decryptage 04/09/2011 à 11h57

Face au mal : « Melancholia » ou « La Piel que habito » ?

Tina Harpin | doctorante

Le dernier Almodovar (« La Piel que habito ») et le dernier Lars Van Trier (« Melancholia ») n’ont a priori pas grand chose en commun si ce n’est leur étrange beauté glauque et les éloges qu’ils ont récoltés. Pourtant, un choc comparable naît de ces deux expériences de cinéma, qui n’est pas seulement l’effet de l’esthétique originale de ces réalisateurs géniaux. Si l’un et l’autre film ébranlent, c’est parce qu’ils nous confrontent à une même question métaphysique : le problème du mal.

Le film fantastique de Lars Van Trier et le thriller d’Alomodovar mettent en scène des univers clos étouffants : dans « Melancholia », la Terre même ; dans « La Piel que habito », la demeure d’un inquiétant médecin. D’un côté, le mal est mélancolie, sentiment qui ronge de l’intérieur et empêche de vivre ; de l’autre, ce sont les horribles opérations menées chez lui par un chirurgien qui a perdu tragiquement femme et enfant. Les deux films dévoilent comment les personnages échappent à l’enfermement et ce faisant, donnent chacun une définition du mal et de sa possible résolution.

« Melancholia » : le néant qui soulage

Centré sur la soirée de noces de Justine, la première partie de « Melancholia » exhibe le fiasco de son mariage, la démission de chez son employeur et la tension existant à un degré presque pervers au sein de sa famille. La jeune mariée rayonnante révèle son vrai visage : celle d’une inguérissable mélancolique, sujette à l’abasie. L’impossibilité de marcher dit à elle seule l’un des questionnements du film : où aller ? Où donc se diriger ? Le mariage saccagé désacralise l’un des rites révérés de nos vies. Le conte est piétiné. Elle ne fut pas heureuse et n’aura jamais d’enfants. (Voir la bande-annonce)

La jeune blonde pétillante et ses maux incompréhensibles sont à l’image de notre monde habité par le mal. Le film accentue la métaphore en faisant entrer en scène la planète « Melancholia », aperçue dans le ciel par l’héroïne. L’astre, menaçant la terre, incarne le mal subi par Justine, la supériorité du principe de mort sur le principe de vie. On n’ira nulle part, si ce n’est au néant.

« Melancholia » n’est pas un film catastrophe car la fin n’angoisse pas mais soulage : le bien associé à la vie n’est plus souhaité, la première partie ayant montré sa vanité. Dépressif, le film résout le mal par la mort. Lars Van Trier, après avoir posé que le mal est en chacun de nous, nous sacrifie généreusement tous, en nous écrasant avec une planète couleur de lune.

« La Piel que habito » : l’espoir au bout de la nuit

« La Piel que habito », guère plus euphorisant, pourrait se résumer à la vengeance sadique d’un docteur fou. Mais dans sa mise en scène très esthétisée du mal, c’est la vengeance in extremis de la victime qui frappe. Le héros n’est pas Roberto mais Vera qui en réchappe, ouvre et ferme le film, et dont la voix s’entend dans le titre. Séquestrée apparemment soumise, elle se retourne contre celui qui lui a volé son identité sur la table d’opération. (Voir la bande-annonce)

Les infortunes de la vertu ont une limite chez Almodovar : celles de la revanche et de la résistance. Pendant que Lars Van Trier joue avec des personnages doubles, amoraux, Almodovar lui, maintient la frontière entre bon et méchant.

Si « Melancholia » nous convie simplement à attendre la fin, le film d’Almodovar, aussi austère soit-il, ménage une issue à la vie et à la liberté : la fuite de Vera est refus du nihilisme. Loin d’être un bête happy end, ce final retient le ferment de terreur distillée par le film. Dans cette oeuvre tout en flash back, le retour au présent appelle à reprendre la vie là où les pervers l’ont interrompue, tout en restant conscient du mal.

Le cinéma d’Almodovar est encore un cinéma militant, fort de la mémoire du passé douloureux du franquisme. A l’opposé, Lars Van Trier sublime l’acceptation de la fin des temps et des morales.

Distribution des rôles : innocents et coupables

« La Piel que habito » garde des innocents (des vrais, comme la belle comateuse de Hable con Ella, l’enfant prostitué de Que He Hecho Para Merecer Esto ? , les abusés de La Mala Educacion...) et d’ authentiques salauds (qu’on les haïsse, qu’on les méprise ou qu’on en tombe amoureux comme dans La Ley del Deseo).

Lars Van Trier ne tranche pas tant les rôles. Avant l’approche de « Melancholia », Justine paraît naïve, capricieuse, folle, traumatisée, paralysée : que lui est-il donc arrivé ? Secret d’enfance violée ? Impossible : Lars Van Trier n’offre pas une réplique de Festen mais une création cosmique, anti-réaliste. Nourrie au fiel de la mère et au spectacle de l’écrasement continuel du père, Justine n’est ni bonne ni méchante, ni victime ni coupable. Elle est un alien, catalyse le mal, le comprend, l’excite.

Le dialogue impossible avec le père laisse-t-il soupçonner quelque transgression inavouée ? La scène de bronzage à la lumière de « Melancholia » suffit à changer l’éclairage des faits. En bonne héroïne sadienne, Justine n’a demandé à son père de rester le soir de ses noces que parce qu’elle tisse toujours, comme malgré elle, le scenario du pire (ici, l’inceste). Le benêt paternel n’est ni cause de son mal ni bourreau ; d’ailleurs il part, suivi de près par le pathétique amoureux, sans demander son reste.

Les femmes doubles, la blonde et la brune, Claire pas moins fragile que sa soeur et Justine pas moins protectrice, demeurent seules avec l’enfant : image d’un espace humain désormais défait, réduit au petit cercle des antagonismes réconciliés. L’explosion finale de la Terre accomplit l’abrasement du mal sans jugement, sans expiation ni téléologie.

L’histoire de peau(x) qu’est « La Piel que habito » est adaptée du polar « La Mygale » de Thierry Jonquet. Le mal s’inscrit dans un rapport de forces net, ciselé dans les chairs. Il est action et non état mélancolique diffus. Pas de paroles assassines comme dans Lars Van Trier : le seul langage est le faire. Roberto parle peu et agit. La parole est frappée d’interdit.

Norma, avant son suicide, a perdu l’usage des mots, et ne s’exprime que par son corps malade. Vera la prisonnière, inspirée par les yogas sutras, respire et écrit qu’elle respire pour récupérer souffle et vie. Dans la demeure aux allures de manoir gothique s’accomplit non pas l’inceste mais le voeu fou de l’incestuel : « faire peau commune » (Racamier).

Abandon versus résistance, nihilisme versus rétribution

Vera dépend de son bourreau par son épiderme même, et par les soins constants qu’il nécessite. Roberto a fait d’elle sa chose, en lui imposant l’enveloppe charnelle qui lui rappelle les femmes aimées et disparues. Le rapport de forces conduit néanmoins à la confrontation des opposés et non à leur réunification-désintégration comme dans « Melancholia ». Même si les premières images donnent à voir une artiste du yoga, l’idéal de non-violence est exclu.

Justice est faite dans le film du cinéaste espagnol : pas une apocalypse, mais une vengeance sanglante suivie d’émouvantes retrouvailles. La loi du talion.

Almodovar dit qu’il n’a pas fait un film sur le bien et le mal mais une oeuvre qui laisserait au spectateur une impression de terreur. Pourtant, le spectateur peut aussi quitter la salle avec une relative satisfaction : celle d’avoir vu Vera la triturée-recousue-renommée, en découdre avec l’artiste du scalpel. Almodovar assigne des positions stables au bien et au mal et préserve l’idée de justice. En ce sens, il est bien le cinéaste issu du mouvement créateur né de la fin d’une terrible dictature.

« Melancholia » et « La Piel que habito » choquent parce que tous deux rendent compte magistralement de la dysphorie de notre époque, et des divergences de nos réponses humaines (trop humaines ?) face au mal. Si Lars Van Trier porte à l’écran une magnifique démission, Almodovar défend plutôt la veuve et l’orphelin contre les puissants. Face au mal, l’abandon ou la résistance, Justine ou Vera. On ne s’étonnera pas que des deux cinéastes, ce soit le premier qui ait dérapé sur le nazisme (no comment) et que le second incarne toujours le cinéma effervescent de la movida, bien qu’il ait répudié depuis son humour, pour mieux enfoncer ses clous (ou plutôt ses seringues).

