A la une 04/09/2011 à 18h05

Quelle école voulez-vous ? Celle de Joly, Valls, Villepin, Le Pen ?

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

Rue89 s’est plongé dans les programmes éducatifs des principales personnalités en lice pour la présidentielle.


Des craies de couleur (Francis Bourgouin/Flickr/CC).

C’est un sujet essentiel : tous les candidats considèrent l’école comme « matrice de la société ». D’un parti à l’autre, quatre préoccupations reviennent avec insistance :

  • la formation des professeurs : hormis à l’UMP, un consensus est en train de se dégager quant à la nécessité de redonner une formation pratique aux enseignants ;
  • le développement du soutien scolaire gratuit : pour Mélenchon, les socialistes, Morin et l’UMP, il doit être organisé dans les murs de l’école (mais pour l’UMP, c’est un dispositif à réserve aux écoles primaires de ZEP) ; Villepin le restreint aussi aux « communes défavorisées » mais préconise de l’organiser en dehors de l’école ; Borloo rêve d’offrir des activités ludiques aux élèves de CP et CE1 en difficulté « pour les placer en situation de réussite » ; Montebourg, lui, veut instaurer une étude obligatoire du primaire à la terminale ;
  • la petite enfance : le NPA prévoit des lieux d’accueil gratuits, EELV et le PS veulent garantir une place en crèche pour chaque enfant, l’UMP veut développer des « jardins d’éveil pour élargir l’offre de garde pour les 2-3 ans » tournés vers « les milieux défavorisés ». Le Nouveau Centre suggère de rendre l’école obligatoire à partir de deux ans dans les zones urbaines sensibles et les « zones rurales isolées » ;
  • des solutions pour les zones sensibles : dans l’ensemble, il s’agit de se donner les moyens de mieux encadrer les élèves de ZEP ou de ménager les profs en réduisant le nombre d’enfants par classes (Valls, Royal), le nombre d’heures de cours par enseignant (Aubry) ou la taille des collèges (Bayrou).

    Valls et l’UMP proposent de mieux payer les profs qui y exercent. Le PS veut revoir la sectorisation pour y intégrer un indice de mixité sociale (« l’enseignement privé sera concerné »). Villepin, lui, veut abandonner la « logique des zonages » mais offrir « un droit personnalisé à l’enseignement prioritaire pour aider les élèves qui en ont besoin en fonction de critères sociaux ou scolaires ».

En dehors de ces quatre points consensuels, nous avons tenté d’isoler, pour chaque candidat, la proposition qui reflète le mieux sa vision de l’école.

Nous n’avons pas retenu la nécessité de « revaloriser » le métier d’enseignant, de donner la priorité à l’acquisition des fondamentaux (lecture, écriture, calcul...) en primaire ou de mieux associer les parents d’élèves aux décisions. Là-dessus, tout le monde est d’accord.

De la même manière, pour les candidats à la primaire socialiste, nous avons écarté ce qui est déjà prévu par le programme du parti (et qui ne dit rien de leurs priorités personnelles) :

  • scolarisation obligatoire dès 3 ans ;
  • retour à la semaine de cinq jours ;
  • réinstauration d’une formation professionnelle des enseignants...

De gauche à droite, voici donc les priorités de quatorze potentiels candidats.


► Philippe Poutou : abolition des notes et de l’orientation

Le NPA refuse toute note, tout classement. Il défend une école commune pour tous de 3 à 18 ans sans sélection ni orientation.

L’avis de l’enseignant sur un élève ne peut être communiqué qu’à sa famille. « Nous refusons tout fichage de l’enfance, nous nous opposons à toute compilation publique ou numérisation des “performances”, des “capacités” ou des “compétences” d’un être humain », prévient le programme du parti.

► Jean-Luc Mélenchon : un enseignement d’égale qualité en filière générale et professionnelle

Le Front de Gauche prévoit que l’investissement de l’Etat dans les filières professionnelles soit augmenté de 50%. Mélenchon n’a pas oublié qu’il a été ministre délégué à l’Enseignement professionnel.

