A la une 07/09/2011 à 16h32

Primaire PS : Aubry vs Hollande, le match des cumulards

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

Aubry est opposée au cumul des mandats, son entourage accuse son adversaire de ne pas l’être. L’attaque est-elle justifiée ?


Martine Aubry et François Hollande à l’université d’été du PS à La Rochelle, le 28 août 2011 (Régis Duvignau/Reuters).

« Cumulards, cumulards, cumulards... » Depuis le début de l’été, c’est un des arguments favori de l’entourage de Martine Aubry pour débiner celui de François Hollande.

Sous-texte : s’il a réussi à rafler autant de soutiens de grands élus, ce n’est pas parce que l’élu de Tulle (Corrèze) est meilleur, c’est parce qu’il est laxiste et qu’il laissera tranquilles les socialistes qui collectionnent titres et casquettes.

L’attaque est-elle justifiée ? Il y a deux manières de le vérifier : dans leurs promesses respectives et, parce qu’on n’est pas obligé de les croire, dans leurs actes.

Leurs promesses

Que dit Aubry ? Elle s’engage à imposer une règle de non-cumul pour les ministres, les députés et les sénateurs. Elle s’aligne donc sur le programme du PS :

« Pour diversifier le profil des responsables politiques, les parlementaires ne pourront plus cumuler leur mandat et leur fonction avec la responsabilité d’un exécutif local. Il en ira de même pour les ministres dans l’exercice de leur fonction gouvernementale. »

« La responsabilité d’un exécutif local » désigne :

  • le maire et ses adjoints dans une commune (pas les simples conseillers municipaux) ;

  • les présidents de communautés urbaines ;

  • les conseillers généraux ;

  • les conseillers régionaux.

Ce programme a été adopté à l’unanimité, y compris par le camarade Hollande. Sauf qu’il prône – comment dire ? – une certaine souplesse :

« Lorsqu’il y a la possibilité pour la gauche de gagner pour la première fois sous la Ve République la majorité au Sénat, on doit effectivement chercher à éviter les cumuls de responsabilités et de fonctions mais, en même temps, si on peut être intelligent dans tel ou tel département pour permettre la victoire, il ne faut pas s’en priver. »

Gageons qu’il saura tout aussi bien plaider « l’intelligence » à l’occasion d’autres scrutins.

Avantage : Aubry.

Leurs actes

Hypothèse de travail numéro un : les socialistes convaincus de la nocivité du cumul des mandats pratiquent une certaine autodiscipline sur cette question.

Hypothèse de travail numéro deux : une équipe de campagne, c’est une carte de visite. Il y a des soutiens qui œuvrent dans l’ombre. Et il y a des noms que l’on choisit de mettre en avant. C’est toujours un message politique.

Exercice simple : observer quels mandats sont détenus par les élus censés constituer, selon les organigrammes officiels, les équipes rapprochées des deux rivaux.

Chez la Nordiste, on trouve 11 élus sur 16 qui ont fait des choix suffisamment malins pour ne pas être touchés par la nouvelle règle de non-cumul :

  • Martine Aubry, maire de Lille, présidente de la communauté urbaine de Lille ;

  • Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, conseillère régionale d’Ile-de-France ;

  • Guillaume Bachelay, adjoint au maire de Cléon, vice-président du conseil régional de Haute-Normandie ;

  • Christian Paul, conseiller municipal de Lormes, conseiller communautaire de la communauté de communes des Portes du Morvan, député de la Nièvre ;

  • Jacques Auxiette, conseiller municipal de La Roche-sur-Yon, vice-président de la communauté de communes du Pays Yonnais, président de la région Pays de la Loire (lorsqu’il a été élu à la tête de la région, il a cédé son fauteuil de maire de La Roche-sur-Yon) ;

  • André Laignel, maire d’Issoudun, président de la communauté de communes du Pays d’Issoudun. Ancien eurodéputé, il a renoncé à se représenter aux européennes de 2009 pour rester maire d’Issoudun (le PS exigeait que les candidats ne dirigent pas d’exécutif local) ;

  • Christophe Borgel, conseiller régional d’Ile-de-France ;

  • Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret (il a renoncé à siéger en 2008 au conseil municipal d’Orléans après deux défaites dans ses tentatives de reconquête de la mairie) ;

  • Simon Sutour, sénateur du Gard ;

  • David Assouline, sénateur de Paris, conseiller de Paris (il a démissionné de son poste d’adjoint quand il a été élu sénateur) ;

  • Daniel Goldberg, conseiller municipal de La Courneuve, député de la Seine-Saint-Denis.

