Affaire DSK : les mille et un visages de Nafissatou Diallo
La défense de Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui accuse DSK de tentative de viol, a décidé de publier son témoignage via une longue interview accordée à Newsweek et un entretien avec Robin Roberts sur ABC, diffusés l’un et l’autre le 25 juillet.
A cette occasion, le grand public a pu, pour la première, fois apercevoir le visage de la femme de chambre.
Plusieurs portraits supposés de la victime avaient été diffusés dès le 15 mai, issus de recherches sommaires sur les réseaux sociaux ou sur Google Images, dont la photo d’une jeune fille souriante, semblant correspondre aux premiers éléments de description d’une « très jolie » jeune femme noire (ci-dessous).
Le quotidien La Provence se fait épingler en publiant le portrait d’une inconnue aux cheveux blonds illustrant le faux profil Facebook « Ophélia » (ci-dessous).
A noter que le tabloïd taïwanais Apple Daily, dans sa version reconstituée de l’agression, ne s’embarrassait pas de telles préoccupations, et représentait la femme de chambre sous des traits caucasiens (ci-dessous).

Jeune femme noire présentée comme Nafissatou Diallo en mai (yeux cachés par Rue89) ; femme blonde présentée comme Nafissatou Diallo par La Provence (yeux cachés par Rue89) ; Nafissatou Diallo selon la reconstitution du tabloïd taïwanais Apple Daily.

Capture d’écran de BFM-TV montrant un portrait de Nafissatou Diallo.
Pendant plusieurs semaines, alors que celle-ci reste dissimulée, la chasse aux photos de la femme de chambre fait fureur. Le 25 mai, BFM-TV diffuse un portrait non daté (ci-contre) montré par son frère à la presse en Guinée
Le magazine romand L’Illustré, le 8 juin, puis Paris-Match, le 9 juin, publient d’autres photos issues de la famille (ci-dessous), vieilles de plus de dix ans, barrées d’un bandeau noir. Les deux portraits en costume traditionnel seront les images les plus souvent reprises, floutées ou non.

Le portrait de Nafissatou Diallo flouté par RTL.fr puis retouché par Populaire.fr.
La palme revient sans doute au site Populaires.fr, qui retouche une version floutée par RTL.fr pour restituer son regard à la victime.
Pendant près de deux mois et demi, Nafissatou Diallo a eu une existence fantomatique, construite par diverses médiations.
La comparaison des images récentes avec la série de portraits publiés jusqu’à son apparition publique montre qu’un long chemin séparait le fantasme de la réalité... Ou du moins de l’image construite pour son témoignage public, qui présente le sage portrait d’une mère de famille et d’une employée modèle.
Ce que nous avons voulu voir

L’une des photos proposées par Googles Images le 28 mai.
Parmi les vignettes renvoyées le 28 mai dernier par Google Images (ci-contre), on aperçoit une photo un peu plus exubérante, entre-temps disparue, avec lunettes de soleil, cheveux longs et un décolleté plus avantageux.
Une image qui n’avait pas semblé jusqu’à présent un candidat sérieux, mais qui pourrait bien être un portrait récent de la plaignante.

La une de Newsweek donnant la version de Nafissatou Diallo.
Ce qu’on peut découvrir de Nafissatou Diallo sur ces images offre-t-il une clé pour décrypter l’épisode de la chambre 2806 ? Je ne le crois pas. En revanche, cette iconographie en dit long sur notre regard sur l’événement. Comme dans l’assassinat de Ben Laden, les images ne montrent rien de ce qui s’est passé, mais racontent ce que nous avons voulu voir.
- Sur Rue89DSK vs Nafissatou Diallo : le procès se joue dans les médias
- Sur Rue89Affaire DSK : la plaignante était presque parfaite
- Sur culturevisuelle.orgL'article original sur Culture Visuelle
- Sur nouvelobs.comNafissatou Diallo, la femme aux quatre (faux) visages, sur Le Plus du NouvelObs.com
- Sur rue89.comTous nos articles sur DSK
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Auteur(e) de l'article Culturiste
Culturiste
Les images pour vendre ? Ce n’est pas faux, disons juste un peu sommaire ;) Ce ne sont pas n’importe quelles images qui ont été choisies. Celles qui ont été sélectionnées racontent une histoire et des options éditoriales, en 3 étapes : la jolie jeune fille, l’africaine digne, la mère de famille éplorée - mais en tout cas jamais la prostituée, ni même la séductrice…
Par ailleurs, on voit bien la pression sociale qui s’exerce à travers ces choix (et qui valent bien sûr aussi côté DSK) : à partir du moment où l’accusation de viol était formulée, Nafissatou Diallo devait se conformer à l’image d’un parangon de vertu (et DSK présenter celle d’un mari aimant).
Pouvoir faire la comparaison des différentes étapes de cette histoire visuelle est intéressant si on se dit qu’on est tout de même assez loin de l’idée d’une photographie objective ou d’une image de presse fidèle…




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