Vibrations 07/08/2011 à 12h13

Le Walkman est mort : nous nous sommes tant baladés...

Joël Vacheron | VibrationsMusic.com


Publicité pour le walkman parue dans un magazine (scannée par Asim Bijarani/Flickr/CC).


Après avoir été accusé d’être un vecteur d’anomie sociale, de ruiner l’industrie discographique ou de rendre sourd, le Walkman fait l’objet, depuis l’annonce de l’arrêt de sa production en 2010, d’un nombre d’articles qui témoigne de l’affection portée à ce petit objet.

Compagnon privilégié, le Walkman avait déjà dî affronter quelques bourrasques avec l’arrivée successive des Discman et du MiniDisc. Il aura tout de même résisté près de trente ans avant de succomber au coup de grâce asséné par le mp3 et les divers supports de lecture numérique.

Sorti sur le marché en 1980, le Walkman rencontre instantanément le succès et Sony ne quittera jamais son rôle de leader dans ce créneau. Comme toutes les grandes inventions, le Walkman possède ses mythes fondateurs.

Le Walkman a relancé spectaculairement les bénéfices de Sony

En règle générale, on reconnaît que c’est Akio Morita, alors patron de Sony, qui aurait eu l’idée d’inventer ce gadget. En revanche, les descriptions divergent lorsqu’il s’agit de connaître les raisons de cette intuition.

Etait-ce un jour qu’il se promenait à New York ? Lors d’un long voyage en avion ? Un moyen pour canaliser l’excitation de ses enfants qui ne pouvaient écouter leur musique en voiture ?

Autant de récits qui, chacun à leur manière, ont participé à consolider la vision mythique d’un patron omniscient qui modifie nos habitudes musicales à partir d’une simple intuition. Le tout, en relançant de manière spectaculaire les bénéfices de son entreprise. Le récit héroïque retranscrit parfaitement certains des ressorts sur lesquels reposait la culture d’entreprise durant cette période de reprise économique.


Publicité pour le lancement du premier modèle, 1979 (Sony)

En vérité, l’origine est beaucoup plus prosaïque. Elle résulte avant tout de la restructuration des départements au sein de la firme Sony. Plus précisément, lorsque la production des radiocassettes a été transférée dans la division radio.

La division lecteur-cassettes, qui perdait un de ses axes de production importants, a donc été contrainte de trouver de nouvelles idées pour dynamiser son secteur. L’invention du Walkman découle avant tout de discussions stratégiques en matière de production, et non de l’inspiration quasi divine du directeur de la firme.

D’ailleurs, un inventeur brésilien pourrait bien être implicitement reconnu comme l’inventeur du dispositif après que Sony lui a versé quelques millions en 2005, afin qu’il cesse d’accuser la marque d’avoir copié sa Stereobelt.

« Multiplier le potentiel esthétique de n’importe quelle situation »

Cette anecdote révèle un nouveau mythe, plutôt bucolique, sur l’origine de cette technologie. Evoquant les premiers essais de son invention, Andreas Pavel se souvient très bien de cet hiver 1972, lorsqu’il séjournait dans les Grisons :

« J’étais à Saint-Moritz, dans les montagnes, la neige tombait. J’ai pressé le bouton et soudain, nous étions en train de flotter. C’était une impression incroyable de se rendre compte que j’avais les moyens de multiplier le potentiel esthétique de n’importe quelle situation »

Accompagné de son amie, le morceau qu’il écoutait était « Push Push », du groupe issu de la collaboration entre Herbie Mann et le guitariste Duane Allman.

Comme bien souvent dans ce genre d’aventure, les aspirations d’un individu un brin rêveur ont largement été supplantées par des structures beaucoup plus efficaces et cette petite fable enneigée a peu de chance de s’imposer.

« Walkman » ça fait un peu « Walk like Superman »


Logo vintage du walkman (Sony)

A l’origine du produit, la firme japonaise a bien failli dénommer son invention « Stereo-Walkie » mais c’est finalement le terme Walkman qui est choisi.