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  • Albufera
    Albufera
    Observateur.
    • Posté à 13h46 le 04/09/2011
    • Internaute 29241
      Observateur.

    Je vous lis avec beaucoup de plaisir, constatant que le commentaire et la critique partagent avec la psychanalyse cet avantage de pouvoir gloser sur tout, éveillant de l’ intérêt pour des choses a priori les plus inintéressantes : l’ interprétation de la vie de la concierge recluse dans sa loge devient palpitante. La critique dépasse parfois l’ oeuvre souvent présentée sous forme de serrures pour laisser croire qu’ on en détient la clé (je crois que c’ est Julien Green qui remarquait ceci). Les deux films dont vous parlez ont recueilli des éloges (l’ utilisation de Wagner : quelle horreur ! La partie de rigolade dans la salle de cinéma durant les moments tragiques du film d’ Almodovar !). mais pas seulement ou alors vous ne nous parlez que du verre à moitié plein.

  • Blangis
    Blangis
    chômeur en formation à l'IUFM
    • Posté à 16h26 le 04/09/2011
    • Internaute 168975
      chômeur en formation à l'IUFM

    Le dernier Almodovar est un grand film, autrement meilleur que le dernier Van Trier.

    Pour ma part, je suis tout à fait d’accord avec Murat, journaliste de Télérama. Mélancholia est un film très prétentieux : au motif de la fin du monde, le réalisateur moque le quotidien, la répétition - Gainsbourg est ridiculisée ainsi qu’en témoigne la scène de la bagnole électrique ou le fait que Dunst ait le dernier mot pour clore l’affaire qui nous concerne tous -, tout comme son mari, qu’on retrouve suicidé dans l’étable du coin. Il valorise le cynisme en plastique (en plastique parce que la fin est programmée à courte échéance) de Rampling et Dunst. On est loin, très loin, des oeuvres d’un Céline, d’un Sade ou d’un Philippe Muray (ah, le 19e siècle à travers les âges....).

    C’est un film dans l’ère du temps finalement. Pompeux à souhait, que tout le monde appréciera parce qu’il est « beau », parce qu’il est de Van Trier, parce qu’il est « grandiose ». Hop, hop hop, les sosies, au garde à vous ! C’est un film « génial » !

    • tchitchisauvage
      tchitchisauvage répond à Blangis
      rien
      • Posté à 16h58 le 04/09/2011
      • Internaute 102668
        rien

      N’importe quoi.

    • Blangis
      Blangis répond à Blangis
      chômeur en formation à l'IUFM
      • Posté à 18h07 le 04/09/2011
      • Internaute 168975
        chômeur en formation à l'IUFM

      Ca c’est de la réponse !

  • ledany
    • Posté à 17h54 le 04/09/2011
    • Internaute 9324

    Ce qui me gêne vraiment beaucoup dans le film d’Almodovar (et dans une moindre mesure, dans les Bien-aimés de C. Honoré) est la question de l’argent dans la réalisation et dans le film. Personnellement, je ne vois pas très bien à quoi sert cette représentation-cliché de l’hyper-argent dans le film d’Almododo : Tolède, la super casbah, l’énorme voitoure, une esthétique du clip publicitaire au premier degré. L’ellipse, le montage, les indices disparaissent au profit si j’ose dire d’une débauche de moyens qui font suffoquer (alors que dans Les yeux sans visage de Franju, la DS, la morgue Quai de la Rapée, de la nuit et basta).
    Dans Melancholia, la suffocation ironique par Wagner interposé participe au contraire au drame et le manoir au bord de l’eau fait envie (puissance nord-américaine, élitisme républicain, « maugréements » lorsqu’il s’agit de douiller le taxi prohibitif). Chez Honoré, le transport à Prague est une catastrophe filmique.
    Pour ma part (et je ne voudrais pas faire de la peine au critique de Téléramuche), je ne crois pas un seul instant que Charlotte Gainsbourg soit ridiculisée, au contraire : chapeau bas devant la perf’, non seulement pour la voiturette mais aussi pour les pleurnicheries finales, elle est épatante ; elle l’était déjà dans Antéchrist d’ailleurs.

    • Blangis
      Blangis répond à ledany
      chômeur en formation à l'IUFM
      • Posté à 18h20 le 04/09/2011
      • Internaute 168975
        chômeur en formation à l'IUFM

      - La question de l’argent. Ca gêne de voir que C. Honoré fait prendre le train à Deneuve en 1ere classe. Comme ça genait pour l’excellent Woody Allen à Barcelone. Et comme ça gêne pour Almodovar. Ces 3 films sont pourtant des réussites dans lesquels l’argent n’était pas l’objet principal du film, seulement un moyen.

      « Représentation cliché », « hyper argent », « énorme » etc., les juges n’apprécient guère on dirait, ils sont tout fachés qu’ils ont besoin de masquer leur déception subjective par des éléments soi disant « objectifs ». Alors ils utilisent les thèmes qui raviront les masses : « argent pas bien ». La masse, le nombre, qu’on est t’y pas prêt à tout pour se les mettre de son côté hein ! Ca rassure tellement ! Et l’honnêteté alors ? Pourquoi ne pas dire qu’on a pas aimé, parce que les entrailles ont pas bougé durant le film ? Pourquoi cette « argumentation » vue et revue, d’autant que vous vous contredisez (dans Mélancholia, les personnages semblent ENCORE PLUS RICHES ! ! ! ! ! ! !)

      -Et chez l’autre, le nordique, y’a pas d’« hyper argent » peut etre ? Le manoir, la flotte, les repas, le mariage. Ah non, là on se justifie par la culture, « Wagner » c’est top. Ca fait envie le manoir, c’est tamponné, labellisé « argent acceptable »... Hop, et comme ça le fait qu’on a aimé est justifié, on évite habilement la critique prévisible de ceux qui diront « argent pas bien ». on se les met in the pocket.

      Mais le film d’Almodovar, de quoi parle t-il au fait ? Et le nordique aussi tient ! On a parlé que de fric non ?

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 20h48 le 04/09/2011
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    j’ai bien aimé le film d’aldomovar
    j’ignorais qu’on pouvait y trouver tout ce qui est mis dans l’article
    si j’avais su qu’il fallait etre aussi intelligent pour comprendre ma modestie m’auait interdit d’aller le voir
    mais peut etre que pour aimer le film y a pas besoin

    pour le coté fric du film, ben c’est du cinoche quoi ! ! ! on va pas faire rouler un chirurgien au top dans une voiture de merde
    au cinoche tout est plus beau, faut en prendre son parti
    les filles qui jouent dans les filmes jamais on les voit comme ça dans la « vraie » existence
    elles n’existent qu’au ciné

  • A déménagé le 9-4-2012
    A déménagé le 9-4-2012
    Explore l'indéterminé
    • Posté à 09h36 le 05/09/2011
    • Internaute 22643
      Explore l'indéterminé

    Je n’ai pas vu le film d’Almodovar. Si j’en juge par cette description, on a déjà vu plusieurs fois le même schéma, comme dans La Mauvaise éducation, par exemple.

    En revanche, Melancholia est un très grand film qui fera date, quoi que l’on dise de von Trier. Tout, jusqu’à la tension entre la photographie très « hollywoodienne » du mariage et l’usage mouvementé de la caméra, le hachage du montage, tout y fait sens et apparaît magistralement maîtrisé. Je ne suis absolument pas d’accord sur les conclusions de cette analyse : abandon au mal, nihilisme, « magnifique démission » ( ! ! !), etc, dont le seul but semble être de nous amener à cette facilité qui sent bon la morale consensuelle : « On ne s’étonnera pas que des deux cinéastes, ce soit le premier qui ait dérapé sur le nazisme (no comment). »

    Le film de von Trier se situe sur un tout autre plan : la mélancolie est au contraire révélatrice du mal, qui est dans le conformisme dont la niaiserie abjecte et l’aveuglement est surtout incarnée par le mari de Justine. Le nihilisme (au sens précisément nitzschéen), est en réalité celui de l’ignoble patron de Justine, le publicitaire qu’elle renvoie précisément sur ce point à son néant en lui disant que « rien, c’est déjà trop pour toi ! » La mélancolie, c’est, dans ce film, l’astre d’une authentique liberté anarchiste contre la bêtise, la soumission au « c’est comme ça », le renoncement à toute révolte, le « think positive », etc.

