Tribune 23/06/2011 à 16h31

Enfant de 2002, je ne voterai pas Sarkozy au second tour de 2012

Melanie Wanga | Journaliste

Le 21 avril 2002, juste après mes 18 ans, je suis appelée à voter pour la première fois de ma vie. Encore lycéenne, issue d’une famille ouvrière ancrée à gauche, j’aborde alors cette première avec une solennité... qui s’effondre littéralement le soir à l’annonce des résultats à la télévision. Je me rappelle encore le choc incroyable de voir le FN arriver au second tour.

J’ai alors l’impression qu’on me vole ma première expérience politique et que les adultes sont devenus fous. Que finalement plus rien n’a de sens, et que tout peut basculer dans mon pays du jour au lendemain.

Manifestations lycéennes et vote Chirac

Des manifestations lycéennes s’organisent dans ma petite ville du sud de la France qui a voté à 23% pour Le Pen au premier tour. Les gens nous crient de leurs fenêtres d’aller à l’école plutôt que de défiler dans les rues. Tout autour de moi, je découvre avec stupéfaction le nombre de personnes, politisées ou non, qui ont voté pour le Front national : des connaissances de mes parents, des professeurs, les animatrices avec qui je passe mon Bafa et qui s’occupent d’enfants de réfugiés kurdes...

Effrayée par la perspective de voir le FN à la tête de la France, je me range bien sagement dans le camp des gens de gauche qui se résolvent à voter pour Jacques Chirac au second tour. J’ai l’impression d’accomplir un acte républicain ; pourtant, la joie de la droite à l’annonce des 81% du président sortant me fait sentir que les choses sont loin d’avoir changé. (Voir un extrait du film « Le Nom des gens »)

Les déboires de la gauche, 2002-2012

La gauche est tellement peu sûre d’elle-même, de son programme et de ses chances de battre la droite que les candidats s’inquiètent : si le deuxième tour se transforme en duel Sarkozy-Le Pen, quelle sera la consigne de vote à donner aux électeurs ? Les écologistes Eva Joly et Nicolas Hulot appellent à voter Sarkozy en cas de face à face avec l’extrême droite.

Dix ans donc, et l’électorat de gauche en est réduit aux mêmes solutions désespérées : voter pour le « moins pire », voter par défaut. Sauf que cette fois, le moins pire ne l’est pas tellement moins. Que les partis de gauche nous demandent de nous résoudre une nouvelle fois à voter à droite « au cas où » prouve leur incapacité à monter un programme solide, et obtenir la confiance des citoyens blasés de la politique.

L’inutilité du vote utile

Ma décision est prise : en 2012, quoi qu’il arrive, je ne voterai pas à droite. J’ai donné dans « l’utile », garanti « l’ordre “républicain”, pris à mon compte la faillite de la gauche il y a dix ans, et cela n’a strictement mené nulle part. Rien n’a changé, un intenable statu quo a été conservé au PS.

La menace lepéniste était à l’époque illusoire. Si aujourd’hui elle l’est moins – souvent sondages varient –, je refuse pourtant d’en porter la responsabilité. Les Français veulent à ce point un gouvernement d’extrême droite ? Qu’ils assument ce vote. Ce n’est pas aux électeurs de gauche de réparer les pots cassés. Chacun devrait pouvoir voter sincèrement, encore plus dans la France actuelle.

Lorsque l’on donne sa voix, on valide le programme d’un candidat : j’ai validé de fait celui de Chirac entre 2002 et 2007. Depuis 2007, par un habile jeu de ficelles, Nicolas Sarkozy a gravi les échelons en offrant des garanties aux classes aisées, des mirages aux classes prolétaires et de l’indifférence aux classes moyennes françaises.

Refus de soutenir un programme politique de droite

Mais son plus grand fait d’armes restera d’avoir fait émerger le Front national comme une véritable force politique en France, beaucoup plus qu’elle ne l’était en 2002. Les sentiments anti-étrangers se sont exacerbés, les scandales politiques se sont étalés sans pudeur, les inégalités demeurent béantes.

Au lieu de maintenir la cohésion de la République (la fameuse fraternité qui s’affiche à notre fronton, vous savez), Sarkozy a tranquillement capitalisé sur ces problèmes. Pourquoi ? Mais pour demander un deuxième mandat, pardi.

