A la une 10/08/2011 à 21h00

La Bourse victime de rumeurs : la Société générale veut savoir

François Krug | Journaliste Rue89


Le PDG de la Société générale Frédéric Oudéa lors d’une conférence de presse à La Défense, Paris, le 3 août 2011 (Benoît Tessier/Reuters).

La Société générale serait au bord de la faillite, et c’est d’ailleurs pour cela que Nicolas Sarkozy aurait interrompu brusquement ses vacances : en quelques heures, ces rumeurs alimentées par les marchés financiers et sur Twitter ont fait dégringoler le cours de Bourse de la banque. Et son image. La Société générale réclame une enquête.

La semaine dernière, la banque avait certes annoncé de mauvais résultats, liés à ses placements en Grèce. Mais pas de quoi expliquer une chute aussi rapide et spectaculaire : ce mercredi, en quelques heures, l’action Société générale a perdu près de 15% de sa valeur. Cette dégringolade est venue renforcer une rumeur persistante : la deuxième banque française serait en train de vaciller.

Un tabloïd anglais annonce la faillite... puis s’excuse

Le Mail On Sunday n’a pas la réputation du Financial Times, mais c’est bien ce tabloïd anglais qui a crédibilisé la rumeur d’une faillite de la Société générale. Dès dimanche, il annonçait que la banque française avait tellement perdu d’argent en Grèce qu’elle était « au bord du désastre ».



Excuses du Mail On Sunday après son article sur la Société générale

Des « allégations totalement fausses et irresponsables », répliquait la Société générale dans un communiqué. Mardi, l’article avait disparu du site du journal. On y trouvait en revanche un message d’excuses du Mail On Sunday :

« Il était mentionné [dans l’article publié dimanche, ndlr] que, selon les sources du Mail on Sunday, Société générale, l’une des banques les plus importantes en Europe, se trouvait dans un état “périlleux” et potentiellement au “bord du désastre”.

Nous reconnaissons aujourd’hui que ceci n’est pas vrai et nous présentons, sans réserve, nos excuses à Société générale pour les désagréments que cela a causés. »

Dans la foulée, la Société générale publiait un communiqué sur cette rétractation du journal anglais, et concluait un peu trop vite :

« La publication des excuses du Mail on Sunday à Société générale met un terme à ce regrettable incident. »

La Société générale convoquée à l’Elysée... ou pas

C’est ensuite Nicolas Sarkozy qui a, involontairement, relancé la rumeur. En interrompant ses vacances. Ce mercredi à 10 heures, le président de la République a organisé à l’Elysée une réunion de crise - pardon, une « réunion de travail sur la situation économique et financière ».

Lorsque l’Elysée annonce la réunion, la Bourse ouvre. Dès le début de la séance, toutes les valeurs bancaires chutent, la Société générale en tête. La rumeur reprend de plus belle : et si, en fait, Nicolas Sarkozy était rentré en urgence à Paris pour organiser le sauvetage de la banque ?

La réponse se trouve peut-être dans l’emploi du temps des dirigeants de la Société générale, qui restent silencieux. Et une mini-bombe explose sur Twitter : ils étaient en fait à l’Elysée, une preuve définitive que la fameuse réunion de crise concernait la banque et son sauvetage.

Vers 15h50, un site anglais destiné aux boursicoteurs, Ransquawk, affirme ainsi sur son compte Twiter :

« Rumeur de marché, la SocGen [Société générale, ndlr] a participé à la réunion extraordinaire convoquée par le président français Sarkozy ce matin. »

L’information fait le tour de Twitter, en anglais et en français. Même si elle est très rapidement démentie, par exemple par ce tweet d’une journaliste du Point.fr, @PauSR : « Faux, selon Léonetti. »

Léonetti ? Il s’agit de Jean Léonetti, le ministre des Affaires européennes. Lui a participé à la fameuse réunion organisée par Nicolas Sarkozy. Avec François Fillon, Alain Juppé, François Baroin, Valérie Pécresse et le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer... mais aucun représentant de la Société générale ou d’une de ses concurrentes, comme l’Elysée l’a confirmé à l’agence Reuters.

La Société générale demande une enquête

La présence supposée d’un ou plusieurs dirigeants de la Société générale à l’Elysée n’était qu’une micro-rumeur. Son démenti n’a donc pas empêché la rumeur principale de prospérer : la Société générale va très, très mal. En milieu d’après-midi, la banque voit son cours de Bourse s’effondrer de 20%.

