Tribune 03/08/2011 à 17h55

Tunisie : Facebook, utile pour la révolution, nuisible à la démocratie

Maher Tekaya | syndicaliste et blogueur

« Je l’ai vu sur Facebook. » Cette phrase est à certains hommes politiques en Tunisie, ce que le « on me dit au marché » est aux hommes politiques en France. Une manière de partir d’une histoire marginale pour en faire un début de réflexion qui se veut politique.

La formule permet de faire de n’importe quel thème une préoccupation des concitoyens, et de prouver que l’homme politique qui cherche à s’en saisir est en prise avec la réalité et soucieux de l’intérêt général.

Souvent, ces deux phrases annoncent une diatribe sur un sujet anecdotique, parfois futile, que l’orateur cherche à mettre en avant parce qu’il y excelle et qu’il cherche un créneau politicien, ou tout simplement pour mettre en difficulté des adversaires politiques.

A force de matraquage, ces sujets (qui relève de préférence de ce qu’on appelle, en entreprise, le « micromanagement » : squat des halls d’immeuble, aspect vestimentaire...) peuvent devenir le centre du débat politique.

Après la révolution, les Tunisiens ont rejoint en masse Facebook

Cela ne serait pas aussi dramatique en Tunisie, si les pages de Facebook n’avaient pas pris une telle importance. Après le 14 janvier, des vagues de Tunisiens ont rejoint ce réseau social, tant son rôle dans la révolution a été loué (avec un peu d’exagération, mais c’est un autre débat).

Des Tunisiens qui ne voient la Toile que par le prisme de Facebook, au gré des articles et vidéos partagés par leurs amis ou les pages auxquels ils ont souscrit.

Rien d’étonnant alors, de voir les administrateurs de certaines pages se considérer comme des faiseurs d’opinion. Tantôt ils agissent comme des journalistes, l’éthique et le professionnalisme en moins, tantôt ils agissent comme s’ils étaient institutionnels : ils appellent aux sit-in ou à la manifestation, ils lancent des communiqués de presse comme s’ils avaient une légitimité quelconque, sans aucune transparence sur leurs donneurs d’ordres ou les intérêts qu’ils servent.

Photos sorties de leur contexte, noms jetés en pâture...

Tout cela serait drôle, si leurs actes n’avaient pas les conséquences qu’on connaît. Ça va de fausses informations relayées sur des sites douteux, jusqu’aux vidéos ou photos d’autres pays sans contextualisation aucune (comme pour cette photo montrant des islamistes défilant sur les plages... en fait prise à Gaza) en passant par des noms jetés en pâture à l’opinion, avec des accusations plus ou moins graves, sans forme aucune de procès, comme au bon vieux temps de Ben Ali.

Facebook est devenu un enjeu politique, les partis se doivent d’y avoir une vitrine, souvent avant même d’avoir un site Internet, pour leur communication officielle.

Mais il reste un nombre incalculable de pages non identifiées, avec des armées de trolls. Dès le lendemain de la révolution, les pages se sont mis à mener en chœur des campagnes (de diffamation ?) contre l’UGTT [principal syndicat tunisien, ndlr]. Puis d’autres partis politiques, souvent les plus structurés.

Facebook, qui était une bénédiction pendant la révolution tunisienne, devient une arène pour les coups bas d’une campagne électorale qui s’annonce déjà compliquée et imprévisible.

« El » Facebook « tunisien » commence à ressembler à une poubelle et ceux qui ne trient pas les informations qu’ils partagent sont tout aussi responsables que ceux qui les ont posté, mais ces derniers ils l’ont fait en connaissance de cause.

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  • azyyoz
    azyyoz
    Chômeur
    • Posté à 21h55 le 03/08/2011
    • Internaute 165719
      Chômeur

    Le Facebook tient le rôle d’agora moderne. C’est normal, pour les conceptions classicistes de la pratique politique soucieux de déontologie superficielles, celles là même qui disparaissent dans les grands mass-médias et organes hautement monétarisés, que celà sonne faux. Le modèle de « démocratie bienpensante » n’a plus l’habitude de l’agora et du forum publique, depuis la Commune.

  • Maher Tekaya
    Maher Tekaya répond à azyyoz
    Auteur(e) de l'article syndicaliste et blogueur
    • Posté à 22h13 le 03/08/2011
    • Internaute 165925
      syndicaliste et blogueur

    Il ne s’agit pas ici de dénoncer Facebook comme lieu d’expression, mais l’usage qui en est fait par certains.
    L’aspect classiciste de la pratique politique que tu dénonce a trouvé sa place dans ce réseau social, mais surtout les pratiques les plus viles, caché derrière l’anonymat. Exiger de la transparence sur l’objet, de l’éthique dans l’action et de l’honnêteté dans le propos n’est pas de la « démocratie bienpensante » comme tu dis, mais une démocratie tout court.

  • Samuel Vimaire
    Samuel Vimaire
    Ancien pauvre
    • Posté à 11h32 le 04/08/2011
    • Internaute 140339
      Ancien pauvre

    C’est l« histoire du lobbying, pas de Facebook.

    Facebook, c’est comme Internet en général, c’est un moyen. Ce qu’on en fait peut être bon ou mauvais.
    L’Internet en général et Facebook en particulier ne font que donner à tout un chacun le moyen de faire du lobbying.

    Après tout, ça n’est rien de plus que de la pub accessible à tous. Si les gens sont crédules ou incapables de vérifier les informations qu’on leur donne, tant pis pour eux, ils méritent d’être désinformés.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 13h48 le 04/08/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    La technologie évolue.

    Il fut un temps, après des mouvements de libération, ceux qui étaient restés chez eux sortaient avec des tondeuses pour une extension capillicole de la lutte...

    Aujourd’hui, ils peuvent même rester chez eux.