► Eva Joly : un collège vraiment unique

Europe Ecologie - Les Verts veut « réinventer » le collège unique :

« Cette école doit être commune et ne doit donc comporter aucune série ou filière, pas plus qu’elle ne pratiquerait le redoublement. »

Le brevet devrait sanctionner « notamment une culture professionnelle, la culture transmise dans cette école fondamentale incluant des savoirs technologiques et un véritable contact avec le monde professionnel ».

Ensuite, deux lycées possibles : professionnel ou général et technologique. Dans ce dernier, les séries seraient supprimées. Chaque élève pourrait se construire un parcours personnalisé en piochant dans des modules.

► Arnaud Montebourg : non à l’enseignement à la carte

Le président du conseil général de Saône-et-Loire entend revenir sur la libéralisation des choix scolaires, pour que l’école cesse d’être le premier lieu où s’applique l’idéologie néolibérale. Il ne veut plus de classes différenciées (les classes européennes, bilangues, « allemand première langue et latin »...) mais un « tronc commun de la scolarité obligatoire » pour « tous les élèves jusqu’à 15 ans » pour que « tous les élèves » reçoivent les mêmes savoirs. Une école commune réunirait primaire et collège en un établissement unique.

► Ségolène Royal : un deuxième adulte face aux élèves

La présidente de la région Poitou-Charentes défend l’idée d’un « deuxième adulte dans certaines classes » pour épauler l’enseignant et accompagner les élèves en difficulté.

► François Hollande : prise en charge des enfants garantie dès 2 ans

Le président du conseil général de Corrèze veut pousser l’Etat et les collectivités à « coopérer avec les associations » pour que les enfants à partir de 2 ans puissent être « pris en charge », si les parents en font le choix. « Pour les 2,7 millions d’élèves les plus démunis, il faut aussi donner à leur famille un droit prioritaire pour la garde de leurs enfants. »

► Martine Aubry : plus d’autonomie pédagogique pour les enseignants

La maire de Lille a peu d’idées sur l’éducation en plus de celles contenues dans le projet socialiste. Elle flatte les enseignants en leur promettant une plus grande autonomie pédagogique « pour qu’ils puissent se concerter et travailler en équipe, partager et transmettre les initiatives qui marchent et qu’il faut mutualiser ».

► Manuel Valls : salaire doublé pour les profs de ZEP

Le député-maire d’Evry veut réserver les classes de ZEP aux professeurs les plus expérimentés. Et majorer de 100% leur salaire. « Enseigner aux Tarterêts, ce n’est pas la même chose qu’enseigner à Neuilly. »

► François Bayrou : plus de jours travaillés, mais moins d’heures de cours par jour

Le MoDem voudrait aligner le rythme des écoliers français sur ceux des élèves européens. Et donc modifier l’organisation de l’année scolaire.

« Elle n’est en France que de 144 jours par an (4 jours pendant 36 semaines) alors qu’elle est en Europe, en moyenne, de 185 jours. La journée des écoliers français est la plus longue du monde, mais nos écoles sont fermées la moitié de l’année. L’objectif que nous devons nous fixer est de parvenir en quelques années à rejoindre la moyenne européenne. La journée de travail scolaire doit être allégée pour l’enfant, et pour les professeurs afin qu’ils puissent enseigner, à un meilleur rythme », avancent les textes du parti.

► Villepin : une seule « cité scolaire » de 3 à 18 ans pour un meilleur suivi

République solidaire veut regrouper dans des « cités scolaires » et sous une direction commune tous les établissements par lesquels passe un élève au cours de sa scolarité afin d’offrir un meilleur suivi.

► Jean-Louis Borloo : généraliser les innovations locales

Le Parti radical espère généraliser des « initiatives locales qui marchent ». Il veut créer un « établissement public » chargé de les repérer puis d’accompagner leur mise en œuvre.

► Hervé Morin : autonomie pour toutes les écoles

Le Nouveau Centre promet d’accorder l’autonomie à tous les établissements scolaires, sur le modèle de la réforme des universités. Un cadre général serait fixé au niveau national, un contrat d’objectifs et de moyens serait signé avec le rectorat, mais le chef d’établissement aurait la liberté de définir son projet (les programmes, l’organisation des cours, le recrutement de nouveaux profs...) avec les enseignants et les parents.

