Enquête 21/07/2011 à 11h31

La méthode « lean », le retour du pire du travail à la chaîne

Thibaut Schepman | Journaliste

Nouveau mot, vieille recette : le management « lean » relance le travail à la chaîne dans les entreprises.


« Les Temps modernes », de Charlie Chaplin (1936).

Ils s’appellent « lean », « six sigma », « poka-yoke », « kaïzen » ou encore « 5 S ». Ces concepts de gestion à coûts réduits séduisent de plus en plus d’entreprises, qui les paient souvent chèrement à des consultants. Les salariés, eux, voient resurgir de vieux démons : division extrême des tâches, gestes répétitifs et chronométrés, et perte d’autonomie.

Pour les salariés d’Airbus à Saint-Eloi (Toulouse), tout a commencé quand on leur a demandé de fabriquer un avion en papier. Chaque personne a mis plusieurs minutes avant de terminer son avion. C’était au début 2010, des réunions étaient organisées, par groupes de vingt salariés, sur une nouvelle méthode de production : le « lean manufacturing ».

Les formateurs leur ont donc donné un cahier des charges à suivre pour que tous les dessins soient similaires. La fabrication de l’avion a été découpée par tâches, réparties entre les salariés, pour produire plus vite. L’expérience a fonctionné. Et à partir des avions en papier, elle a été généralisée aux mâts-réacteurs produits dans l’usine.

Des tâches répétitives et ennuyantes

Pierre, chaudronnier-soudeur à Saint-Eloi, a vu l’organisation de son travail changer peu à peu :

« Avant on s’occupait d’une pièce du début à la fin. On gérait les soudures, puis on emmenait la pièce à la chaudronnerie et on terminait le travail. Maintenant on fait de plus en plus de tâches répétitives et les cadences s’accélèrent. »

Il dit passer de plus en plus d’heures seul dans des box de soudure, derrière un rideau protecteur. Grâce à ce système, la productivité de l’usine a grimpé en flèche. Elle a été élue usine de l’année en 2011 par le magazine Usine Nouvelle, et ambitionne de doubler les cadences sur la production des pièces de l’A350.

« J’ai peur qu’on se spécialise toujours plus dans des tâches uniques pour produire plus. J’ai déjà de moins en moins l’impression que mon savoir-faire est utile, alors que je fais ce métier depuis plus de cinq ans. Si cela continue, tout le monde pourra être remplacé facilement parce qu’il ne fait qu’une seule tâche dans un ordre très précis ».

Pour être augmenté, il faut s’impliquer

Ce militant à la CGT peine à mobiliser ces collègues contre ces nouvelles méthodes, sauf quand les réorganisations proposées consistent juste à augmenter les cadences. Pour lui, c’est parce « tout est fait pour nous motiver et nous inciter à participer à la réorganisation ».

En effet, les salariés sont par exemple invités à déposer des « Pat » (propositions d’amélioration du travail), et touchent des primes si celles-ci sont mises en place. Tous les matins, avant l’heure d’embauche officielle, une réunion est organisée pour faire le bilan de la veille. On vérifie si les objectifs de sécurité, qualité et de productivité ont été atteints. Ces réunions ne sont pas obligatoires, mais Clément, qui y participe peu, dit s’être vu reprocher son manque d’implication sur le « lean » lors de son entretien de fin d’année. Il n’a pas été augmenté.

Antoine Valeyre, chercheur au Centre étude de l’emploi, a comparé l’impact des différentes organisations du travail sur les salariés en recoupant des enquêtes statistiques européennes. Il conclut que le lean est au moins aussi nocif que le taylorisme sur la plupart des critères étudiés. Et dans plusieurs domaines il s’avère même plus nocif, car les salariés souffrent d’autant plus qu’ils ont été impliqués dans la réorganisation.

« Il y a un effet d’engagement, c’est-à-dire qu’ils ont l’impression de ne pas pouvoir dénoncer un système qu’ils ont contribué à mettre en place », détaille Bernard Michez, ergonome.

Des ayatollahs du changement de mode de pensée

Cette technique, née au MIT (Massachussets Institute of Technology) à la fin des années 1980, se veut la traduction américaine du toyotisme. Extrêmement complexe, elle nécessite plusieurs années pour être mise en place. Cela n’a pas empêché de nombreux cabinets d’émerger très récemment pour initier les managers au lean. En fait, « il n’y pas de formation solide en France », estime Bernard Michez, ergonome au cabinet Ergotec de Toulouse.

Fabrice Bourgeois, ergonome à Paris, parle même « d’ayatollahs » qui sévissent dans les entreprises et conseillent « un changement complet de mode de pensée » : « des managers qui ont eu ces formations m’ont parlé de véritable intoxication », témoigne-t-il. (Voir la vidéo de l’entreprise Atex Solution, présentant les services de consultants en « lean », « kaizen », « six sigma »)

Ces professionnels du management vendent une méthode unique et rapide permettant de supprimer tout gaspillage dans la production : stocks intermédiaires, temps morts, déplacements des salariés, etc.

Un lean souvent dévoyé pour la seule productivité

La méthode lean n’est pas forcément nocive, c’est son dévoiement qui pose problème, explique Christian Daniel, fondateur du cabinet Lean-Key, qui dit s’être initié au lean depuis 25 ans, notamment au Japon :

« Je suis dégouté par l’utilisation qui est faite du lean aujourd’hui, à cause des charlatans qui s’en sont emparés. Cette technique a un potentiel énorme et peut vraiment si elle est bien utilisée réconcilier productivité et qualité de travail. »

De même, Alain Rojon, spécialiste du lean chez PSA, assure, qu’après « quelques tâtonnements », que cette méthode a permis de réduire le nombre d’accidents dans les usines du groupe. Avant de déplorer qu’en France, « 97% des entreprises qui mettent en place le lean s’en servent uniquement pour augmenter la productivité ».

