Tribune 18/07/2011 à 16h55

L'Europe se cherche un ministre des Finances, pantin ou tyran

Sylvain Gouz | Journaliste

Ce serait donc la panacée. « Il faut un ministre des finances européen » affirme tout de go le Cercle des Economistes à l’issue des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence qui viennent de se tenir. Ce cénacle ne se contente certes pas de cette idée de créer un « Monsieur F. », lancée voici quelques semaines par le président sortant de la BCE, Jean-Claude Trichet.

N’empêche que la proposition vient en tête du chapitre consacré à l’Europe. Elle se justifierait par l’insuffisante capacité de l’Europe à réagir « de façon rapide et efficace » à la crise de la dette souveraine qui la traverse.

Et voici un des économistes les plus perspicaces et souvent utilement dérangeant, Jean-Paul Fitoussi qui, appelé à commenter l’imbroglio monétaire européen, soutient la même idée sur les ondes de France Culture ce lundi 18 juillet, prenant même acte de l’intention de Jean-Claude Trichet d’œuvrer dans ce sens.

Risque de dislocation monétaire

Les uns et les autres ont probablement raison de souligner, comme ils le font par ailleurs, qu’une zone monétaire dépourvue de politiques budgétaires et économiques coordonnées ne rime pas à grand-chose et débouche au premier obstacle – on le voit aujourd’hui – sur un risque de dislocation.

Pour autant, de deux choses l’une :

  • ou bien ce ministre des Finances européen est un fantôme de plus, un pantin, dans la galaxie bruxelloise, à côté de Herman van Rompuy, président en titre du Conseil européen, et de Catherine Ashton, en charge de la diplomatie européenne. Ce qui voudrait dire pour l’intéressé d’avoir à réunir le consensus de tous les Etats membres avant d’agir et même de parler.
  • ou bien il possèderait une autorité bien réelle consentie et reconnue par tous, devenant le vrai patron de l’Europe car, qui tient les cordons de la bourse l’emporte sur tout autre. Nous aurions donc une sorte de croque-mitaine budgétaire et financier, un dictateur économique, qui aurait de facto pouvoir sur les ministres des Finances nationaux et par là-même sur tous les gouvernements, dès lors réduits aux rôles d’exécutants subalternes.

Risque de déni démocratique

Pourquoi pas ? Mais alors tout l’enjeu résiderait dans le mode de nomination de ce Monsieur F. Cette nomination serait-elle le fruit de subtils compromis conclus dans la plus totale opacité comme ce fut le cas pour van Rompuy et Ashton ? Nous serions alors dans un déni démocratique absolu. Cette nomination serait-elle nécessairement entérinée par le Parlement européen et Monsieur F. serait-il responsable devant ce même Parlement ? Ce serait moins problématique, mais se poserait immédiatement la question de la représentativité de ce Parlement dont les membres actuels n’ont absolument pas été élus dans une telle optique.

Derrière la proposition d’un Monsieur F. européen, c’est donc une évidente remise en cause des structures européennes qui apparaît.

  • L’Union européenne est-elle gérable à vingt-sept Etats, assez dissemblables les uns des autres, sur la base actuelle de décisions prises à l’unanimité ?
  • Faut-il concevoir plusieurs cercles à l’intérieur de l’U.E., comme le plaidait Jacques Delors, entre les pays qui veulent aller plus vite et plus loin sur la voie de l’intégration politique – ou pour parler clair du fédéralisme – et ceux qui freinent des quatre fers ?
  • Comment imaginer une démocratie européenne efficace alors que, aujourd’hui, les élections pour le Parlement européen n’ont en général comme seule fonction d’être des galops d’essai pour les échéances électorales nationales et de mesurer les rapports de forces partisans dans chaque pays ?

Ce n’est qu’en abordant ces questions frontalement qu’on peut faire avancer l’Europe et faire face aux défis à venir dont la crise actuelle de l’euro n’est peut-être qu’un signe avant-coureur. Faute de quoi, quel que soit le talent de Monsieur F., sa nomination risque d’être au mieux un cautère sur la jambe de bois, au pire une atteinte technocratique de plus.

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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 18h10 le 18/07/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Pour qu’il ne soit ni pantin, ni tyran, mais efficace, il faut un Ministre des finances d’une Europe fédérale, c’est à dire d’un espace enfin cohérent sur les sujets majeurs que sont l’émission de la monnaie certes, mais aussi l’armée, la justice, la diplomatie. L’Europe est devenue une utopie à reconstruire, elle s’est éloignée de l’idée de ses pères fondateurs. En se diversifiant au Sud et à l’Est, elle a grandi trop vite en oubliant de se forger une âme. La Commission et le Parlement ne sont que des organes couteux et inutiles, vrais tours de Babel ou seuls les lobbys de tous bords y retrouvent leurs petits.
    Débarrassés de leurs missions régaliennes, les Etats de l’Europe ne s’occuperaient que de santé, d’éducation, de culture, d’agriculture,...chacun à son rythme et selon ses ambitions.
    Les égos et les gains pharaoniques des banques dans le jeu pervers des dettes entravent le bon déroulement de la démocratie européenne, tournons la page de cette hérésie bureaucratique et construisons autre chose.