5 sur 16 se retrouveraient hors-la-loi :

  • François Lamy, maire de Palaiseau, président de la communauté d’agglomération du plateau de Saclay, député de l’Essonne ;

  • Olivier Dussopt, maire d’Annonay, député de l’Ardèche ;

  • Michel Destot, maire de Grenoble, vice-président de La Métro (la communauté d’agglomération grenobloise) député de l’Isère ;

  • Alain Anziani, adjoint au maire de Mérignac, sénateur de la Gironde ;

  • Marie-Françoise Pérol-Dumont, présidente du conseil général de la Haute-Vienne, députée de la Haute-Vienne. Elle a annoncé qu’elle ne sera pas candidate aux législatives de 2012 : elle passera donc vite dans l’autre catégorie.

Soit un taux de cumulards de 31,25%.

Qu’en est-il dans l’équipe du Corrézien ?

8 élus sur 17 sont dans les clous (certes pas toujours de leur plein gré) :

  • Stéphane Le Foll, conseiller municipal du Mans, vice-président de Le Mans métropole, eurodéputé (il était candidat aux législatives de 2007 mais a été battu dès le premier tour par un certain François Fillon) ;

  • Vincent Peillon, eurodéputé (il a été battu aux législatives de 2002) ;

  • Aurélie Filipetti, députée de Moselle ;

  • Bruno Le Roux, député de la Seine-Saint-Denis ;

  • Vincent Feltesse, maire de Blanquefort, président de la communauté urbaine de Bordeaux ;

  • Kader Arif, conseiller municipal de Toulouse, eurodéputé ;

  • Faouzi Lamdaoui, conseiller municipal d’Argenteuil, vice-président de la communauté d’agglomération Argenteuil-Bezons (battu aux législatives de 2007) ;

  • Safia Otokoré, vice-présidente du conseil régional de Bourgogne. Pour se « consacrer pleinement » à ce mandat, elle a
    démissionné de son poste de conseillère municipale d’Elancourt (qui n’est qu’à 160 km d’Auxerre...)

9 élus sur 17 se retrouveraient hors-la-loi :

  • François Hollande, président du conseil général de la Corrèze, député de la Corrèze ;

  • Pierre Moscovici, président de la communauté d’agglomération du pays de Montbéliard, député du Doubs ;

  • François Rebsamen, maire de Dijon, président de la communauté d’agglomération dijonnaise, sénateur de la Côte d’Or (lorsqu’il a été élu, en 2008, il a démissionné du poste de conseiller général qu’il occupait) ;

  • Gérard Collomb, maire de Lyon, président du Grand Lyon, sénateur du Rhône ;

  • Marisol Touraine, présidente du conseil général d’Inde et Loire, députée d’Indre et Loire ;

  • Michel Sapin, maire d’Argenton sur Creuse, député de l’Indre (lorsqu’il a été élu, il a démissionné de son poste de président du conseil régional du Centre) ;

  • André Vallini, président du conseil général de l’Isère, député de l’Isère ;

  • Patrick Mennucci, maire du premier secteur de Marseille, élu à la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, vice-président du conseil régional Provence-Alpes-Côte-d’Azur (battu aux législatives en
    2007, aux cantonales en 2008) ;

  • Julien Dray, vice-président du conseil régional d’Ile-de-France, député de l’Essonne.

Ici, le taux de cumulards atteint donc 52,94%.

Avantage : Aubry.

