Tribune 20/06/2011 à 11h51

« Danger grave et imminent » aux urgences de l'Hôtel-Dieu de Paris

Dinah Vernant | Médecin


Flanc droit de l’Hôtel-Dieu, Paris (stephanemartin/Flickr/CC).

Aujourd’hui, les urgences du centre de la capitale n’ont plus les moyens d’assurer la sécurité des soins des patients. Les urgentistes menacent de se déclarer en « droit de retrait ». Même s’ils étaient réquisitionnés pour travailler, ce serait une première, d’une telle ampleur.

Alors que l’activité des urgences ne cesse d’augmenter, avec plus de 300 passages par jour et une fréquentation croissante de touristes, un poste de médecin titulaire et un poste de chef de clinique viennent d’être retirés et deux postes d’internes n’ont pas été pourvus, mettant en grande difficulté la continuité des soins.

Très récemment, et à la manière d’un couperet, les effectifs nécessaires aux gardes de radiologie et de chirurgie ont été supprimés autoritairement, faisant courir des risques quotidiens aux patients.

Comment imaginer qu’un service d’urgences fonctionne sans un chirurgien senior capable non seulement de donner un avis compétent mais également d’opérer sans délai certains cas intransférables ? De même, la présence d’un radiologue est vitale pour faire le diagnostic.

Récemment une femme de 28 ans, arrivée pour une grossesse extra-utérine rompue, n’a pu être sauvée que parce qu’un chirurgien, voisin, est venu in extremis bénévolement. Elle était intransportable.

Le coûteux déménagement du siège de l’administration

L’administration, à la manière d’un bulldozer, poursuit la réduction des moyens en personnels de ces urgences : ainsi, huit postes d’infirmières et d’aides-soignants doivent être retirés des effectifs dans les prochaines semaines.

Cette situation, conséquence des décisions prises par la directrice générale de l’AP-HP, Mireille Faugère, vise à asphyxier l’hôpital et ses personnels pour accélérer le transfert du siège administratif à l’Hôtel-Dieu. L’AP-HP veut transformer un lieu de soins en un centre de recherche hospitalo-universitaire de santé publique, sans patients.

L’installation de l’administration de l’AP-HP en lieu et place des malades (sur une surface de 25 000 des 70 000 m2 de l’hôpital) permettra de vendre l’immeuble de l’avenue Victoria (IVe arrondissement de Paris) abritant actuellement son siège et de réaliser une opération immobilière.

Celle-ci serait paradoxalement assez peu rentable puisque la mairie de Paris a fait valoir un droit de préemption pour des logements sociaux, et parce que ce transfert nécessitera des travaux non encore chiffrés mais qui seront, de toutes façons, de plusieurs dizaines de millions d’euros.

L’Hôtel-Dieu, garant de l’accès aux soins pour tous

En raison de sa situation géographique centrale, l’Hôtel-Dieu est au carrefour de tous les transports publics d’Ile-de-France. Il est l’hôpital de premier recours, notamment pour les personnes âgées dont on sait la forte concentration dans les cinq premiers arrondissements de Paris, mais aussi pour tous ceux qui travaillent au centre de la capitale : restaurants, grands magasins, administrations (préfecture, Palais de justice, l’Hôtel de Ville...)

Les soins offerts par cet établissement sont complémentaires de ceux prodigués par les autres établissements du groupe, notamment Cochin pour les pathologies médico-chirurgicales lourdes.

Il est, également, l’hôpital de premier recours pour les Parisiens du centre de la capitale présentant des pathologies « tout venant » qui n’ont pas leur place dans les services de hautes spécialités. A noter, toujours en raison de sa situation géographique, qu’il est également l’hôpital qui reçoit les touristes du monde entier et il est la vitrine de notre santé publique à la française.

Sans véritable réflexion sur le projet médical de cet hôpital emblématique, l’administration veut réduire l’offre de soins à :

  • un service d’urgence et un Smur isolés sans lits d’hospitalisation ;
  • un service de radiologie, réduit au strict minimum ;
  • un centre de consultations multidisciplinaire sans possibilité d’exploration complémentaire.