    Cet autre plan est celui du fantastique, de la métaphysique dont le cinéma permet la théâtralisation et cela ne permet en aucun cas d’en déduire linéairement la vision du monde de von Trier. Nous savons que Mélancholia est un film, une fiction, et le climat onirique ne cesse de le rappeler. Cette dissociation du réel permet de s’interroger sur l’impensable, l’impossible et de s’affranchir des entraves de la vraisemblance pour ouvrir la pensée aux puissances de l’imagination.

    Édit : Lien

    • Blangis
      Blangis répond à A déménagé le 9-4-2012
      chômeur en formation à l'IUFM
      • Posté à 10h06 le 05/09/2011
      • Internaute 168975
        chômeur en formation à l'IUFM

      Allons bon, quelle belle tartine ! Pis bien beurrée, tout bien étalé hein ! Allez hop Almodovar, expédié, c’est tous les mêmes films de toute façon ! Mais Van Trier, my god, c’est l’extase !

      - La technique, la technique, j’y connais rien moi, je suis un plouc ! Je juge en deux étapes : le mouvement des entrailles pendant le film, à chaud), et ensuite après réflexion, en lisant certaines critiques et en me positionnant. A froid donc. La technique disais-je, moi j’en ai rien à foutre. Elle est au service du reste non ? Ce que je vois :

      - Les personnages terre à terre sont moqués (Gainsbourg, son mari, le mari de Dunst), comme si Von Trier voulait les punir de choisir la vie dans tout ce qu’elle a de plus banal, le quotidien, la répétition, l’élevage des mômes. Quelques scènes en témoignant : la déclaration d’amour du mari de Dunst, le fait que Dunst choisisse comment crever (« et pourquoi pas dans les chiottes dit-elle, moqueuse, à Gainsbourg pour choisir l’endroit de la fin du monde), le suicide du mari de Gainsbourg, la fuite manquée de Gainsbourg en voiture électrique.

      - Par contre les cyniques - c’est à dire la belle Rampling et Dunst - sont érigées en déesses, solitaires, déifiées mêmes. Elles foutent la merde au mariage, mais elles y restent hein ! Un bon bain, la bonne baignoire du château à millions ! Le cheval ! C’est pas Festen exactly my darling ! Elle sent les choses la Dunst, forcément, elle est proclamée (par Van Trier) mélancolique, elle sait donc tout ! Mais elle s’amuse quand même pardi ! Elle a besoin !

      Non mais franchement, cette opposition grossière entre le mélancolique, clairvoyant et devin divin, et le terre à terre, matérialiste et limité, c’est pas un peu puéril ? Barberry, dans l’élégance du hérisson, écrit : “Il n’y a pas plus midinette que le cynique. C’est parce qu’il croit encore à toute force que le monde à un sens et parce qu’il n’arrive pas à renoncer aux fadaises de l’enfance qu’il adopte l’attitude inverse”. Van Tirer ne se remet pas de sa mort prochaine manifestement. Il n’a pas l’air d’y croire même puisqu’il a besoin d’une météorite pour se dire qu’il va crever. Impossible d’aborder la mort autrement pour lui, il risquerait de trembler comme une feuille morte ! Ce film n’est donc pas vraiment mélancolique finalement. Je le trouve puéril : l’histoire d’un réalisateur qui ne veut pas mourir et qui se cache de son inexorable destin par la technique, la matière (la météorite, bien commode). Pis, plus grave, qui crache sur ceux de l’espèce qui ne sombrent pas dans le mutisme et la paralysie, qui prennent le parti du banal quotidien, de la répétition. Aucun espoir pour Van Tirer car c’est un enfant capricieux au plaisir sans bornes, donc forcément déçu.

      En revanche, chez l’espagnol, la réflexion est bien plus intéressante. C’est du Sade : il faut des bornes au plaisir, point de bonheur sans ! Voyez le sort de Banderas, celui de son frère. Pis la place du hasard dans l’histoire humaine, réhabilitée ! Ca fait plaisir, c’est sir rare les libéraux, au sens bien compris du terme ! Voyez la fille de Banderas, si pure, comme elle est massacrée !

      La réflexion est plus intéressante, disais-je : Almodovar souligne, à l’instar d’un Sade, qu’il n’y a point de bonheur dans l’égalité : l’homme se compare, trouve la jouissance l’art de se jauger à autrui. Banderas jouit de Vicente, de cette misérable créature au sort hallucinant. Mais très vite, il est débordé par sa jouissance, à tel point qu’il finira par en crever.

      Le principe du plaisir érigé en dogme disait l’autre, est le plus grand facteur d’aliénation. La société moderne en somme. Tout est dit !

      • A déménagé le 9-4-2012
        A déménagé le 9-4-2012 répond à Blangis
        Explore l'indéterminé
        • Posté à 11h12 le 05/09/2011
        • Internaute 22643
          Explore l'indéterminé

        Bravo, c’est brillant !

         
        • Blangis
          Blangis répond à A déménagé le 9-4-2012
          chômeur en formation à l'IUFM
          • Posté à 12h26 le 05/09/2011
          • Internaute 168975
            chômeur en formation à l'IUFM

          Rassurez vous, ce genre de réponse, aussi courte soi t-elle - alors même qu’on est censé discuter de nos points de vue, se castagner en somme - ravira la masse. Vous aurez donc tout plein d’étoiles.

          Je n’ai pas la prétention d’avoir raison ni d’être brillant. J’expose un point de vue. C’est tout. Outre le fait que votre petit mot ravira la masse, vous fermez la discussion. C’est dommage. Vous auriez pu me critiquer sur tel ou tel ou point, par exemple.

          Il semble que Muray ait bien raison : nous vivons dans une société du monologue, de la foule solitaire, des particules élémentaires, pour reprendre Houellebecq. Une société de masse où la critique est devenue impossible. Preuve en est !

          • A déménagé le 9-4-2012
            A déménagé le 9-4-2012 répond à Blangis
            Explore l'indéterminé
            • Posté à 17h04 le 05/09/2011
            • Internaute 22643
              Explore l'indéterminé

            Comme je le répondis à un autre riverain récemment, je ne me soucie pas de récolter des « étoiles » et je ne forme donc pas mes réponses en fonction de cela. Mais, comme votre commentaire me semble témoigner d’un point de vue diamétralement et nettement opposé au mien, je ne peux qu’en prendre acte sans plus m’en formaliser. Dans ces conditions, je ne souhaite pas passer du temps à répéter ce que j’ai déjà écrit et qui répond par avance à votre objection massive, étant donné cette parfaite symétrie.

        2 autres commentaires
      • Quelqu-une
        Quelqu-une répond à Blangis
        sans
        • Posté à 14h07 le 05/09/2011
        • Internaute 168978
          sans

        Je n’ai pas vu ces deux films, et je voulais m’en faire une idée à partir, après lecture d’autres critiques, des commentaires et de l’article.

        Vous réclamez vous-même des critiques, les voici :

        - votre agressivité est extrêmement pénible (Ceci ne porte bien sûr pas sur le films).
        - j’aimerais que vous traduisiez ce passage de vous : « Pis la place du hasard dans l’histoire humaine, réhabilitée ! Ca fait plaisir, c’est sir rare les libéraux, au sens bien compris du terme », car je ne vois pas le rapport entre le hasard, les libéraux au sens bien compris du terme du terme, et ce que j’ai appris du film (qu’encore une fois je n’ai pas vu). Quels liens entre le hasard, le libéralisme au sens bien compris du terme (merci de préciser le sens en question, c’est surtout cela qui m’intéresse, vu le nombre de sens que l’on donne à ce mot, et qui sont essentiellement politiques, enfin je le croyais), et le principe (sadien, si je vous ai lu correctement) du plaisir érigé en dogme ?