Méconnaissance totale du fonctionnement d’un être humain

Les ergonomes du travail s’indignent contre les conséquences du lean sur les salariés, comme Bernard Michez, qui dénonce un recul :

« Ces idées montrent une méconnaissance totale du fonctionnement d’un être humain. [...] Alors que la base de l’ergonomie montre que la répétition des gestes courts est susceptible de provoquer de nombreux troubles musculo-squelettiques (TMS). »

Même impression chez son collègue Fabrice Bourgeois :

« On réduit les déplacements non productifs, en mettant par exemple en place des lignes en U où le salarié tourne en continue entre des emplacements très rapprochés et conçus de façon à ce que le dernier poste de travail soit proche du poste de redémarrage. On explique même au salarié qu’il est gagnant car il va moins se fatiguer. Or c’est faux puisque les déplacements peuvent être des ressources, des temps où l’on repose les muscles qui travaillent, où l’on réfléchit aux prochaines étapes et où l’on peut interagir avec ses collègues. »

Appliquée ainsi, la méthode ne peut faire gagner de la productivité que pendant quelques mois. Ensuite, les troubles musculo-squelettiques, les arrêts maladie et la démotivation gagnent les salariés. Toyota, Renault, ou encore Atos ont connu de tels ravages.

Les ergonomes disent voir de plus en plus de problèmes de santé apparaître après de telles réorganisations dans les entreprises. Au ministère du Travail, on répond que le registre des expertises réalisées pour les Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) n’est pas assez précis pour confirmer ou infirmer cette impression.

Un management qui s’étend au public

Ces méthodes s’étendent pourtant à tous les secteurs. Bernard Michez assure que Pôle emploi s’en est inspiré pour s’organiser après la fusion entre l’ANPE et l’Unedic, notamment pour découper les entretiens avec les usagers. Et dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, l’Etat a fait appel à des consultants lean rémunérés jusqu’à 2 500 euros par jour. Plus généralement, c’est au tour des entreprises de services de s’y intéresser, comme le confirme Johan Petit, ergonome à l’université de Bordeaux et spécialiste des banques, assurances et mutuelles :

« L’idée dominante est qu’on peut supprimer ce qui est appelé la surqualité du service. Cette forme de rationalisation du travail ressemble au taylorisme car elle se vante d’un caractère scientifique. On découpe la production bout par bout, morceau de dossier par morceau de dossier, si bien que les salariés sont hyper-spécialisés, et ont très peu de marges de manoeuvre ».

Selon l’ergonome, la méthode fonctionne au mieux pour 80% à 85% des tâches quotidiennes ; mais pour le reste, cette organisation augmente la difficulté à aider le client, et finit par se retourner aussi contre les salariés :

« On empêche les salariés de faire du travail bien fait. Ils doivent suivre la procédure alors qu’ils savent que, parfois, cela va nuire à la qualité du service qu’ils vont produire pour un client. C’est une négation complète de l’identité professionnelle, qui est basée sur la capacité de l’employé à anticiper ou à résoudre les cas particuliers [...] On les empêche de se développer, de se démarquer socialement dans l’entreprise, de collaborer. Le travail, sous cette forme, rend les gens malades ».

Photo : « Les Temps modernes » de Charlie Chaplin (1936).

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  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 14h34 le 21/07/2011
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    plus la tache est simple, contrôlée, moins il y a besoin de spécialistes formés.. et moins cela coute cher...
    les ouvriers du 19ème siècle venaient des fermes du monde agricole de l’époque, et ne savaient souvent pas lire, écrire, ou peu, n’avaient pas de formations, donc il a fallu à la limite faire cela.....

    mais pourquoi faire cela maintenant, au temps des robots... ?

    • haiker
      haiker répond à pablico
      • Posté à 15h29 le 21/07/2011
      • Internaute 29253

      Parce qu’avec la précarisation du marché du travail, un robot humain coûte finalement moins cher qu’un vrai robot.

      En entretien, notamment : le robot humain est jetable, là où le million d’euro du « vrai » robot lui doit d’abord être amorti.

      Y’a un marché pour les robots low-cost, et il démarre dès maintenant... avec des humains.

      Comme quoi, capitalisme et progrès sont bien deux choses distinctes.

       
      • pablico
        pablico répond à haiker
        Co-NOBEL de la Paix
        • Posté à 15h37 le 21/07/2011
        • Internaute 14278
          Co-NOBEL de la Paix

        donc en toute logique :

        - les formations ne servent à rien,
        - il faut faire venir de la main d’oeuvre non qualifiée, illettrée de l’étranger,
        - délocaliser..

        • haiker
          haiker répond à pablico
          • Posté à 15h47 le 21/07/2011
          • Internaute 29253

          1) pour s’assurer d’un emploi, de plus en plus, oui.

          2) oui mais non : cette option s’oppose frontalement avec la xénophobie des classes populaires caressées dans le sens du poil par des politiciens toujours opportunistes pour agiter le spectre du déclassement social et l’immigration dans la même phrase.

          3) oui, et c’est ce qui déclasse socialement justement les classes populaires et les rend accro aux caresses dans le sens du poil ci-dessus.

          Y’a bel et bien une logique.
          C’est beau, hein ?

        • outsider34
          outsider34 répond à pablico
          desamuse
          • Posté à 16h42 le 21/07/2011
          • Internaute 143239
            desamuse

          sinon pourquoi on aurait ouvert l’Europe de l’Est.

      • Windu
        Windu répond à haiker
        Sur ma chaise
        • Posté à 15h44 le 21/07/2011
        • Internaute 115557
          Sur ma chaise

        Ton « raisonnement » oublie juste un léger détail : un « robot » humain fatigue, est malade, n’est pas toujours en forme, perd vite sa motivation, ...
        Bref, un humain ne peut pas produire éternellement la même chose avec la même qualité et dans le même temps imparti ! Il y a forcément un moment où le résultat pâtit du geste répétitif. C’est pour ça que les chaines de montage sont robotisées à mort : un robot, c’est régi par un programme informatique qui, une fois qu’il est bon, fonctionnera de la même façon un millions de fois de suite.

        Bref, il ne faut donc pas oublier que la robotisation apporte aussi de la qualité dans le travail accompli.

        • haiker
          haiker répond à Windu
          • Posté à 15h52 le 21/07/2011
          • Internaute 29253

          Sauf que le salarié-robot-humain est loué, pas acheté. On peut donc le remplacer rapidement par un autre moins *usé*.

          Alors que le robot à 1 million, il est acheté. Il faut donc l’amortir au maximum, ce qui implique des coûts d’entretien sans lequel il ne tiendra jamais le coup.

          Ah, sinon, merci de ne pas croire que je puisse cautionner un seul instant une organisation du travail basé sur le retour du travail à la chaîne aliénante style robot-humain. Je tente seulement d’expliquer pourquoi économiquement il est plus tentant d’user de l’humain que d’investir dans la robotisation massive.

