Mexique : au pays des narcos, un tweet « alarmant » vaut la prison
Jeudi 25 août 2011 : un vent de panique souffle sur le port de Veracruz, principale ville de l’Etat mexicain du même nom. Il y a quelques heures de cela, un convoi militaire a été aperçu près d’une école primaire et un véhicule aurait été vu en flammes dans le même quartier.
Au sein d’une population locale traumatisée par un récent déferlement de violence lié aux affrontements entre groupes de narcotrafiquants rivaux, il n’en faut pas plus pour que les rumeurs enflent sur les réseaux sociaux. Gilberto Martínez Vera, alias @gilius_22 sur Twitter, qui précise plus loin tenir cette information de sa belle sœur, écrit :
« Je confirme, à l’école Jorge Arroyo du quartier Carranza cinq enfants ont été enlevés, groupe armé, psychose totale dans la zone. »
A peu près au même moment, sur la très populaire page Facebook de la journaliste María de Jesús Bravo Pagola, le lieu est différent mais les faits non moins glaçants :
« Aujourd’hui à l’école primaire Adalberto Tejeda à l’heure de la récré un hélicoptère a ouvert le feu sur la cour remplie d’enfants. »
Le téléphone arabe fonctionne si bien que les parents affluent bientôt par centaines pour chercher leurs enfants dans les différentes écoles de la région, causant de graves problèmes de circulations et la saturation du réseau téléphonique.
A présent étendues à plusieurs villes de la région, les rumeurs faisant état de bombe, de séquestrations d’enfants ou encore de fusillades dans les écoles perdurent une bonne partie de la journée. Elles s’avéreront finalement toutes complètement infondées.
Seize utilisateurs de Twitter qualifiés de « terroristes »
En fin de journée, l’émotion à peine dissipée, le gouverneur de l’Etat de Veracruz – lui aussi féru de nouvelles technologies – annonce fièrement sur son compte Twitter officiel :
« Nous avons identifié l’origine de toute la désinformation qui a eu lieu aujourd’hui, je vous informe que cela aura des conséquences légales. Art. 311 (terrorisme). »
« Terrorisme », le mot est lâché... En vertu du code pénal en vigueur dans l’Etat de Veracruz (qui stipule que « ceux qui occasionnent la panique, la peur, la terreur au sein de la population pour perturber la paix publique ou tenter de diminuer l’autorité de l’Etat seront punis d’une peine allant de trois à trente ans de prison »), la journaliste María de Jesús Bravo Pagola et le professeur Gilberto Martínez Vera, auteurs identifiés des courts messages sus-relatés, seront arrêtés avant la fin de la journée suivante.
Quatorze autres utilisateurs du site de micro-blogging Twitter étaient encore aujourd’hui recherchés par la police pour avoir colporté les mêmes rumeurs.
Mercredi, le maintien sous les verrous des deux accusés à été confirmé et la juge de première instance Beatriz Hernández a annoncé le début d’une procédure pénale sous les motifs saugrenus de « terrorisme » et de « sabotage ». Fidel Ordoñez, l’avocat des détenus, dénonce dans un communiqué une décision inique :
« Un homme et une femme ne peuvent pas être qualifiés de terroristes alors qu’ils n’ont pour arme qu’un ordinateur et un clavier. »
Manque de transparence des autorités et des médias
Dans un climat de violence sans cesse accru et confrontés au silence de la presse, les citoyens mexicains recourent massivement aux réseaux sociaux pour signaler les situations de risque.
L’année dernière, un reportage vidéo de France 24 montrait comment, dans une ville du nord du pays ravagée par le narcotrafic, les habitants cherchaient à se protéger grâce à Twitter. (Voir le reportage de France 24)
Une situation auparavant circoncise à certaine zones frontalières qui semble s’être étendue à d’autres régions, selon l’éditorialiste locale Amigzaday López :
« Depuis l’apparition de la violence liée au narcotrafic dans l’Etat de Veracruz il y a quelques années, les autorités et les médias ont toujours tenté de minimiser l’importance, voire même de nier les actes criminels qui sont commis régulièrement sur notre territoire. »
Des réseaux sociaux parfois utiles, mais peu fiables
Le manque d’information ainsi créé laisse la porte grande ouverte à une circulation informelle des alertes de sécurité sur Internet, pour le meilleur comme pour le pire.
Contactée peu après l’annonce des autorités judiciaires, Amigzaday López déclare :
« On nous répète infatigablement que tout va bien. Mais les gens voient bien que la violence est là, devant chez eux ! Alors ils arrêtent de croire la version officielle et cherchent des moyens alternatifs pour s’informer. »
Pour l’heure, les deux internautes resteront derrière les verrous en l’attente de leur jugement.
Ils encourent jusqu’à trente ans de prison. María de Jesús Bravo Pagola affirme qu’on l’a torturée pour la faire avouer. Par l’intermédiaire de leur avocat, les deux détenus ont d’ores et déjà annoncé le dépôt d’un recours devant un tribunal national. Une procédure qui peut être très longue.
« Moi aussi je suis TwitTerroriste »
Simple coup de semonce destiné à décourager les auteurs de canulars ou véritable atteinte à la liberté d’expression ? Quoiqu’il en soit, les mesures répressives décidées par les autorités véracruziennes – en plus de susciter la préoccupation d’Amnesty International – fédèrent contre elles une large partie de la communauté virtuelle mexicaine.
Réunis derrière le slogan « Yo también soy TwitTerrorista » (« moi aussi je suis TwitTerroriste »), les twittos mexicains réclament activement la libération et l’abandon des charges contre les deux inculpés.
- Sur Rue89Le Mexique sous la dictature des narcotrafiquants
- Sur Rue89Au Mexique, on a kidnappé la dernière policière de Guadalupe
- Sur Rue89Le « narcomusée » de Mexico, grand bazar du trafic de drogue
- Sur rsf.orgMexique : l'assassinat d'une journaliste, sur Reporters sans frontières
- Sur rue89.comTous nos articles sur le narcotrafic
- 11990 visites
- 52 réactions











La rhinite du président tchèque ressemblait à une belle cuite
18

Auteur(e) de l'article
Dis-donc c’est bien sympa tout ça mais fait un peu gaffe avec tes rumeurs alarmistes, tu vas finir en tôle pour 30 ans ; -)




Partager