Celui-ci vient de la contraction de talkie-walkie, du nom des radios-téléphones portables utilisés par la police et les services médicaux et du Pressman, du nom d’un lecteur-enregistreur déjà commercialisé par la compagnie.

Ce néologisme s’impose avec d’autant plus d’efficacité que le premier film de « Superman » était sorti dans les salles quelques mois auparavant.

L’excellente recherche « Doing Cultural Studies : The Story of the Sony Walkman » remarque que ce terme est un exemple de « globbish », ou « global english ». A savoir, un nom qui passe d’emblée comme un mot existant pour les non-anglophones, tout en ne voulant rien dire du tout.

Dans les pays anglophones, les distributeurs estimèrent qu’ils n’avaient aucune chance de vendre un produit au nom si bizarre, et appliquèrent d’autres noms.

Ainsi, les premiers modèles furent commercialisés sous les noms de « Sound-About » aux Etats-Unis, de « Stowaway » en Angleterre ou encore de « Freestyle » en Suède. Quant à la France, l’appellation « baladeur » fut introduite dans « Le Petit Larousse » en 1981. Finalement, c’est le terme Walkman, utilisé en Amérique du Sud, en Asie et dans le reste de l’Europe, qui va être pérennisé.

Un accord entre l’oreille et le pas

Comme pour le pick-up et l’essor du 45-tours pour la génération précédente, toute personne ayant gambadé entre les années 80 et 90 se souvient de son premier Walkman et des collections de cassettes aux graphismes DIY (« Do-it-Yourself »).

Au-delà de ces souvenirs personnels et de son succès commercial, le Walkman a surtout contribué à modifier sensiblement l’approche de notre quotidien. Il a beaucoup participé à la généralisation d’une vision proprement musicale. Le chercheur Jean-Paul Thibaud le résume très simplement :

« Un phénomène singulier marque désormais l’expérience ordinaire du citadin : la traversée de l’espace urbain en musique. Ecouteurs à fleur d’oreille, l’auditeur baladeur marche et entend des paysages inouïs qui accompagnent son cheminement. Un accord se crée entre l’oreille et le pas. De nouveaux territoires sonores se composent au fil de cette écoute mobile.

En prêtant son corps aux voix du baladeur, l’auditeur transfigure la scène publique et donne une tonalité inédite à l’espace de la rue. Ses pas semblent vouloir nous dire ce que son oreille nous cache. »

Plus qu’une invention, un nouveau rapport à notre environnement

Quelques années avant le téléphone portable ou le laptop, il est probablement le premier artefact de divertissement qui banalise un contact quotidien, et quasiment intime, avec un objet électronique.

Avec l’invention du Walkman, Sony n’imposait pas seulement de nouvelles manières d’écouter les musiques, c’est tout notre rapport à notre environnement et à la place occupée par les objets techniques dans notre quotidien qui était remise en question.

Paradoxalement, la décision de cesser la production en 2010 tombe au moment où de plus en plus d’artistes et de musiciens explorent les potentialités artistiques du support cassette. Une situation qui laisse présager que les expériences musicales propres à cette technologie désuète n’ont pas encore fini d’ouvrir de nouveaux territoires sonores.

En partenariat avec Vibrations


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  • 118 réactions
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  • Lagfactor
    Lagfactor
    Improbable
    • Posté à 17h31 le 07/08/2011
    • Internaute 88141
      Improbable

    Rue89 passe au vert et se met aussi à recycler ?

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 18h25 le 07/08/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    Plus fort que le walkman : la NDE !

