Nabbu 21/06/2011 à 17h35

L'uchronie, une science-fiction méconnue et malfamée en France

Nabbu"
Salomé Kiner | Journaliste



Capure d’écran du site nabbu.com.

On connaissait l’utopie – d’ou-topos, « qui n’a pas de lieu » – et c’était déjà un scandale, l’apanage de vieux rêveurs et de hippies sur le retour. L’uchronie, en littérature, est un récit qui réinvente et réécrit l’histoire sur la base d’un point de divergence :

l’occasion d’une vie de papier pour tout ce qui n’a pas été, ou qui aurait pu être.

Mais l’uchronie, « ce qui n’a pas de temps » ? Ce sous-genre de la science-fiction qui ne conjugue que le conditionnel ? Une folie, diront les lecteurs. Une hérésie, crieront les censeurs.

L’uchronie, genre méconnu en France

Certes, nous autres, esprits français, nous adorons les dates et abhorrons le doute. Nous avons inventé l’autofiction, et regardons avec méfiance quiconque usurpe la vérité. Laïcs, républicains, attachés aux Lumières qui firent notre grandeur, nous craignons la spéculation fictive ou intellectuelle.

 ? L’uchronie, méconnue, malfamée, rame en ces eaux troubles et ne jouit toujours pas, en France, de la reconnaissance qu’elle mérite. Elle a pourtant des arguments : le droit d’aînesse, d’abord, puisque Charles Renouvier, philosophe de son état, l’invente en 1857 (bien avant l’autofiction, donc). Un siècle plus tard, le genre a fait florès : Philip K. Dick lui offre son chef d’œuvre, « Le Maître du Haut-Château », et Philip Roth l’imitera avec son « Complot contre l’Amérique ».

La France, ennemie de la controverse historique, s’est longtemps faite discrète sur le sujet. A l’heure où nous publions ce dossier, tout porte à croire que les choses bougent. L’exposition « Science & Fiction : Aventures croisées », à la Cité des sciences et de l’industrie jusqu’au 3 juillet 2011, célèbre quelques unes des plus belles pépites de l’uchronie.

« La vraie vie, c’est la littérature » disait Proust

« Les Futuriales », festival des littératures imaginaires d’Aulnay-sous-Bois, a consacré une table ronde au genre lors de sa deuxième édition, le 14 mai 2011. Emmenée par « Le Détroit de Behring », un essai d’Emmanuel Carrère à la gloire de ces « retours de mémoire », une nouvelle génération d’auteurs – dont Ugo Bellagamba et Johan Héliot, en interview dans ce dossier – vient enfin repeupler ce désert.

Chroniques de livres, interviews, entretiens : tous s’accordent à dire que l’uchronie n’est pas cet élan nostalgique vers un passé figé. Au contraire, leur production se bat à démontrer l’inverse : en questionnant le passé, on prépare l’avenir.

En détournant le temps, on multiplie les possibles. En les écrivant, l’uchronie bâtit un royaume à toutes les vies que nous n’aurons pas ; elle arrache nos fantasmes aux limbes de l’imaginaire ; elle offre enfin une place aux destins refoulés.

N’est-ce pas finalement Proust – ce demi-dieu de l’autobiographie – qui disait que « la vraie vie, c’est la littérature » ? Notre dossier « Uchronie » ne part pas à la recherche du temps perdu, bien au contraire. Il fait honneur à celui que l’on compose et qui console… le temps d’un livre.

Publié initialement sur
Nabbu
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  • Guillaume Delarue
    Guillaume Delarue répond à Yvon le Zébulon
    Expatrié apatride
    • Posté à 18h19 le 21/06/2011
    • Internaute 36332
      Expatrié apatride

    Au contraire. Ca permet d’imaginer comment les choses se seraient passées, si elles s’étaient passées autrement. C’est bien souvent de la littérature assez engagée au contraire (pas toujours mais souvent).

