Tribune 31/08/2011 à 09h58

Genre, sexe, orientation sexuelle, les députés UMP confondent tout

David Simard | Philosophe et psycho-sexologue


des cupcakes sur lesquels sont inscrits les mots boy (garçon) et girl (fille) (Kristin_A/Flick/CC).

Quatre-vingts parlementaires, dont les fondateurs de la Droite populaire, ont demandé le 30 août 2011 au ministre de l’Education nationale le retrait de manuels scolaires accréditant l’idée que l’identité sexuelle est autant le fruit de l’environnement socioculturel que de la biologie. Cette demande fait suite à plusieurs interpellations du ministre sur cette question au mois de juillet dernier.

Les députés se targuent d’être du côté de la science

Ces parlementaires dénoncent l’idée de genre comme construction sociale de l’identité de sexe. Pour eux, cette identité est inscrite dans la nature, et plus précisément dans les organes génitaux. Simone de Beauvoir disait : « On ne nait pas femme, on le devient. » Ces parlementaires pensent que l’on ne devient pas femme, on nait femme. Idem pour les hommes.

Autrement dit, l’identité de sexe est tout entière contenue dans le biologique.

Les députés se targuent d’être du côté de la science, a contrario de ce qu’ils appellent la « théorie du genre sexuel », rejetée comme « théorie philosophique et sociologique ».

A croire, d’une part, qu’il n’y aurait de rationnel que du scientifique, au sens des sciences de la nature, et d’autre part, que le « scientifique » ne pourrait pas être habité par des présupposés philosophiques, et même idéologiques.

Pourtant, réduire l’identité de sexe à sa dimension biologique n’a rien de scientifique au sens où le présupposent ces députés, c’est-à-dire d’attesté et d’irréfutable, mais est au contraire, sinon philosophique (la démarche philosophique a ses réquisits auxquels ne répondent pas ces députés), du moins idéologique.

Glissement de l’identité sexuelle à l’orientation sexuelle

L’utilisation de l’adjectif « sexuel » est source de confusion lorsque l’on parle de l’identité. Il réfère en effet à la sexualité. Or, par « identité sexuelle » est en fait entendue l’identité sexuée, c’est-à-dire, a minima, le fait de se reconnaître ou d’être reconnu comme homme ou femme en raison de son sexe anatomique. Nous nous situons donc dans un registre en-deçà de la sexualité.

Or, les députés opèrent le glissement d’un registre à l’autre, en affirmant que selon la « théorie du genre sexuel » :

« Les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités : homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels. »

Mais la question du genre est d’abord et avant tout une question de construction sociale des identités en raison du sexe, non celle de l’orientation sexuelle. Cette confusion est patente lorsque, aux côtés des orientations sexuelles que sont l’homosexualité, l’hétérosexualité et la bisexualité, est ajoutée la transsexualité.

Qu’est-ce donc que l’orientation transsexuelle ? Rien, car cela n’existe pas. Un transsexuel est une personne qui estime être au fond d’elle un homme alors qu’elle est anatomiquement une femme, ou une femme alors qu’elle est anatomiquement un homme. A partir de là, un transsexuel peut être homosexuel, hétérosexuel ou bisexuel.

Naturalisme biologique contre culturalisme

Cette confusion est entretenue par les mouvements LGBT, qui associent les homosexuel(le)s et les bisexuel(le)s au transsexuel(le)s, soit des personnes revendiquant le droit de cité à leur orientation sexuelle à des personnes dont la problématique est l’identité sexuée.

Transsexué conviendrait d’ailleurs mieux que transsexuel. Mais cette confusion relève d’une idéologie inverse à celle du naturalisme biologique : le culturalisme, dans le sens où tout est culturel, entendons fabriqué, ce en quoi l’on peut, par intervention chirurgicale, pratiquer une réassignation du sexe.

C’est alors la notion de genre qui se trouve étendue à la dimension biologique, cette dernière étant ainsi débiologisée.