Un projet alternatif : L’Hôpital pour tous

Professionnels de santé, élus, usagers et habitants ont jugé cette proposition de soins dangereuse pour les malades, irréaliste et inhumaine et financièrement contestable.

En réaction, et face à ce danger imminent pour les patients et les personnels et parce qu’ils refusent de voir cet hôpital vidé de ses malades et transformé en bureaux administratifs, nous avons constitué, avec les habitants du centre de Paris, soutenus par les maires des quatre premiers arrondissements, l’association L’Hôpital pour tous. Notre projet alternatif réaliste est que l’Hôtel-Dieu reste un centre de soin de proximité.

Ainsi par exigence de sécurité, les urgences doivent inclure un bloc opératoire opérationnel 24 heures sur 24, un laboratoire de biologie avec un médecin biologiste senior, ainsi qu’un plateau technique d’imagerie performant avec un radiologue. Des lits d’hospitalisations sont indispensables pour assurer l’aval des urgences.

Par logique économique et dans un souci de service rendu à la population francilienne, le service d’ophtalmologie et celui d’imagerie doivent aussi être maintenus à l’Hôtel-Dieu. Le service de radiologie, qui réalise 300 actes par jour, ainsi que celui d’ophtalmologie qui en réalise 60 000 par an, pourraient ainsi devenir les seuls centres de la capitale au tarif Sécurité sociale.

S’ils ne sont pas entendus, les urgentistes vont se déclarer « danger grave et imminent » au sens du code du travail, avec droit de retrait des salariés de l’Hôtel-Dieu.

L’association L’Hôpital pour tous décide de mettre les soignants et les soignés au centre des décisions de santé. L’été sera chaud !

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  • Albufera
    Albufera
    Observateur.
    • Posté à 12h21 le 20/06/2011
    • Internaute 29241
      Observateur.

    Sarkozy est en train de démanteler l’ hôpital public -et pas seulement l’ AP-HP- dans un silence assourdissant. Qui a entendu parler de la création des agences régionales et des conséquences funestes de leur ouverture ? Qui a entendu parler des recrutements privés aux directions des hôpitaux publics qui sont la porte ouverte au mercantilisme ? Qui sait que les patients sont triés aux urgences, ceux qui rapportent allant dans les cliniques privées, les malades insolvables et coûteux allant dans les hôpitaux publics ? Qui a réagi à la scandaleuse et mensongère campagne publicitaire des cliniques privées ? Personne. On a préféré « débattre » burqa et se soucier de la grossesse de Bruni-la-ravie ou des rasques de DSK. Idem pour toutes les autres grandes réformes qui ont été faites dans l’ ombre sans que personne n’ en entende parler.

  • Cédrick
    Cédrick
    Infirmier en psychiatrie
    • Posté à 12h25 le 20/06/2011
    • Internaute 9026
      Infirmier en psychiatrie

    A Toulouse également les urgences font face à des problèmes et tentent de se faire entendre depuis plusieurs semaines :

    « Notre service est en souffrance, son équipe avec. Nos réclamations ? Des augmentations ? Du matériel ? Non ... Simplement une équipe complète afin d’assurer la sécurité du personnel mais aussi et surtout celle des patients.

    Congés maternité non remplacés, arrêts maladie, épuisement professionnel, risque de burn out ... Nous manquons cruellement de personnel sur les urgences de Rangueil, et nous avons l’impression que la direction reste sourde à notre demande, à notre expression de nos difficultés.

    Nous sommes actuellement en grève depuis plusieurs semaines, sans résultats. On nous répond que le pôle n’a pas les moyens d’engager du personnel mais embauche des intérimaires à tours de bras ! (qui au passage coûtent plus cher !)

    La dernière solution proposée pour remplacer les congés maternité fut d’embaucher une nouvelle infirmière ... Enceinte de 7 mois et demi ... Et que fera-t-on lorsqu’elle prendra son congés dans quelques semaines ?

    De plus, l’équipe doit travailler 3 voire 4 (voire même plus : certains sont allés jusqu’à 7) week end d’affilés. C’est la guerre pour pouvoir poser des vacances, et quand enfin on les a ... On nous rappelle parce qu’il manque du monde ! Et tout ce que nous répond l’administration (reportage info à l’appui) est qu’on ne manque pas de personnel.