    Le Maitre du Haut Chateau par exemple (par Philip K Dick) raconte la vie en Amérique dans les années 50 (ou 60, je me souviens plus) après que l’Allemagne nazie et le Japon aient gagné la seconde guerre mondiale, et se soient partagé le territoire des US.

  • matheus
    • Posté à 18h24 le 21/06/2011
    • Internaute 25362

    Un peu déçu par cet article étonnamment court ; a croire que c’est une publi-information pour nabbu dont le logo figure deux fois dans ces quelques lignes. L’uchronie méritait un article bien plus approfondi.

    Je propose de compléter par des idées de lecture sur le thème de l’uchronie :

    Rêve de fer (Norman Spinrad, Folio SF) :
    « Et si, écoeuré par la défaite Allemande en 1918, Adolf Hitler avait émigré aux Etats-Unis ? S’il s’était découvert une vocation d’écrivan de science-fiction ? S’il avait rêvé de devenir le maître du monde et s’était inspiré de ses fantasmes racistes et belliqueux pour écrire Le Seigneur de Svastika, un roman couronné par de prestigieux prix littéraires ? ».

  • Milton Friedman II
    Milton Friedman II
    Chef de projet
    • Posté à 18h39 le 21/06/2011
    • Internaute 157172
      Chef de projet

    Bonjour à tous !

    En bonnes uchronies, on a :

    - « Pax Aeterna » de Robert Silverberg (divergence durant l’antiquité romaine)

    - « Rêves de Fer » de Norman Spinrard (divergence dans les années 1930, avec une sorte de mise en abime).

    Amicalement

  • FericJaggar
    FericJaggar répond à matheus
    La réalité, c'est ce qui (...)
    • Posté à 18h59 le 21/06/2011
    • Internaute 67506
      La réalité, c'est ce qui (...)

    Un de mes romans préférés !
    Il y a aussi l’ensemble de romans de la Patrouille du Temps de Poul Anderson, qui parle de voyages dans le temps avec un soupçon d’uchronie puisque le but du héros est justement de rétablir l’histoire « officielle ». Un coup de coeur, à lire urgemment !
    Et comme un commentateur plus haut, je trouve que l’uchronie permet au contraire de faire fonctionner ses méninges en décortiquant le mécanisme de l’histoire, passionnant...

  • Jean-Sébastien Billard
    Jean-Sébastien Billard
    Elément à Charles
    • Posté à 19h10 le 21/06/2011
    • Internaute 125643
      Elément à Charles

    Une uchronie récente de la cinquième république ? C’est Lien

  • GM20e
    GM20e répond à Milton Friedman II
    habitant du 19e arrondissement (...)
    • Posté à 19h12 le 21/06/2011
    • Internaute 91658
      habitant du 19e arrondissement (...)

    Et la BD (aussi adaptée au ciné) WATCHMEN qui se passe au début des années 80 et dans laquelle les USA ont gagné la guerre du VietNam et Nixon entame sont 4ème mandat
    Et j’ai adoré Pax Aeterna

  • Salome-Kiner
    Salome-Kiner répond à matheus
    journaliste
    • Posté à 19h14 le 21/06/2011
    • Journaliste 160841
      journaliste

    Bonjour Matheus,

    Si cet article vous paraît court, c’est qu’il s’agit d’un édito. Il sert d’introduction au dossier « L’ Uchronie en Science-Fiction », publié initialement sur ... Lien
    C’est ce qui explique la présence de notre logo. En cliquant dessus, vous pourrez accéder à l’intégralité du dossier, effectivement bien plus approfondi que cette accroche.
    Vous y trouverez, entres autres choses, un papier sur « Rêve de Fer », une interview de Johan Héliot, une autre d’Ugo Bellagamba et Clément Pieyre, commissaires de l’exposition Sciences&Fiction, etc.

    Enfin, ce que vous avez pris pour une publi-information est en réalité un partenariat éditorial.

    J’espère qu’il vous incitera à venir consulter le dossier dans son intégralité.