         
        • Blangis
          Blangis répond à Quelqu-une
          chômeur en formation à l'IUFM
          • Posté à 14h47 le 05/09/2011
          • Internaute 168975
            chômeur en formation à l'IUFM

          - Allons bon, je ne suis pas agressif ! On va pas se passer du beurre quand même ! C’est bien aut’chose l’agressivité ! Je donne un avis à partir d’un commentaire et j’essaie de mettre les choses comme je les pense ! Il ne me semble pas que je manque de respect à mon interlocuteur !

          - La place du hasard : la fille de Banderas, belle et innocente, et dont la mère se suicide après un terrible accident de voiture. Puis qui se fait violer à une petite soirée grandiloquente alors qu’elle était douce comme un agneau ! Elle était manifestement destinée, en tant que fille de médecin, à bien autre chose ! Manque de pot, le suicide de la mère et le viol empêche le piaf de suivre le cours tranquille de son existence !

          - autre exemple : le frère de Banderas, qui a survecu a l’accident et qui bousille la petite mécanique de Banderas en s’introduisant dans la maison et en précipitant ce qui suivra !

          - Le hasard a une place prépondérante dans l’histoire humaine, mais on le calfeutre toujours sous des théories systémiques, belles et séduisantes, qui s’acharnent à tout prédire, à tout expliquer. Pensez donc : l’idéologie du progrès, en vogue depuis les lumières, ne tolère rien qui lui échappe ! « moins on adhère au réel, plus on rêve de révolution » disait Aron ! C’est a dire que moins on accepte de voir le réel comme une pluralité, plus on rêve d’unité. Nos émeutes de 2006 par exemple... Pourquoi éclatent elles subitement après la mort des deux jeunes dans le local EDF alors que les conditions d’existence (taux de chomage structurellement fort, etc.) en banlieue était les mêmes 10 ans avant ? Pourquoi la révolution francaise éclate t-elle en 1789 alors que les conditions étaient plus rudes 10 ans auparavant (voir l’excellent « L’ancien régime et la révolution de Tocqueville) ?

          - Almodovar, dans ce film, montre que Banderas, emporté dans sa fièvre et un désir sans bornes (il fait sortir son cobaye de prison parce qu’il veut retrouver sa femme en dépit des dangers) finit par en crever.... Sade, dans son oeuvre, souligne que le plaisir érigé en dogme, sans bornes donc, conduit à l’aliénation car sans règles, il n’a plus aucun fond et l’homme n’est donc jamais satisfait. Il s’éloigne donc du bonheur. C’est une critique en filigrane de notre société contemporaine où la dimension citoyenne a été totalement supplantée par la consommation, où malgré la paix régnante les dépressions se font plutôt nombreuses...

          - Le libéralisme est une doctrine qui ne se limite pas à la dimension politique. C’est avant tout une posture, une manière d’interroger le monde, une manière de penser, contre soi précisément, contre ses certitudes, contre la tentation systémique évoquée ci dessus, séduisante en ce qu’elle ne laisse rien inexpliqué ; ce qui aurait la vertu, pensent les hommes, de réduire leur angoisse (ce qui est illusoire)...

          • Quelqu-une
            Quelqu-une répond à Blangis
            sans
            • Posté à 17h57 le 05/09/2011
            • Internaute 168978
              sans

            Je vais faire court.
            Les Lumières (auxquelles ne remonte pas la théorie du progrès) étaient pour nombre de ses représentants dubitatrices sur la possibilité d’un infini progrès, et certes ne l’avaient pas conçu comme on nous le vend, sur un mode de « croissance » (économique) toujours croissant. Diderot doutait beaucoup, par exemple, de « la place du bien » (voir par exemple « Le Voyage de Bougainville ») : ce n’est pas une citation de Diderot, mais seulement une formule de ma part. Et elles, je parle des Lumières, étaient loin d’affirmer que rien ne resterait inexpliqué. C’est tout le contraire, pour la plupart d’entre elles, enfin, d’entre eux.
            Quant au rôle du hasard, qui le nie, à part peut-être quelques fondamentalistes religieux de tous les temps et de toutes les religions ?
            Sur le film, ainsi, que je l’ai dit dès le début de notre conversation, je ne peux pour l’instant pas avoir d’avis.
            Il me semble cependant que vous mêlez bien des « concepts » qui n’ont pas grand-chose à voir entre eux.
            Et que vous êtes fort enflammé, voire agressif, ce qui n’est pas forcément un signe de lucidité.
            Merci cependant de m’avoir répondu.

            • Blangis
              Blangis répond à Quelqu-une
              chômeur en formation à l'IUFM
              • Posté à 10h11 le 06/09/2011
              • Internaute 168975
                chômeur en formation à l'IUFM

              - Les lumières et le progrès, c’est tout de même plutôt lié non ? Cette idée de progression vers l’unité, de maîtrise de l’homme de plus en plus poussée, de tout contrôler, cet optimisme qui atteindra ensuite son paroxysme au 19e avec les tables tournantes d’Hugo et les évangiles de Zola, avec Comte le positiviste. Idée de progrès ne signifie donc pas exclusivement « croissance », un peu comme pour le libéralisme, qui ne se réduit pas à sa dimension politique.

              - Le rôle du hasard est nié par les marxistes ma chère par exemple. Les fondamentalistes, c’est bien autre chose. Ils (les marxistes) expliquent tout, le monde, le réel, à partir d’un versant, l’économique, la domination, l’aliénation. Tu donnes un argument contraire et hop, ils retombent sur leur pattes, toujours. L’Histoire est éclairée entièrement à la lumière du matérialisme historique, tout, la révolution, la grande, la belle, celles qui suivront, sont sacralisées. Elles ont un sens, sont une étape vers un grand tout imminent. Ils vous le diront encore pour les révolutions arabes. Annonciatrices je vous dis ! C’est aussi ca cette notion de progrès que j’évoquais, qui guide nos pas comme dirait Ophélie Winter (sic).

              Pour le reste,je suis habitué à ces éternels retours.

              Au plaisir,

        3 autres commentaires
    • Tina Harpin
      Tina Harpin répond à A déménagé le 9-4-2012
      Auteur(e) de l'article doctorante
      • Posté à 21h12 le 05/09/2011
      • Internaute 51981
        doctorante

