A débattre 28/06/2011 à 10h55

Dans des lycées privés, le pass contraception « confisqué »

Judith Duportail | Journaliste

En Ile-de-France, seul un lycée catholique le distribue. Les autres lui préfèrent entre autres un programme qui prône l’abstinence.


Une figurine de Jésus, dans une crèche (asteegabo/Flickr/CC).

Le pass contraception en Ile-de-France

Le pass contraception permet aux lycéens, qui en font la demande à l’infirmerie, d’obtenir gratuitement et de façon anonyme trois coupons, deux fois dans leur scolarité : un pour consulter un médecin ou un gynécologue ; un pour obtenir trois mois de pilule ; un pour faire les analyses médicales nécessaires à l’obtention d’un contraceptif.

Chaque pass coûte à la région entre 59 et 102 euros. Il permet de lutter contre la hausse des IVG pratiqués sur des mineures : en 2002, elles étaient près de 11 000 à y avoir eu recours contre 13 200 en 2006.

Il y a un an, le conseil régional d’Ile-de-France adoptait le pass contraception, créé par la présidente du Poitou-Charentes Ségolène Royal. Distribué depuis le 26 avril 2011, il permet aux lycéens d’avoir gratuitement et anonymement accès à la contraception (voir encadré). Enfin, si ceux-ci sont scolarisés dans le public.

Au lycée Blomet (qui dépend de l’Ecole normale catholique) dans le XVe de Paris, les pass ont été « confisqués » à l’infirmière par le chef d’établissement. Au lycée Notre-Dame de Sion dans le VIe, l’infirmière explique que « ce sont aux parents de s’impliquer » :

« On m’a demandé le pass deux fois. Je n’ai pas le droit de le distribuer, nous estimons à Notre-Dame de Sion que les élèves doivent discuter de ces questions-là avec leurs parents.

Pour les mêmes raisons, nous refusons de donner la pilule du lendemain. »

Mêmes témoignages à Stanislas dans le VIe, à Massillon dans le IVe... L’écrasante majorité des lycées privés d’Ile-de-France ne distribue pas le pass.

« Lorsqu’on touche au corps, on touche au cœur »

La consigne vient d’en haut. L’évêque auxiliaire de Nanterre et le directeur de l’enseignement catholique ont envoyé un courrier à l’ensemble des chefs d’établissement leur demandant de ne pas le distribuer. Extrait choisi :

« La formule “ pass ” signifie qu’une barrière se lève (comme à un péage d’autoroute), que les obstacles ultimes, celui de l’autorisation des parents et celui du coût d’une consultation et d’un moyen contraceptif, sont enfin supprimés par les pouvoirs publics. [...]

Nous pensons, au contraire, que cette question relève des fondamentaux de l’éducation. Education à l’amitié, à la relation entre hommes et femmes, relation fondée sur le respect [...]. Ce respect est aussi un respect du corps, expression de toute la personne, sanctuaire fragile et sacré qu’on ne peut approcher qu’avec délicatesse ; parce que lorsqu’on touche au corps, on touche au cœur, à l’espace le plus intime et le plus vulnérable de chacun. »

Les parents d’élèves s’y sont aussi opposés, par la voix de la puissante Apel, seule association des parents d’élèves du privé :

« L’Apel n’est pas favorable à un dispositif qui nie le rôle important que doivent jouer les parents dans l’information des jeunes concernant la sexualité.

Il faut, au contraire, mieux former les parents pour qu’ils puissent très tôt, c’est-à-dire dès les années collège, établir une relation de confiance avec leurs enfants et aborder cette question délicate des relations sexuelles. »

Les prises de position des parents d’élèves ont plus de résonance dans le privé que dans le public. Le privé touche moins de subventions publiques, c’est donc les parents d’élève qui financent en grande partie la vie de l’établissement par les frais d’inscription mais aussi par des dons. Se les mettre à dos est prendre un grand risque financier.

« Les jeunes ne veulent pas d’un amour au rabais »

Au pass, les lycées privés préfèrent le programme Teenstar, série de conférences prônant l’abstinence, élaborée par une psychologue américaine prof-life Hanna Klaus. On peut lire, dans la présentation du programme, sur le site :

« Soumis à la pression ambiante, les jeunes souhaitent un discours authentique sur leur accomplissement personnel et sur l’amour.

Les jeunes veulent vivre un grand amour et ne veulent pas d’amour au rabais. Ils constatent que l’amour a besoin de se construire sur une promesse de fidélité pour s’épanouir dans la confiance et le don total de soi. »

Qu’il soit le fruit d’un « grand amour » ou d’un « amour au rabais », les lycéennes du privé tombent aussi enceintes. Le programme Teenstar n’aborde pas la question. L’infirmière de Notre-Dame de Sion explique comment elle réagit dans ce cas :

« Je les envoie au planning familial. »

« Nous nous doutions que ces lycées ne les distribueraient pas »

Selon le conseil régional d’Ile-de-France, un seul lycée catholique n’a pas suivi la recommandation de l’évêque de Nanterre :

« Selon nos dernières informations, le seul établissement privé à distribuer le pass est l’Institut Saint-Pierre à Brunoy. Ils ont donné deux pass.