Les limites du culturel dans l’identité sexuée

L’idéologie de la nature a beau jeu de pointer les absurdités du culturalisme ainsi entendu. Et de fait, même après une intervention chirurgicale, rien n’a changé sur ce qui avait fait la première assignation de sexe : la combinaison chromosomique. Et le changement organique de sexe n’est pas le passage d’un vrai organe à un autre vrai organe, fonctionnel. On ne pose pas de vagin ni d’utérus à un homme, ni de pénis à une femme.

Il y a donc bien une réalité naturelle indépassable qui fait limite (dont l’ultime est la mort), une assignation chromosomique sexuée à partir de laquelle on dit de telle personne qu’elle est un homme, et de telle autre qu’elle est une femme. On peut plus certainement changer de genre (transgenderisme) que de sexe.

La construction des notions de féminin et masculin

Pourtant, il y a bien une construction sociale de la sexuation, que l’on appelle le genre. Celle-ci se retrouve dans les représentations que l’on se fait de ce qu’est un homme et de ce qu’est une femme, et auxquelles chacun, selon son sexe organique, est conditionné à répondre.

Par exemple, une femme est douce, sensible, superficielle, passive, alors qu’un homme est rude, rationnel, profond, actif. C’est ainsi que l’on construit les notions de féminin et de masculin, dont on voit qu’elles assignent, cette fois, non pas un sexe biologique, mais un rôle social en vertu du sexe biologique.

Dénoncer cette construction des rôles ne peut aller jusqu’à l’absurdité de nier la réalité biologique. Il s’agit seulement de dénoncer que la réalité biologique, la différence organique des sexes, servent à justifier la domination d’un sexe sur l’autre. Ce qui peut être visé est donc la représentation sociale que l’on se fait de la sexuation organique, non la sexuation dans son organicité elle-même.

Un naturalisme rétrograde répandu : Mars et Vénus

Pour finir, je voudrais attirer l’attention sur le fait que le naturalisme, facile à critiquer lorsqu’il émane de députés à l’esprit étriqué, est largement répandu dans les représentations que l’on se fait sur les hommes et les femmes. L’approche de John Gray et de son prisme « Mars et vénus » en relève, et connaît un franc succès.

Les théories qui prétendent expliquer nos comportements amoureux et sexuels par nos ancêtres de la préhistoire, les autres espèces animales (qui ne se comportent pourtant pas toutes de la même manière), les phéromones ou les gènes qui auraient un plan d’action, également. A voir la paille, même caricaturale, dans l’œil de l’autre, on ignore la poutre dans le sien...

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  • Tom Peixinho
    Tom Peixinho
    Chef d'entreprise
    • Posté à 11h18 le 31/08/2011
    • Internaute 168071
      Chef d'entreprise

    Dans sa globalité, je croie qu’on touche à l’éternel débat nature-culture. A savoir très schématiquement si tout est décidé par la nature (les gènes) ou si la culture (éducation, environnement socio-culturel) est déterminante aussi dans la construction d’un être humain, et même d’un être vivant.
    Cela parait logique que la droite se concentre sur la nature, car sinon comment expliquer les multiples revendications en leur sein pour traquer les délinquants sexuels dès l’enfance, la délinquance, et le maladies psychiatriques. (on peut faire aussi un parallèle avec la religion...)
    En gros, admettre la culture comme faisant partie de la construction psychologique d’un être humain, c’est admettre que la société (l’environnement socio-culturel) peut expliquer certaines déviances, et donc cela met en évidence leurs propres échecs en matière de politiques sociales et de santé.

