Tribune 23/06/2011 à 14h48

Biodiversité : fini la pelouse, vive la jachère fleurie !



Le gazon ? Quelle horreur ! C’est terriblement contraignant à entretenir. Et souvent très moche, à la différence de la jachère fleurie. De quoi s’agit-il ? Cela consiste à semer des graines dont les plantes fleurissent votre terrain et boostent la biodiversité environnante.

Nous traversons la sixième grande vague d’extinction des espèces de l’histoire. Même si votre influence personnelle sur ce phénomène est mesurée, vous pouvez faire quelque chose directement dans vos jardins et vos communes grâce à la jachère fleurie.

C’est lors d’un séjour dans un gîte rural joliment retapé dans un village du Pays basque que j’ai découvert ce concept. Géraldine, qui tient la maison, m’a expliqué comment lui est venue cette idée :

« Ce sont les associations de chasseurs qui distribuent ces semences de jachère fleurie pour les agriculteurs. Cela permet de booster la chaîne alimentaire par la base tout en fertilisant les sols. »

Planter certaines essences comme les cosmos, ammi et autres lavatères favorise la venue d’insectes, de vers, de limaces qui, à leur tour, nourrissent d’autres animaux, dont le gibier comme les grives ou les faisans. Cela permettra aussi à vos sols de se reposer et de se refertiliser (c’est le principe initial de la jachère).

Les chasseurs en ont besoin

J’ai été étonné de découvrir que c’étaient les chasseurs, ennemis de beaucoup d’écolos, qui fournissaient gratuitement ces semences. Mais tout cela est logique : nos écosystèmes sont dégradés, les chasseurs sont bien obligés de les revivifier pour pouvoir continuer de tuer du gibier.

Si les chasseurs ne les fournissent pas, vous pouvez aussi acheter des paquets de graines et faire pousser ainsi des jachères de différentes couleurs, de différentes tailles. Géraldine, elle, mélange les semis :

« Cette année, nous avons mélangé trois types de jachères : une jachère mellifère, pour les abeilles, mélangée à une jachère un peu plus haute d’environ un mètre vingt. J’ai ajouté des tournesols géants qui surplomberont le tout. »

En quatre ans, elle a remarqué que les insectes et les animaux sont nettement plus nombreux. Une petite famille de faisans a même profité des hautes herbes l’an passé pour y nicher.

Papillons, scarabées et sauterelles en prime

Outre la taille ou la couleur, les jachères fleuries peuvent aussi se choisir selon leur utilité biologique. Vous pouvez acheter des mélanges destinés à nourrir plus particulièrement les oiseaux ou les papillons. Vous pouvez aussi planter des mélanges qui favorisent la venue d’insectes dits auxiliaires – comme la coccinelle par exemple, qui raffole de pucerons et permet d’éviter l’utilisation de produits phytosanitaires.

Le prix des graines varie en fonction de la variété que vous achetez, ou de la lourdeur de votre main dans l’application du semis. Comptez grosso modo une bonne quinzaine d’euros pour 50 ou 60 m2. Certains mélanges sont pluriannuels, ce qui réduit votre investissement.

Si vraiment vous êtes un(e) jardinier(ère) pingre ou fainéant(e), la jachère fleurie peut également se pratiquer en amateur. J’ai cassé les pieds à mes parents pendant longtemps pour qu’ils cessent de tondre. J’ai eu partiellement gain de cause : ils épargnent la tondeuse à une partie de leur terrain.

Trèfles, luzernes ou centaurées noires embellissent gratuitement leur jardin tandis que les papillons, les sauterelles ou autres scarabées y pullulent. Et un magnifique pic vert y a récemment élu domicile.

Les jardins publics s’y mettent

La jachère fleurie n’a pas forcément vocation à remplacer l’ensemble de votre gazon, car une pelouse rase peut permettre aux enfants de jouer ou aux parents de faire un barbecue. Cependant, si vous avez une pelouse, examinez quelle surface vous utilisez vraiment...

Les particuliers ne sont pas les seuls à pouvoir planter de la jachère fleurie. De nombreuses communes, comme Royan par exemple, s’y sont mises. Cela participe d’un mouvement plus large entamé voilà une dizaine d’années. Elles sont de plus en plus nombreuses à (enfin) abandonner les pesticides et à s’émanciper de notre névrose collective de jardin à la française maîtrisé... et stérilisé.

De nombreux jardins publics font d’ailleurs dorénavant la part belle aux graminées plus communément appelées « mauvaises herbes », comme le jardin des DeuxRives à Strasbourg.

Donc, si vous ne disposez pas de jardin mais que vous voulez tout de même donner un petit coup de pousse à la nature, peut-être pouvez vous envoyer cet article à l’élu en charge des espaces verts dans votre commune...


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  • licia
    licia
    de-ci de-là
    • Posté à 15h27 le 23/06/2011
    • Internaute 118601
      de-ci de-là

    Vu d’un balcon ou le long d’une piste cyclable, c’est magnifique pour l’oeil du citadin.. « bucolique »
    Mais on ne peut vivre au milieu de jachères, il est vrai que cela attire les insectes pollinisateurs , mais aussi mulots, vipères, aoûtas et autres tiques.
    A la fin de l’été, il faut passer la débroussailleuse, car une tondeuse normale ne peut couper l’herbe séchée.
    Je pratique cette formule depuis plusieurs années dans des endroits un peu éloignés de la maison, mais ça n’est possible pour un particulier que s’il possède plus d’un hectare .
    On ne va pas se balader dans les herbes hautes et fleuries dans des chaussures ouvertes, on met des bottes, et l’été ça n’est pas très sympa.
    Alors devant votre pavillon et vos 300 m2 de jardin, évitez, même si c’est tendance écolo....dixit votre voisin.

