Tribune 10/08/2011 à 11h16

Santé : la fausse bonne idée de dépenser moins

David Belliard | observateur

Les médecins seront donc rémunérés à la « performance ». La nouvelle convention médicale entre les syndicats de médecins et la sécu peut sembler positive, elle marque surtout l’emprise d’une approche purement économiste de la santé et la volonté quasi obsessionnelle d’en diminuer les dépenses.

Cette approche a eu pour effet d’instaurer des barrières à l’accès aux soins, sans rétablir l’équilibre des comptes de l’assurance maladie. Et pour cause ! Elle s’appuie sur une analyse erronée - et idéologique - des raisons de l’augmentation des dépenses de santé.

Ces dernières ne sont que très peu liées au vieillissement de la population ou à une prétendue demande excessive de soins médicaux. Les causes sont toutes autres : dégradation de notre environnement, qui contribue au développement de nombre de pathologies, accroissement des inégalités de santé, qui rejettent les malades les plus modestes à l’hôpital car ils n’ont plus les moyens de se soigner en ville, prescriptions systématiques de soins médicaux par les médecins et, surtout, évolutions technologiques et nouveaux médicaments, qui coûtent toujours plus chers sans toujours de progrès thérapeutiques.

Facteur d’émancipation, d’amélioration de nos conditions de vie et de structuration de nos territoires, la santé pourtant est, et doit rester, un atout pour la France. C’est un secteur économique majeur (11% du PIB) qui représente une enveloppe de plus de 223 milliards d’euros.

S’intéresser aux causes des maladies serait plus efficient

Des économies sont d’abord possibles grâce aux effets d’une politique de prévention et via l’amélioration de l’organisation des soins et la réduction de la consommation médicale. Il est donc plus que temps d’adopter un nouveau modèle de santé sociale et environnementale qui s’intéresse enfin aux causes des maladies plutôt qu’à leurs symptômes et qui réponde aux nouveaux besoins de solidarité et d’attention aux plus vulnérables.

Il ne s’agit pas de dépenser moins pour la santé mais d’investir dans une logique d’efficience sociale, sanitaire et financière. Plusieurs domaines d’investissement sont à souligner. D’abord l’organisation des soins, avec notamment le développement des centres de santé de proximité pour privilégier les soins primaires et réduire les journées d’hospitalisation inutile, la refonte du statut libéral des médecins en ville en introduisant véritablement la rémunération au forfait, et la valorisation de celles et ceux qui accompagnent et prennent soin des personnes vulnérables (mise en place de filières complètes, améliorer les formations, accroître l’emploi et les rémunérations..).

Entendre les éco-médecines

Surtout, la prévention et l’éducation à la santé, ne peuvent continuer à être réduites à la portion congrue (2 %) du budget de l’assurance maladie. A cela s’ajoute l’installation d’une réelle gouvernance sanitaire démocratique, qui exige une formation très forte des intervenants issus de la société civile, la revue complète des modes de financement de l’hôpital public, qui souffre d’une application systématique de la tarification à l’acte, la recherche scientifique et médicale, plus particulièrement dans le domaine pharmaceutique, aujourd’hui délaissée, une attention aux éco-médecines et, enfin, le renforcement de la protection sociale de la petite enfance au grand âge.

Cette nouvelle politique de santé, ou plutôt du prendre soin, implique une action plus large d’amélioration de l’environnement en agissant en priorité sur le bruit, l’air et l’eau. Sans oublier un plan volontariste en faveur d’une alimentation équilibrée qui demande un accompagnement personnalisé et à l’instauration systématique du bio dans la restauration collective pour les enfants et les personnes fragilisées.
Dans cette optique, les dépenses de santé sont d’abord des investissements utiles au service d’une vision politique contribuant à la dynamique économique et centrée sur le mieux vivre.

Avec Serge Guérin, sociologue, professeur à l’ESG Management School, auteur de « La nouvelle société des seniors » (Michalon)

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  • Albufera
    Albufera
    Observateur.
    • Posté à 12h23 le 10/08/2011
    • Internaute 29241
      Observateur.

    Tout ceci, nous le savons. Malheureusement, le lobby des professionnels de la santé exerce une telle pression (et collusion) sur les institutions politiques que toute réforme qui ne va pas dans le sens de leur intérêt particulier n’ a aucune chance d’ aboutir (voir le dernier projet de loi vidé de sa substance par les assemblées ou l’ affaire du Médiator). Le sort de l’ hôpital public cannibalisé par les cliniques privés et par certains professionnels de santé sans scrupules en est l’ illustration parfaite. Pour masquer cette curée, on pousse toujours en avant les mêmes professionnels de la santé -comme les généralistes ou les hospitaliers- qui croulent effectivement sous la charge et -corvéables à merci- font que le système continue à tourner tant bien que mal. Combien de temps va t on encore supporter l’ accaparement de l’ argent public par des entités privées incontrôlables qui contribuent à pourrir le système ?

  • Chou marin
    Chou marin
    sal'bête plein'd'poils
    • Posté à 13h57 le 10/08/2011
    • Internaute 12261
      sal'bête plein'd'poils

    Pour info, sous le chapeau des ’éco-médecines’ on retrouve pele-mele :

    kinésiologie, acupuncture, homeopathie, rebouteux, osthéopathie cranio-sacrale et viscerale etc etc

    On y retrouve aussi les anti-vaccinations, anti-medicaments etc etc

    Cet article en perd du coup beaucoup de son interet, ne semblant qu’un grossier faux-nez pour ce qui me semble comme une enieme tentative de promotion de methodes pseudo-scientifiques et de mouvements limite sectaires et dangereux.

    C’est dommage car un veritable debat est necessaire en ce qui concerne le paradigme medical en vigueur. helas si c’est de nouveau pour vendre la soupe insipide de charlatans en quete de gugusses credules...

    On dirait qu’ils essayent de se regrouper en lobby à leur tour, ironique.

    ps : si vous faites partie de ces charlatans ou de leurs adeptes, nazez-moi no problem, mais ne vous fatiguez pas à me repondre, allez juste vous faire foutre ça ira plus vite.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 14h55 le 10/08/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Le seul critère qui doit être retenu pour la commercialisation d’un médicament dans une pharmacie c’est le SMR, le Service Médical Rendu et pour répondre positivement à ce critère, le médicament doit avoir une efficacité avérée et un intérêt thérapeutique par rapport au traitement d’une maladie donnée. Dans ce cas , son remboursement par la sécurité sociale est acquise, dans les autres cas, il doit être mis dans le rayons des cosmétiques et autres shampoings, au titre de l’hygiène et du confort personnel, au même rang que les savonnettes.