cette situation nouvelle pourrait devenir une bouée de sauvetage bienvenue.

Sur de nombreuses questions, la nouvelle majorité sénatoriale pourrait ainsi déployer un véritable bouclier législatif dans les prochains mois et les prochaines années :

  • financement des grandes allocations sociales universelles dispensées par les départements (allocation personnalisée pour l’autonomie des personnes âgées, revenu de solidarité active, prestation de compensation du handicap) ;
  • achèvement de la carte des intercommunalités ;
  • avenir des relations financières entre l’Etat et les collectivités territoriales ;
  • remise à plat de la fiscalité locale ;
  • redécoupage cantonal...

Un remède à la crise ?

Confrontés depuis plusieurs années à la stratégie d’asphyxie financière méthodiquement orchestrée par un gouvernement pris dans l’étau du surendettement et des déficits publics, les élus de proximité pourraient recevoir l’appui inespéré du « nouveau Sénat » que les forces de gauche et de progrès appellent de leurs vœux.

Pour les Français qui doutent de l’avenir, dans un contexte de crise financière et bancaire, la montée en puissance des collectivités territoriales dans la gestion des affaires de la nation serait une excellente nouvelle.

Contrairement à l’Etat qui peine à assainir ses comptes, les élus locaux ne recourent à l’emprunt que pour financer l’investissement.

Ils bénéficient d’un savoir-faire symbolisé par le niveau raisonnable d’endettement des collectivités : 156 milliards d’euros, soit 10,4% de la dette publique alors que les collectivités territoriales pèsent 21,4% du budget des pouvoirs publics en France et réalisent 70% des investissements publics du pays !

Les élections sénatoriales du 25 septembre prochain pourraient être le point départ surprenant d’une évolution de la vie de nos institutions. La perte du Sénat serait un véritable traumatisme pour la droite française, une étape décisive vers l’alternance en 2012. Elle serait surtout utile pour améliorer la qualité des interventions publiques au sein de la République.

  • 1786 visites
  • 10 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 11h21 le 13/09/2011
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    À quoi cela va servir dans le contexte anarchique et bordélique actuel ?

    Bientôt le seul mot qu’on sera capable de dire pour les banquiers, politiques, oligarques sera :

    * DÉGAGEZ ! !

    Dégagez et vite fait, vous ne contrôlez plus rien, nous non plus »

    *(en arabe dans le texte)

    • grosnaze
      grosnaze répond à pablico
      • Posté à 11h44 le 13/09/2011
      • Internaute 27732

      Ben déjà a ralentir une assemblée des députés en folie le Senat est un contrepoids il va peut être enfin jouer son rôle.

      On va donc constater qu’il est utile de voter y compris pour des élections locales.

      Le Sénat est il exempt de tout reproche certes non il sont amasse des privilèges exorbitant tout comme les députés. Il a été domine depuis le début de la 5° par la droite qui a tout fait pour garder ce privilège de contrepoids a une arrivée possible de la gauche au pouvoir.
      .
      Tant qu’au dégagez oui certes mais entre le dire et le faire il y a une sacre marge et quant au résultat il reste très aléatoire même quand le dégagement semble réussir. Voir a ce sujet l’Egypte et même pour celui de la Tunisie le plus prometteur on va pas tarder a être fixe sur l’efficacité et la realite
      .

      • pablico
        pablico répond à grosnaze
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
        • Posté à 11h49 le 13/09/2011
        • Internaute 14278
          À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

        le mot « dégager » n’est pas une solution.

        ce n’est qu’une réaction épidermique.

         
        • grosnaze
          grosnaze répond à pablico
          • Posté à 15h32 le 13/09/2011
          • Internaute 27732

          Qui ne l’a pas eu et de plus en plus. Et pourtant quel bonheur si cela se réalisait vraiment

        1 autres commentaires
  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 11h24 le 13/09/2011
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    « ...La perte du Sénat serait un véritable traumatisme pour la droite française, une étape décisive vers l’alternance en 2012... »

    Pour vous dire le vrai, peu nous chaut cette alternance programmée. Ce que nous desirons ardemment, c’est une alternative...

  • PGC
    PGC
    Impair Impasse89
    • Posté à 12h03 le 13/09/2011
    • Internaute 147266
      Impair Impasse89

    Un sénat à gauche nuira au gouvernement, le paralysera pratiquement et c’est tant mieux. Il rendra impossible la réunion du congrés pour des réformes constitutionnelles sans l’accord du PS.
    Il permetttra au PS d’être beaucoup plus clair dans ses positions qu’à l’assemblée ou sur le terrain.
    On verra notamment si le PS revient la réforme territoriale (fusion des assemblées départementales et régionales, systématisation des agglomérations ) contre laquelle il était à priori contre...
    Or sur le terrain,le PS est à la manoeuvre et participe pleinement à cette réforme qui achèvera de laisser la démocratie locale aux deux seuls partis politiques majoritaires, ou l’aboutissement du bipartisme à la française. Cette réforme amputera de tous leurs pouvoirs les maires et conseillers municipaux des petites communes aux profits des grandes ,le rural au profit de l’urbain. Tout cela dans le grand silence de médias parisiens.
    Enfin si le sénat passe à gauche, le PS qui l’a beaucoup critiqué bénéficiera de son inertie pendant la mandature à venir, il oubliera vite de le réformer pour garder la main.
    Les institutions de la 5ème république à bout de souffle ne sont donc pas près de bouger, victoire de la gauche ou pas.

    • Compet fermé à la demande de son utilisateur
      Compet fermé à la demande de son utilisateur répond à PGC
      à l'Ouest du Pécos
      • Posté à 12h59 le 13/09/2011
      • Internaute 115762
        à l'Ouest du Pécos

      « Enfin si le sénat passe à gauche, le PS qui l’a beaucoup critiqué bénéficiera de son inertie pendant la mandature à venir, il oubliera vite de le réformer pour garder la main.
      Les institutions de la 5ème république à bout de souffle ne sont donc pas près de bouger, victoire de la gauche ou pas. »
      Sauf que LE PS N’EST PLUS A GAUCHE

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 12h21 le 13/09/2011
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    Très bon article sur l’influence des territoires dans la vie économique intérieure que $ à fini de mettre à genoux par le non paiement aux collectivités des transferts de l’Etat dans le cadre des lois de décentralisation.....et excellente nouvelle pour les institutions qui pourraient commencer à s’avérer démocratiques.
    Pour ceux des villes qui font des commentaires, il y a des gens dans les campagnes qui se sentent plus en prise directe pour leur quotidien avec le sénat qu’avec les députés.
    Etonnant , non ?

  • célajavableue
    célajavableue
    retraité
    • Posté à 18h33 le 13/09/2011
    • Internaute 155990
      retraité

    bon article.Mais le Sénat restera à droite grâce aux centristes.