A débattre 05/09/2011 à 19h17

Que va faire le Conseil constitutionnel du cas Chirac ?

Sophie Caillat | Journaliste Rue89


Jacques Chirac au musée du Quai Branly, à Paris le 5 novembre 2010 (John Schults/Reuters).

Un ancien Président, empêché d’assister à son procès pour raisons de santé, peut-il revenir siéger au Conseil constitutionnel ? Jacques Chirac s’est mis en retrait de l’institution, mais rien ne lui interdit, à ce jour, d’occuper un fauteuil qui lui est attribué à vie.

En mars, l’ancien chef d’Etat a annoncé au président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, qu’il ne siégerait pas durant son procès dans l’affaire des emplois présumés fictifs de la mairie de Paris. Une décision logique, qui a entraîné la suspension de son traitement de 11 000 euros par mois.

Une fois le procès terminé, et s’il était blanchi des accusations d’abus de confiance, de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts qui pèsent sur lui, peut-il se pointer comme une fleur rue de Montpensier, dans le Ier arrondissement de Paris ? Le Monde écrit, dans son édition papier de ce lundi, que :

« Les proches de M. Chirac savent qu’il aura du mal à considérer cette absence comme définitive. Ils entendent laisser à M. Debré le soin de décider et de s’en expliquer avec lui. »

Au Conseil constitutionnel, le président, qui est un ancien ministre et ami, « ne se pose pas encore la question, car il faudrait que Jacques Chirac veuille resiéger », nous explique le secrétaire général Marc Guillaume, qui précise :

« La Constitution lui donne ce droit, pour le réviser, il faudrait un congrès à Versailles.

Les membres ne démissionnent pas. S’ils sont malades, ils ne siègent plus, c’est tout. »

Une proposition de loi pas bienvenue pour Sarkozy

Marc Guillaume fait valoir que la question ne s’est jusqu’ici jamais posée, et qu’il y a « plus d’anciens Présidents qui n’ont pas siégé que de Présidents qui ont siégé. Depuis de Gaulle, seul Valéry Giscard d’Estaing a siégé, depuis 2004, et Jacques Chirac jusqu’en mars. »

Le sénateur (UMP) et professeur de droit Patrice Gélard, rappelle que :

« Cette disposition a été imaginée par de Gaulle parce qu’il ne savait pas quoi faire de René Coty. Bien sûr, il faut que les anciens chefs d’Etat aient un statut, ils ont un rôle à tenir, il est nécessaire qu’ils aient les moyens de l’assumer. Mais il n’est pas normal qu’ils soient condamnés à siéger alors qu’ils pourraient faire autre chose. »

Auteur d’une proposition de loi relative au statut des anciens présidents de la République, Patrice Gélard s’est fait retoquer à deux reprises mais annonce qu’il va tenter sa chance une troisième fois. En 2008, à l’occasion de la dernière révision de la Constitution, sa proposition avait été adoptée en première lecture au Sénat, puis rejetée par les députés, car « l’entourage de Nicolas Sarkozy a fait savoir que ce n’était pas bienvenu ».

« Ce qui était justifié en 1958 ne l’est plus »

« C’est désormais dans l’air du temps », veut croire le sénateur. En effet, depuis 2008, le Conseil constitutionnel juge les questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), ce qui a rendu son rôle plus politique. Il y a « une sorte de conflit d’intérêts », relève Patrice Gélard quand parmi les onze sages jugeant la constitutionnalité d’une loi se trouve un ancien Président qui a fait adopter la dite loi.

Le constitutionnaliste Didier Maus milite lui aussi pour que les anciens Présidents ne soient plus membres du Conseil, car « ce qui était justifié en 1958 ne l’est plus », mais ne veut pas se prononcer sur le cas Chirac, « un cas humain qu’on ne peut régler par le droit ».