          • cactusun
            cactusun répond à haiker
            retraité
            • Posté à 23h46 le 21/07/2011
            • Internaute 50486
              retraité

            C’est bien là tout l’enjeu de l’augmentation du temps de travail voulue par les libéraux. Plus le temps travaillé par individu durant une vie est long, plus la quantité de main-’oeuvre humaine est abondante, ce qui se traduit par un taux de chômage élevé.

            Cette main d’oeuvre abondante est une main-d’oeuvre klenex : on prend, on jette, on remplace.

            Le plus grâve dans l’affaire est que sur le long terme, cela est particulièrement inefficace. Remplacement rapide du personnel et donc, perte, puis disparition de la culture d’entreprise. Cela provoque une disharmonie au sein des différents secteurs de l’entreprise. Cette disharmonie est responsable d’incompréhension et donc, d’erreurs et d’insatisfaction au final.

            Au niveau plus large, le salarié klenex remet en cause sa propre utilité, d’où la réduction de sa capacité de création et l’immobilisme qui s’ensuit. D’un point de vue sanitaire, le coût est élevé.

            Le travail doit être un outil de création, d’inovation et non d’aliénation et de destruction.

            • tbudikov
              tbudikov répond à cactusun
              peut importe
              • Posté à 16h15 le 23/07/2011
              • Internaute 97402
                peut importe

              et ouaip ; c’est là où c’est beau ; la prise en charge des salariés malades c’est le contribuable !

              encore une fois ; on privatise les bénéfices et on mutualise les pertes.

        • laveriteatoutprix
          laveriteatoutprix répond à Windu
          chef de projets
          • Posté à 16h41 le 23/07/2011
          • Internaute 41907
            chef de projets

          mon pauvre vieux lis Germinal. Visiblement incapable de gérer une équipe. Des gars comme toi ce sont des vecteurs de non motivation en entreprise.

          Tu oublies une chose est qu´un robot coute cher qu´il faut l´entretenir il faut avoir des gens qualifiés. Ce qui n´est pas possible dans la plupart des entreprises car elles ne paient pas toutes les formations. En autre il faut l´insérer dans une ligne de production ce qui n´est pas toujours évident. Car les gens biens formés sont rares. La France n´est plus une terre pour les industries.

          Concernant le lean c´est un moyen utilisé pour compenser la nullité du management. La plupart ont des carences pour planifier une usine ou ne prennent pas les décisions quand elles s´imposent à cause des ayatollas du département des finances. Ces derniers ne comprennent rien à la technique et sont capables de vous flinguer une entreprise à moyen ou long terme Notamment en France ou les business school boys and girls sont aux manettes dans beaucoup d´entreprises.
          Le lean est employé car vous n´avez plus beaucoup de vrais techniciens dans l´industrie car ils sont mals payés. Quand ces consultants Lean viennent ils ne connaissent rien à la production mécanique. En moyenne ce sont des frustrés n´ayant pas réussi dans l´industrie et qui essaient de se recycler ou des jeunots à qui on en demande trop et qui engrangent les bêtises.

          C´est plutôt un signe ou les patrons devraient constituer des équipes plus homogènes dans le domaine technique en payant mieux leurs techniciens et en les formant régulièrement. Ca coute cher. Notamment d´avoir des stratégies plus claires qui soient compréhensibles par leurs employés.

          On peut reconnaitre une tendance en Europe France Allemagne Suisse ou le lean compense en fait les mauvaises pratiques des équipes de dirigeants des entreprises

      8 autres commentaires
    • merle-moqueur
      merle-moqueur répond à pablico
      GRRRRRRRRRRRR (...)
      • Posté à 11h43 le 22/07/2011
      • Internaute 17922
        GRRRRRRRRRRRR (...)

      J’ai trouvé ça :

      L’usine étirait ses bâtiments du XIXe siècle.
      Tout autour de cette misère à l’architecture de prison, une cité, groupement hideux de pavillons insalubres où logeaient les familles des ouvriers.
      L’usine qui fabriquait de la pâte au bisulfite, puis du papier à partir de cette pâte, employait cinq cents personnes.
      Elle avait été fondée par un personnage arroguant, méprisant, cynique et froid, qui, fortune faite, avait fait construire un château abominable qui dominait l’usine.
      Cet homme avait laissé parmi les vieux, ceux qui avaient travaillé chez lui avant 1936, un souvenir cuisant ; quand son Hispano-Suiza s’approchait, le gardien se précipitait pour ouvrir la barrière, faute de quoi, elle volait en éclats et le gardien était renvoyé.

      Dès mon arrivée, je fus présenté au directeur.
      Sa situation était comparable à celle d’un homme qui gère un bagne.
      En effet, son établissement, le plus vétuste du groupe, était déficitaire.
      Du siège social, lui parvenaient sans cesse des ordres lui intimant de réduire les frais.
      Sur place, le personnel grondait, exigeant plus de sécurité et des conditions de vie moins effroyables, donc des investissements.
      En effet, chaque poste de cette usine avait sa petite histoire, généralement sanglante.

      Tout le cycle de la fabrication du papier d’emballage est à la base de traitement chimique, de broyage, de concassage, de cuisson, de malaxage.
      Dans les établissements modernes, l’automation rend ces opérations peu dangereuses mais dans ce cas précis, chaque machine semblait avoir été conçue pour tuer et toutes, en quatre-vingt années, elles avaient tué ou mutilé.

      Les arbres qui arrivaient, étaient jetés dans un immense tambour rotatif ruisselant d’eau.
      Les troncs en tournant les uns sur les autres se dépouillaient de leur écorce.
      Mais cinquante fois par vingt-quatre heures, ils se coinçaient.
      On arrêtait alors le tambour, et un homme armé d’un pique, qui ne savait même plus qu’il était courageux, se glissait dans ce jeu de mikado géant pour débloquer l’ensemble.
      Puis les arbres dépouillés grimpaient vers des tronçonneuses qui les réduisaient à l’état de copeaux.
      Les cadences étaient infernales, et les ciseaux débitant sans répit des pièces de bois énormes se cassaient, projetant leurs débris comme des éclats de grenade.

