Culture visuelle 26/08/2011 à 15h41

Non, le clip de Rihanna n'est pas une apologie du meurtre

Culture Visuelle"
Patrick Peccatte | Chercheur associé au Lhivic/EHESS

Difficile cet été d’échapper au dernier tube de Rihanna, « Man Down » (album « Loud », 2010), en tête des charts depuis quelques semaines.

Sur un rythme reggae, interprétée avec des contretemps marqués par l’artiste barbadienne aux intonations nasillardes, la chanson est ponctuée d’un leitmotiv, « rum bum bum bum », devenu rapidement sa signature. (Voir le clip de « Man Down »)

Le titre évoque le meurtre d’un homme abattu d’un coup de pistolet par la chanteuse :

« Oh mama, mama, mama
I just shot a man down
In Central Station
In front of a big ol’ crowd.

(Oh maman, maman, maman
Je viens d’abattre un homme
à la gare centrale
en pleine foule). »

(Marque insigne du succès, certaines phrases de la chanson existent aussi en version lolcat.)

Les paroles n’évoquent pas les circonstances de ce crime mais expriment le repentir et l’impulsivité à l’origine de cet acte fatal. Le meurtre n’est en aucune manière valorisé dans ce texte. La raison du crime est brièvement décrite comme une banale dispute ayant mal tournée :

« What started out as a simple altercation
Turned into a real sticky situation.

(Ce qui n’était au départ qu’une simple altercation
Nous met maintenant dans de beaux draps)
. »

Rihanna présente cette chanson comme un mélange de reggae et de gangsta, ce type de rap qui met en avant différentes activités crapuleuses dont le trafic de drogue, le viol et la violence envers les femmes, le meurtre.

« Man Down » reprend ainsi le titre d’un rap de 50 Cent sur l’album « Curtis », sorti en 2007. (Voir la vidéo)

Le surnom de l’arme utilisée, Peggy Sue, est une référence à celui du petit calibre dissimulé dans une chaussure dans « All I Need “ de Jay-Z sur l’album ‘The Blueprint’ (2001).

Une version féminine de ‘I Shot the Sheriff’

Du côté du reggae, la narration d’un crime à la première personne renvoie à ‘I shot the Sheriff’ (Bob Marley, 1973). Les producteurs Theron et Thimoty Thomas affirment d’ailleurs qu’ils ont souhaité réaliser une version féminine du titre de Marley. (Voir la vidéo)

Le clip vidéo de ‘Man Down’ réalisé par Anthony Mandler en Jamaïque modifie singulièrement le récit de la chanson. Il s’ouvre sans accompagnement musical sur Rihanna tuant un homme dans une gare au milieu de la foule. La chanson commence ensuite, sur un retour en arrière : la chanteuse est à vélo dans un quartier de Kingston. Plusieurs séquences s’enchaînent, puis elle se rend dans une discothèque où elle danse avec un homme.

Le danseur devient insistant et suit Rihanna à la sortie de la discothèque. Elle est agressée par l’homme et apparaît ensuite en pleurs dans la rue. Elle a peut-être été violée, ce n’est pas explicite dans le clip. Elle revient chez elle en courant et prend un pistolet dans un tiroir.

Trois temps successifs sont donc figurés :

  • La veille du meurtre, où la jeune femme semble insouciante et heureuse dans une Jamaïque conforme aux clichés (soleil, mer, accueil, danse, armes et insécurité, etc.). À la suite d’une rencontre dans une discothèque, elle subit une agression, probablement un viol.
  • Elle se venge en tuant son agresseur.
  • Elle prend conscience de son geste et exprime ses remords et son désarroi. Seul le troisième temps de cette histoire est énoncé dans la chanson, et la proposition visuelle qui l’accompagne transforme une altercation en agression violente.

Cette discordance se comprend mieux en recherchant les premières interviews de l’artiste au sujet de la chanson, avant la sortie de l’album ‘Loud’ et du clip. Elle explique que le propos est métaphorique : il ne s’agit pas de descendre les gens dans la rue, mais d’une femme qui brise le cœur d’un homme.

L’accompagnement visuel de la chanson s’est probablement appuyé sur l’expérience de la chanteuse, victime de violences conjugales en 2009, en interprétant de façon moins allégorique les paroles. En utilisant les recettes gangsta, le film ‘glamourise’ en quelque sorte la vengeance d’une femme violée ou plus exactement son envie de vengeance.

Un manifeste contre le viol

Le clip a été contesté par le Parents Television Council (PTC), une organisation conservatrice qui dénonce les programmes de télévision ‘mauvais’ pour les enfants. Le PTC stigmatise la scène du crime au début du film et estime que le clip constitue une apologie du meurtre en réponse aux violences envers les femmes. On assiste à une confusion entre la réalité d’un acte et l’expression artistique, comme nous en avions connu en France, avec Youssoupha, par exemple.

Cette controverse ridicule a d’ailleurs contribué au succès du clip, et a conduit Rihanna à défendre cette fois une interprétation moins édulcorée de la chanson, devenue manifeste contre le viol et conçue explicitement comme une alerte à la prudence destinée aux femmes.

Elle est soutenue en cela par nombre de commentateurs qui estiment que ‘Man Down’ constitue une réponse à la ‘glamourisation’ de la domination sexuelle des femmes et de la violence dans un certain nombre de raps masculins. La chanson explique ainsi que la fureur et l’envie de meurtre sont une réaction saine et normale après un viol, mais que ce n’est pas une bonne idée de passer à l’acte.

Publié initialement sur
Culture Visuelle
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  • ostia
    ostia
    inadapté
    • Posté à 16h36 le 26/08/2011
    • Internaute 88960
      inadapté

    c’est qui Rihanna ?

