26/08/2011 à 18h59

Détox et désintox chez les sportifs de haut niveau




André-Pierre Gignac au sol lors de Marseille-Sochaux, le 25 septembre 2010 (Philippe Laurenson / Reuters)

L’attaquant de l’OM André-Pierre Gignac a une passion embarrassante pour un sportif de haut niveau : la charcuterie. Depuis le début de sa carrière, le joueur de 25 ans a pris l’habitude de trop souvent s’avaler des tranches de saucisson après les matches.

Dans son restau préféré, La Bérangère à Aubagne, c’est souvent entrée-plat copieux-dessert et lors des rassemblements en club, il n’est pas rare de le voir se resservir au buffet. En 2009, le JDD racontait qu’à Noël, Gignac, qui jouait alors à Toulouse, avait reçu de la part de son coéquipier Bryan Bergougnoux, un saucisson et des produits anti-cellulite. Humour de footeux.

Malgré une carrière prometteuse (l’international aux 16 sélections a quand même fini meilleur buteur de Ligue 1 en 2008-2009), le Phocéen est même devenu la caricature du footballeur « bouffe-tout » plus occupé par son dîner d’après-match que par les 90 minutes qui le précèdent. Une étiquette largement exagérée, dont les Guignols de l’info s’amusent depuis l’an passé. (Voir la vidéo)

Mécontent d’avoir dépensé 20 millions d’euros l’été dernier pour un joueur qui marque peu de buts, l’OM a envoyé son buteur glouton perdre quelques kilos en cure de détox, à Merano, en Italie.

Pour 4170 euros par semaine, les stars du sport (Zizou, Diego Maradona, Karim Benzema, Bafé Gomis) et du show-business (Sharon Stone, Johnny Hallyday) aiment bien venir se remettre en forme dans ce centre de thalasso grand luxe (qu’on appelle « beauty form » dans le show-bizz). Selon Jean-Paul Blanc, diététicien du sport depuis 1974 :

« La détox, c’est le mot à la mode des magazines féminins mais ce n’est rien d’autre que les méthodes classiques de la diététique du sport. Dans ces cures de détox, on boit beaucoup d’eau, on prend des compléments alimentaires à base de plantes et surtout, on met en place un régime à base de fruits et de légumes. Un changement brutal d’alimentation permet de perdre du poids très rapidement, surtout chez les hommes. »

« Certains fument ou s’avalent des pots entiers de Nutella »

Les produits dopants sont peu addictifs

Julie Jean, psychologue du sport, travaille pour le numéro vert « Ecoute dopage » :

« Le dopage est très rarement une pratique addictive. L’absorbtion des substances ne sert qu’à l’amélioration de la performance et à l’exception de la cocaïne, des amphétamines et des anabolisants, celles-ci sont peu addictives.

L’EPO ou les hormones de croissance peuvent difficilement entraîner
une addiction. Mais dans le milieu de la musculation, par exemple, les amphétamines peuvent entraîner une dépendance, surtout parce que les gens qui pratiquent cette discipline ont déjà un profil pathologique de trouble de l’image du corps. »

Dédé Gignac est revenu d’Italie bien décidé à croquer sa carrière à pleines dents (miam) et content d’avoir « appris à manger ». Car il a fallu responsabiliser ce jeune papa de deux enfants (André-Pierre junior a fêté ses quatre ans cet été), qui, comme beaucoup de ses congénères, a de mauvaises habitudes alimentaires depuis toujours. Le JDD détaille la genèse de la suralimentation du joueur dont la maman, d’origine gitane, était surnommée Rambo. Son cousin, Jacques Abardonado, footballeur professionnel lui aussi, n’est pas innocent :

« Le jour de mon mariage, notre grand-mère me fait : “Pancho, le petit, il veut faire footballeur mais il a les os fragiles. Dis-lui qu’il doit manger s’il veut être fort.” Alors, je suis allé le voir pour lui dire de bien s’alimenter, de prendre du lait pour les muscles. »

Le lait, ça va un temps. Comme beaucoup de jeunes sportifs, le Marseillais s’est ensuite mis à manger un peu n’importe quoi, un peu n’importe quand. Jean-Paul Blanc :

« Les sportifs d’aujourd’hui, en particulier les footballeurs, ont les problèmes alimentaires des jeunes de leur âge. Ils font la fête et vont au fast-food. Certains fument ou s’avalent des pots entiers de Nutella.

Dans les années 60, le fondateur de la diététique du sport expliquait qu’il fallait rester modeste car beaucoup de sportifs gagnaient malgré leur vie peu saine. Aujourd’hui, ça ne peut plus être le cas, le sport professionnel a changé. »

Ivresse communicative et rockstars du sport

Avant les détox, on parlait surtout des désintox’. Pendant longtemps, l’histoire du sport s’est nourrie des excès chroniques de ses champions qui parvenaient à briller sur les terrains tout en conservant une hygiène de vie déplorable et en multipliant les cures de désintoxication.

En football, Paul Gascoigne et Diego Maradona ont entretenu la mythologie de l’alcoolisme et de la toxicomanie flamboyants, au même titre que les phrases du Red Devil George Best érigées en maximes. Ivresse communicative des rockstars du sport :

« En 1969, j’ai arrêté les femmes et l’alcool, ça a été les 20 minutes les plus dures de ma vie. »

Une autre, pour le plaisir :

« J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage, il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. »

Comme l’explique le psychologue du sport Anthony Mette, « les cures de désintoxication pour les problèmes d’alcool ou de drogue des sportifs de haut niveau sont de plus en plus rares ». Ancien défenseur d’Arsenal (1983-2002) et de l’équipe d’Angleterre, Tony Adams, qui a raconté son alcoolisme pendant sa carrière dans un livre « Addicted », est l’exemple le plus parlant d’une certaine révolution des moeurs sportives.