    • Spool
      • Posté à 22h46 le 07/08/2011
      • Internaute 52054
        ici

      des medecins avaient cherché quelle musique avait le rythme le plus approprié pour accompagner un massage cardiaque ; pas con, moyen simple de vérifier si on opère à la bonne fréquence

      et donc la chanson c’est staying alive : -)
      (masser à la fréquence du « ha ha ha ha » )
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      voilà, un cas où la bande son colle au paysage « physique »

      et comme le souligne
      Lien
      another one bites the dust le fait aussi mais c’est pas forcément le message qu’on veut entendre :)

  • drid
    drid
    ne votera pas Jean Sarkozy en (...)
    • Posté à 18h26 le 07/08/2011
    • Internaute 161351
      ne votera pas Jean Sarkozy en (...)

    Le walkman n’a pas dit son dernier mot.... Il faut juste attendre pour que des jeunes hipsters un peu crétins de l’est de Londres le déclarent hype et ils se les arracheront sur ebay à prix d’or. Syndrome polaroid.

    • Spool
      Spool répond à drid
      ici
      • Posté à 22h33 le 07/08/2011
      • Internaute 52054
        ici

      en même temps, le retour au Polaroid se fait essentiellement à travers des traitements numeriques (effet Lomo sur une photo sinon fidèle à la réalité), pas par la réacquisition de l’équipement d’origine
      si retour au walkman il y a ce sera par un petit logiciel sur ipod qui ajoutera de crachotis, des distorsions, et des sauts quand on fait du jogging
      si ça se trouve ça existe déjà :)

      • drid
        drid répond à Spool
        ne votera pas Jean Sarkozy en (...)
        • Posté à 00h02 le 08/08/2011
        • Internaute 161351
          ne votera pas Jean Sarkozy en (...)

        Je suis d’accord avec toi, ce sera surtout à travers des logiciels ; cependant les plus cools des plus cools achètent des vrais appareils photos polaroid (la société a d’ailleurs repris la production de ces appareils désuets revendus au prix d’un APN de notre époque à Urban outfitters et autres magasins branchés !). Donc si j’avais des vieux walkman je les garderais bien au chaud personnellement.

  • KIKI21000
    KIKI21000
    retraité
    • Posté à 18h30 le 07/08/2011
    • Internaute 53190
      retraité

    J’avais un pote qui jouait de la gratte dans le métro (années 85) et qui appelait ces trucs des« préservatifs à oreilles »
    qu’importe le nom, ce sont des signes extérieurs de non communication.
    la zique ça se partage. Et pour ceux qui s’adonnent à l’onanisme la surdité vient plus rapidement.

    • unagi-
      unagi- répond à KIKI21000
      卑語
      • Posté à 20h37 le 07/08/2011
      • Internaute 24252
        卑語

      Ca me fait plaisir des années que j’explique exactement ça à mes voisins et je me fais traiter de branleur.
      Voire même d’enculé mais c’est une autre histoire.

    • Frangipanier
      Frangipanier répond à KIKI21000
      Plante verte, rouge et noire.
      • Posté à 09h34 le 08/08/2011
      • Internaute 106626
        Plante verte, rouge et noire.

      D’accord.

      Mais que pensez vous du tr0ud*c qui écoute son rnb tellement fort que tout le bus en profite ? Que c’est quelqu’un de...« partageur » ? :)

      • KIKI21000
        KIKI21000 répond à Frangipanier
        retraité
        • Posté à 10h11 le 08/08/2011
        • Internaute 53190
          retraité

        Et quand il chante comme une scie il est partageur, a notre grand dam.

  • chrix
    chrix
    Perlimpinpin..
    • Posté à 19h00 le 07/08/2011
    • Internaute 152676
      Perlimpinpin..

    Année 81, La Baule, ado, premier walkman et première cassette de W. Sheller. Je ne sais plus pourquoi, mais j’écoutais cette chanson en allant draguer à vélo.
    En espérant peut-être un moment romantique ?

    « J’me gênerai pas pour dire que j’t’aime encore »..

    Lien

  • Succédané
    Succédané
    Qui n'est pas mais pourrait l' (...)
    • Posté à 21h20 le 07/08/2011
    • Internaute 13938
      Qui n'est pas mais pourrait l' (...)