  • Remizor
    Remizor
    etudiant
    • Posté à 11h46 le 31/08/2011
    • Internaute 160945
      etudiant

    Bonjour,

    à part passer outre les théories assez rétrogrades de cette chère Droite Populaire, j’aimerai tout de même attirer votre attention sur un fait. Je pense comme finalement beaucoup de monde ici que nous sommes façonnés dans notre identité sexuelle par un jeu d’interactions biologique/environnement, donc rien de prévisible à l’avance. Or, plus qu’un débat à l’Assemblée, la question de présenter ce point au programme des SVT au lycée relève d’une absurdité. Puisque cette identité est si complexe dans sa formation, et introduit tant de facteurs socio-culturels, on se leurrerait de croire qu’on peut l’expliquer scientifiquement dans cette discipline, au contraire on risque de se frotter à un débat prof/élève qui n’a rien de scientifique et donnera libre cours à des points de vue subjectifs....la question serait dans ce cas : pourquoi fouetter les enseignants de SVT alors que la notion de tolérance que ce sujet - passionnant - devrait soulever pourrait être évoqué en éducation civique ? Dommage que les députés ne se posent pas cette question.... (ni le ministère, ce qui est affligeant)

  • Xavtak
    Xavtak
    Père de famille, bobo, parisien
    • Posté à 12h03 le 31/08/2011
    • Internaute 14855
      Père de famille, bobo, parisien

    Ah, la détermination du sexe d’un individu...
    Vaste débat !
    Même au niveau purement biologique, les choses ne sont pas claires.
    Il existe de rares cas de personnes dont l’entrejambe nous révèle sans ambigüité la masculinité, mais dont les chromosomes s’entêtent à nous dire XX...
    De mêmes, certaines personnes ont tout ce qu’il faut là où il faut pour être considérées comme des femmes... et portent pourtant les chromosomes X et Y !

    Sans parler des personnes dont le sexe est indéterminé à la naissance, et qui se déterminera plus tard... Mieux vaut que les parents aient choisi le bon prénom... et vive les soucis avec l’administration !

    Alors messieurs les députés, vous les classez où ceux-là, tous forts que vous êtes de votre « science » ?
    Peut-être qu’il vaut mieux leur demander, à eux, s’ils se considèrent homme ou femme, non ?

    Je lisais dans un article de Science & Vie que je ne retrouve hélas pas qu’il y a au moins 5 façons de coller cette étiquette (homme / femme) sur une personne. La génétique ? L’apparence ? Le ressenti personnel ? ... aucune n’est absolue et elles peuvent diverger les unes des autres.

    Xavier

    Sources sur la dysgonosomie
    Lien
    Lien
    Vous noterez que ces sources sont sans doute mieux informées sur le sujet que « nos » députés...

  • Sustainable_Gupta
    • Posté à 13h05 le 31/08/2011
    • Internaute 53752
      Reparti

    Toutes ces questions ne sont pas un peu compliquées et dans le fond secondaires pour entrer dans un manuel scolaire alors que les programmes sont considérés comme trop chargés bien que notoirement insuffisants en histoire ou en langues (vivantes ou mortes) ?

  • supertoto
    supertoto
    post-doc expatrié
    • Posté à 14h24 le 31/08/2011
    • Internaute 100724
      post-doc expatrié

    L’inclusion de ce thème qui porte à débats dans les manuels scolaires partait clairement d’une bonne intention. Mais la plus grosse erreur est d’avoir voulu l’inscrire au programme de SVT, alors que les questions posées seraient beaucoup plus à leur place dans le programme de sociologie.

  • Vertebleuette
    Vertebleuette
    impuissante compulsive
    • Posté à 16h15 le 31/08/2011
    • Internaute 128435
      impuissante compulsive

    Le débat nature culture n’est pas posé dans ces termes par Judith Butler (à savoir très schématiquement si tout est décidé par les gènes ou si la culture est déterminante aussi), pour eux la question est déjà réglée depuis longtemps et le fossé qui existe entre leur vision et celle de nos députés UMP est inquiétante. La question est plus de savoir à quel point on peut se targuer d’avoir accès à la réalité « naturelle » sachant que tout point de vue, aussi scientifique qu’il soit, est construit culturellement. En témoigne par exemple cette réalité scientifique du XX/homme XY/femme qui se révèle être beaucoup plus complexe, tout comme le partage de l’humanité entre homme et femme. Le débat intéressant ce serait alors ce qu’on estime justement être une réalité scientifique digne de rentrer dans les manuels scolaires : apprend-on la vérité aux élèves ou leur apprend-on plutôt à réfléchir ?

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