► Nicolas Sarkozy : des chefs d’établissements maîtres chez eux

L’UMP veut également accorder l’autonomie administrative aux chefs d’établissements pour le recrutement des professeurs et l’autonomie pédagogique pour expérimenter de nouvelles méthodes. Des budgets supérieurs seraient alors attribués aux établissements classés en ZEP.

► Marine Le Pen : pour une école policée

Le Front national veut, « dans les collèges et les lycées où cela se justifie », autoriser les chefs d’établissement à fouiller les élèves suspects. Marine Le Pen considère aussi qu’il faut installer des portiques de détection des métaux et sanctionner financièrement les parents des élèves qui entrent à l’école avec un objet dangereux (suppression des allocations familiales « dans les cas les plus graves »).

La moindre agression « même verbale » d’un prof par un élève ou un parent d’élève devrait être « immédiate et exemplaire pas sa dureté ».

Le FN exige un « code vestimentaire strict » et l’interdiction du téléphone portable « de la primaire au lycée ». Quant aux établissements « irrécupérables », ils devraient être « matériellement détruits ».

► Et aussi...

En bonus, voici quatre autres idées que nous avons repérées, susceptibles de stimuler la réflexion :

  • en ville, des établissements scolaires organisés par classes (6e-5e ou 4e-3e) plutôt que par quartiers « pour instaurer une vraie mixité sociale » (UMP) ;
  • la scolarité rendue obligatoire jusqu’à 18 ans (Mélenchon) ;
  • un lycée polyvalent regroupant l’enseignement général, technologique et professionnel « pour faciliter les passerelles entre les différentes filières » (Montebourg) ;
  • des classes préparatoires aux grandes écoles dans tous les quartiers (Royal).

Et vous ? Quelles seraient vos priorités pour l’école ? Racontez-nous.

Avec Zineb Dryef, Marie Kostrz, François Krug, Nolwenn Le Blevennec et Sophie Verney-Caillat.

  • 55262 visites
  • 519 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • Jeansansterre
    Jeansansterre
    Etudiant vivant dans la vraie (...)
    • Posté à 16h01 le 06/09/2011
    • Internaute 141635
      Etudiant vivant dans la vraie (...)

    Moi ce que j’aimerais, c’est une école où l’on apprends la lecture, l’écriture et le calcul dans un soucis d’efficacité. Une école où on apprendrait une histoire de France tout d’abord, d’Europe ensuite et ensuite peut-être, des civilisation « méditerranéennes » écrite par les historiens dans l’ordre chronologique. Une école, où l’on ferrait s’évader les gosses par la lecture, leur faire visiter en pensée les autres lieux et autres époques. Une école où l’autorité du prof serait une évidence. Où l’intérêt de l’élève, et non pas son confort ou son bon plaisir, serait au centre.

    Bref, une école d’enseignants ayant à cœurs de transmettre un savoir à des élèves et pas une école de pédagogistes et d’idéologues, faux gauchiste mais vrais réacs qui n’ont jamais mis les pieds dans une salle de classe et prennent des gamins pour des cobayes sur lesquels tester leurs utopies sociologiques ou culturelles et qui ne loupent jamais une occasion de saborder leur éducation.

    Sabordage de l’apprentissage de la lecture avec la méthode globale qui a montré son inefficacité.

    Sabordage du savoir même par la glorification de la médiocrité qui elle au moins, ne discrimine pas.

    Sabordage de la culture au nom du relativisme culturel qui fait, au nom de l’anti-racisme, de Joey Starr l’égal de Racine.

    Sabordage de l’imagination, au nom du « proche de l’élève », qui interdit qu’on lui parle d’autre chose que de sa cité ou de son époque. Pour bien qu’il (ne) comprenne (pas) qu’il n’y a pas d’autre monde possible.

    Sabordage de l’enseignent de l’histoire en en faisant un patchwork insensé de toutes les époques et de tous les lieux à la fois. Et un récit lénifiant de la lutte entre le bien et le mal écrit sous la dictée de tel ou tel lobby communautaire ou « think tank » obscur. Brisant ainsi la conscience politique qui pourrait naître d’une compréhension de la complexité de l’histoire.

