PS : Fabius le grand vizir joue au « petit notaire » et agace
Bichonné à l’université d’été de La Rochelle, l’ex-Premier ministre se pose en référence et exaspère les entourages des candidats.
(De La Rochelle) N’importe qui d’autre serait embarrassé par tant d’égards. Pas lui. Vendredi soir, Laurent Fabius est à la droite de Martine Aubry, devant les vitrines du Museum d’histoire naturelle de La Rochelle, où la candidate a donné rendez-vous aux journalistes.
Entourée des piliers de sa campagne, elle parle d’elle, de son « enthousiasme absolu », de sa « forme assez olympienne ». Et de « Laurent ». Une, deux, trois, quatre fois.
A ce niveau-là, ce n’est plus de la considération, c’est de la révérence. Lèvres tendues et sourcil gauche en accent circonflexe, Fabius savoure en silence. « Ça lui fait tellement plaisir... », souffle un militant en croquant dans une brochette de fruits.
Si Fabius s’incruste, des proches d’Hollande menacent de déserter
Ça lui fait peut-être plaisir, mais ce traitement de dignitaire agace. A tel point que sur le port, on commence à évoquer un « problème Fabius ». Alors que les six écuries ont vocation à fusionner à l’issue de la primaire, des cadres de l’équipe de François Hollande ont jugé nécessaire d’avertir leur patron : s’il l’emporte le 16 octobre, il n’a pas intérêt à confier le moindre rôle d’importance à l’ex-Premier ministre. Ou alors ils déserteront.
Dans cette université d’été où les démonstrations de force des candidats à la primaire sont sans surprise, l’exaspération affichée envers l’homme du Grand-Quevilly est l’un des rares ingrédients qui n’était pas écrit d’avance.
Samedi matin, c’est Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel, les patrons des groupes socialistes des deux assemblées (également soutiens de François Hollande) qui ont voté avec leurs pieds. Invités à présenter, comme c’est la tradition, un bilan de l’activité parlementaire, ils avaient « planché tout l’été » (il est permis de juger la formule exagérée) pour préparer cette table-ronde.
« Au dernier moment », le programme a été modifié pour être centré sur la mission confiée par Martine Aubry à Laurent Fabius sur les premières réformes à entreprendre en 2012. Marylise Lebranchu, l’amie d’Aubry, fait mine de ne pas comprendre la vexation d’Ayrault et Bel :
« Laurent a pourtant travaillé avec de nombreux partisans d’Hollande... »
« J’avais imaginé un million d’autres choses à dire... »
L’incident illustre à merveille le reproche fait à l’équipe Aubry de truster, dans ce rassemblement, la majorité des tribunes et des places d’honneur. Sur la forme, le compte-rendu de la mission Fabius a été poussif (« je suis un peu long », « j’aurais mille choses à dire », « j’avais imaginé un million d’autres choses à dire ») mais sur le fond, il tenait presque du discours de politique générale.
Comme le dit Harlem Desir, le premier secrétaire du parti par interim, « Fabius va transmettre un rapport extrêmement précis au candidat qui sera désigné ».
Un strauss-kahnien fulmine :
« Il est urgent de nous émanciper de cette espèce de vassalisation intellectuelle. Fabius a commis quantité d’erreurs, et pas seulement sur l’Europe. Il est temps que le PS se libère de cette tutelle. »
Cette « tutelle » est exercée depuis trois ans. Aubry et Fabius avaient officialisé leur alliance ici même, il y a trois étés, avant d’aborder ensemble le Congrès de Reims.
Ils formaient le noyau des « reconstructeurs ». Ce mouvement rassemblait aussi les amis d’Arnaud Montebourg et une partie des strauss-kahniens, unis par la volonté de défendre une « gauche décomplexée » – et d’empêcher Ségolène Royal de prendre le parti. Leur tactique a fonctionné.
« J’“intuite” les choses comme ça »
Depuis que Fabius a officiellement renoncé à toute ambition personnelle – comme disent pudiquement ses amis, « Laurent n’a pas connu de rencontre avec les Français » – le PS dirigé par Aubry s’est mis à l’écouter comme Mauroy.
Impossible de contredire le grand vizir quand il dit « j’“intuite” les choses comme ça ». L’infaillibilité pontificale version socialiste. Depuis l’ouverture de la campagne pour la primaire, il exerce ce magistère au sein du « conseil politique » de Martine Aubry.
Lui-même est très conscient de son statut : il a beau se présenter en simple « petit notaire », greffier des propositions de « tout un groupe de travail », il ne peut s’empêcher d’ajouter :
« Je suis la seule personne vivante parmi les socialistes qui ait à la fois dirigé un gouvernement et présidé l’Assemblée nationale. »
Celui qui aurait dû être directeur de campagne de DSK aurait pu ajouter : ex-candidat à la primaire de 2006. Et, c’est inédit : tuteur virtuel d’un(e) président(e) pas élu(e). Pris d’une alaindelonite aiguë, il prévient : « Ce n’est pas Laurent Fabius ayant telle ou telle idée personnelle qui est en cause. C’est l’application de notre projet. »
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promeneur écoutant
promeneur écoutant
« forme assez olympienne » dit Martine Aubry d’elle-même. Veut-elle dire « Olympique », ce qui serait une image sportive, montrant par là qu’elle se sent en bonne forme physique et que le moral est bon ? Ou dit-elle bien « Olympienne » ce qui signifierait qu’elle a ce qu’il faut, moralement et physiquement, pour compter parmi les Dieux ?
Si l’on s’en réfère à la statuaire grecque, référence absolue en matière d’Olympe, Martine peut difficilement concurrencer les Aphrodite, Artémis, Athena, voire même Héra. Elle se rangerait plutôt dans la catégorie Demeter, la force tellurique, la meneuse des moissons. Encore que...
Face au lutin Sarko, directement issu des légendes et superstitions hongroises, il faut une force nordique, solidement campée sur ses pieds. Martine aurait mieux fait de dire « je me sens d’une forme septentrionale ».




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