Sur Twitter, de nombreux utilisateurs travaillant dans la finance - ou se présentant comme tels dans leurs profils - alimentent la panique. Voici, par exemple, ce que les internautes anglophones ont pu lire au cours de la journée :

« Rumeurs qu’une banque française est sur le point de couler. Sarkozy a été en réunion de crise toute la journée » (@BergenCapital)

« Retirez votre argent de la Société générale. Prévenez les amis et la famille. Sortez vite. » (@ComfortablySmug)

Des médias sérieux ont renforcé les craintes d’un effondrement de la banque. Toujours sur Twitter, le très sérieux quotidien britannique The Guardian s’est ainsi interrogé :

« Est-ce que la banque française #SocGen est sur le point de faire comme Lehman ? » (voir la capture d’écran)


Capture_decran_2011-08-10_a_17.41.05.png

Lehman ? Souvenez-vous : Lehman Brothers, la banque américaine dont la faillite, en 2008, a donné le signal de la crise financière et économique.

Les dégâts à la fin de la séance ? La Société générale n’a pour l’instant pas fait faillite, mais l’action a perdu 14,74% de sa valeur en une journée. Les autres banques ont également souffert - avec une perte de 11,81% pour le Crédit Agricole, de 9,47% pour BNP Paribas -, mais nettement moins que leur concurrente.


La Société générale dément les rumeurs sur Twitter

La Société générale a répliqué timidement - et tardivement - aux rumeurs sur Twiter, expliquant sur son compte officiel qu’elle « dément catégoriquement toutes les rumeurs de marchés ». Dans un communiqué publié en début de soirée, la banque assure que sa situation est solide. Et, surtout, elle annonce une contre-attaque :

« Société générale a saisi ce jour l’AMF [Autorité des marchés financiers, ndlr] pour lui demander d’ouvrir une enquête sur l’origine de ces rumeurs qui portent gravement atteinte à l’intérêt de ses actionnaires. »

Photo et illustrations : le PDG de la Société générale Frédéric Oudéa lors d’une conférence de presse à La Défense, Paris, le 3 août 2011 (Benoît Tessier/Reuters) ; capture d’écran du Mail Online de Twitter.

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  • Macronico
    Macronico
    ...
    • Posté à 21h08 le 10/08/2011
    • Internaute 161121
      ...

    Prophétie auto-réalisatrice

  • beaulande
    beaulande
    Des nuées de sens
    • Posté à 21h08 le 10/08/2011
    • Internaute 115981
      Des nuées de sens

    Voila comment le monde est mené aujourd’hui : par la rumeur... Cooooool !

  • HSEHNAMAP
    HSEHNAMAP
    Votre commentaire a été (...)
    • Posté à 21h13 le 10/08/2011
    • Internaute 132226
      Votre commentaire a été (...)

    Et moi je réclame une enquête pour savoir comment un système aussi incohérent et fragile et anxieux que le système boursier en est arrivé à diriger le monde.
    Des poules, ce sont des poules, tapez des mains à droite et ils partent à gauche, tapez des mains à gauche et ils partent à droite, une bande de poules qui dirige le monde.
    « Rassurer les marchés »... Je n’en peux plus d’entendre cette expression scandaleuse à longueur de journée.
    Flinguez les marchés, ils cesseront de faire dans leur culotte dès qu’une menace pèsera sur les nouvelles jantes en platine de leurs Bentleys et ils cesseront ainsi de détruire notre espèce.

  • Rebel Yell
    Rebel Yell
    Je pose une question.
    • Posté à 21h20 le 10/08/2011
    • Internaute 127333
      Je pose une question.

    Et si une rumeur était à l’origine d’une forte croissance du cours en bourse de la Société Générale, demanderait-elle aussi une enquête ?

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 11h26 le 11/08/2011
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout
  • logancute
    logancute répond à Gorn
    Sarkozyste repenti
    • Posté à 12h15 le 11/08/2011
    • Internaute 131187
      Sarkozyste repenti

    L’info selon laquelle SG serait au bord de la faillite est clairement une manipulation de cours car cette banque a dégagé un bénéfice de 1.6 milliards d’euros malgré son aide à la Grèce. Cette méthode qui consiste à lancer une rumeur dramatique sur une société côtée en bourse a toujours existé mais les réseaux sociaux tels que twitter permettent de rendre tout cela beaucoup plus efficace.
    Ceux qui en sont responsables ont shorté la veille leur position sur la banque et ont attendu le lendemain pour racheter des titres SG à -22,5% donc au moment où l’action subissait le pire revers et dont la cotation n’avait plus de lien avec la réalité. SI j’avais eu 1 millions d’euros à miser j’aurais gagné 225000 euros bruts en une journée alors imaginez ceux qui ont des centaines de millions à miser et qui sont à l’initiative de cette rumeur...

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