      A l’autre extrémité de l’usine, s’élevaient des tours de bois hautes de trente mètres.
      C’est là qu’on fabriquait la liqueur qui cuisait les copeaux.
      Les ouvriers chargeaient à la main de cuisants cailloux de chaux dans des monte-charge primitifs.
      Les doigts de certains d’entre eux étaient rongés comme ceux des lépreux.
      Le monte-charge élevait ensuite les cailloux jusqu’au sommet des tours où ils étaient entassés.
      On envoyait ensuite de l’acide sulfureux dans les tours.
      Les cailloux de chaux se décomposaient et donnaient la liqueur.
      C’était irrespirable.
      J’ai assisté un jour à la rupture de câble d’un monte-charge.
      La caisse a explosé au sol, défoncé la gaine de protection en planches et défiguré deux manoeuvres.
      Copeaux et acide étaient ensuite dirigés sur des lessiveurs colossales marmites en fonte où le tout cuisait plusieurs heures sous très haute pression.
      D’un contremaître qui était descendu dans un lessiveur pour tasser des copeaux et que ses collègues n’avaient pas vu remonter, on ne retrouva plus tard que la boucle de ceinture.

      Les marmites dépotées, les copeaux suivaient différents traitements dont le broyage.
      C’était peut-être le plus impressionnant de voir ces meules de pierre d’un mètre quatre-vingts de diamètre, accouplées par deux à angle droit, tourner dans leur bac.
      Là encore, dans les usines modernes, l’entraînement a lieu par un système de courroies de caoutchouc noir comparables à celles qui actionnent les ventilateurs de voitures ; mais là, les machineries dataient du XIXe siècle et fonctionnaient par engrenage.
      Le bruit qui en résultait et les vibrations produites étaient proprement infernales.

      Dans une sorte de soute située entre deux étages de l’usine, des hommes éternellement courbés se promenaient sous les meules au milieu d’une forêt de pignons, de cardans, et d’engrenages en mouvement qu’il fallait graisser tout le temps.
      Combien d’hommes avaient été jetés dans les cuves des meules au cours des conflits sociaux depuis la création de l’usine ?
      Combien avaient eu les mains arrachées par les engrenages ?
      Les machines à papier elles-mêmes, véritables usines dans l’usine, n’étaient pas moins meurtrières.
      De cinq à six mètres de large, de soixante-dix à cent mètres de long, ces monstres, au nombre de quatre, étaient constitués d’un ensemble de cylindres sous pression de vapeur d’eau chaude bouillante.
      La pâte à papier y prenait forme et circulait en séchant entre les cylindres où elle était guidée et soutenue par un feutre.
      En bout de parcours les machines crachaient trois cent soixante-cinq jours par an et vingt-quatre heures par jour de quatre-vingts à cent vingt mères de papier brûlant et bourré d’électricité statique, à la minute.
      Malheur à celui qui tombait dans la machinerie du haut d’une passerelle.
      Il était amidonné et repassé pour l’éternité.

      Les stades de transformation du papier ne valaient guère mieux et les vieux massicots étaient de véritables guillotines pour les mains.
      Les jeunes polytechniciens qui disputaient le pouvoir au directeur infirme étaient bourrés d’idées neuves pour améliorer les rendements.
      Dans les ateliers de façonnage, on laissait les femmes enceintes debout pour qu’elles ne soient pas ralenties dans leurs gestes par leurs gros ventres... et on les plaçait dos à dos pour qu’elle ne puissent pas parler.
      Très vite, je me pris d’amitié pour un contremaître, un colosse, qui dirigeait un commando ayant pour principal d’assommer certains ouvriers qui rentraient chez eux ivres.
      Son but était d’éviter « les enfants de soir de paye » quand, dans les cités, les hommes désespérés avaient bu et battaient leurs femmes à mort avant de les engrosser une fois de plus.
      Curieux assistant social que cet homme qui arrangeait le monde comme il pouvait, à coups de gourdin.

      Je ne connaissais pas Zola, j’ignorais tout de la Commune et des grandes batailles contre l’argent, je sortais de la vie de Flora, sa beauté, sa fortune.
      La misère me plongea dans un état d’angoisse qui ne m’a plus jamais vraiment quitté.
      Pendant deux ans, j’ai travaillé et vu vivre ceux à qui on a ôté jusqu’à la possibilité de rêver et d’espérer.
      La tutelle, l’autorité, l’arbitraire, la hiérarchie tuent très vite l’homme en l’homme.
      Un prisonnier veut toujours s’évader mais ceux qui vivaient là ne savaient même plus qu’on peut franchir le mur et d’ailleurs où auraient-ils pu aller, et quoi faire ?
      Depuis leur naissance, leurs dés étaient jetés, ils n’étaient que des nombres, des morceaux d’outillage.
      Il n’y avait plus de vie, seulement des gestes répétés.
      Et cela, avec la complicité de tout le monde, même des victimes, chez qui on avait tué jusqu’à l’esprit de révolte, cette dernière richesse de ceux qui n’ont rien, et à qui l’on prend même ce qu’ils n’ont pas.

      Mao-Tsé-Toung a dit à Malraux cette phrase qui pourrait être sortie de l’évangile selon Saint Mathieu : « il faut apprendre du peuple pour pouvoir l’instruire ».
      Il semble bien que tout se soit passé à l’inverse de ce propos et que les industriels n’aient régné qu’en maintenant les hommes dans la grande prison de l’ignorance organisée.
      Le capitalisme Français s’est épanoui comme celui de l’Angleterre dans un XIXe siècle essentiellement répressif.
      Il n’a pas vraiment évolué sur le fond et le pouvoir financier a encore quelque chose de policier qui porte en lui sa propre perte.

      Je suis resté cinq mois à l’usine et je m’y suis fortifié dans l’idée que la vie ouvrière est un ghetto dont on ne sort que les pieds devant..., le travail n’y rend jamais riche mais vieux.
      On n’y participe à rien d’humain, mais seulement à des fragments d’un ensemble dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants.
      Très vite la machine fait de vous une seconde machine, et on casse avant elle sans avoir rien compris.

      Lien
      www

       
      • missl
        missl répond à merle-moqueur
        comme un long dimanche de (...)
        • Posté à 15h14 le 23/07/2011
        • Internaute 134351
          comme un long dimanche de (...)

        beau texte, avez vous plus d’éléments sur le lieu, les personnes ?

        • merle-moqueur
          merle-moqueur répond à missl
          GRRRRRRRRRRRR (...)
          • Posté à 17h35 le 23/07/2011
          • Internaute 17922
            GRRRRRRRRRRRR (...)

