Global Voices Online 11/08/2011 à 18h22

Manifs en Israël : controverse sur un mot-clé de Twitter jugé raciste

Global Voices Online | En français


Des Israëliens manifestent à Tel Aviv, le 6 août 2011 (Nir Elias/Reuters).

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Les manifestations sociales en Israël sont suivies de près dans le monde arabe, d’autant qu’elles s’inspirent beaucoup de celles du printemps arabe. Mais un mot-clé apparu sur le site de microblogging Twitter, #ThawretWeladElKalb, qui signifie littéralement « La révolution des fils de chien », suscite la controverse aussi bien en Israël que parmi les internautes arabes.

C’est l’Israélienne Elisabeth Tsurkow qui a remarqué ce mot clé sur Twitter et s’en est dite déçue :

« Triste. Reviens de la manif pour tweeter mais trouve des Arabes parlant du #j14 [le nom du mouvement lancé le 14 juillet en Israël, ndlr] sur le mot-clé antisémite #ThawretWeladElKalb »

Puis, d’ajouter :

« Pendant que nous chantions pour l’égalité et la fin de l’occupation, les Arabes sur Twitter qualifiaient le #j14 de “révolution de fils de chien”. Malade. »

Le sujet divise les internautes de l’autre côté de la frontière, côté arabe. Certains défendent le mot-clé mais d’autres le trouvent déplacé.

La Palestinienne Abla Awadallah a invité les internautes à bien comprendre les ressorts historiques de cette affaire avant de dénoncer le mot-clé, tandis que Nabil Kabalan a raillé ceux qui pour lui ne sont que des gens qui manifestent dans un pays qui n’est pas le leur :

« Scoop israélien : manifestations dans un pays occupé ! »

@Comr4da – qui est d’accord avec Ramy Zreik que de telles manifestations ne peuvent conduire qu’à la construction de nouvelles colonies dans les territoires occupés – a lancé cet avertissement :

« A tous ces fous qui soutiennent les manifestations sionistes, la seule solution à leur problème de logement, qui est la cause des manifestations, est d’occuper encore plus de terres pour construire des colonies. »

Depuis la Tunisie, @Marwan-el-Tounisi a fait savoir :

« Je suis Tunisien et je soutiens ce mot clé #ThawretWeladElKalb à 10 000%. Mort aux sionistes. »

Mais d’autres internautes désapprouvent le mot clé. Sara Abdelazim estime qu’il ne faut pas faire de généralisation, avant d’ajouter :

« Pendant des années les gens se sont plaint que les Israéliens ne manifestaient pas contre leur gouvernement, et maintenant qu’ils le font, on les insulte ? »

Un mot-clé infantile et non-constructif

La différence entre juif, Israélien et sioniste dans la langue arabe parlée au quotidien n’est pas toujours claire. Et Nadar Iskandar – qui pense que le mot-clé est raciste – estime que l’on devrait être attentif aux nuances de sens entre tous ces mots. Essam El-Zamil a lui aussi décidé d’arrêter d’utiliser le mot-clé puisque certains des manifestants sont arabes. Ahmed Saker et Amr Em Gohary trouvent respectivement le mot-clé infantile et non-constructif.


Capture d’écran du blog de la koweitienne Mona Kareem.

En dépit de la haine inculquée par le système éducatif des deux côtés de la frontière, la blogueuse koweitienne Mona Kareem a fait savoir sur son blog qu’elle était contre ce mot-clé :

« Je n’éprouve aucune haine pour les Israéliens (même si à l’école, dans les pays arabes, on vous apprend à haïr systématiquement les juifs et à vous sentir supérieur aux autres de manière générale), mais je m’oppose et désapprouve absolument les crimes perpétrés par l’Etat d’Israel, de la même manière que je déteste les dictatures en place dans les pays arabes (sachant que le gouvernement israélien est bien plus clément avec ses citoyens que ne le sont nos tout puissants régimes policiers).