    • lebondoscié
      lebondoscié répond à Jeansansterre
      Clair-obscurantiste
      • Posté à 16h34 le 06/09/2011
      • Internaute 150550
        Clair-obscurantiste

      La méthode globale, qu’est-ce-que vous savez de la méthode globale, de quelle idéologie est-elle à ce point chargée pour qu’elle serve à ce point de bouc emissaire pédagogique (je m’excuse pour le vilain mot) aux défenseurs de l’autorité naturelle du professeur. Quelle étrange confusion peut-il y avoir dans la tête de ceux qui pensent que la liberté de l’enfant conduit nécessairement aux pires excès. Quelle idée de l’enfants se font les adultes qui pensent ça : l’enfant, celui qui mérite une bonne fessée de temps en temps simplement pour lui rappeler qui est le maître. Désolation. Quelle forme d’adulte fabrique cette conception idéologique de l’éducation, un adulte asservi ...

      • Jeansansterre
        Jeansansterre répond à lebondoscié
        Etudiant vivant dans la vraie (...)
        • Posté à 17h33 le 06/09/2011
        • Internaute 141635
          Etudiant vivant dans la vraie (...)

        Ce que je sais de la méthode globale est qu’elle est une catastrophe pour l’apprentissage de la lecture, qu’elle laisse chaque années des milliers d’enfants illettrés en 6ème et qu’au USA d’où elle vient, elle a fait 60 millions d’illettrés fonctionnels. Cela donne des gens qui ne mettent pas de points d’interrogation à la fin de leur question et qui ne sont pas capable d’exprimer une idée autrement que par un mot entre deux points. Désamusement.

        Voila ce que je sais.

        Je sais aussi que oui, les pires conneries sont faites au nom de la liberté, du respect, de l’estime de l’enfant. Je sais qu’un enfant n’est pas un être construit mais un être à construire et que la discipline est parfaitement nécessaire.

        Que c’est le discours de ceux qui ont détruit l’éducation que d’assimiler cette discipline dans l’apprentissage des outils fondamentaux pour comprendre le monde à un endoctrinement idéologique ou à une torture sadique. Non, il n’y a jamais été question de mettre des baffes aux gosses pour « montrer qui est le patron ».

        Quelle type de liberté peut avoir quelqu’un qui sait à peine lire et compter, qui a besoin d’une calculette pour additionner deux nombres à deux chiffres et qui ne connait rien à l’histoire ?

        Celle d’un consommateur benêt qui n’aura la liberté que de choisir entre le single de lady gaga et celui de Matt Pokora...

        J’ajoute une considération sociologique de base, qui permet de recentrer le débat sous un autre éclairage : tous ces pédagogues et ces idéologues appliquent leurs méthodes aux gosses des autres mais veillent scrupuleusement à ce que les leurs reçoivent une éducation bien réac... aller savoir pourquoi.

         
        • Cortonimo
          Cortonimo répond à Jeansansterre
          apachenaute
          • Posté à 22h12 le 06/09/2011
          • Internaute 136086
            apachenaute

          Vous souhaite zune école qui aide à faire grandir les enfants, qui leur apprennent de véritables savoirs... je vous suis totalement mais je dois vous signaler que, désignant à la vindicte les pédagogues (ainsi que le font les politiques) vous contarriez grandement votre souhait.
          En effet les pédagogues sont justement celles et ceux qui ne se contentant pas de transmettre des contenus s’échinent à aider les enfants à grandir en rencontrant des poèmes, des compagnies de danse, des natifs de langue étrangères, des situations de recherche en sciences...etc.
          Les autres, prétendant défendre les savoirs, ne font que défendre leur position de « discoureurs » et, semblent-ils vous auront abusé.

          Le savoir ne se transmet pas : ce n’est pas une maladie.
          Le savoir ne s’achète pas : ce n’est pas une marchandise.
          C’est en construisant ses savoirs que chacun construit sa personne.
          Par des rencontres, des échanges et des essais de réponses : notre monde est fait de réponses essayées.

        1 autres commentaires
  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 21h47 le 06/09/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Le Comité républicain de la Roche-de-Mûrs (Hotel de Ville 49610 Mûrs-Erigné) , est une association fondée en 1889, pour le centenaire de la Révolution française.