          « allez voir ici
          Lien

          • missl
            missl répond à merle-moqueur
            comme un long dimanche de (...)
            • Posté à 09h12 le 24/07/2011
            • Internaute 134351
              comme un long dimanche de (...)

            le lien n’est pas inintéressant (surtout pour ces messieurs ;)) mais c’est un peu hors sujet et non conforme à ce nous attendions

            • merle-moqueur
              merle-moqueur répond à missl
              GRRRRRRRRRRRR (...)
              • Posté à 09h16 le 24/07/2011
              • Internaute 17922
                GRRRRRRRRRRRR (...)

              « vous cherchez quoi ?

              • missl
                missl répond à merle-moqueur
                comme un long dimanche de (...)
                • Posté à 12h59 le 25/07/2011
                • Internaute 134351
                  comme un long dimanche de (...)

                ça

                « J’ai trouvé ça :

                L’usine étirait ses bâtiments du XIXe siècle... »

      5 autres commentaires
  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 11h59 le 21/07/2011
    • Expert 24356
      Chercheur

    Mais le travail à la chaine n’a jamais disparu. Qu’y a-t-il de nouveau, à part un nouveau mot anglais qui sonne bien ?

    • ostia
      ostia répond à kevangel
      inadapté
      • Posté à 12h12 le 21/07/2011
      • Internaute 88960
        inadapté

      le travail à la chaine basique était passé de mode, le type qui devait serrer toujours la même vis pendant 8h ça existait plus trop.

      J’ai fait un stage dans une usine qui fabriquait du mobilier de bureau (le fameux stage ouvrier), et c’était pas du travail à la chaine, un ouvrier fabriquait presque sa pièce entièrement. ça rend le travail moins répétitif et surtout plus « attractif » ce qui est meilleurs pour le « climat social ». Avec le lean, c’est le retour au serrage de la même vis pendant 8h : augmentation de la productivité, diminution des compétences, ouvriers aliénés facilement remplaçables etc....

      ce témoignage résume parfaitement la problématique :

      Pierre, chaudronnier-soudeur à Saint-Eloi, a vu l’organisation de son travail changer peu à peu :

      « Avant on s’occupait d’une pièce du début à la fin. On gérait les soudures, puis on emmenait la pièce à la chaudronnerie et on terminait le travail. Maintenant on fait de plus en plus de tâches répétitives et les cadences s’accélèrent. »

       
      • ocelote
        ocelote répond à ostia
        Casseur de tête indigné
        • Posté à 12h45 le 21/07/2011
        • Internaute 44437
          Casseur de tête indigné

        On a pas fait le meme stage ouvrier...

        Moi je devais faire le meme geste pendant des heures et des jours... Mettre des etuits a lunette afflelou sur une machine a tamponer le logo. J’ai demandé a changer de poste pour changer d’air, puisque cela ne necessite absolument aucune connaissance pratique ou theorique (mais simplement d’etre vivant), cela m’a été refusé.

        Merci PubOs, des vautours du monde industriel.

        • ostia
          ostia répond à ocelote
          inadapté
          • Posté à 12h54 le 21/07/2011
          • Internaute 88960
            inadapté

          ha oui c’est sûr ya des boulots ou la répétitivité est obligatoire . J’ai un pote qui bossait dans une usine qui fabriquait des gros boulons, c’était pas la joie non plus : D

          moi je faisais plein de truc, je perçais, découpais, sciais, collais, c’était sympa, et l’ambiance était géniale

          • alabergerie
            alabergerie répond à ostia
            http://alabergerie.wordpress. (...)
            • Posté à 13h16 le 21/07/2011
            • Internaute 81339
              http://alabergerie.wordpress. (...)

            J’ai un de mes fils en stage ouv’ : il remplit des seaux d’encre et prépare les mélanges pour l’impression de [AH ! ON ME DIT QUE JE NE DOIS RIEN DIRE... DONC JE CENSURE] et qu’il n’en verra plus jamais autant (ce qui repose l’esprit en lui faisant contempler des montagnes). Chaque préparation d’encrage lui demande de l’initiative, surtout grâce à une fichue machine dont on ne sait jamais si elle va faire son boulot ou si il va falloir encore une fois la désosser pour lui revisser les rotules  : c’est la secoueuse de seaux pleins.Or, avec un bon lean bien black, ce robot sournois pourrait être remplacé par un type au QI d’abricot sec, qu’on remplacerait tous les deux mois, le temps de broyer ses coudes et de transformer ses bras en aubergines violacées. Un CDD, donc. Pas belle mon idée  ? Enfin bon, je dis ça, je dis rien, moi je ne suis pas à l’UMP. Heureusement, dans cette usine, ils respectent les lois et observent un assez bon niveau de décence dans leurs exigences.

          • ocelote
            ocelote répond à ostia
            Casseur de tête indigné
            • Posté à 13h27 le 21/07/2011
            • Internaute 44437
              Casseur de tête indigné

            Enfin, ce que je voulais soulever c’est que JUSTEMENT, je pouvais faire d’autres activités mais que le patron refusait...

            A lui ca lui change rien que ce soit ma main ou celle d’un autre, et si on tourne, tout est plus agreable pour tout le monde car moins repetitif.

            Alors le lean... Je pense qu’il y a moins de bien s’organiser s’en prendre les gens pour des robots...

      • M. de Wolmar
        M. de Wolmar répond à ostia
        explorateur
        • Posté à 13h41 le 21/07/2011
        • Internaute 59614
          explorateur

        >>le travail à la chaine basique était passé de mode, le type qui devait serrer toujours la même vis pendant 8h ça existait plus trop.

         ? ? ? ?
        Sur terre, le travail à la chaine n’est jamais passé de mode, bien au contraire. La population occidentale c’est pas grand chose en proportion, on a souvent tendance à en faire l’humanité entière (et à croire que le capitalisme peut se passer de ce genre d’aliénation qu’est le travail à la chaine)

        • Lictor
          Lictor répond à M. de Wolmar
          informaticien
          • Posté à 15h25 le 21/07/2011
          • Internaute 68450
            informaticien

          Sauf que le gros avantage économique de la délocalisation, c’est précisément pour les boulots qui ne sont pas à la chaîne et qui donc nécessitent impérativement un être humain conscient au lieu d’un robot...

          C’est pour ça qu’on a délocalisé tout ce qui est fabrication d’appareils photos par exemple : l’assemblage demande pas mal d’opérations complexes, précises, d’ajustements et qui ne se prêtent pas à un vrai travail à la chaine. Du coup, le fait d’avoir une main d’oeuvre qualifié et pas trop cher devient un énorme avantage...
          Autrement, il serait probablement plus économique de robotiser toute la chaîne...