      Pour vous répondre : « Lars Von Trier n’offre pas une réplique de Festen mais une création cosmique, anti-réaliste. Nourrie au fiel de la mère et au spectacle de l’écrasement continuel du père, Justine n’est ni bonne ni méchante, ni victime ni coupable. Elle est un alien, catalyse le mal, le comprend, l’excite » : vous croyez me contredire quand vous affirmez : « Le film de von Trier se situe sur un tout autre plan : la mélancolie est au contraire révélatrice du mal, qui est dans le conformisme dont la niaiserie abjecte et l’aveuglement est surtout incarnée par le mari de Justine ». Relisez donc ma critique, je ne fais que dire que Justine, sa mélancolie, et la planète métaphorisent le mal et le révèlent. Et qui fait ici une petite leçon de « morale consensuelle » si ce n’est vous, dans votre belle formule sévère contre ce que vous appellez le conformisme, la niaiserie et l’aveuglement ? Comme vous le voyez, juger les autres comme de petits moralistes n’est pas argumenter ni faire avancer la pensée ou les idées. Permettez donc que je vous trouve d’une injustice facile : vous invalidez mes conclusions comme si vous n’aviez pas lu ce qui précède et vous me faites en plus un procès d’intention. Je n’ai pas cherché à déduire la vision du monde selon Von Trier en quelques lignes : où voyez-vous cela ? Ses propos sur le nazisme ne méritent pas de commentaire selon moi (et je dis bien selon moi, un autre écrira ce qu’il veut) mais je les évoque car cela a été dit, proféré et que l’on ne peut pas l’effacer. A moins de s’autocensurer tous, on a le droit d’y penser, d’y réfléchir et je pose ici une piste de réflexion, je n’assène pas une vérité dogmatique sur Lars Von Trier et sur tout son cinéma ! J’analyse à ma manière son film Melancholia, je soumets mon interprétation.
      « Le nihilisme (au sens précisément nitzschéen), est en réalité celui de l’ignoble patron de Justine, le publicitaire qu’elle renvoie précisément sur ce point à son néant en lui disant que “rien, c’est déjà trop pour toi !” » : Vous avez raison de dire que nous ne sommes pas d’accord sur ce point. Oui Justine renvoie son patron publicitaire à son propre néant, mais c’est après l’avoir bien servi, comme publicitaire elle-même. Vous avez l’air d’en faire une figure de révoltée, mais la petite Justine a presque tout accepté avant de laisser tomber son cher patron : elle s’oppose seulement quand elle n’en peut plus, et quand elle est entrée en phase de destruction. Son opposition n’est pas celle d’une « liberté anarchiste », c’est un mouvement d’humeur subit, et inutile (puisque cela ne change rien au cours des choses). Elle ne démissionne pas par prise de conscience, contestation du système ou provocation. Justine est tout sauf libre même quand elle démissionne, puisque c’est le monde qui l’enchaîne comme il nous enchaîne tous. Sa mélancolie révèle dramatiquement cette absence de liberté quand elle prend la forme des crises d’abasie, de la régression, des pleurs et du repli sur soi. Comment dès lors, pourrait-elle être dans ce film, « l’astre d’une authentique liberté anarchiste contre la bêtise, la soumission au “c’est comme ça”, le renoncement à toute révolte, le “think positive”, etc » ? La mélancolie n’est pas liberté, mais démission dans Melancholia : refus certes du conformisme (le mariage, etc.) mais par impossibilité (Justine n’y arrive pas, même si, dit-elle, elle a essayé) et indifférence morale. La Justine qui renvoie son patron au néant est celle qui lui a pondu quantité de slogans et a joui, amoralement [et je dis bien amoralement et non immoralement], de l’argent ainsi gagné. Contrairement à vous, je ne vois pas là un modèle de liberté anarchiste, mais je pense que Lars Von Trier interroge assez tristement la place de l’artiste dans notre monde via la figure de Justine. Justine n’a pas sa place dans le monde comme créatrice parce qu’on y veut des « slogans », Justine ne fera plus de slogans, Justine ne peut plus parler, ne peut plus communiquer, est un corps qui tremble, se crispe, etc : tout cela avant le renversement qu’opère le rapprochement de la planète. La mort est seule libératrice : le rien qui sauve.
      Comment le film pourrait-il « ouvrir la pensée aux puissances de l’imagination » si tout finit par le néant et par son acceptation ? Quelle place voyez-vous accordée à l’imagination dans la « cabane magique » ? Pour qu’il y ait imagination encore faut-il qu’il y ait vie, et espoir de vie. Votre conclusion, à mon avis, ne rend pas justice au film. Je ne sais pas si le cinéma permet la « théâtralisation » du métaphysique (que vous associez confusément au mot de « fantastique »), et je doute encore plus de votre argument sur la fiction. Pourquoi arguer du fait que Melancholia soit une « fiction » (merci, on ne s’en était pas rendu compte !), onirique ou pas (c’est encore discutable), pour clore le débat ? Je trouve que c’est sous-estimer la richesse du film de Lars Von Trier que de le réduire à une réflexion floue sur « l’impensable » et « l’impossible ». Melancholia est un film ancré dans le réél, si j’ose dire : les bottes (de luxe) dans la boue (pour reprendre l’image de Claire qui tente de fuir avec son enfant au début et à la fin du film) et la tête dans le cosmos. Gardons au moins cette double dimension. Melancholia invite à penser au Mal, au malheur, et à la fin du monde de façon concrète (la boue), en nous faisant éprouver le temps d’une séance de cinéma ce que cette fin pourrait être (la dispersion dans le cosmos). C’est un film qui, en ce sens, parle à tout le monde, est à tout le monde, et n’appartient fort heureusement pas qu’aux esthètes ou aux spécialistes !

      • Quelqu-une
        Quelqu-une répond à Tina Harpin
        sans
        • Posté à 21h51 le 05/09/2011
        • Internaute 168978
          sans

        Je n’ai pas lu votre réponse. Je souhaiterais des paragraphes...

         
        • Tina Harpin
          Tina Harpin répond à Quelqu-une
          Auteur(e) de l'article doctorante
          • Posté à 22h53 le 05/09/2011
          • Internaute 51981
            doctorante

          la forme plus que le fond ?

          • Quelqu-une
            Quelqu-une répond à Tina Harpin
            sans
            • Posté à 00h03 le 06/09/2011
            • Internaute 168978
              sans

            Non, l’ophtalmo dépassé. Mais d’une certaine manière, on peut dire comme vous dites...

        2 autres commentaires
      • Blangis
        Blangis répond à Tina Harpin
        chômeur en formation à l'IUFM
        • Posté à 22h04 le 05/09/2011
        • Internaute 168975
          chômeur en formation à l'IUFM

        Très intéressant !

        Et entièrement d’accord sur le cas Justine et le fait qu’elle ne démissionne qu’après avoir su que tout était perdu.

        Votre interprétation du film à propos de la place de l’artiste me convainc tout autant d’ailleurs !

        Pour le reste, ce film ne m’a plus qu’à moitié : je trouve que son réalisateur s’y peint comme un enfant mal torché ! Un vilain morveux en somme !

      • A déménagé le 9-4-2012
        A déménagé le 9-4-2012 répond à Tina Harpin
        Explore l'indéterminé
        • Posté à 09h50 le 06/09/2011
        • Internaute 22643
          Explore l'indéterminé

        Merci infiniment pour cette réponse passionnante et si riche ! Je suis navré de vous avoir donné l’impression de vouloir clore le débat, voire d’en priver quiconque. J’espérais justement une réponse et je suis donc ravi de cette discussion.

        Pour commencer par ce qui est peut-être le moins intéressant, je n’ais moi-même aucune complaisance pour la provocation de Lars von Trier à Cannes, comme en témoignent ces commentaires de mon cru :

        Lien

        Lien

        En revanche, la réaction bien-pensante qui s’en est suivie lui donne un autre éclairage, car je ne crois guère que le cinéaste ait une quelconque sympathie pour le nazisme et il est pour moi évident que ce n’était pas le sens de ses propos. Cela n’enlève rien à la responsabilité de toute personne publique dans la maîtrise de sa parole. Ce « lapsus » intervient cependant dans un contexte pesant de « sacralisation » de l’histoire de l’extermination dénoncé avec finesse par Camille de Toledo (Le Hêtre et le bouleau. Essai sur la tristesse européenne), par exemple.

        Je suis tout à fait d’accord avec vous sur ce point : « je pense que Lars Von Trier interroge assez tristement la place de l’artiste dans notre monde via la figure de Justine. Justine n’a pas sa place dans le monde comme créatrice parce qu’on y veut des “ slogans ” ». Cela me paraît aussi central dans ce film et donne tout son sens, à mon avis, aux références picturales (et peut être aussi à la musique) : les préraphaélites et l’expressionnisme en particulier, de même que montrer au début le tableau de Brueghel l’Ancien (Les chasseurs dans la neige, si j’ai bonne mémoire) est en même temps un hommage à Solaris de Tarkovski où ce tableau est longuement filmé. Dans le fond, cette question de la place de l’artiste est celle de la solitude, que l’artiste passe pour affronter tout particulièrement.

        Mais je suis plutôt dialecticien. Aussi je ne pense pas que l’aliénation passée et supposée de Justine interdise de voir dans son attitude un acte de liberté anarchiste. L’émancipation peut être conçue comme un désir, un processus qui attend son occasion. D’autant qu’il y a des indices que son état dure déjà depuis un certain temps. Personnellement, je vois donc son affinité intime avec la planète Melancholia comme ce qui va lui donner la force de rompre et de dire le vrai, de s’émanciper. Bref, pour devenir une figure de la révolte, il n’est pas besoin nécessairement d’une révoltée « de naissance », si j’ose dire. Une conversion radicale peut avoir au moins autant de force exemplaire, qu’une vie entière de militantisme. Voyez Gertrud de Dreyer, par exemple. Nous touchons là au « christianisme » sous-jacent, parfois plus explicite dans d’autres oeuvres, mais toujours présent, kierkegaardien, bien entendu, de Lars von Trier : le « saut dans la foi » et le basculement dans la dimension « religieuse » de l’existence. J’ai revu récemment L’Hôpital et ses fantômes (le titre danois : Riget, c’est-à-dire le royaume) et je me suis aperçu que Drusse, la vieille dame qui parle aux esprits, citait presque mot pour mot des passages du Concept d’angoisse de Kierkegaard.