    Respectueusement,

  • Zounos
    Zounos
    Informaticien (c'est presque un (...)
    • Posté à 19h34 le 21/06/2011
    • Internaute 160842
      Informaticien (c'est presque un (...)

    Mais pourquoi lier SF et uchronie.
    Je viens de lire une uchronie qui se déroule à la fin des années 40 (1940 !)d e PJ Herault qui part du postulat que Napoléon n’a pas poursuivi l’armée russe mais s’est retiré en Ukraine durant l’hiver.... Dans cette uchronie, il n’est pas vraiment question de l’empereur, mais d’un monde différent.
    Pas de science fiction dans ce roman, c’est de la fiction. Simplement de la fiction.
    Mais n’est ce pas la fiction, l’imaginaire qui fait avancer les hommes ?
    Dans beaucoup de domaines, la recherche commence par « Et si... »

  • herodote
    herodote
    enseignant
    • Posté à 22h27 le 21/06/2011
    • Expert 78500
      enseignant

    Quelques détails supplémentaires de la part d’un uchroniste (amateur) membre du cercle Utopia-Ucronia (en italien) déjà responsable de près de 4000 uchronies courtes et bien 200 uchronies développées.

    Je récuse les personnes qui ont accusé d’uchronie d’être vide de sens. Ce n’est pas la simple question oiseuse « Et si ? », il faut considérer l’existence d’un arrière plan historiographique bien plus large.

    Dans ses « Douze leçons sur l’histoire », ouvrage indispensable pour les étudiants en histoire, Antoine Prost consacre l’une de ses leçons à l’histoire et l’imagination où l’uchronie (même si le terme n’apparaît pas) est traitée avec respect. Comprendre l’histoire revient quand même à comprendre pourquoi les choses se sont passées comme cela et pas autrement (d’où la curiosité implicite de savoir comment aurait été cet autrement). Raymond Aron l’a dit bien mieux que cela : « Tout historien, pour expliquer ce qui a été, se demande ce qui aurait pu être. ».

    Il a dit aussi que « Le passé de l’historien a été le futur des personnages historiques. » L’uchronie a ainsi le mérite de nous rappeler que l’histoire ne suit pas une ligne fixée à l’avance, elle ne déroule pas une évolution logique allant vers un but. L’histoire est le résultat de conditions plus ou moins déterminantes pouvant aussi avoir été causées par des hasards. Cela a aussi le mérite de rappeler à chacun sa liberté et sa responsabilité face au soi-disant « air du temps », « évolution », « déclin » etc.

    De ce fait il existe une histoire « contre-factuelle », qui est d’ailleurs assez mal vue. À citer les travaux de l’Américain Robert Fogel sur le rôle du chemin de fer dans le développement des Etats-Unis au XIXe siècle où il supprime justement ce chemin de fer et par cette absence même peut mieux lire leur importance.
    L’uchronie possède donc quand même un certain intérêt et n’est pas seulement le fait de coupeurs de cheveux en quatre avides de révisionnisme.

    Pour ceux que cela intéresse (il y a quelques uchronies en français et en espagnol aussi) : Lien

  • herodote
    herodote répond à zé ninguem
    enseignant
    • Posté à 23h44 le 21/06/2011
    • Expert 78500
      enseignant

    Ce que vous dites n’a pas de sens, comparaison n’est pas raison. Pour voir l’intérêt de la chose, si vraiment il vous faut des raisons, relisez mon message précédent.

    Pour ceux qui recherchent des uchronies je déconseille Roma Aeterna de Robert Silverberg, c’est mal construit.
    Préférez plutôt :
    « Chroniques des années noires », Kim Stanley Robinson, (à noter pour celui-ci qu’il s’inspire directement de l’idée de choc des civilisations cher à Samuel Huntington)
    « Pavane », Keith Roberts,
    « Fatherland », Robert Harris
    la série de la patrouille du temps de Poul Anderson,
    « Le complot contre l’Amérique » Philipp Roth,
    « Le maître du haut château » Philipp K. Dick (à éviter pour une première lecture)