      • Sans fard
        Sans fard répond à ostia
        Chasseur de rats
        • Posté à 18h12 le 21/07/2011
        • Internaute 140934
          Chasseur de rats

        « Avant on s’occupait d’une pièce du début à la fin. On gérait les soudures, puis on emmenait la pièce à la chaudronnerie et on terminait le travail. Maintenant on fait de plus en plus de tâches répétitives et les cadences s’accélèrent. »

        Voilà, tout est dit et bien dit. Un ouvrier se sentait valorisé et responsable de son travail. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est le retour insidieux vers le XIXème siècle. Sans doute bientôt le grand saut vers le moyen-âge. Il suffira sans doute qu’un jour un esprit éclairé trouve qu’en bottant le cul à un ouvrier le travail avance plus vite. Cette nouvelle « doctrine » sera vite généralisée.

        De régression en régression le servage et l’esclavage seront bientôt de retour.

        Comment peut-on accepter un tel avenir ?

      7 autres commentaires
    • VickingJack
      VickingJack répond à kevangel
      caressotherapeute bénévole
      • Posté à 14h06 le 21/07/2011
      • Internaute 96126
        caressotherapeute bénévole

      Le travail à la chaine n’est pas obligatoirement pénible.

      J’ai bosser pendant un temps en intérim et j’ai fait plusieurs usines. Il y en avais qui étaient effectivement aliénant où l’on était au service de la machine et obligé de ce mettre à sont rythme.

      Je pense surtout à une fabrique de vis ou toute les 20 secondes je prenais une vis sous un écoulement dégueulasse d’eau mélangé à de la « graisse » en poudre (c’est ainsi que c’était nommé, les doigts étaient gercés au bout de cinq minutes), travail pénible demandant une concentration trop légère pour être prit dedans et trop importante pour pensé à autre chose. De plus le genre de bêtise ou il fallait demander l’autorisation pour aller pisser et ce justifié si c’était plus d’une fois par demi-journée !

      J’ai tenu une journée et heureusement une autre intérim m’a appelé.

      Et la dans une usine de transformation de rail de chemin de fer en piquets de vigne, l’ambiance et le boulot par lui même était complétement différent.
      A la chaine, un ouvrier passait les cornières dans une machine qui les coupaient et les perçaient, moi je les récupéraient en deux pilles de 7 puis un autre dans l’autre sens, je « ficelaient » et les fessaient tomber dans un chariot. Au bout de tant de paquets, je raccrochaient l’ensemble et les déplaçaient avec un palan à l’autre bout de l’usine. Travail à la chaine, certes, mais c’est le boulot le plus reposant mentalement et le moins stressant que j’ai fait !

      Associé à une bonne ambiance et une solidarité (L’intérimaire qui voulaient en faire plus que les autres pour ce faire bien voir ne durait pas longtemps).

      Bref tout cela pour dire que ce n’est pas le travail à la chaine par lui même qui est aliénant mais la place de l’employé par apport aux machines et surtout l’entreprise.

       
      • jacques42
        jacques42 répond à VickingJack
        technicien
        • Posté à 10h34 le 22/07/2011
        • Internaute 158762
          technicien

        Vicking_Jack
        Comme quoi, c’est bien le chef d’atelier qui a une influence considérable dans l’organisation du travail : s’il est humain et intelligent, il organisera humainement et intelligemment le travail.

      1 autres commentaires
  • chamoiseau
    chamoiseau
    citoyen
    • Posté à 13h22 le 21/07/2011
    • Internaute 81106
      citoyen

    Il faut ajouter que le lean est également appliqué à de très nombreux salariés du tertiaire. L’article donne un exemple. D’autres sont possibles, de tous niveaux : caissiers de magasins ; distributeurs de journaux ; chercheurs (dont les tâches sont parfois très morcelées, au sein de certaines industries) ; employés administratifs (public et privé). Une liste exhaustive prendrait des heures.

  • nicolas.boulay
    • Posté à 15h15 le 21/07/2011
    • Internaute 94389
      ingé

    « The surprising truth about what motivates us » Lien

    C’est amusant de voir les vrais ressorts de motivation : l’argent pour les activité purement manuel, et d’autres choses plus subtiles dés que l’on a besoin de réfléchir.

    • Lictor
      Lictor répond à nicolas.boulay
      informaticien
      • Posté à 15h36 le 21/07/2011
      • Internaute 68450
        informaticien

      +1

      Les vidéos RSA Animate sont de vrais mines d’or... En plus d’être très bien foutues...
      A noter que l’activité manuelle s’arrête en fait très vite. Par exemple, un ébéniste ne fait pas une activité manuelle dès qu’il doit « créer » au lieu d’exécuter tout le temps le même geste... La création est bien une activité intellectuelle !

    • kafékrem
      kafékrem répond à nicolas.boulay
      sans sucre
      • Posté à 17h23 le 21/07/2011
      • Internaute 123523
        sans sucre

      merci pour ce lien , vidéo très intéressante.
      pour la petite histoire , technicien spécialiste dans une entreprise de fabrication verrière , j’ai vu arriver la méthode « 5S » avec horreur , et j’ai préféré partir que de subir cette aberration.
      l’entreprise appliquait cette méthode sans tenir compte de l’humain, simplement dans le souci de faire briller les chiffres...
      beaucoup de mes ex-collègues on réussi a supporter, avec des dommages collatéraux : dépressions et augmentation des TMS pour la plupart, mais démission ou licenciement pour la plupart des techniciens & ingénieurs valables.