    Si « le walkman est mort », cela fait un anglicisme de moins ! ! !

  • softangel
    • Posté à 08h47 le 08/08/2011
    • Internaute 34154

    « Paradoxalement, la décision de cesser la production en 2010 tombe au moment où de plus en plus d’artistes et de musiciens explorent les potentialités artistiques du support cassette. »

    –> Moui, ça mérite un développement ça, parce que ça sent plus la phrase scolaire d’ouverture de fin d’article plutôt qu’une quelconque réalité.

  • jiemo
    jiemo
    123 ignition lift off
    • Posté à 09h46 le 08/08/2011
    • Internaute 21993
      123 ignition lift off

    Lien

    La machine telle que déposée...

  • baba264
    baba264
    Analyste
    • Posté à 10h33 le 08/08/2011
    • Internaute 92323
      Analyste

    Je trouve frappant à quel point les médias Français, de façon générale, tentent souvent, pour ne pas dire toujours, de mettre en avant l’idée créatrice dans le processus d’invention.

    Cette façon de présenter les choses est, dans notre société moderne en tous cas, quasiment toujours, un mythe. En effet, dans la réalité des choses, beaucoup plus que l’idée, ce qui compte pour assurer le succès commercial et industriel d’une invention est sa réalisation et sa commercialisation.
    Ainsi, beaucoup des grandes réussites de notre époque (le mac d’Apple, Windows de Microsoft, Facebook, Dailymotion…) sont des applications d’idées qui existaient déjà, mais qui ont été réalisées et/ou commercialisées avec un talent rare et/ou dans des circonstances exceptionnelles.

    Il est regrettable, que, pour des raisons symboliques, ont cherche quasi- systématiquement à assigner aux créateurs de ces produits la paternité des idées qu’elles mettent en œuvre.

    Du coup, il est plaisant de voir un article dans un grand média qui, pour une fois, casse un peu ce mythe du patron inventeur/créateur pour mettre en avant la réalité du processus d’innovation.

  • Crepitus
    Crepitus
    Retraité
    • Posté à 11h18 le 08/08/2011
    • Internaute 85789
      Retraité

    Il existe au moins une autre version de la création du walkman : les ingénieurs de Sony auraient inventé cela pour l’offrir au patron à l’occasion de son anniversaire. Vrai ? faux ? je l’ignore.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h42 le 08/08/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Y’avait pas besoin de préciser la date où cet appareil est sorti. La gueule de la meuf (ou est-ce un mec ?) en photo, enfin surtout de ses cheveux et de ses fringues, ne laisse aucun doute quand à l’aberration spatio-temporelle d’où elle débarque.
    Que ça soit pour la mode vestimentaire, la musique, les films, y’a eu un putain de bug de conception pour cette décennie : D
    Et juste celle là, parce que 70 ça va, 90 ça va, mais 80, nan, pas possible : D

    En tout cas le walkman (qu’en fait j’ai connu seulement en 1990 mais bon...), ça a été la révolution pour la voiture : une raison de moins pour se battre avec mes frangins puisque chacun écoutait ce qu’ils voulaient.
    Mais surtout, ça a été une révolution qui m’a évité de tuer mes propres parents : fini d’écouter ces merdes de Sardou, Goldman, Bruel, Kas et autres Lalane !

    Même si la véritable révolution fut quand même la Game Boy. Là on voyait même pas passer les 9h de route, limite si on en voulait pas encore plus : D

  • solstice
    solstice
    pigiste
    • Posté à 00h44 le 09/08/2011
    • Internaute 38451
      pigiste

    En jeune adulte (ir)responsable, j’ai investi ma première paye dans ce bijou de technologie...

    Bon, première paye, premier achat, première rencontre avec mon banquier qui a trouvé l’investissement futile quand démarre dans la vie... Sûr qu’avec des économies judicieusement placées sur des placements judicieusement conseillés par lui, je serais riche aujourd’hui... Ou pas : -)

    Quel vieux con !

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