    • Le Yéti
      Le Yéti répond à padiran
      yetiblog.org
      • Posté à 18h23 le 18/07/2011
      • Internaute 6095
        yetiblog.org

      « Il faut un Ministre des finances d’une Europe fédérale »

      Une Europe « fédérale » ? ! Je veux bien que la torpeur estivale invite aux rêveries romantiques et aux fantasmes débridés, mais tout de même, le principe de réalité, lui, n’est pas soluble aux ardeurs de l’astre solaire !

      (D’ailleurs, aujourd’hui, les ardeurs du soleil...)

      • padiran
        padiran répond à Le Yéti
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 18h31 le 18/07/2011
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        Aux utopies des uns, il n’est pas interdit de proposer et de défendre la mienne. Rêvons pendant que nous pouvons encore.
        Il vaut mieux une Europe fédérale efficace à 10 pays décidés à mettre leurs rêves en commun, qu’une usine à gaz à 27, dispendieuse et inutile.

         
        • Le Yéti
          Le Yéti répond à padiran
          yetiblog.org
          • Posté à 18h46 le 18/07/2011
          • Internaute 6095
            yetiblog.org

          Quand une bagnole quitte la route et se précipite vers un platane, je me demande si les passagers n’ont pas intérêts à oublier leurs rêves ; -)

          L’idée de fédération européenne est précisément à Lien. Mais pas n’importe comment, pas à n’importe quelles conditions ! Dans l’Europe de Lisbonne, pas la moindre chance d’une fédération à 10 ou à 27.

          • padiran
            padiran répond à Le Yéti
            Chroniqueur Grolandais
            • Posté à 20h40 le 18/07/2011
            • Internaute 5159
              Chroniqueur Grolandais

            Je connais ton programme et tes 5 conditions, j’en partage certaines mais tu sais ce qui nous sépare

            • Le Yéti
              Le Yéti répond à padiran
              yetiblog.org
              • Posté à 21h14 le 18/07/2011
              • Internaute 6095
                yetiblog.org

              « mais tu sais ce qui nous sépare »

              Bien sûr, Padiran. Mais si je continue à discuter avec toi, c’est précisément parce que ce qui nous sépare ne me pose pas véritablement problème ; -)

              • padiran
                padiran répond à Le Yéti
                Chroniqueur Grolandais
                • Posté à 22h38 le 18/07/2011
                • Internaute 5159
                  Chroniqueur Grolandais

                Il y a la même analyse de la gravité de la situation, c’est déjà un début, pour le reste on verra en 2012- ;)

        4 autres commentaires
  • Barbeuz
    Barbeuz
    jeune diplômé
    • Posté à 17h24 le 18/07/2011
    • Internaute 52779
      jeune diplômé

    Il me semble que si Ministre européen des finances il y a, il ne devrait avoir de véritable pouvoir que pour la zone euro, ce qui est plus gérable qu´une union a 27...
    Et il pourrait etre le « gardien » du pacte de stabilité économique vraiment contraignant (pour éviter trop de divergences économiques, budgétaires et monétaires entre les pays), et avoir la main haute sur un fond de stabilisation et d´aide (comme ce qui a été mis en place dans l´urgence).

    Le Parlement européen, pas représentatif ? Voila qui mérite d´etre étayé, il me semble qu´il y a une élection directe, et que si l´on a des différences de « poids » entre les électeurs de chaque pays, cela ne rend pas forcement cette instance illégitime (sinon, que dire du « winner takes all » et des grands électeurs américains !).

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 18h02 le 18/07/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    On ferait mieux de rendre leur pouvoir aux ministres des finances de chaque pays, ainsi qu’aux banques centrales de chaque pays.

    Le ministres de finances de l’UE existe déjà, et c’est Trichet.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 18h15 le 18/07/2011
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    « L’Europe se cherche un ministre des Finances »

    Euh, je voudrais pas dire, mais je pense que l’Europe ne cherche plus grand chose ! Juste à se réveiller de son insupportable cauchemar. Bien réel, hélas pour elle, hé hé hé !

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 18h37 le 18/07/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Il serait temps que Bruxelles embauche un ministre compétent en magie budgétaire, Harry Potter serait le bienvenu et même toute l’académie de Poudlard.
    « Les banques européennes pourraient devoir lever 80 milliards d’euros, pour rassurer les marchés. Un rapport de JPMorgan Cazenove, piloté par l’analyste Kian Abouhossein, estime que, si le niveau des réserves obligatoires est strictement respecté à 7%, près de vingt banques devront lever de l’argent frais. Les banques françaises Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole auraient besoin de vingt milliards d’euros. Après la publication de cette note, les valeurs bancaires s’affichent parmi les plus fortes baisses au sein du Cac 40 : »
    Le Figaro.fr de ce jour