    Nous avons donc décidé de faire circuler une pétition sur cette plateforme de communication afin de faire part de notre souffrance, dans l’espoir d’être enfin entendus !

    Comment s’occuper de patients en souffrance et en danger quand l’équipe est incomplète et elle même en souffrance et en danger ? C’est un cercle viscieux dont nous ne demandons qu’à sortir ... C’est pour cela que nous avons besoin du soutien du plus grand nombre. L’équipe et les patients sont pris en otage par cette situation et cela n’a que trop durer ! La médecine du travail s’est rangé à nos côtés, et a même arrêté certains d’entre nous épuisés.

    Si vous vous sentez solidaire de notre souffrance cliquer sur j’aime, postez un petit commentaire en guise de signature de la pétition et surtout faite tourner à vos contacts s’il vous plaît ! Et nous sommes ouverts aux idées et suggestions ! »

    Plus d’informations ici :
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  • poissonpiloté
    poissonpiloté
    c'est par où l'amer ?
    • Posté à 12h42 le 20/06/2011
    • Internaute 75343
      c'est par où l'amer ?

    La problématique principale semble être la vision assez différente de l’intérêt public entre les personnels soignants et les administratifs (cf la réponse de l’APHP).
    Pour le personnel soignant, l’intérêt public semble se situer au niveau du service aux patients, alors que la mission des administratifs est de limiter les déficits (publics).
    Si je ne m’abuse, depuis une récente réforme, les soignants ne sont plus forcément impliqués dans les conseils d’administration des hôpitaux (en tout cas pour les hôpitaux en province, pour l’APHP, je ne sais pas). Dans ces conseils, sont décisionnaires des gestionnaires sans compétences médicales et souvent déconnectés des problématiques propres à cet exercice particulier qu’est le soin. Du coup la balance penche plutôt du côté de la gestion financière, au détriment du soin..
    Ce qui semble se passer à l’Hôtel Dieu, est valable pour nombres d’hôpitaux français, qui n’ont malheureusement pas la même exposition médiatique.

  • Alexad
    • Posté à 13h02 le 20/06/2011
    • Internaute 8145

    Une nuit, mon fils est arrivé en urgence à L’hôpital G. Pompidou à Paris. Ayant estimé (il est vrai, à juste titre) que l’intervention pouvait attendre, il a été dirigé dans une clinique privée le lendemain. Auparavant, on a pas oublié de lui demander s’il avait une mutuelle ! ! ... C’est l’Amérique ! !

  • pipounet
    pipounet
    autre
    • Posté à 13h53 le 20/06/2011
    • Internaute 158799
      autre

    Un modèle pour l’avenir, l’hôpital public (pas l’américain) de Neuilly Courbevoie. 100 patients par jour aux urgences (adultes et pédiatriques). Pas de réanimation, pas de chirurgien sur place, le scanner loué à des radiologues de privé plusieurs jours par semaine.
    Alors en dehors de la bobologie, de la pédiatrie de base et de la gériatrie de base, tous les patients sont réorientés soit vers le privé soit vers d’autres hôpitaux publics. Par SAMU et à quel prix....

  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 13h55 le 20/06/2011
    • Internaute 24252
      卑語

    Urgences gynéco Hôpital de la Salpetrière 19h.
    Deux personnes à l´accueil, un médecin pour 3 étages en salle d´opération. Retour 23h, nouvelle urgence, médecin à nouveau au bloc opératoire. Résultats des premiers examens et renvoi sur l´hôpital Bichat.
    Demande de renseignements aux urgences générales, chaos, mélange avec les urgences psychiatriques, au moins une quarantaine de personnes en attente, des enfants une femme en grande détresse psy, le personnel protégé derrière une banque, hygiaphone.
    Arrivée aux urgences gynéco, grand calme sortie une heure du matin.
    Des locaux inadaptés, vétustes, un personnel sous pression, pas de moyens....
    je remercie les personnels hospitaliers et leur professionnalisme dans la démesure de ce quotidien. La situation est générale à l´ensemble des hôpitaux à Paris et en province.L´organisation du tiers monde hospitalier et la pratique d´une médecine de guerre.