Au second tour de la présidentielle de 2012, que l’on vote Le Pen ou Sarkozy, on cautionne les idées politiques qui reposent sur la xénophobie, la peur de l’autre, le conservatisme, la soumission aveugle au désordre engendré par le capitalisme financier.

Quelles que soient les circonstances, je ne souhaite pas apporter ma voix à ce programme politique. Si la situation d’un second tour Marine Le Pen-Nicolas Sarkozy se présente au soir du 22 avril 2012, je ne voterai qu’en mon âme et conscience : je voterai blanc.

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  • soloon
    soloon
    _
    • Posté à 16h45 le 23/06/2011
    • Internaute 91630
      _

    question, une élection avec un taux de participation inférieur à 50% permet il a un élu d’être légitime ?

  • Magean
    Magean
    Etudiant
    • Posté à 16h47 le 23/06/2011
    • Internaute 130528
      Etudiant

    Moi, je me demande s’il ne vaut pas mieux s’abstenir dans une telle situation plutôt que voter blanc. En effet, les votes blancs ne sont pas comptabilisés dans les pourcentages. Personne n’en parle. Alors que l’abstention, là par contre, c’est dès le lendemain de l’annonce des résultats, des titres du genre « La démocratie moribonde : 60% d’abstention », « Le désintérêt des Français pour la vie politique : 53 % d’abstention ». Au moins, même si l’abstention n’est pas aussi « civique » que le vote blanc, elle permet de bien faire entendre qu’aucun candidat ne nous convient.

  • Canard Quantique-
    Canard Quantique-
    http://www.sejours-billy.com/
    • Posté à 16h51 le 23/06/2011
    • Internaute 147821
      http://www.sejours-billy.com/

    J’ai lutté en 2007 contre le vote Sarkozy. J’ai tenté de faire comprendre quel candidat il était, quelles manœuvres profondément malsaines l’ami hongrois mettait en branle pour diviser les français et s’assurer un succès facile. Il me semble aujourd’hui que bon nombre de français ayant été séduit par son discours d’alors ont définitivement compris quelle erreur ce fût d’élire un tel homme.
    Si néanmoins Sarkozy était porté à nouveau au second tour, malgré ses scandales hebdomadaires, ses tentatives népotiques avortées, sa grossièreté qui fait la honte de la France hors les frontières, alors malgré mon jeune âge, je me résoudrai à ne plus jamais voter, n’ayant alors plus confiance en le jugement de mes compatriotes.

  • je suis de droite
    je suis de droite
    capitaliste
    • Posté à 17h02 le 23/06/2011
    • Internaute 160831
      capitaliste

    @ l’auteur

    comme mon pseudo l’indique, je suis de droite.
    J’ai voté Sarko en 2007, mais, contrairement à ce qu’on pourrait penser, je ne l’ai pas fait de gaîté de coeur.

    Moi, en cas de finale PS / FN , je voterai PS. En aucun cas je ne voterai blanc.

    Je trouve donc votre attitude irresponsable. Le fait est que notre gouvernement actuel est franchement mauvais sur de nombreux points tels l’immigration, les réductions d’effectifs dans l’éducation etc.
    Je partage donc un certain accord sur le diagnostic que vous faites. Mais le remède que vous proposez est pire que le mal.

    Les gens qui votent FN ne le font pas tous par conviction, par racisme, mais par dépis. L’ouvrier qui, de sensibilité de gauche et qui ne se sent plus défendu par personne veut casser le système en votant FN est un citoyen qui n’a même plus confiance en la gauche pour le protéger. Il a essayé Sarko en 2007, la crise est passée par là, pas sur qu’il recommence.

    A force de vous être droitisé en voulant ressembler au Labour de Tony Blair et en plaidant le culte de l’ultralibéralisme européen, vous avez vendu votre âme.

    Par conséquent, en soutenant le vote FN par votre vote blanc, vous ne faites que renforcer l’idée que la droite et l’extrême droite c’est pareil, ne laissant plus rien comme espace politique préférable.

    C’est ce genre d’attitude qui conduit à des révolutions sanglantes que je ne souhaite pas.

    Merci de changer d’avis.

    Signé : Un électeur de droite qui n’a pas oublié d’être républicain

  • Fantomax
    Fantomax
    escroc
    • Posté à 17h29 le 23/06/2011
    • Internaute 157606
      escroc

    En cas de 2ème tour Le Pen-Sarko, ce sera rigolo de les voir faire assaut de social et de discours de gauche pour récupérer ces voix là.