    Dans le cadre de ses conférences bisannuelles, le Comité organise le 24 septembre 2011 à 9h, un colloque « Autour de l’Oeuvre scolaire de la Révolution française », colloque animé par deux des auteurs de « La revanche du parti noir » (Editions Abeille et Castor). Michel Eliard et Michel Godicheau, et Jacques Lebreton, un des fondateurs du Musée de l’Ecole Polytechnique.

    Lien

  • louiseg
    louiseg
    prof
    • Posté à 23h32 le 06/09/2011
    • Internaute 59229
      prof

    Ecole idéale, ça fait rêver. Et le tort serait de croire qu’elle peut exister. Ce serait un leurre de croire qu’une innovation ou une expérimentation pédagogique peut se reproduire. Parce qu’une école qui marche bien, c’est une école où se conjugue une multiplicité de facteurs qui sont impossibles de prévoir à l’avance.
    à l’échelle de la classe, un des éléments essentiels est la dynamique de groupe qui se construit et que l’on peut tout à fait aisément analyser a posteriori mais qui est impossible de poser a priori, parce que cela se joue au-delà de la personnalité individuelle de chaque élève et de leur résultat. Quant aux méthodes d’apprentissage, et bien là aussi, pas de recettes miracles, combien de fois, d’autres professeurs pourront en témoigner, on se dit « j’ai trouvé un truc génial pour aborder cette notion, je l’ai testé avec telle classe, ça marche vraiment mieux que de le faire comme je le faisais avant » et puis on se rend compte qu’avec une autre classe et bien c’est le flop.
    à l’échelle de l’établissement va se jouer la construction des équipes pédagogiques et au-delà des équipes éducatives. Une administration trop rigide peut tout à fait braquer les personnels et rendre impossible tout travail. A l’inverse, une direction laxiste, c’est à dire incapable de prendre ses responsabilités peut conduire aux pires des aberrations.
    Dans les propositions, je m’interroge également beaucoup sur le principe d’autonomie. Aujourd’hui, le davantage d’autonomie des établissements dans le contexte d’économie de moyens se traduit très clairement par une guerre de territoires entre les disciplines au détriment de l’intérêt des élèves. « Si on ne recrute pas suffisamment dans la filière, on va perdre un poste », « tel nouvel enseignement revient de droit à telle discipline », à nouveau dans une logique non de compétences et d’intérêt pédagogique mais d’intérêt en terme de sauvegarde de postes ou encore d’intérêt individuel du professeur pour tel enseignement. Quant à l’autonomie des professeurs, je me suis beaucoup amuser à lire la mention de liberté pédagogique, lorsque dans les programmes on nous explique que l’on doit aborder telle notion, dans le cadre de tel questionnement, en prenant tel exemple, et en employant telle démarche. Sans compter la progression que l’on doit prévoir sur l’année. Pour moi, cela relève tout simplement d’un manque de confiance dans le savoir-faire pédagogique du professeur et d’un oubli de la curiosité des élèves, bien meilleur moteur de l’apprentissage que des questionnements pré-mâchés auxquels on cherche artificiellement à les intéresser.
    Quant à la proposition qui me fait bondir, c’est celle de M. Valls sur la rémunération des professeurs de ZEP. Effectivement enseigner à Neuilly ou à Argenteuil n’a rien à voir. Mais cette rémunération supplémentaire (qui existe déjà de façon marginale sous le nom de prime ZEP, et de bonifications de points pour les mutations) entrainerait (et entraine déjà) un effet pervers terrible, à savoir que certains profs iront en ZEP, non parce qu’ils l’ont choisi pour l’intérêt pédagogique que cela représente et pour l’intérêt que cela peut avoir d’être face à ce public particulier, mais juste pour gagner plus. Personnellement je souhaite retourner en ZEP, et même si on me payait plus pour aller enseigner à Neuilly, je souhaiterais quand même enseigner en ZEP.
    Si les candidats veulent vraiment améliorer le système éducatif, je leur propose tout d’abord de limiter les effectifs (et non de multiplier les soutiens, aides pseudo-personnalisées, etc...) pour que l’enseignant puisse réellement détecter la cause de la difficulté de l’élève et l’aider à y remédier, ou inversement permettre à ceux qui ont des facilités de ne pas s’ennuyer, ce qui peut aussi bien vouloir dire leur laisser plus d’autonomie, leur permettre d’approfondir, ou les aider à ancrer leurs connaissances en aidant ceux qui auraient plus de mal. De ne fixer aux professeurs que des objectifs généraux, leur permettant de mettre en oeuvre une réelle liberté pédagogique et leur laissant la possibilité de découvrir les compétences de chaque élève, et de construire sur cette base les dispositifs pédagogiques nécessaires pour atteindre les objectifs fixés. Ce qui éviterait un fonctionnement du système éducatif à l’élimination.
    Permettre également la possibilité d’allier le manuel et l’intellectuel, en terme de filière et de choix d’orientation mais aussi dans les mentalités des professeurs et là rien de mieux que les établissements polyvalents. Je pourrais continuer longtemps, mais en restant dans les éléments non de changements radicaux qui pourtant m’apparaissent nécessaires, mais dans l’amélioration de l’actuel, il s’avère plus que nécessaire de réformer le système de mutations, qui aboutit tel qu’il est construit à des non-sens totaux, du genre machin est nommé à X alors qu’il voulait aller à Y et bidule se retrouve à Y alors qu’il rêve d’être à X.
    Enfin, pour conclure, je voulais souligner que le respect de l’enseignant, et de l’école, ne se bâtit pas sur des apparences, mais sur la construction d’une relation de confiance mutuelle, de construction d’une réelle autonomie (qui implique la responsabilité de ses actes) passant par le biais du savoir et de l’expérience (et de toutes les expériences, pas simplement celle du professeur, mais aussi celle des autres adultes, je pense en particulier aux agents de service qui sont souvent oubliés alors qu’ils ont beaucoup à apprendre), et non sur la peur et le contrôle permanent. La mission première de l’école reste et restera pour moi la formation d’esprits critiques, capables de trouver une place dans la société en toute connaissance de causes, et non de formater à une idéologie ou à une autre, ce qui implique la maitrise des codes de la société, mais aussi de leurs sens.