Reste que si on expulsait les anciens Présidents de ce confortable fauteuil, il faudrait leur trouver un point de chute, une fois le bail de l’Elysée expiré. Le sénateur Gélard souhaite qu’ils puissent :

« Jouer un rôle politique, par exemple en étant sénateur à vie. Sous Mitterrand, on leur a donné quelques moyens, un cabinet, un chauffeur, mais il faut aussi qu’ils puissent vivre confortablement, en assumant leur statut... sans aller jusqu’aux avantages des présidents russes et kazakhs ! »

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  • Lokiel
    Lokiel répond à Léo01
    ex-étudiant
    • Posté à 19h53 le 05/09/2011
    • Internaute 129379
      ex-étudiant

    Autant, je suis d’accord que le statut des anciens présidents de la république mériterait d’être repensé, autant il ne faut pas oublier deux choses :

    - d’abord, aux Etats-Unis, le système est très différent : il y a une séparation rigide des pouvoirs, les présidents sont tous extrêmement liés aux grandes entreprises et beaucoup sont les héritiers de certaines des plus grosses fortunes du pays (c’est facile pour Bush de rentrer au Texas quand il hérite d’un empire pétrolier) . Plus proche de nous, des gens comme Köhl ou Blair ont, après leur éviction, été admis dans de grandes boîtes privées à des salaires plus qu’intéressants, ce qui pose des questions éthiques : tient t’on vraiment à ce que nos anciens présidents soient tous recasés par Total ou pire par de grands groupes étrangers ? Comment se prémunir du trafic d’influence, dans ces conditions ?

    - il faut aussi rappeler comment sont choisis les autres membres du conseil constitutionnel : au tiers par le président, au tiers par le président de l’assemblée nationale et au tiers par le président du sénat. Avec le fait majoritaire, qui fait structurellement pencher l’assemblée nationale vers le même bord politique que le président et qu’a renforcé les dernières réformes électorales (quinquennat et rapprochement des élections) , les deux tiers sont donc structurellement alliés. Rajoutez à ça que le Sénat est structurellement de droite et que le mandat des membres du conseil est plus long que celui des présidents et vous obtenez un conseil constitutionnel structurellement de droite et le plus souvent allié au président en place. Les voix des anciens présidents, quoi que peu nombreuses et là aussi de droite, ont au moins l’avantage de faire tanguer le navire vers plus de pluralisme politique (pour peu bien entendu que le président en place ne soit pas l’héritier direct de ceux du conseil, mais le cas ne s’est jamais réellement présenté et on n’arrive pas à ce niveau de responsabilité sans quelques sourdes rancoeurs). C’est imparfait mais ça a le mérite d’exister.

    A ce titre, je trouve que plus qu’une réforme du statut des anciens présidents, ce qu’il nous faudrait est une réforme du conseil constitutionnel :

    - obligation de s’abstenir pour les votes des lois auxquelles on a participé (en tant que président ou premier ministre ou en tant que rapporteur) , comme il est de droit pour les élus lors des votes des assemblées délibérantes sur lesquelles ils ont un intérêt personnel (un maire n’a pas le droit de participer au vote d’une subvention présidée par sa femme, par exemple, sinon c’est le tribunal)
    - possibilité d’être déchu pour raisons médicales, sur la base d’une expertise médicale demandée par le président du conseil et d’un vote conforme d’une commission ad hoc des deux assemblées (pourquoi pas de la cour de justice de la république, qui aurait ainsi l’occasion de servir un peu plus souvent, ce qui ne lui ferait pas de mal ?)

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 20h19 le 05/09/2011
    • Internaute 5775
      Dessinateur de presse
  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 20h39 le 05/09/2011
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    Alzheimer est une maladie douloureuse qui ne dure que le temps d’un procès. Seul un non lieu ou un acquittement permet d’en guérir.

