Non, le clip de Rihanna n'est pas une apologie du meurtre
Difficile cet été d’échapper au dernier tube de Rihanna, « Man Down » (album « Loud », 2010), en tête des charts depuis quelques semaines.
Sur un rythme reggae, interprétée avec des contretemps marqués par l’artiste barbadienne aux intonations nasillardes, la chanson est ponctuée d’un leitmotiv, « rum bum bum bum », devenu rapidement sa signature. (Voir le clip de « Man Down »)
Le titre évoque le meurtre d’un homme abattu d’un coup de pistolet par la chanteuse :
« Oh mama, mama, mama
I just shot a man down
In Central Station
In front of a big ol’ crowd.(Oh maman, maman, maman
Je viens d’abattre un homme
à la gare centrale
en pleine foule). »
(Marque insigne du succès, certaines phrases de la chanson existent aussi en version lolcat.)
Les paroles n’évoquent pas les circonstances de ce crime mais expriment le repentir et l’impulsivité à l’origine de cet acte fatal. Le meurtre n’est en aucune manière valorisé dans ce texte. La raison du crime est brièvement décrite comme une banale dispute ayant mal tournée :
« What started out as a simple altercation
Turned into a real sticky situation.(Ce qui n’était au départ qu’une simple altercation
Nous met maintenant dans de beaux draps). »
Rihanna présente cette chanson comme un mélange de reggae et de gangsta, ce type de rap qui met en avant différentes activités crapuleuses dont le trafic de drogue, le viol et la violence envers les femmes, le meurtre.
« Man Down » reprend ainsi le titre d’un rap de 50 Cent sur l’album « Curtis », sorti en 2007. (Voir la vidéo)
Le surnom de l’arme utilisée, Peggy Sue, est une référence à celui du petit calibre dissimulé dans une chaussure dans « All I Need “ de Jay-Z sur l’album ‘The Blueprint’ (2001).
Une version féminine de ‘I Shot the Sheriff’
Du côté du reggae, la narration d’un crime à la première personne renvoie à ‘I shot the Sheriff’ (Bob Marley, 1973). Les producteurs Theron et Thimoty Thomas affirment d’ailleurs qu’ils ont souhaité réaliser une version féminine du titre de Marley. (Voir la vidéo)
Le clip vidéo de ‘Man Down’ réalisé par Anthony Mandler en Jamaïque modifie singulièrement le récit de la chanson. Il s’ouvre sans accompagnement musical sur Rihanna tuant un homme dans une gare au milieu de la foule. La chanson commence ensuite, sur un retour en arrière : la chanteuse est à vélo dans un quartier de Kingston. Plusieurs séquences s’enchaînent, puis elle se rend dans une discothèque où elle danse avec un homme.
Le danseur devient insistant et suit Rihanna à la sortie de la discothèque. Elle est agressée par l’homme et apparaît ensuite en pleurs dans la rue. Elle a peut-être été violée, ce n’est pas explicite dans le clip. Elle revient chez elle en courant et prend un pistolet dans un tiroir.
Trois temps successifs sont donc figurés :
- La veille du meurtre, où la jeune femme semble insouciante et heureuse dans une Jamaïque conforme aux clichés (soleil, mer, accueil, danse, armes et insécurité, etc.). À la suite d’une rencontre dans une discothèque, elle subit une agression, probablement un viol.
- Elle se venge en tuant son agresseur.
- Elle prend conscience de son geste et exprime ses remords et son désarroi. Seul le troisième temps de cette histoire est énoncé dans la chanson, et la proposition visuelle qui l’accompagne transforme une altercation en agression violente.
Cette discordance se comprend mieux en recherchant les premières interviews de l’artiste au sujet de la chanson, avant la sortie de l’album ‘Loud’ et du clip. Elle explique que le propos est métaphorique : il ne s’agit pas de descendre les gens dans la rue, mais d’une femme qui brise le cœur d’un homme.
L’accompagnement visuel de la chanson s’est probablement appuyé sur l’expérience de la chanteuse, victime de violences conjugales en 2009, en interprétant de façon moins allégorique les paroles. En utilisant les recettes gangsta, le film ‘glamourise’ en quelque sorte la vengeance d’une femme violée ou plus exactement son envie de vengeance.
Un manifeste contre le viol
Le clip a été contesté par le Parents Television Council (PTC), une organisation conservatrice qui dénonce les programmes de télévision ‘mauvais’ pour les enfants. Le PTC stigmatise la scène du crime au début du film et estime que le clip constitue une apologie du meurtre en réponse aux violences envers les femmes. On assiste à une confusion entre la réalité d’un acte et l’expression artistique, comme nous en avions connu en France, avec Youssoupha, par exemple.
Cette controverse ridicule a d’ailleurs contribué au succès du clip, et a conduit Rihanna à défendre cette fois une interprétation moins édulcorée de la chanson, devenue manifeste contre le viol et conçue explicitement comme une alerte à la prudence destinée aux femmes.
Elle est soutenue en cela par nombre de commentateurs qui estiment que ‘Man Down’ constitue une réponse à la ‘glamourisation’ de la domination sexuelle des femmes et de la violence dans un certain nombre de raps masculins. La chanson explique ainsi que la fureur et l’envie de meurtre sont une réaction saine et normale après un viol, mais que ce n’est pas une bonne idée de passer à l’acte.
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c’est qui Rihanna ?




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