  • Cannibal Ferox-
    Cannibal Ferox-
    mangeur de chouineur
    • Posté à 23h33 le 06/09/2011
    • Internaute 159072
      mangeur de chouineur

    La mienne. Celle que j’arpente en discutant de tout et de rien avec les kids, qui jamais ne m’octroient un blanc seing.

  • yoyo10
    yoyo10
    Etudiant à l'Ecole Centrale (...)
    • Posté à 00h25 le 15/10/2011
    • Internaute 80059
      Etudiant à l'Ecole Centrale (...)

    Aucune de toutes celles-ci. Marre des projets d’école faits par des gens qui n’y ont pas foutu les pieds depuis 30 ans, strict minimum.
    Demandez donc aux acteurs ce qui leur paraît cohérent pour remettre l’école sur pieds : les enseignants, les parents d’élèves, les assistants d’éducation... mais aussi les étudiants qui sont nettement plus proches de leur scolarité, tout en ayant un peu de recul quand même. Et les associations et acteurs qui agissent d’une manière ou d’une autre dans l’école.
    A partir de ces données, peut-être arrivera-t-on à remonter un système éducatif correct. Je doute qu’aucun des programmes décrits ci-dessus aie vécu ce processus...

  • yoyo10
    yoyo10
    Etudiant à l'Ecole Centrale (...)
    • Posté à 00h25 le 15/10/2011
    • Internaute 80059
      Etudiant à l'Ecole Centrale (...)

    Aucune de toutes celles-ci. Marre des projets d’école faits par des gens qui n’y ont pas foutu les pieds depuis 30 ans, strict minimum.
    Demandez donc aux acteurs ce qui leur paraît cohérent pour remettre l’école sur pieds : les enseignants, les parents d’élèves, les assistants d’éducation... mais aussi les étudiants qui sont nettement plus proches de leur scolarité, tout en ayant un peu de recul quand même. Et les associations et acteurs qui agissent d’une manière ou d’une autre dans l’école.
    A partir de ces données, peut-être arrivera-t-on à remonter un système éducatif correct. Je doute qu’aucun des programmes décrits ci-dessus aie vécu ce processus...

  • Aller à la page
  • 1
  • 9
  • 10
  • 11