        Selon moi, la planète ne métaphorise pas le mal, elle représente la force d’attraction qui arrache de façon décisive Justine à l’aliénation de cette société là (je ne dis pas sociale en général). Elle peut représenter le mal aux yeux de Claire et de son mari, mais c’est leur monde qui est le mal pour Justine (« life is evil », dit-elle, mais ce n’est pas une condamnation a priori). La beauté de la planète n’est pas anodine, tandis que le luxe tout hollywoodien du mariage est de pacotille et dérisoire le confort dans le château, dont la perspective principale est, en revanche, vraiment sublime et semble former comme une vasque en attente de Melancholia.

        Sur le rapport entre fantastique et métaphysique, je dirai que, dans ce film, comme dans tant d’autres de l’histoire du cinéma, le genre fantastique offre des ressources pour ouvrir au métaphysique sans passer par le discours. Lars von Trier se rattache à une « tradition » éprouvée, qui passe aussi par la poésie et la littérature, ne serait-ce que le thème de Faust, de Goethe à... Murnau. Je ne crois cependant rien vous apprendre, mais votre remarque m’incite à le rappeler.

        J’aime beaucoup ceci : « Melancholia est un film ancré dans le réél, si j’ose dire : les bottes (de luxe) dans la boue (pour reprendre l’image de Claire qui tente de fuir avec son enfant au début et à la fin du film) et la tête dans le cosmos. Gardons au moins cette double dimension. Melancholia invite à penser au Mal, au malheur, et à la fin du monde de façon concrète (la boue), en nous faisant éprouver le temps d’une séance de cinéma ce que cette fin pourrait être (la dispersion dans le cosmos). » Nous sommes là encore, avec von Trier dans cette tension (ambivalence aussi) typiquement kierkegaardienne, qui est le ressort même de l’angoisse et aussi du genre fantastique, qui peut être vu comme une sorte de « formation de compromis » qui autorise l’intention métaphysique dans une forme ouverte, non dogmatique. Mais cela procède clairement d’un choix artistique qui s’écarte résolument de la filiation du néo-réalisme italien, me semble-t-il.

        Dès lors, la fiction est, comme la métaphore mais en plus développé, un « comme si », qui n’affirme pas une prédiction ou une vision du monde. Quand bien même elle pourrait rejoindre celle du citoyen von Trier, ce que je ne crois pas, en tant qu’artiste il ne peut qu’aller au-delà et nous ouvrir d’autres voies. Je pense donc que le film ouvre bien aux puissances de l’imagination, en effet, tout simplement parce que nous spectateurs sortirons vivants de la salle de cinéma et pouvons revoir ce film autant de fois que nous le souhaiterons sans en mourir ! Surtout, je crois que von Trier propose un partage radical (dont l’insulte jubilatoire au publicitaire est emblématique) entre le néant effectivement sans espoir du scientisme et de l’intérêt (le suicide du mari de Claire) et le rien fécond de l’art et de la spiritualité, en ce qu’il recèle la possibilité d’autres modes d’existence. Je le comparerai volontiers à une vanité, un memento mori, un avertissement, comme nous y invite, du reste, l’omniprésence des thèmes associés par la mise en scène de la nourriture, des instruments et des arts. Penser la mort, c’est penser l’impensable. Enfin, la planète c’est aussi la métaphore de l’unité perdue, le fantasme de surmonter la séparation et la perte, l’impossible.

         
        • Blangis
          Blangis répond à A déménagé le 9-4-2012
          chômeur en formation à l'IUFM
          • Posté à 10h01 le 06/09/2011
          • Internaute 168975
            chômeur en formation à l'IUFM

          Très intéressant Galibi.

          Pour ma part, peut etre suis un peu radical, mais donnez donc votre avis :

          je considère que parce que la justine, en dépit de sa mélancholie antérieure (qui induit qu’elle était révulsée déjà par le publicitaire), envoi bouler son patron seulement à l’heure de mort, le film de Van Trier est sans espoir, pessimiste et certainement pas anarchiste.

          En effet, il aura fallu non pas que Dunst prenne conscience de sa propre mort (naturelle si j’ose dire) pour qu’elle démissionne, il aura fallu une météorite. Et la, je dis que pour le coup, l’artiste qui sent tout, il est plutôt cynique non ? Pourquoi n’a t-il pas senti son aversion plus tôt ? Parce qu’il n’avait pas conscience de la mort ? Alors même que nous sommes tous amenés à mourir ?

          C’est en ce sens que Van Trier me paraît comme un enfant roi dans ce film, déçu, chialant et crachant sur le monde sa déception de (mort) vivant.

          • A déménagé le 9-4-2012
            A déménagé le 9-4-2012 répond à Blangis
            Explore l'indéterminé
            • Posté à 12h47 le 06/09/2011
            • Internaute 22643
              Explore l'indéterminé

            Déjà il faut se souvenir que tous les films de von Trier baignent dans un climat crépusculaire, de fin du monde. Dès The Element of Crime, le cinéaste annonçait la couleur et ça ne s’est pas arrangé depuis ! Quand à la personnalité que vous lui attribuez, ce n’est nullement ce que je perçois à voir et entendre le personnage malicieux qui se donne dans les entretiens et autres « making of » que j’ai pu voir. Il s’agit, je pense, d’une sensibilité artistique et spirituelle qui se rattache aux grands courants du tragique, via Kierkegaard (peut-être Nietzsche) dont le romantisme fait partie. Il y a d’ailleurs une composante presque anti-moderne qui n’est pas du tout de mon goût (il est très méchant avec Malevitch dans Melancholia), mais je lui pardonne, justement parce qu’elle est chez lui artistiquement féconde et absolument nécessaire en tant qu’aiguillon de la modernité.

            D’autre part, et c’est aussi pourquoi j’insistais sur la notion de fiction, il faut tout de même considérer le fait qu’un phénomène astronomique tel que Melancholia est tout simplement impossible et que von Trier n’est évidemment pas un naïf ! Sa dénonciation du scientisme (c’est aussi une constante chez lui) ne consiste pas en une dénégation des vérités scientifiques. Par conséquent, Melancholia n’est pas réelle, c’est une image et c’est même peut-être la question même de l’image qu’elle pose : séparation et unité. Melancholia est la soeur de Justine, l’image de son désir à la démesure de son impossibilité. Non désir de mort, mais désir de l’Un, qui ne peut être représenté que par l’anéantissement, lequel n’est à son tour que l’image du passage, du dévoilement ultime, par définition impensable, irreprésentable : essayez donc d’imaginer que vous faites corps avec la vérité même dans l’espace et dans le temps ! L’être fini que nous sommes ne peut le concevoir sans le confondre avec sa propre mort. C’est d’ailleurs l’une des paroles les plus sublimes de la Torah, lorsque les juifs disent à Moïse d’intercéder pour eux car ils ne sauraient approcher Yahwé et vivre. Le sens du mot apocalypse veut dire une révélation ultime au seuil du représentable : c’est à mon avis à cette hauteur que se situe avec pertinence l’oeuvre de von Trier parce qu’il a su le penser de l’intérieur même de la question de l’art. ce qui lui confère une teneur artistique et philosophique à la fois qui le place, je crois, au rang de Tarkovski, Bergman, Eisenstein, Murnau, Dreyer... La comparaison est cruelle pour The Tree of Life de Malick, qui n’est parvenu qu’à illustrer un prêche pré-écrit avec des vignettes de National Geographic agrandies.

            • Blangis
              Blangis répond à A déménagé le 9-4-2012
              chômeur en formation à l'IUFM
              • Posté à 14h45 le 06/09/2011
              • Internaute 168975
                chômeur en formation à l'IUFM

              - D’accord avec vous sur le Terrence Malick, qui m’a décu également malgré quelques séances de haut vol.