Et je déteste tout autant les Arabes qui vont commettre des attentats suicides dans les boîtes de nuit ou dans les bus scolaires. Je crois que rien ne justifie qu’on puisse tuer un être humain, quels que soient l’idéologie, l’identité ou la religion de la victime ou de celui qui commet ces actes. »

Mona a ensuite expliqué pourquoi, pour elle les manifestations pacifiques du printemps arabe ne devraient pas s’arrêter là :

« Les Arabes ne peuvent pas abandonner la voie pacifique qu’ils ont choisie dès que cela concerne leur “ennemi traditionnel”, Israël. Les révolutionnaires arabes devraient se montrer plus responsables et cohérents, et comprendre le message de Ghandi : “œil pour œil et le monde finira aveugle”.

Ils devraient ranger au placard ce long héritage fait de récits épiques et héroïques de vengeance. Les Arabes devraient également comprendre que leurs révolutions n’auront de sens que s’ils croient vraiment qu’elles ne sont pas seulement dirigées contre leurs gouvernements mais qu’elles visent aussi à rebâtir leurs cultures et à éliminer toute forme de discrimination simplement parce que jamais rien ne justifie la discrimination et que la violence verbale ne grandit personne.

Les Arabes ne peuvent considérer que tout Israélien est un criminel, pas plus qu’ils ne peuvent ignorer, comble d’ironie, que ceux qui manifestent en Israël viennent d’horizons différents et qu’il y a parmi eux des activistes qui s’opposent à l’occupation et des Israéliens arabes. »


Capture d’écran du blog de l’israélien « The Elder of Zion ».

« Ce sont les dirigeants qui sont des fils de chien »

Un autre blogueur israélien, The Elder of Ziyon (Le Sage de Sion), a fait savoir que la comparaison entre juif et chien remontait loin dans l’histoire :

« Le mot-clé est #ThawretWeladElKalb, ce qui signifie “La révolution des fils de chien”. Naturellement, comparer les Juifs aux chiens est une vieille tradition arabe. »

De fait, traiter quelqu’un de chien est une des plus anciennes formes d’insulte en Egypte. Elle est tellement répandue que c’est l’une des rares insultes non censurées au cinéma.

Il y a eu un débat récemment en Egypte pour savoir si on devait accorder la priorité aux réformes politiques ou au respect des droits des personnes démunies. Et un blogueur égyptien a publié un billet intitulé « Les pauvres d’abord, fils de chien » dans lequel il s’en prenait à ceux qui font passer les réformes politiques et institutionnelles avant la justice sociale.

Ce billet est devenu si populaire que les gens mentionnaient son titre dans les discussions en ligne ou en dehors.

Au final, Ahmed Kamal propose un autre mot-clé :

« La révolution des cousins ... n’est-ce pas des êtres humains comme nous ... franchement, les mecs ... ce sont les dirigeants seulement qui sont des fils de chien. »

Tarek Amr · Traduit par Ange Pambou

Photo et illustrations : des Israëliens manifestent à Tel Aviv, le 6 août 2011 (Nir Elias/Reuters). ; capture d’écran du blog de la koweitienne Mona Kareem ; capture d’écran du blog de l’israélien The Elder of Ziyon.

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  • Inquisiteur
    Inquisiteur
    Chanteur de charme
    • Posté à 18h38 le 11/08/2011
    • Internaute 132321
      Chanteur de charme

    Heureusement que vous mettez aussi dans l’article les témoignages de personnes raisonnables, c’est ceux là que j’ai envie de retenir.

    Je ne sais pas à quel point c’est considéré comme une insulte en arabe, mais en français ça sonne vraiment mal ce « fils de chien ».

    Le plus étonnant, c’est qu’il semble y avoir un débat possible selon certains... Non, c’est un insulte primaire, avilissante pour celui qui la prononce et l’expression d’un rejet de l’autre selon son origine... Une forme de racisme donc.

  • Pierre-Joseph Proudhon
    • Posté à 21h42 le 11/08/2011
    • Internaute 150420
      Libertaire

    Manifs en Israël : controverse sur un mot-clé de Twitter jugé raciste

    Cet article ressort de l’onanisme intellectuel de la plus pure espèce.

    Aller chipoter sur un mot posté sur twitter et le monter en épingle alors que le peuple palestinien est plus opprimé que jamais est une diversion remarquable pour nous écarter du fond réel de ce problème.