  • cozmo211
    • Posté à 15h38 le 23/06/2011
    • Internaute 14318

    Saluons quand même au passage l’oeuvre du paysagiste Gilles Clément qui avec son « jardin en mouvement » dotait pour la première fois un grand parc de la capitale d’une jachère fleurie. C’était il y a un peu plus de 20 ans, au Parc André Citroën.

  • ruthabaga
    ruthabaga
    rural
    • Posté à 16h08 le 23/06/2011
    • Internaute 161086
      rural

    Bonjour ,

    sauf que c’est oublier un peu vite pourquoi on en est venu à couper l’herbe autour des habitations , mais on ne peut pas en vouloir aux écolos , la plupart sont urbains et ne connaissent rien à la nature.
    Si un terrain est laissé en jachère , il devient vite un lieu de vie pour les reptiles , notamment les vipères et les couleuvres ( dont on vient de découvrir que la plupart sont venimeuses). C’est pour cette raison qu’autour des habitations il faut un terrain avec l’herbe coupée courte.
    Expérience vécue : dans une cour de récré d’école maternelle , un enfant vient voir son instit en pleurant ... Il avait été mordu par une vipère qui vivait dans un massif mal entretenu au centre de la cour...
    D’ici à ce qu’il y ait des accidents du genre en ville...Ca m’étonne de tout ces gens qui pondent des lois ou il faut faire un stage pour monter sur un tabouret , sans compter la semaine de paperasse à remplir avant.

    Et puis , ne plus entretenir les lieux publics ( ou plus rarement) , ca permet de virer du personnel.

  • Mme Berthe
    Mme Berthe
    grmbl
    • Posté à 16h35 le 23/06/2011
    • Internaute 113627
      grmbl

    Mouais, c’est vrai que c’est joli les « mélanges jachère fleurie »... mais je n’irais pas non plus en faire le Défenseur de la Biodiversité !

    Il faut bien se rendre compte que la biodiversité, ça n’est pas semer partout en France et dans le monde les mêmes 20 ou 30 espèces avec des jolies fleurs et qui ne demandent pas d’entretien. En clair, il me semble qu’il y a une énorme différence entre semer des graines du commerce et laisser un écosystème semi-sauvage prospérer en boycottant la tondeuse - ce que je ne saurais que trop engager à faire, ou au moins espacer les tontes pour laisser les plantes venir en graine.

    Il y a plein d’espèces qui ne sont pas très « belles » pour les humains, mais qui sont cruciales dans diverses niches écologiques, pour la survie de tel ou tel insecte, etc. En clair, semer les « friches fleuries » revient à encourager le développement d’une nature à peu près sauvage, mais sûrement pas (du moins pas directement) de la biodiversité, ça serait même plutôt l’effet inverse !

    Cela dit, j’aimerais bien que quelqu’un de plus compétent que moi confirme ou infirme mes dires...

  • kcsprod
    • Posté à 16h41 le 23/06/2011
    • Internaute 1565

    Une petite conférence TED X sur l’agriculture de bon sens :

    Lien

  • sandy keelow
    sandy keelow
    développeur
    • Posté à 17h03 le 23/06/2011
    • Internaute 131307
      développeur

    La jachère c’est sûrement bien quand ça marche mais il ne faut pas croire que c’est moins d’entretien que le gazon comme le début de l’article peut le laisser penser, moi j’ai essayé et en deux temps trois mouvements je me suis retrouvé avec 500 mètres carrés de ronces d’un côté, hyper galère à enlever avec les racines qui résiste au feu et tout...
    Et surtout comme un autre riverain, du lière qui court partout et qui m’a étouffé plusieurs arbres dont un qui menace de tomber sur la route en contrebas donc les jachères c’est pas bon pour les paresseux comme moi ; -)
    Du coup comme gazon j’ai mis du trèfle ça fait quand même moins d’entretien que le gazon normal...

  • barbouille
    barbouille
    surfeuse
    • Posté à 20h53 le 23/06/2011
    • Internaute 62861
      surfeuse

    Ca fait deux ans que notre commune s’y est mis, à la jachère fleurie.
    Cette année, nous n’avons pas tondu notre jardin, ce qu’il fait qu’il est resté assez vert malgré la sécheresse. les autres pelouses, tondues, sont grillées. De plus nous avons laissé la pelouse aux végétaux tout venant.
    Remarquablement ont poussé des vesces, de gesses, des silènes, du salsifi sauvage, des coquelicots bien sur, et des petites fleurs délicates dont je ne connais pas le nom, tout cela entre les pâquerettes. Contrairement aux fleurs ornementales, tout ce petit monde souffre moins de la sécheresse. De la même façon je n’ai pas taillé les troenes d’ europe qui bordent notre terrain, ils ont fleuri, les fleurs sont mellifères.

    Aussi l’an dernier j’avais récupéré des graines des prairies de la ville, néanmoins je ne les ai pas planté quand il s’est avéré que le temps était devenu très doux en janvier, j’avais trouvé cela très louche, aussi, il n’y a pas eu de giboulées en mars. Ainsi je n’ai pas la tentation d’arroser. J’ai gardé mes graines pour l’année prochaine.

    Vivons autrement.

    une petite digressions sur les pelouses et bordures fleuries si bien ordonnées. je me demande à quel point cela reflète le désir de notre société de tout contrôler, dominer.