    • Ilriap
      Ilriap répond à nicolas.boulay
      Futur Chef op'
      • Posté à 02h09 le 22/07/2011
      • Internaute 91691
        Futur Chef op'

      +1
      Merci pour ce lien

  • Lapin Garou
    Lapin Garou
    Bonne
    • Posté à 21h45 le 21/07/2011
    • Internaute 103858
      Bonne

    Meuh non, de mon, temps ça s’appelait « design to cost » et « analyse de la valeur » et ça nous menait également aux « cercles de qualité » et au « kamban » via des scéances de « brainstorming » dans des cours de « méthodes » et de « recherche opérationnelle ».
    En fait, tout ça, c’est du bullshit recyclé pour différents motifs pas tous louables :
    - dans les années pompidoliennes, il s’agissait d’éviter la syndicalisation dans les industries automobile et aéronautique françaises.
    - de nos jours, ce sont des inventions de consultants qui veulent se faire rémunérer à prix d’or pour des idées rétrogrades (ou est passée la notion d’« atelier flexible » ?) et de chefaillons qui cherchent toujours une petite « lean de coke » pour se rapprocher du soleil.
    Cela sert essentiellement à une chefferie à dissimuler sa condition derrière des artefacts puants de morale à deux balles et à ne pas assumer le rapport de subordination qui dirige toute relation de travail.
    La vérité, c’est que le prolétariat moderne est désormais dans les pays pauvres et qu’on l’exploite à tel point qu’effectivement, même la robotique n’est plus compétitive.
    beurk et re beurk

  • fbuisson
    fbuisson
    Ingénieur
    • Posté à 09h23 le 22/07/2011
    • Internaute 159331
      Ingénieur

    Je termine mon école d’ingé et non, bien au contraire chez nous on nous met aussi en garde contre ces types de management pour y préférer le management par la qualité. Par exemple le management FAVI ou l’on supprime la majorité des échelons pour responsabiliser un maximum l’ouvrier, qui devient responsable devant son client (qui le fait vivre).

    Au final, sans le contrôler en permanence, en lui faisant améliorer lui-même la productivité, en lui offrant ainsi des tâches variées et gratifiantes, la productivité et le bonheur de chacun sont assurés.

    Mais il ne faut pas oublier que l’essentiel est tout de même de protéger l’EMPLOI face à la délocalisation, donc les soucis de productivité/rentabilité ne sont pas purement capitalistes.

    • Episteme
      Episteme répond à fbuisson
      Recul critique
      • Posté à 10h08 le 22/07/2011
      • Internaute 123504
        Recul critique

      C’est malheureusement un exemple typique de mauvais encadrement. On ne peut pas attendre d’un exécutant qu’on paye au salaire minimum ou peu au dessus de s’impliquer plus que de raison. Son poste doit être clairement défini. Un ouvrier ne peut en aucun cas être responsable devant les clients qui ne sont pas les siens mais ceux de son entreprise.

      On demande à un ouvrier de bien réaliser les tâches qui lui sont données à faire et sa responsabilité se limite à la bonne exécution de celles-ci. Tout ce qui concerne l’amélioration des process relève de la responsabilité de l’encadrement qui est payé pour cela.

      Vouloir impliquer plus avant le personnel exécutant entraîne un malaise dans l’organisation. Très vite, les personnes ne comprennent plus très bien comment se justifient les différences de salaire puisqu’ils sont soumis au stress du résultat. Ce type de management conduit souvent l’ouvrier à culpabiliser dès qu’il fait la moindre erreur.

      Un simple conseil, évitez d’appliquer ce type de schéma lors de votre entrée définitive dans la vie active. Vous allez au devant de graves désillusions si vous appliquez bêtement ce type d’approche caractérisée par la dilution des responsabilités (tous responsables, tous commerciaux, mais nullement tous au même niveau de rémunération...).

       
      • fbuisson
        fbuisson répond à Episteme
        Ingénieur
        • Posté à 11h42 le 22/07/2011
        • Internaute 159331
          Ingénieur

        Non ce n’est pas du tout le principe de la méthode. Je vous conseille de regarder Mr Zobrist en parler dans de multiples vidéos.

        Lien

        Il n’y a pas de principe figé mais une volonté de faire du bon sens et de lever les barrières pour que la production se fasse au mieux.

      1 autres commentaires
  • Lucien_de_Rubempré
    Lucien_de_Rubempré
    Splendeur et misère des court- (...)
    • Posté à 19h59 le 22/07/2011
    • Internaute 50016
      Splendeur et misère des court- (...)

    « et pis les ingés croient qu’ils font un truc révolutionnaire que seul des bac+5 peuvent comprendre et appliquer, alors que c’est juste un retour au 19ième siècle. »
    J’adore ! Voilà résumé de façon extrêmement synthétique la majorité des pièges à c... : faire croire à sa cible qu’elle est une privilégiée qui, du coup, est au dessus des autres : -)
    Je crois qu’Einstein disait quelque chose comme : « la seule chose que je connaisse qui soit infinie est la bêtise humaine. »

  • Redax
    • Posté à 11h51 le 23/07/2011
    • Internaute 8250

    Au 19e siècle ? Cela nous ramène en fait beaucoup plus loin : l’esclavage était déjà un mode de production des plus compétitifs, puis le servage, puis la levée en masse de petits soldats au service des appétits de la noblesse, puis au service des grands chefs d’industrie pour régler par les armes des conflits d’intérêts… Un éternel recommencement sous des formes constamment réinventées par les réincarnations des exploiteurs d’humanité toujours les mêmes sous des habits différents. Et que faisons-nous pour changer les choses ? À part tomber dans les pièges qui nous sont tendus, la défense d’une religion, le patriotisme d’hier, la grande et généreuse Europe d’aujourd’hui, cette Europe arrangée pour satisfaire la voracité insatiable des financiers qui nous dirigent ? On semble obéir à une sorte de fatalité de tous temps, comme celle qui nous a fait accepter sans trop rechigner que l’on nous transforme un TCE rejeté par un Traité de Lisbonne adopté même par ceux qui seraient censés défendre le petit peuple, j’ai nommé le PS … Un exemple parmi d’autres. Une soumission qui laisse beaucoup de champ libre aux « puissants » de ce monde qui n’ont jamais eu trop à craindre des gesticulations d’une minorité réfractaire. Dénoncer les abus, bravo, mais voit-on grossir pour autant les effectifs des syndicats ? Allons-nous refuser de voter bientôt pour ceux-là mêmes qui ont préconisé pour nous un monde voué fatalement à la « compétitivité » et, par conséquent, à la robotisation des individus ?

  • Le Basiquois
    Le Basiquois
    Un haricot dans le cassoulet
    • Posté à 12h34 le 23/07/2011
    • Internaute 53899
      Un haricot dans le cassoulet

    Tout à fait d’accord avec toi, le seul problème des bac+5 c’est qu’ils prennent les ouvriers pour des cons incultes et illettrés qui accepteront sans broncher une méthode vieille comme le monde (industriel), comme tu l’as bien souligné, alors que tout le monde la connait et la rejettera en bloc.
    S’il y a gâchis, c’est dans le temps passé à faire des soi-disant hautes études pour appliquer une méthode aussi conne.