Nous nous doutions que les lycées privés ne les distribueraient pas. Nous n’avons aucun moyen de les contraindre, le pass n’est pas obligatoire, c’est un service rendu aux jeunes. »

A l’Institut Saint-Pierre, on n’a pas trop envie de s’afficher. Le directeur de l’établissement, Claudio Vaccari, refuse de nous parler et accepte seulement de correspondre par e-mail. Il se borne à déclarer :

« Nous avons pris une décision qui correspond à notre situation. »

Corrigé le 28/06/2011 à 11h30. Contrairement à ce qui était écrit, le privé touche des subventions de la part des collectivités locales.

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  • pmithrandir
    pmithrandir
    http://www.jaiuneidee.net
    • Posté à 11h39 le 28/06/2011
    • Internaute 90097
      http://www.jaiuneidee.net

    j’ai du mal a voir en quoi la méthode teenstar n’est pas compatible avec le pass.

    Avoir un filet de sécurité c’est pour moi une bonne chose.

    Je me rappelle avoir lu que l’implant avait un succès fou chez les ados parce que contrairement a la pilule, il était invisible, et que l’on ne risquait pas que maman ou papa jette la boite de pilule..(ce qui entre nous est une connerie immense puisque ca veut dire mettre son gamin en danger de grossesse immédiate si elle a eu des rapport dans les 7 jours précédents...

    Bref, majorité sexuelle a 15 ans, donc aucun besoin des parents sur ce terrain la. Que ca soit en terme d’accord ou en terme d’aide.

  • abbegrosjean
    abbegrosjean
    Prêtre catholique - www. (...)
    • Posté à 15h53 le 28/06/2011
    • Internaute 109748
      Prêtre catholique - www. (...)

    C’est marrant de voir ce que provoque un article qui aborde la vision chrétienne de la sexualité... Les bouffeurs de curé s’excitent d’un coup, et ressortent dans leurs commentaires les mêmes clichés primaires... Pas évident d’avoir un vrai dialogue dans cet esprit.

    Maintenant , quoi de choquant dans la décision de l’enseignement catholique de ne pas distribuer le pass contraception ? On peut ne pas être d’accord avec le message chrétien sur la sexualité, on peut ne pas le faire sien, tout en reconnaissant le droit à l’enseignement catholique d’être cohérent dans ses choix éducatifs, non ?

    Personne n’est obligé de mettre ses enfants dans l’enseignement catholique. Les parents font ce choix en connaissance de cause. Ceux qui ne seraient pas d’accord avec cette mesure retireront leurs enfants, et feront ainsi la joie de tous ceux qui sont sur liste d’attente pour entrer dans nos établissements !

    Sur le fond, nous pensons qu’une éducation affective et sexuelle des jeunes mineurs ne peut mettre hors jeu les parents, premiers éducateurs de leurs enfants. L’école ne peut se substituer à eux. D’autre part, l’urgence pour nous est surtout d’éduquer les consciences aux choix qui permettront de vivre une sexualité humanisée, vécue dans le respect de soi et de l’autre, au coeur d’un engagement de toute la personne. Quand je fais des conférences sur le sujet dans les lycées, les jeunes ne demandent pas qu’on leur donne encore et encore des solutions techniques ou qu’on ait seulement un discours sanitaire : ils en sont abreuvés, jusqu’à l’overdose. Ils veulent apprendre à aimer, ils veulent parler fidélité, ils veulent réfléchir à la possibilité de s’engager, d’aimer pour toujours, etc... Et ce, qu’ils soient cathos ou non.

    Encore une fois, personne n’est obligé de venir chez nous, personne n’est forcé chez soi à vivre ce message. Mais ce serait absurde et malhonnête de reprocher à l’enseignement catholique la liberté d’avoir un message fort sur ces sujets, et de faire des choix éducatifs en cohérence. En sachant que les parents, qui inscrivent leur enfants chez nous, sont libres, et donc sensés adhérer au projet éducatif de l’établissement ou en tout cas le connaitre avant d’inscrire leur jeune.

    Pour le reste ( images ordurières sur la ste Vierge, blasphème, généralisation du style « tous des pédophiles » ), c’est juste affligeant, mais tellement facile quand on est derrière son écran, à se défouler, de façon tellement petite ... Tout ce qui est excessif dans ces propos insultants est juste à coté de la plaque et en dit long sur leurs auteurs...

    Cordialement, abbé PHG+

  • Argael
    Argael
    inter
    • Posté à 17h35 le 28/06/2011
    • Internaute 88014
      inter

    Tout ceci démontre que les voies du Seigneur sont impénétrables !

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