    Tant que dureront tous ces blablas stériles les discours de paix au proche-orient ne resteront qu’une grosse farce destinée à nous détourner de la seule solution honnête.

    Qu’un gouvernement voyou (je ne parle pas du peuple Israélien mais de leurs politicards corrompus) se permette en toute impunité de telles exactions avec la bénédiction de la communauté internationale est tout simplement écœurant.

    Tant que les couillons auront du temps à perdre sur des figures de rhétorique, le problème israélo-palestinien restera entier, et les civils innocents continueront à en payer le prix...

  • ostia
    ostia
    inadapté
    • Posté à 01h12 le 12/08/2011
    • Internaute 88960
      inadapté

    ras le cul des révolutions sur twitter, ras le cul des « mots clés » et des trucs branchés à la con

    le jour ou les journalistes n’utiliseront plus twitter, j’aurai confiance aux journalistes

    sans déconner

  • blackbear-
    • Posté à 09h52 le 12/08/2011
    • Internaute 117716

    Ca devient vraiment énervant cette mauvaise foi dont font preuve la majorité des résidents qui ne peuvent pas envisager Israel étant, en ses frontières, en sa société comme démocratique.
    -oui israel est une démocratie, et d’un. Ce mouvement est pacifiste, comme celui des « printemps arabes », à la différence que les états voisins, arabes, ont réprimé et répriment dans le sang en tirant sur la foule.
    -Des élections démocratiques s’y déroulent avec la régularité d’un métronome, comme chez nous.
    -Ils dénoncent la vie chère et la cherté des logements existants, et n’exigent pas de nouvelles implantations. Ce sont Bibi et Lieberman qui les veulent, vieille tactique qui consiste depuis 20ans à inviter de nouveaux colons à émigrer, colons à qui on expliquera que la gauche veut les empécher de prospérer avec leur « pacifisme » et ainsi grossir les rangs du Likoud. Ce sont les derniers arrivés qui soutiennent en majorité ces lascars. L’israélien des origines VEUT LA PAIX.
    Tout cela c’est dans vos têtes, vos fantasmes. Il y a deux jours un certain Unagi pour appuyer ce genre de raisonnement à mis à disposition une vidéo, croyant dénoncer le sionisme des manifestants.
    Mais ce joyeux compère ne sachant pas lire, écrire et comprendre l’anglais a diffusé une vidéo disant son contraire, des pancartes, des interviews, anti guerre, anti occupation, anti spoliations.
    Ils ont déjà fait le lien entre cherté de la vie et le coût d’une guerre stupide, archaïque, n’ayant plus sa raison d’être et qui les oblige à faire la police dans les territoires occupés à leurs frais, leur vies.
    En Israel il y a le camp de la paix, des pacifistes, des alter-mondialistes, des insoumis, des objecteurs de conscience,.
    La société israélienne est démocratique, et c’est Bibi qui fout la merde et il va gicler.
    Cessez cet autisme aveugle et cette insistance obstinée à catégoriser tout un peuple.
    Si un israélien disait que la France est fasciste et anti-sémite parce que le FN y fait 17%, ça vous interpellerais, Alors de grâce ne faites pas à autrui ce que vous n’aimez pas qu’on vous fasse.

  • Kolyse
    Kolyse répond à banksy
    psy
    • Posté à 10h11 le 12/08/2011
    • Internaute 124863
      psy

    Ces manifestants sont des gens comme vous et moi, des gens simples qui sont prolétaires (comme vous et moi) et qui trouvent que la vie est chère, trop chère dans leur pays.

    Partout sur la planète les prix grimpent, l’euro a camouflé une augmentation saisissante des prix.

    Quel jeune sur Paris peut se payer un loyer ou envisager d’acheter son lieu de vie (une chambre de bonne vaut une fortune).

    Donc ne mélangeons pas tout : les manifestants israéliens protestent contre ça, le niveau de vie qui flambe.

    Cela sera pareil d’ici quelques mois en France. Et on ne pourra pas dire « mais qu’est-ce que ces manifestants alors que la France est en guerre en Afghanistan).

    Séparons bien les citoyens des politiques de leur gouvernement en France comme en Israël comme en Tunisie.