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  • Maxmaxence
    Maxmaxence répond à vieilanarfatigué
    Cafetier de la Rue
    • Posté à 18h02 le 07/09/2011
    • Internaute 120649
      Cafetier de la Rue

    Non, ce sujet, n’est pas secondaire, car c’est un réel problème en politique en France, qui paralyse certaines institutions, empêche les partis politique de se diversifier, et surtout, pose un problème d’éthique.
    Et les français ne s’en foutent pas, c’est juste que l’on en parle très peu, et donc le débat n’est que rarement engagé. C’est tout à l’honneur de Rue89 d’avoir abordé un sujet aussi important que celui-ci (quoique manquant un peu de fond, je pense...), qui est tout à fait représentatif de la sincérité des élus.

    J’habite à Toulouse par exemple, et « mon » (hem...) élu, Pierre Cohen, est député-maire-président-président-viceprésident-conseiller. (et j’en oublie)

    Ce type ne peut PAS faire son travail, tout ces conseils etc sont dirigés en réalité par des seconds couteaux que le peuple n’a pas élu. En résulte une confiscation du pouvoir par certains, au détriment de la démocratie, en plus d’une baisse d’efficacité dans la gestion des collectivités.

    Interdire le cumul des mandats serait un bon moyen d’éviter la « pagaille noire », et de remettre n peu de démocratie dans l’Etat.

  • Inquisiteur
    Inquisiteur
    Chanteur de charme
    • Posté à 18h26 le 07/09/2011
    • Internaute 132321
      Chanteur de charme

    A mi-chemin entre le serpent de mer et le marronier politique, voilà revenue sur le tapis l’épineuse question du cumul des mandats.

    Ca n’est pas une question anodine, comment en effet justifier des émoluments cumulatifs de député, maire, président d’agglo, de communauté de commune, sénateur et autres tranches du mille-feuilles administratif, alors même qu’il paraît inconcevable de mener toutes ces fonctions à bien en même temps.

    On est en plein dans l’entre-soi, l’atavisme, l’embourgeoisement, l’inefficacité, et ça n’est pas prêt de s’arrêter.

    Sur votre conclusion, je suis en désaccord.

    Avantage Aubry sur les promesses, oui, mais justement, ces promesses restent voeux pieux pour l’instant, alors qu’Hollande est plutôt en phase avec ce qu’il annonce.

    Je vois donc plutôt un match nul, étant donné que la différence ne se fait que sur deux ou trois conseillers, ce qui n’est pas très probant.

  • jivé13
    jivé13
    salarié comme plus de 90%des (...)
    • Posté à 22h55 le 07/09/2011
    • Internaute 52558
      salarié comme plus de 90%des (...)

    Même avec un article qui cherche à opposer les deux candidats à la primaire par un clivage tout à fait artificiel, on peut faire du fond :
    L’interdiction du cumul des mandats au sein du Parti a été tranchée par les militants, sur proposition de M Aubry, à plus de 80% des votants.
    On a simplement laissé un délai aux sénateurs jusqu’au vote des sénatoriales de 2011.
    Mais les deux listes des soutiens aux candidats sont interressantes car elles dévoilent le vrai clivage entre MA et FH.
    On retrouve sur la liste de F Hollande tous les soutiens de S Royal en 2008 lors du congrès de Reims : Collomb, Rebsamen, Peillon, Dray, Menuci (alias Ségolin), Filipetti, Vallini...il manque Guérini (empêché) et Valls (émancipé).
    Tout ce beau monde appartient à la minorité du PS (29% des mandats des militants, contre 71% des mandats à la majorité réunie autour de Aubry, Delanoé et Hamon.)
    Mais alors, s’interroge le lecteur attentif, comment des soutiens de Royal en 2008 se retourne vers F Hollande en 2011 ?
    Réponse : parce que c’est le même courant.
    C’est le moment de se replonger dans « le mélenchon » (son livre « en quête de gauche »).
    Avant le naufrage de leur couple, François et Ségolène, par leurs écrits et leurs choix politiques se situaient clairement dans le courant dit « démocrate », dans la lignée de la « deuxième gauche » de Rocard en France et de Blair en Grande Bretagne. Bref, des « socialistes » qui acceptent les lois du marché (du moins avant les 2 crises financières de 2008 et de 2011) et qui encore aujourd’hui acceptent de négocier avec les partis du centre droit.
    Cette minorité « agissante », bien visible dans les médias, contribue depuis 10 ans à brouiller l’image du PS dans l’opinion publique.
    Rappellons la proposition de Valls d’abandonner l’adjectif « socialiste », et plus récemment la proposition de Terra Nova (club d’idées présidé par Olivier Ferrand et M Rocard et sponsorisé à 80% par des entreprises du CAC 40) d’abandonner à leur sort l’électorat ouvrier « coupable » de voter pour Le Pen.
    Bref quand on veut mettre en lumière ce qui sépare réellement ceux qui vont voter Aubry de ceux qui vont voter Hollande, on peut le faire.