              - Pour le reste, ce désir d’unité présent chez Justine, qui ne peut trouver de matérialité que dans l’anéantissement, justifie t-il son comportement cynique avec le publicitaire : accepter de bosser pour lui en s’en pleignant malgré tout à l’ultime seconde ? N’y a t-il aucune issue ici bas sinon celle de l’attente, passive, jusqu’au terminus ? Ce désir d’unité justifie t-il l’injustifiable ? La mort des autres, leur mise au diapason ? N’est-ce pas là une conclusion fort dangereuse si elle est traduite sur un plan politique ?

              - Je trouve en effet que c’est un film qui s’inscrit dans la mouvance de la modernité. Et c’est précisément pourquoi il me déplaît, au contraire du Almodovar. La modernité, c’est les tables tournantes ! La magie ! Le retour au paganisme et l’anti christianisme (que ne ferait t-on pas pour revenir au jardin d’Eden).

              - « La piel que habito », au contraire, prend le parti, d’emblée, de l’impossibilité d’unité. La peau comme une frontière écrit Houellebecq, et c’est un peu le cas de le dire pour le coup ! Le Almodovar, c’est l’acceptation du pêché originel et la nécessité de s’en accommoder au mieux. De faire avec comme on dit. Tandis que Van Trier semble laisser croire que le bonheur réside dans le jardin d’Eden, avant la pomme, qui fut pourtant croquée, bectée toute entière, le bon Pedro nous rappelle tous les plaisirs qu’il y a à pousser le roc, toujours toujours et toujours, et ce malgré les éternelles descentes. A s’animer ...

              Mumery, grand alpiniste himalayen écrit : « Le vrai montagnard est l’homme qui tente de nouvelles ascensions. Qu’importe s’il réussit, ou s’il échoue, il prend sa puissance dans la fantaisie ou le jeu de la lutte ». Je trouve que cela résume parfaitement le film d’Almodovar. Voir Vicente se battre (dans sa geôle, où il fait du Yoga, écrit, etc.), trouver la force de retourner chez sa mère, s’accommoder du sort qui lui est fait, c’est tout à fait ça ! Au diable la défaite, seul compte le roc ! Ou l’emmerdement ! Quitte à choisir, Pedro prendra du whisky ! Et pas à moitié vide !

            • Blangis
              Blangis répond à A déménagé le 9-4-2012
              chômeur en formation à l'IUFM
              • Posté à 14h45 le 06/09/2011
              • Internaute 168975
                chômeur en formation à l'IUFM

              - D’accord avec vous sur le Terrence Malick, qui m’a décu également malgré quelques séances de haut vol.

              - Pour le reste, ce désir d’unité présent chez Justine, qui ne peut trouver de matérialité que dans l’anéantissement, justifie t-il son comportement cynique avec le publicitaire : accepter de bosser pour lui en s’en pleignant malgré tout à l’ultime seconde ? N’y a t-il aucune issue ici bas sinon celle de l’attente, passive, jusqu’au terminus ? Ce désir d’unité justifie t-il l’injustifiable ? La mort des autres, leur mise au diapason ? N’est-ce pas là une conclusion fort dangereuse si elle est traduite sur un plan politique ?

              - Je trouve en effet que c’est un film qui s’inscrit dans la mouvance de la modernité. Et c’est précisément pourquoi il me déplaît, au contraire du Almodovar. La modernité, c’est les tables tournantes ! La magie ! Le retour au paganisme et l’anti christianisme (que ne ferait t-on pas pour revenir au jardin d’Eden).

              - « La piel que habito », au contraire, prend le parti, d’emblée, de l’impossibilité d’unité. La peau comme une frontière écrit Houellebecq, et c’est un peu le cas de le dire pour le coup ! Le Almodovar, c’est l’acceptation du pêché originel et la nécessité de s’en accommoder au mieux. De faire avec comme on dit. Tandis que Van Trier semble laisser croire que le bonheur réside dans le jardin d’Eden, avant la pomme, qui fut pourtant croquée, bectée toute entière, le bon Pedro nous rappelle tous les plaisirs qu’il y a à pousser le roc, toujours toujours et toujours, et ce malgré les éternelles descentes. A s’animer ...

              Mumery, grand alpiniste himalayen écrit : « Le vrai montagnard est l’homme qui tente de nouvelles ascensions. Qu’importe s’il réussit, ou s’il échoue, il prend sa puissance dans la fantaisie ou le jeu de la lutte ». Je trouve que cela résume parfaitement le film d’Almodovar. Voir Vicente se battre (dans sa geôle, où il fait du Yoga, écrit, etc.), trouver la force de retourner chez sa mère, s’accommoder du sort qui lui est fait, c’est tout à fait ça ! Au diable la défaite, seul compte le roc ! Ou l’emmerdement ! Quitte à choisir, Pedro prendra du whisky ! Et pas à moitié vide !

              • A déménagé le 9-4-2012
                A déménagé le 9-4-2012 répond à Blangis
                Explore l'indéterminé
                • Posté à 15h23 le 06/09/2011
                • Internaute 22643
                  Explore l'indéterminé

                J’ai bien aimé certains films d’Almodovar que j’ai vus, comme Matador, Femmes au bord de la crise de nerf ou La Mauvaise éducation. J’aime bien ce côté populaire et charnel, le kitsch, la joie de vivre au milieu de la cruauté. Mais j’ai aussi besoin d’autre chose, plus tragique, et ne craignant pas d’affronter certains enjeux philosophiques comme l’art seul le permet. Almodovar et von Trier ne jouent pas sur le même registre et ne remplissent pas la même fonction artistique et philosophique ; ils ne peuvent se substituer l’un à l’autre. Et, de grâce : l’un n’est pas « méchant » ni l’autre « gentil » ! Ce sont deux artistes très différents, c’est le moins que l’on puisse dire et je trouve à peine raisonnable de les comparer, bein que cela ait provoqué cette passionnante discussion. ; -)

                Il n’y a pas de traduction politique de l’art. La propagande est une instrumentalisation des effets de l’art par le politique, mais ce n’est plus de l’art, selon moi. C’est bien pourquoi j’ai critiqué dans cet article l’association entre le film et le scandale de Cannes, qui est une « fausse fenêtre sur la symétrie ». Mais chacun est libre, bien entendu, de commettre des contresens.

                Melancholia constitue une mise entre parenthèses de la réalité donnée, afin de donner accès à un réel autrement inaccessible, nécessairement occulté par l’expérience quotidienne immédiate. Si j’ai concédé dans une autre réponse la part de « réalisme » du film, c’est qu’elle y est bien mais prise à l’intérieur d’une tout autre dimension dans laquelle elle ne peut subsister telle quelle. Et c’est une véritable libération ! L’anarchisme, c’est-à-dire le sans-arkhè, c’est le rien de l’indéterminé dont tout peut sortir. Pas besoin d’avoir lu Bakounine pour cela. L’anéantissement, je le répète, n’est que l’indication d’une limite qui peut recéler un seuil. Libre à chacun d’y voir une fin ou un recommencement. C’est le privilège et la générosité de l’art et tout particulièrement du cinéma, capable de nier dialectiquement son propre effet de réel, de nous offrir cette expérience que le soi-disant réalisme nous refuse.

                • Blangis
                  Blangis répond à A déménagé le 9-4-2012
                  chômeur en formation à l'IUFM
                  • Posté à 16h07 le 06/09/2011
                  • Internaute 168975
                    chômeur en formation à l'IUFM

                  - Alomdovar ne peut être réduit à « cette joie de vivre au milieu de la cruauté ». Justement, c’est tout le contraire, il EST la cruauté : plus qu’en prendre son parti, il s’en accommode. Il ne me semble pas que Van Trier se remette de cette cruauté justement. Voilà pourquoi il a besoin de retourner au jardin d’Eden, avant la pomme. Avant le commencement ou après la fin. Quand tout n’est qu’un.

                  -c’est une question d’interprétation. Vous dites avoir besoin de quelque chose de plus tragique que du Almodovar. Je ne trouve pas le dernier Van Trier tragique pour ma part. Je le trouve enfantin. C’est bien autre chose le tragique à mon sens. Quelque chose de moins ostentatoire, de plus intérieur. Comme cette oeuvre d’Art Spiegelman sur le suicide de sa mère et qu’on retrouve à l’intérieur de « Maus ».

