Du9 02/08/2011 à 09h55

« Binky Brown », chef-d'œuvre de la BD autobiographique

Du9"
Du9 | Du9


« Binky Brown rencontre la Vierge Marie », de Justin Green, Last Gap, 1972.

Pour tous ceux qui s’intéressent à l’autobiographie en bande dessinée, voici enfin traduit un de ses plus fameux jalons. Publié par l’éditeur underground Last Gasp en 1972, « Binky Brown rencontre la Vierge Marie » est considéré comme la première histoire autobiographique de grande ampleur en bande dessinée.

Elle ne fait certes qu’une quarantaine de planches, ce qui peut sembler peu à l’heure où se multiplient les pavés égocentrés, mais comme l’explique l’auteur lui-même, dans sa longue et passionnante postface, c’était à l’époque créer un véritable « monstre » éditorial.

Cette monstruosité souterraine semblait au diapason de ce que ressentait Justin Green à l’époque, victime d’une névrose que l’on ne nommera pas avant les années 80 : les troubles obsessionnels compulsifs (TOC). A défaut de mettre des mots sur son mal-être, il finit par en faire un comics après avoir compris dans une sorte « d’épiphanie », toute l’actualité de ce langage pour sa génération.

Ejaculation radiante, rayon de la mort ou quasi

A travers les mésaventures de son avatar, le jeune Binky Brown, Justin Green décrit le milieu communautaire très catholique où il grandit et la façon dont celui-ci entretient et accentue une névrose naissant des découvertes préadolescentes et adolescentes du corps et de la sexualité.

Le trouble de l’auteur l’amène à projeter des rayons imaginaires possiblement destructeurs de lieux de culte ou de représentations de la Vierge, à partir de son pénis, mais aussi de ses doigts et de ses pieds, apparentés à des appendices phalliques. (Voir la planche)


Planche de « Binky Brown rencontre la Vierge Marie », de Justin Green, Last Gap, 1972.

Les « projections » impliquent des évitements incroyablement compliqués et sont sources d’infinies angoisses liées à la perception de soi et des autres au cours de ces jeunes années. L’énergie intérieure incontrôlée (précoce) se transforme alors en éjaculation radiante – rayon de la mort ou quasi.

Antithèse d’un halo de sainteté, ce rayon très fifties se pose aussi comme un écho personnel de cet imaginaire de science-fiction presque mythologique, qui incarnait également à l’époque la paranoïa maccarthiste, dans la multiplication des histoires d’ovnis et d’envahisseurs extraterrestres.

Pas de « Maus » sans « Binky Brown »

Avec raison, Harry Morgan, traducteur et préfacier de cette édition, souligne comment l’intarissable richesse de ce comics en fait un chef-d’œuvre. Ses qualités sont d’ailleurs reconnues depuis longtemps par les pairs de Green. Si l’influence de Robert Crumb a été décisive pour Justin Green (elle l’a été pour beaucoup de dessinateurs de sa génération), Robert Crumb, lui-même, reconnaît volontiers avoir été inspiré en retour par « Binky Brown ».

Art Spiegelman signe l’introduction de l’album : il en vient même à affirmer qu’il n’y aurait pas eu de « Maus » sans la lecture de « Binky Brown » et la rencontre de Justin Green au début des années 70.

Le portrait d’une génération, loin des clichés d’« Happy Days »

De manière générale, cette édition fait enfin connaître ce maître de l’underground, méconnu en France – même de ceux qui s’intéressent à l’autobiographie. L’édition de Stara reprend la récente édition américaine, élaborée à partir d’originaux de Green, achetés une bouchée de pain par un collectionneur, une quarantaine d’années plus tôt.

« Binky Brown » se lit comme un portrait multiple : celui de son auteur, mais aussi celui d’une génération emblématique et d’une époque finalement très éloignée des clichés « Happy Days ».

Dans l’évolution récente de la bande dessinée, « Binky Brown » marque un tournant dans le registre autobiographique, et renseigne au final la perception de l’underground américain d’aujourd’hui.

Publié initialement sur
Du9
  • 2484 visites
  • 3 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 12h37 le 02/08/2011
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    Ah ouais, quand même !
    Vous passez du silence total sur la BD à un partenariat avec le site le plus élitiste que je connaisse. Y avait p’t être un juste milieu.

  • mococo
    • Posté à 15h10 le 02/08/2011
    • Internaute 30807

    Absolument rien compris à cet article ! ! !

  • Blue_tail_fly
    Blue_tail_fly
    Dans l'Air du Taon
    • Posté à 22h47 le 04/08/2011
    • Internaute 123618
      Dans l'Air du Taon

    Merci et votre article donnera envie de le lire si je tombe dessus. Il est grand temps de dénoncer que la religion peut faire du mal à l’être humain.