  • lejeje94
    lejeje94
    (cadre)
    • Posté à 16h55 le 26/08/2011
    • Internaute 165829
      (cadre)

    Vous n’aimez Rihanna, vous n’aimez pas la chanson : On s’en fout !
    Ce n’est pas le sujet de l’article.
    Vous n’aimez pas la musique de Jeun’s, vous préférez le Jazz, c’est bien pour vous, les gouts et les couleurs...
    Vous ne connaissez pas Rihanna : pourquoi avez-vous cliqué sur cet article. Personne ne vous y oblige.
    Mais pourquoi pourrir les commentaires avec des réflexions du type : « Moi j’aime pas ».
    Pour ce qui est du « Difficile cet été d’échapper au dernier tube de Rihanna, » il est légitime, le titre est numéro un en France des téléchargements et des écoutes sur deezer. On peut donc légitiment penser qu’une majorité de personne connaisse ce titre.

  • FKA
    FKA
    • Posté à 16h57 le 26/08/2011
    • Internaute 131264

    Je ne suis pas fan mais quand même...faut sortir un peu de devant son PC ou autre à écouter vos Disques et MP3 sélectionnés avec goût et attention j’en suis sûr. ; -)

    Quand à ceux qui postent pour dire qu’ils n’ont pas lu l’article, quel est l’intérêt ? Quand un article ne m’intéresse pas je passe mon chemin (à la limite je lui met 1 boule), pas besoin d’en faire état à tout le monde...

    D’accord avec le fait que c’est une polémique creuse, la chanson montre avant tout les regrets et l’inquiétude de quelqu’un qui s’est emporté dans le feu de l’action et se dit qu’il s’est foutu dans la m*** une fois la tension retombée. Si ne serait-ce que quelques jeunes (et moins jeunes) intégraient cela, ça serait déjà pas mal ... pas de quoi s’attirer les foudres des censeurs

  • EmileHyren
    EmileHyren répond à Hutchinson
    Artificier
    • Posté à 17h19 le 26/08/2011
    • Internaute 117507
      Artificier

    Ben, commencez par le lire. Vous constaterez peut-être que ce n’est pas parce qu’on écrit sur quelque chose de populaire et d’américain (brrr) qu’on ne peut rien dire de bon.

    Je vous plains sincèrement, les affiches de blockbuster qui s’étalent dans le métro doivent vous brûler la rétine tous les jours...

  • Claudia71
    Claudia71
    assistante sociale
    • Posté à 17h39 le 26/08/2011
    • Internaute 138290
      assistante sociale

    Très bonne analyse, que de conneries a-t-on entendu sur ce clip et cette nana ....

  • Patrick Peccatte
    Patrick Peccatte
    Auteur(e) de l'article Chercheur associé au Lhivic/ (...)
    • Posté à 20h22 le 26/08/2011
    • Expert 167694
      Chercheur associé au Lhivic/ (...)

    Je tente ici une brève réponse sous une forme un peu méthodologique aux personnes qui n’ont pas vu l’intérêt de ce petit billet.
    Dans les études sur la culture visuelle, le premier principe est de ne pas introduire de hiérarchie de valeur dans les productions examinées. À titre d’exemple, je me suis intéressé récemment aussi bien à la Tapisserie de Bayeux, qu’à Georges Rouquier, au hentai, à Lady Gaga ou Rihanna. Cela ne signifie pas que l’on ne puisse avoir des préférences pour tel ou tel produit culturel, film, musique ou autre. Mais ces préférences, ces goûts culturels, doivent « rester au vestiaire » si l’on peut dire quand on aborde ces productions selon notre approche visualiste.
    Sur Mad Down, je suis parti de la polémique PTC et en examinant les paroles et le film, je me suis aperçu d’un décalage entre les motifs du meurtre dans les deux propositions, textuelle vs. visuelle. Après quelques recherches, j’ai compris (ou cru comprendre) que la chanson parlait initialement d’un meurtre symbolique, figurant une rupture amoureuse qui a meurtri (justement) l’ex-partenaire. Et c’est le film qui a orienté l’ensemble vers le sujet plus grave du viol et du désir de vengeance. La forme visuelle retenue par les réalisateurs m’a aussi parue intéressante puisque l’ouverture, la scène du meurtre, puis les clichés glams qui suivent, reprennent des ficelles que l’on retrouve dans certains raps masculins méprisants et violents envers les femmes. On peut donc aussi comprendre ce clip comme un contrepied, une réponse à ceux-ci. En résumé, oui, du point de vue de la construction et de la narration visuelles et parce que la chanson et le clip remportent un grand succès, ils sont intéressants.

  • Orageon
    Orageon
    Rejeton cyclonique
    • Posté à 20h58 le 26/08/2011
    • Internaute 55236
      Rejeton cyclonique

    Mais dites moi donc, c’est assez pathétique ces réactions. Encore des gens qui, parce que ce qu’ils écoutent n’est pas mainstream, se croient supérieurs aux autres.

    Déficit d’attention, d’affection ? bou-hou.

    ps : Je suis métalleux, mais j’aime bien Rihanna, et les intégristes de tout poil ne font que se ridiculiser ici. Ils ne savent pas de quoi ils parlent, coincés qu’ils sont dans leur petit coin de culture, incapables de visiter un peu les autres quartiers de la création artistique.

  • observeur
    observeur répond à Marcd33
    Libre penseur chez les ch'tis
    • Posté à 23h45 le 26/08/2011
    • Internaute 37812
      Libre penseur chez les ch'tis

    +1000 et j’attends la prochaine sortie de l’auteur !