    Quelle perte de temps et d’argent ! !

    Foutez moi tous ces cons à la porte ! ! !

  • A déménagé le 04-09-2012 2
    • Posté à 11h56 le 21/07/2011
    • Internaute 147266
      non connue

    Une petite synthèse leanesque.
    Quand ils ne peuvent pas vous remplacer par une machine ou un chinois, ils vous transforment en machine ou en chinois.
    Déqualification, individualisation, accidentogène, on revient au 19ème siècle, le seul problème sur lequel ils buttent encore, c’est comment supprimer votre rémunération.

    • Fikmonskov
      Fikmonskov répond à A déménagé le 04-09-2012 2
      http://fikmonskov.wordpress.com/
      • Posté à 12h00 le 21/07/2011
      • Internaute 81073
        http://fikmonskov.wordpress.com/

      Z’avez quoi contre les Chinois ?

      • A déménagé le 04-09-2012 2
        • Posté à 12h07 le 21/07/2011
        • Internaute 147266
          non connue

        C’est une allusion aux délocalisations...aucune autre conotation.
        Excusez moi du non politiquement correct. Je ne suis pas inquiet la modération a des soirées très actives ces temps ci.

    • nicolas.boulay
      • Posté à 16h05 le 21/07/2011
      • Internaute 94389
        ingé

      Et pendant ce temps-là, google et facebook font exactement l’inverse :
      implication des salariés, autonomie de décision, liberté, formation, expertise...

      • A déménagé le 04-09-2012 2
        • Posté à 16h32 le 21/07/2011
        • Internaute 147266
          non connue

        Sauf qu’ils sont en quasi situation de monopole planétaire , en phase de forte croissance et que leurs bénefs augmentent de manière exponentielle. Ceci explique peut être cela.

         
        • Lictor
          Lictor répond à A déménagé le 04-09-2012 2
          informaticien
          • Posté à 17h14 le 21/07/2011
          • Internaute 68450
            informaticien

          Ou cela explique peut-être ceci : quand on est une entreprise dont la principale valeur est créée par les salariés et qu’on traite bien ses salariés afin de la rendre les plus créatifs possibles, on se retrouve en forte croissance et en position de monopole...

          • A déménagé le 04-09-2012 2
            A déménagé le 04-09-2012 2 répond à Lictor
            non connue
            • Posté à 07h51 le 22/07/2011
            • Internaute 147266
              non connue

            Le souci c’est que produire ne demande aucune créativité.
            Le travail sur les lignes est un enfer, les cadences sont maximums, les postes réanalysés tous les 6 mois, les gens font des gestes répétitifs, sont souvent debouts et très statiques, les pauses sont chronométrées, quand à la gestion de la maitrise, il n’y a certes plus de fouet et de tambour qui marque la mesure des coups de rames, mais on n’a pas à faire à des poètes humanistes. Ils n’ont qu’un mot à la bouche « chômage ».
            Les exemples que je résume ainsi sont une laiterie industrielle et un abbatoir. Sur l’abbatoir, ils ne trouvent plus personne et ont même des postes vacants ( temps ultra partiel, horaires décalés connus que 72h avant, salaire minis etc..) ils font venir des roumains ou des polonais, qu’ils logent en plus, comme ça ils récupèrent une partie des salaires...L’esclavage n’est pas loin.

        2 autres commentaires
      • poum
        poum répond à nicolas.boulay
        • Posté à 20h53 le 21/07/2011
        • Internaute 87464

        La production industrielle et la production de biens immatérielle ont des contraintes très éloignée. En informatique c’est assez simple de financer du temps libre à des gus pour faire de la R&D pour le fun, si ça ne fonctionne pas au pire on perd des J/H, quand on construit des avions c’est déjà autre chose. De plus en informatique on a peu de problèmes de productions car elle peut être énormément factorisée ce qui n’est pas le cas dans l’industrie où on produit vraiment des objets et qu’on le veuille ou non, il faut bien des petites mains dernière pour faire le travail.

  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 11h58 le 21/07/2011
    • Expert 24356
      Chercheur

    Désolé, mais je ne vois rien de nouveau sous le soleil. Ca fait plus d’un siècle que la production industrielle est découpée en taches simples et répétitives. On a meme déjà remplacé les ouvriers par des robots dans de nombreux cas (mais peut-etre découvrira-t-on ca dans un prochain article).

    • Fikmonskov
      Fikmonskov répond à kevangel
      http://fikmonskov.wordpress.com/
      • Posté à 12h02 le 21/07/2011
      • Internaute 81073
        http://fikmonskov.wordpress.com/

      Ce que pointe cet article, c’est qu’on en était revenu, de ces méthodes abrutissantes. Et que finalement on y revient, en le présentant comme une nouveauté alors que tout le monde sait que c’est une horreur pour ceux qui la subissent.

      Mais évidemment, ceux qui la subissent ne sont pas ceux qui la font appliquer.

      • lekatarina
        lekatarina répond à Fikmonskov
        • Posté à 20h19 le 21/07/2011
        • Internaute 15081

        ahahaha ! le « Lean Mngmt » ! c’est le bidule à la mode comme il y eut a une époque la Kaizen pour la qualité (du pt de vue « mode ») : ne pas y adhérer c’est appartenir aux « has been ». Et ce ne sont pas les coach et autres experts es « Best Practice » qui manquent. A defaut d’une efficacite et d’un interet avéré, c’est en tt cas un juteux filon pour les boites de conseil et ca en jete sur les powerpoint client ! Pour ma part, j’ai deja vu passer 4 « experts » en LM et par la meme occasion 4 manieres toutes aussi originales que spéciales de preconiser et mettre en place. A mon avis, les gars qui enseignent ca aux pti jeunots stagaires de « Consult & Co » tous justes sortis d’ecoles d’ing n’ont pas du mettre les pieds dans l’industrie depuis des lustres. Quand à son efficacité, a supposer qu’elle soit appliquée comme conseillé par ces « experts », on voit le resultat assez vite : « Big Bordel, Big Retard, Big Report, Big Money ». Mais il est vrai qu’oser remettre en cause une methode emanant du MIT, c’est définitivement passer pour un rebelle ou un QU d’huitre. C’est sur, demain, je passe consultant et je preconise une methode issue de la théorie du chaos. Au moins, on se marrera !

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