  • Gilles1820
    Gilles1820
    Chef de projet
    • Posté à 23h41 le 07/09/2011
    • Internaute 168063
      Chef de projet

    A mon avis, le problème est très facile à régler :

    1) faire un estimation du temps de travail à effectuer pour chaque poste d’élu

    2) estimer le nombre d’heures de déplacement mensuel entre tous ces mandats.

    3) admettre qu’un mandat, c’est un emploi.

    4) ne pas oublier de comptabiliser les emplois dans le privé, qui peuvent être fictifs (abus de bien sociaux, donc), ou avérés, et donc cumulés aux heures du point 5.

    5) admettre qu’au delà d’une moyenne de 10 heures de travail/ jour, inclues les heures de déplacement, tout emploi n’est pas tenu, bien que rénuméré.

    6) admettre que quand on perçoit un émolument (salaire) pour un mandat (emploi) qu’on ne peut matériellement pas occuper s’appelle occuper un EMPLOI FICTIF

    7) trainer en justice tous les pourvoyeurs et les bénéficiaires des dits emplois fictifs, comme on a si bien su le faire pour Jacques Chirac

    8) devant une telle malhonnêteté, prononcer en plus des amendes dissuasives et du remboursement des sommes induements perçues, L’INEGIBILITE A VIE.

    Pas compliqué. On pourrait même faire un voter un texte de loi dans ce sens par référendum, histoire d’être sûr que députés et sénateurs sensés nous représenter ne seraient pas tentés de s’auto et s’entre protéger...

    Je me marre, parce que j’imagine bien que tant au parlement qu’au sénat, jamais aucune loi n’aurait été rejetée par autant de voix...enfin un sujet qui mettrait la gache et la droite d’accord...

  • les_canards
    • Posté à 08h39 le 08/09/2011
    • Internaute 20527

    Euh, la différence se fait SURTOUT sur les candidats eux-mêmes : Aubry, pas cumularde ; Hollande, cumulard.

    Alors le match nul, faut oser !

  • Qzxcd
    Qzxcd répond à kestucroa
    Expatrié
    • Posté à 10h38 le 08/09/2011
    • Internaute 114892
      Expatrié

    Si j’ai tendance à penser qu’effectivement, certains mandats sont compatibles pour avoir une vision croisée, je pense tout de même qu’ils ne sont pas tous comparables.

    Etre maire d’une grande ville, au conseil régional d’une grande agglomération n’est pour moi pas compatible avec un siège de député.
    Qu’on soit maire d’une petite commune et député, cela a un sens.

    Par ailleurs, pour ce qui est des salaires et indemnisations, je pencherais pour un plafond à la plus haute indemnité touchée.
    Quand on voit le salaire d’un député, considérant le fait qu’une partie de leurs frais sont indemnisés avec souvent un logement de fonction, je trouve assez scandaleux qu’il y ait cumul des indemnités.
    Cumul de fonction, je peux l’envisager, cumul de rémunération, plus difficilement.

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