    Par contre, y a que ça qui sera rigolo, hein.

  • gelth
    gelth
    -
    • Posté à 18h12 le 23/06/2011
    • Internaute 161094
      -

    En 2002, j’ai voté blanc.
    Je n’en suis pas fier, mais si c’était à refaire, je le referais. L’idée simple mais dangereuse qui m’a fait faire ce choix : A 99,9% Le Pen ne pouvait pas passer car trop peu de Français ferait comme moi. Et heureusement, seul le fait d’être clairement minoritaire dans ce choix m’a permis de faire cette soi-disant bêtise et de ne pas me résoudre à voter Chirac. Quand on regarde ce qu’il a fait de ce vote (gouvernement toujours complètement à droite, tout en disant qu’il avait entendu la France et le Français, sic !), je ne regrette rien et j’aurais presque voulu que Le Pen gagne pour que les gens regarde en face ce qu’ils ont quasiment souhaité avoir. Pour ma part, je serais probablement parti à l’étranger.

    Depuis 2002, les français ont continué de virer à droite comme le monde finalement. Sarko n’est qu’un pantin (savant et rusé. Je ne dirais pas, par politesse les mots d’un autre genre qui me viennent à l’esprit) au service des idées qui s’organisent au niveau mondiale autour du libéralisme anti-social et anarchique (rien à voir avec l’anarchie politique hein, c’est juste une figure de style exprimant mon avis sur la question). A droite, si ce n’est pas lui, ce sera un autre qui fera le boulot (d’ailleurs les rangs de droite s’effritent un peu en ce moment).
    N’ayant déjà pas pu voté pour Chirac en 2002, je vais vraiment avoir du mal en cas de second tour droite/droite (le FN est encore un parti de droite, non ? Et légal en plus, ce qui lui donne le droit d’avoir un président en exercice en cas de victoire de son camp, rien à redire à cela). Je ne voterais pas (ou blanc, mais cela ne fait pas de différence au final, alors à quoi bon voter dans ces conditions)

    Au vu de ce qu’il se passe depuis 10 ans, et quand je vois comment certains politiques de la Sarkoland osent travestir la réalité du terrain sur les bienfaits de leurs actions. Regardez Pecresse par exemple, un modèle d’aveuglement et de mensonges, Baroin sous ses airs de faux sage, Guéant avec ses phrases mal placés (pour le moins grave des ses actions), et j’en passe et des meilleur, ils sont légion dans la Sarkoland.

    Bref, Je ne crois pas à un second tour droite/droite cette fois ci. Les français en (des)errances semblent enfin en avoir marre de la non politique. Mais si cela devait arriver, je recommencerais à voter blanc, même si Marine l’emporte. Mettez donc le FN au pouvoir pour voir. En suite vous aurez compris et il sera trop tard (mais de toute façon, de mon point de vue, avec la Sarkoland il est déjà trop tard)

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 18h19 le 23/06/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Effectivement, la stratégie de Sarkozy est de faire le coup de 2002 et d’être élu sur le rejet du FN. Il ne peut refaire le coup de 2007 où il a fait un hold up sur les électeurs du père il tente un nouveau coup de poker menteur avec la fille
    La fusée a 2 étages
    1ère étage : faire monter le score du FN en reprenant les thèses de celui ci sur l’immigration, la délinquance, l’identité nationale. Il sait avec ses sondeurs personnels (Opinion Way) que cela ne lui rapporte rien en matière d’électeurs du FN
    2ème étage : Taper sur le PS, ses candidats et son programme. Là il la joue facile car le rejet du PS de la part des autres composantes est flagrant
    a) mettre en action la pompe à merde sur tout ce qui bouge, primaires du parti, DSK, Ayrault.
    b) préserver les candidats qui divisent, Chevènement, Mélenchon, .....
    Et surtout veiller à ne pas froisser Marine Le Pen et son électorat, aucune attaque, aucune « affaire », propre comme un sou neuf, bizarre, vous avez dit bizarre. Même l’affaire Tron où le FN est soupçonné d’être derrière les « victimes » n’est pas exploité par l’UMP, Il faut ménager la candidate du 2ème tour 2012, la seule où Sarkozy pense qu’il serait gagnant.
    Alors voter « blanc » au cas où le plan du petit machiavel de l’Elysée parviendrait à réussir, bien sûr, mais il faut espérer que les électeurs ne vont pas tomber dans un piège aussi grossier et éliminer Sarkozy au premier tour.