  • coucoule46
    coucoule46
    instit
    • Posté à 21h49 le 05/09/2011
    • Internaute 60750
      instit

    Je ne vois pas pourquoi les anciens présidents doivent avoir des sièges inutiles et aussi dorés .On ne fait pas tant d’efforts pour soulager les ouvriers mis à la porte .Ils n’ont pas non plus à devenir sénateurs à vie, d’autant que ceux là ne sont pas élus par le peuple ni par personne quasi .
    On ferait des économies d’argent public en supprimant tous ces passe-droits .

  • raspo
    • Posté à 22h09 le 05/09/2011
    • Internaute 29511

    « Sénateur à vie »... Comme Pinochet ?

    Quel est l’intérêt ? Et pourquoi un élu, une fois son mandat terminé (de préférence un seul) ne redeviendrait pas quelqu’un comme tout le monde ? On n’est plus en monarchie...

  • jackintosh
    jackintosh
    déstructureur d'intemporalité
    • Posté à 22h17 le 05/09/2011
    • Internaute 149136
      déstructureur d'intemporalité

    « Les membres ne démissionnent pas. S’ils sont malades, ils ne siègent plus, c’est tout. »

    Le pauvre homme est donc condamné aux emplois fictifs. Mais cette fois c’est pour raisons de santé.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 22h55 le 05/09/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    La France est doublement une caricature de démocratie.
    1) Laisser des élus se protéger, de la loi, par des immunités que leurs confèrent leurs mandats électifs , puis les juger sur les quelques « broutilles » que la prescription a oublié de blanchir, est un déni de morale vis à vis des citoyens français. Et quand après d’âpres batailles d’arguties juridiques, un élu ne peut venir devant un tribunal pour y être jugé parce que déclaré soit disant sénile, on frise la connerie.
    2) Laisser, de par le droit, ce même individu libre de participer aux décisions du conseil constitutionnel, qui en dernier ressort, statue sur le droit législatif de notre pays est d’une incommensurable bêtise.
    Un élu doit pouvoir être jugé pendant son mandat. L’immunité des élus et le nombre de leurs mandats doivent être revus si nous voulons revenir vers la démocratie et quitter cette oligarchie qui se termine comme une farce pour Chirac.

  • Gilles1820
    Gilles1820
    Chef de projet
    • Posté à 23h10 le 05/09/2011
    • Internaute 168063
      Chef de projet

    En dehors du fond du procès Chirac, la réponse à cette question précise me parait d’une simplicité élémentaire.

    Tout personne dont l’état de santé ne permet pas d’exercer sa fonction, est en incapacité de travail, renouvelée par son médecin traitant en fonction de l’évolution positive ou négative de sa maladie.

    Pourquoi Jacques Chirac devrait-il perdre son emlpoi parce qu’il est malade ? Ne se bat-on pas assez pour éviter ce genre d’abus dans la vie courante ? Vire t-on un employé parce qu’i a une grippe ? Un bras cassé ? Un cancer ? Le Sida ? NON, et à fortiori pas s’il est fonctionnaire.

    Jacques Chirac est en incapacité de travail, comme des dizaines de milliers de français chaque jour. Si cette maladie devait être invalidante et de façon durable voir définitive, cet arrêt de travail pourrait être remplacé par une pension d’invalidité.

    En attendant, Jacques Chirac est effectivement un malade en arrête de maladie comme chacun denous l’a déjà été plusieurs fois dans sa vie.

  • LaoJinHu
    LaoJinHu
    non-conventionné par la (...)
    • Posté à 08h06 le 06/09/2011
    • Internaute 161554
      non-conventionné par la (...)

    Il n’y a aucune raison juridique d’interdire à un gâteux de siéger au Conseil constitutionnel et en raison de la composition de ce conseil, la voix d’un seul ne peut être prépondérante.
    En revanche, si le présumé innocent était finalement reconnu coupable, il est impensable qu’il s’autorise à siéger et à ne pas démissionner, même si la cour prononçait une dispense de peine, en raison des services rendus aux pays ou de l’état de santé.

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