Tony Adams présente son autobiographie « Addicted » le 7 septembre 2004 (Kevin Lamarque/Reuters).

Tony Adams, c’est quatre titres de champion d’Angleterre, trois Cups, deux Coupes de la Ligue et 66 sélections en équipe nationale. Mais c’est aussi quatre arrestations pour conduite en état d’ivresse, une Ford Sierra emboutie dans un mur de sa maison, 29 points de suture après une chute dans ses escaliers, des tas de bagarres en boîte de nuit...

En 2000, l’ancien Gunner (surnom des joueurs d’Arsenal) a fondé « the Sporting Chance Clinic », qui aide chaque année une centaine de sportifs à soigner leurs addictions. Souvent avec succès. Beaucoup d’anciens patients parlent de miracle. Peter Kay, le directeur de l’établissement, assure se contenter de remettre les vedettes à leur place :

« On travaille sur leurs émotions, on leur fait pratiquer beaucoup d’activités mais surtout, contrairement aux fans et aux clubs qui les considèrent comme des dieux et les laissent faire ce qu’ils veulent, nous les traitons comme des gens normaux. Ces sportifs arrivent avec une haute image d’eux-mêmes et sont étonnés de la manière dont l’addiction les a vaincus. »

Tiger Woods en cure pour oublier ses 19 maîtresses

Psychologue du sport depuis quinze ans, Makis Chamalidis reconnaît que les sportifs ont « un terrain favorable aux comportements excessifs et aux addictions ».

« Certains d’entre eux sont des jusque-boutistes qui ne pensent qu’à dépasser leurs limites. Ils vont au bout des choses dans leur sport mais dans la fête parfois aussi.

Souvent, les problèmes surviennent après leur carrière à cause du manque mais dans la prison dorée que constitue le sport professionnel, le pétage de plombs est possible. Aujourd’hui, les dépendances des sportifs ont évolué. »

Outre les problèmes de suralimentation, qui ne constituent pas à proprement parler des addictions (même si, oui, André-Pierre, le Nutella, c’est délicieux), ce sont les problèmes liés au sexe et aux jeux d’argent qui sont désormais les plus susceptibles de conduire les sportifs de haut niveau en cure.

Pour oublier ses 19 maîtresses, son mariage brisé et la honte médiatique, le golfeur Tiger Woods est parti faire un petit tour dans un hôpital de luxe du Mississippi. Makis Chamalidis :

« C’est un classique. Les stars du sport sont en contact avec le monde de la nuit. Grâce à l’argent et à la reconnaissance, ils ont l’habitude de tout avoir et côtoient des milieux ambigus. Le développement d’Internet a accru la tentation. Les sportifs de haut niveau, sans cesse en déplacement et souvent seuls, sont souvent accros aux ordis, aux portables, aux réseaux sociaux. Actuellement, j’accompagne l’équipe de France de hockey sur gazon en Allemagne, ils passent leur vie sur Facebook. C’est une question de génération. »

André-Pierre Gignac ne fait pas exception : le Marseillais va beaucoup sur le web, surtout pour consulter les sites de sport et jouer à Football Manager, cette simulation où l’on se prend pour un entraîneur. Pas un problème en soi, à condition que le footballeur accepte désormais de surfer tout en grignotant des feuilles de salade.

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  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 19h35 le 26/08/2011
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    4100 balles pour une semaine !
     » Dans ces cures de détox, on boit beaucoup d’eau, on prend des compléments alimentaires à base de plantes et surtout, on met en place un régime à base de fruits et de légumes. Un changement brutal d’alimentation permet de perdre du poids très rapidement, surtout chez les hommes. »

    Je veux bien les prendre en pension dans le jardin de ma grand mère, logés dans la cabane à outils, les gazios.
    De la flotte , deux cuillerées de graines de chépakoi, et une carotte, ou une pomme.

    Je suis certain que pour 2000 balles par semaine, je rentre dans mes frais.

  • Lictor
    Lictor
    informaticien
    • Posté à 20h01 le 26/08/2011
    • Internaute 68450
      informaticien

    Dans ces cures de détox, on boit beaucoup d’eau, on prend des compléments alimentaires à base de plantes et surtout, on met en place un régime à base de fruits et de légumes. Un changement brutal d’alimentation permet de perdre du poids très rapidement, surtout chez les hommes. »

    Et de le reprendre tout aussi rapidement, généralement avec un bonus...

    « Certains fument ou s’avalent des pots entiers de Nutella »

    Et pourtant, on s’aveugle à ne pas voir de lien de cause à effet avec la description de la cure ci-dessus... Se bouffer des pots de Nutella est aussi aberrant que se gaver de fruits et légumes...
    Une alimentation normale, c’est manger des fruits, des légumes ET de la viande ou du poisson ET des gâteaux ET du Nutella. Le tout en quantité raisonnable.
    Ces cures apprennent juste à être boulimique : un coup on se gave, un coup on se purge - que ça soit par la detox ou en vomissant...

  • ostia
    ostia
    inadapté
    • Posté à 11h42 le 27/08/2011
    • Internaute 88960
      inadapté

    « En 1969, j’ai arrêté les femmes et l’alcool, ça a été les 20 minutes les plus dures de ma vie. »

    tu m’étonnes simone

    « J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage, il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. »

    magnifique, celle là est digne de Bukowski

    il serait bon que nos p’tits footeux actuels s’inspirent de leurs ainés du point de vu de la rhétorique et de l’éloquence, ce qui nous épargnerait des souffrances auditives extrêmes