                  -Van Trier n’est pas méchant ni Almodovar gentil. C’est réduire mon propos que d’écrire cela. Mais j’affirme que sur leur dernier film, le premier est au jardin d’enfant, avec la pomme qu’il ne croquera pas, l’autre aussi, mais il est déja dans le pommier. Avec tous les autres petits. D’ailleurs Van Trier enfant devrait faire gaffe s’il continue, il va se prendre des tonnes de pommes dans la gueule...Au lieu de ça, assis sur son banc, il prépare un film où il se vengera des petits croqueurs de pomme. Il les tuera symboliquement.

                  -Bien sûr qu’il y a des traductions politiques de l’art. Vous semblez d’accord avec le réalisateur finalement : l’artiste est un devin divin coupé du monde, incompris. Foutaises à mon sens (ne le prenez pas mal, c’est une expression impersonnelle). Nous sommes responsabilité. Jusqu’au trognon de l’être. Les catégories qu’ils emploient pour s’exprimer sont communes à chaque champ du réel. Seule la forme change. L’artiste n’est pas au-dessus de, il est parmi, même s’il remplit effectivement une fonction particulière. il est artisan, au sens où Céline l’entendait.

                  - L’anarchisme mène à la violence car la spontanéité érigée en dogme conduit à l’aliénation. L’anarchiste veut l’unité, donc la violence. L’indéterminé s’envole très vite alors ! L’anarchiste semble croire que l’humanité veut être anarchiste. Comme il se trompe !

                  - L’anéantissement constitue bien un seuil dans le dernier Almodovar. On le voit avec le parcours de Vicente. Le dépassement de soi d’une certaine manière. Chez l’autre, il constitue non un seuil mais seulement une possibilité, celle de crier son désespoir et son mutisme le plus fort possible.

                  Mais comme cela n’est rendu possible que par la météorite, et alors que Justine s’en foutait plein les poches avant, je considère que ce film est prétentieux : Lars nous la joue grand artiste qui a tout compris à la mort. Qui nous la joue grandiose. Et on peut alors, selon lui, oublier tout le reste. Au diable mes actes passés, je suis un artiste et je sais que je vais mourir demain, je vous envoie donc chié la vieille !

                  • A déménagé le 9-4-2012
                    A déménagé le 9-4-2012 répond à Blangis
                    Explore l'indéterminé
                    • Posté à 16h38 le 06/09/2011
                    • Internaute 22643
                      Explore l'indéterminé

                    Je pense que nous avons fait le tour de la question, dans les limites d’un forum.

                    Quelques points quand même : ce que vous dites de l’anarchisme n’a pas grand chose à voir avec la définition que j’en donne et on ne peut en faire un dogmatisme sans prétendre que tout est dans tout. Je ne me suis en aucun cas référé au « spontanéisme ». Il s’agit plutôt d’un anarchisme philosophique partagé par pas mal d’artistes modernes depuis l’impressionnisme. La violence n’est pas nécessaire et quand elle a historiquement existé, elle répondait tout de même à une violence sociale et politique indéniable. Peut-être du même ordre que votre métaphore du pommier du reste. Aujourd’hui, en effet, au nom de la responsabilité individuelle, on dédouane entièrement les forces sociales au pouvoir de cette violence qu’on appelle « nature » (du marché, etc.) et celui qui ne s’adapte pas a tort. Finalement c’est ce dont vous accusez von Trier : d’avoir trouvé le moyen de se venger et de mépriser les autres. Si on suit votre logique, on en revient à dire, comme certains l’ont déjà fait qu’il eut mieux valu qu’Hitler fût admis à l’école des beaux-arts. Cela me fait aussi penser à ces films comme Anamorph où le criminel maniaque est... un artiste ou un esthète.

                    Or, il me reste à dire qu’à mon sens ce n’est absolument pas l’intention de von Trier de se venger de quoi que ce soit et encore moins le sens de son oeuvre. Comme la folie et autres modes d’être irréductibles à la norme, l’artiste n’est pas hors du monde mais bien dans le monde, quand bien même la masse et ses bergers voudraient le jeter dehors, tel le bouc émissaire.

                    • Blangis
                      Blangis répond à A déménagé le 9-4-2012
                      chômeur en formation à l'IUFM
                      • Posté à 17h59 le 06/09/2011
                      • Internaute 168975
                        chômeur en formation à l'IUFM

                      - Vous justifiez la violence si elle vous paraît légitime ! Vous écrivez que la violence n’est pas nécessaire également. Mais l’homme n’est que ça, violence ! Il ne s’agit pas de la juger, mais de la constater. Partout. En nous. Idéalisme !

                      - La métaphore du pommier vise à démystifier l’attitude du petit Lars, violent tout autant que les autres mais pas au même moment. Un peu comme les révolutionnaires, avant et pendant l’exercice du pouvoir.

                      -Hitler n’a certainement pas fait la guerre qu’à cause des beaux arts ! Il faut élargir ! ! ! ! ! La défaite et le diktat de Versailles, la possibilité de s’investir dans un parti, la crise, l’attitude molle des occidentaux (je pense à la remilitarisation de la Ruhr) sont des éléments autrement plus importants. Je n’ai jamais dit que le non adapté avait tort. Et je ne considere pas Van Trier comme un non adapté de toute façon, même si je pense que cette idée romantique de la singularité portée à son paroxysme lui donnerait une trique d’enfer, comme à bcp de nos contemporains d’ailleurs. C’est bien autre chose d’être indapaté tout de m^me !

                      - Aucune société n’est exempte de violence car elle est inscrite dans le coeur de l’homme. Par conséquent, il convient d’user du comparatisme pour étudier les sociétés, dans la synchronie comme dans la diachronie. Enfin bon, comme disait aron : « moins on adhère au réel, plus on rêve de révolution » !

                      - J’ai dit que l’artiste était dans le monde. Je partage votre avis sur le fait que bcp veulent l’en dégager. La dessus rien de nouveau. Il faut lutter contre l’anti intellectualisme etc.

                      - enfin bon, manifestement nous ne pourrons pas tomber d’accord, nos lectures sont certainement très opposées.

                      A bon entendeur Galibi et au plaisir

        9 autres commentaires
      • Blangis
        Blangis répond à Tina Harpin
        chômeur en formation à l'IUFM
        • Posté à 11h45 le 06/09/2011
        • Internaute 168975
          chômeur en formation à l'IUFM

        Au fond, ce que j’aime dans le dernier Almodovar, c’est qu’il nous laisse le choix du personnage, il laisse le spectateur choisir, lui laisse sa liberté. Tout finira mal de toute façon, tout n’est qu’arrangement. Il faut se décider à monter sur la scène, choisir son rôle, s’y tenir, ou bien mourir comme disait Céline.

        Lars Van Trier impose une seule vision, la sienne, étanche, fermée au reste. Le spectateur est sommé de choisir entre la NOBLE mélancolie telle que définie par le NOBLE Van Trier, et la médiocrité, incarnée par l’IMMONDE publicitaire et les blaireaux de maris (à Dunst, à Gainsbourg).

  • blh
    blh
    retraité
    • Posté à 23h04 le 05/09/2011
    • Internaute 88104
      retraité

    J’attendais l’allusion à Adolf ; elle est venue tout à la fin, insistant sur cette espèce d’apathie, voire d’acceptation de l’innommable, quand ce n’est pas la sympathie marquée annoncée un soir de bringue de Lars Van Trier.
    On voit là le procédé habituel pour faire avancer d’un cran le rejet de telle ou telle société particulière imaginée par certains. Comprendre le dérapage de ce cinéaste et l’opposer à la zen attitude de l’Espagnol laisse assez mal présager de l’enseignement que cette doctorante dispensera.

    Je n’aime guère les films du premier et n’ai pas encore vu ceux du second.

    Je ne discute donc pas de ces deux films. Seule, la conclusion m’a fait réagir.
    Par ailleurs, article joliment bien écrit.

  • A déménagé le 9-4-2012
    A déménagé le 9-4-2012
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    • Posté à 12h52 le 08/09/2011
    • Internaute 22643
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    Étonnant que personne n’ait pensé à L’Étoile mystérieuse ; -) :