Vos réactions 17/06/2011 à 15h33

Petit Bateau, sexiste ? « On s'en fout ! » dit un ex-garçon manqué



Une poupée cassée (iboy_daniel/Flickr/CC).

Avis aux riverains que les questions de genre barbent (et je sais qu’il y en a, moi la première, c’est pour ça que je témoigne), passez de suite votre chemin, ce témoignage va vous barber sévère. L’article sur les bodys Petit Bateau, que de bonnes âmes bien intentionnées envers les femmes voudraient voir retirés de la vente (censure au nom du féminisme ?), m’a donné envie de réagir et la Rue me donne cette opportunité, je l’en remercie.


Mon vécu : mes parents ont eu trois enfants, deux filles et un garçon. Ou plutôt : une fille, un garçon manqué et un garçon.

Je suis le garçon manqué. Enfant, quand ma sœur mettait des robes, portait les cheveux longs, jouait aux Barbie, faisait du cheval et de la danse, je me rebellais pour ne pas mettre de robes, j’avais les cheveux courts, je jouais un peu aux Barbie, mais surtout aux jeux de construction, à la bagarre et au foot avec les voisins, ou bien je grimpais méditer dans les arbres.

Et pourtant, ma sœur et moi avons eu les mêmes parents et relativement la même éducation.

Je suis une femme, une mère mais mes goûts sont masculins

La puberté a fait que je n’ai pas pu renier ma féminité et que je m’en suis accommodée, sans fioriture. Mes cheveux ont poussé, je mets quelques fois des chaussures à talons, mais je me maquille de façon très exceptionnelle, je porte rarement des bijoux, j’ignore la mode (j’ai un garde-pantalon, pas une garde-robe à la maison).

J’ai choisi (et j’ai eu du mal à faire accepter ce choix, face non seulement à la pression de mes parents, mais également des enseignants qui se voulaient bienveillants) de faire des études dans une filière masculine, et j’exerce un métier dans lequel je côtoie majoritairement des hommes.

Je suis une femme, sans aucun doute. Je suis une mère. Mais j’ai des goûts qui sont plus masculins que féminins. C’est comme ça, c’est en moi.

Ma fille, un cliché ambulant

Aujourd’hui, j’ai une fille et un garçon. Je ne suis pas un modèle de féminité pour ma fille, mais de façon innée, elle a le côté fille très développé que je n’ai jamais eu.

Elle veut :

  • porter des robes,
  • avoir de jolies coiffures,
  • se déguiser en princesse,
  • adore le rose,
  • les Barbie, etc.

Le cliché ambulant. Elle a à sa disposition les épées et les petites voitures de son frère, mais d’elle-même, elle joue aux jeux de filles. Tous deux ont fait de l’initiation multi-sports. Elle a choisi la danse quand son frère a choisi le judo. Elle me demande pourquoi je ne mets jamais de robe, pourquoi je ne rêve pas de me marier et d’avoir une robe de princesse, pourquoi je n’ai pas de rouge à lèvres qu’elle pourrait emprunter pour se maquiller.

Quand elle fait sa lettre au Père Noël, elle choisit dans les pages de catalogues connotées filles. Je ne l’ai pas influencée dans cette voie. Ce sont ses goûts, qui se sont développés très tôt, parfois envers et contre les miens. Mais ce sont ses goûts, et je les respecte.

Les grandes firmes auraient bien tort de nier ses goûts

Ces goûts, ce sont ceux de la majeure partie des petites filles de son âge. Et les grandes firmes auraient bien tort de les nier. Si ma fille avait envie d’une perceuse à Noël, je lui achèterais la perceuse, mais ça ne l’intéresse pas, comme ça intéresse peu de filles.

Les catalogues pourraient bien faire figurer une petite fille jouant avec une perceuse rose fluo siglée Barbie au beau milieu d’une page fille, je pense sincèrement qu’elle prendrait la tête à coiffer ou la poupée mannequin maîtresse d’école avec ses accessoires. Au nom du féminisme, je ne vais tout de même pas lui imposer une perceuse !

J’en reviens à l’article sur les bodys. Ce genre de messages sexués sur les bodys, ça ne me choque pas. Et que des défenseurs/défenseuses de l’honneur des femmes perdent leur temps à s’en offusquer m’amuse. Mais que l’on milite pour le retrait de ce genre de produits, je trouve ça ridicule et dangereux.

Ce que je vois dans ces bodys, ce sont de gros clichés balourds qui ravissent de nombreux consommateurs (tant qu’à faire dans le cliché, disons majoritairement des consommatrices, pour l’achat de ce genre de vêtements – caricature numéro un destinée au riverains/riveraines qui ont besoin de s’indigner).

Libre d’acheter, libre de râler mais pas de retirer

C’est, je pense, uniquement dévalorisant pour les parents qui choisissent de faire de leur bébé une pancarte publicitaire bourrée de stéréotypes en affichant fièrement que leur fille a avant tout les qualités d’une potiche et que leur garçon est un héros (caricature numéro deux, toujours à destination des riverains/riveraines qui ont besoin de s’indigner). Ils ne voient certainement pas les choses comme moi et c’est leur choix.

Ils sont libres d’acheter, les féministes sont libres de râler, mais faire retirer ces bodys, je le répète, c’est à mon avis ridicule et dangereux. Un extrême chasse un autre extrême...

Remarque en passant sur les messages de ces bodys : je peux dire indifféremment à ma fille et mon fils qu’ils sont belle/beau et intelligente/intelligent, ça leur fera plaisir. Par contre, si je dis à ma fille qu’elle est forte et robuste, ça ne va pas forcément la ravir. Et inversement, si je dis à mon fils qu’il est élégant et coquet dans son jean troué et vert aux genoux, il va me regarder en fronçant les sourcils...

Pourquoi le rose est mièvre et le bleu, profond ?

Les stéréotypes genrés (et la marginalité par rapport à ces stéréotypes) sont de mon point de vue bien moins évidents à vivre pour les garçons que pour les filles. Il y a plus de tolérance (même si ce n’est encore pas assez) envers les filles qui sortent de la « norme » qu’envers les garçons qui sortent de cette « norme ».

On m’a posé récemment la question suivante :

« Pourquoi devais-je m’enfoncer avec mon fils dans la mièvrerie rose de la partie “fille” des magasins pour lui acheter une poupée ? Pourquoi dissuade-t-on dès l’enfance les garçons d’aimer pouponner ? »

Je suis tentée de répondre par d’autres questions :

  • Pourquoi dois-je m’enfoncer avec ma fille dans la mièvrerie rose de la partie « fille » des magasins pour lui acheter une poupée ?
  • Pourquoi le rose serait-il mièvre et le bleu, profond ?
  • Pourquoi le fait de rentrer dans un rayon rose dissuaderait-il votre fils d’aimer pouponner ? Ne serait-ce pas vous que cela dissuaderait ? Parce que le père ou la mère considère inconsciemment ou non que le rose est pour les filles et que de faire entrer son fils dans ce rayon rose est dégradant pour son genre ?
  • Pourquoi serait-ce dégradant ? Parce que le rose renvoie à la part de féminité qu’on refuse aux garçons ?

On tourne en boucle avec ce genre de questions sans fin.

Une féministe qui a habillé son fils en rose ?

Nous sommes tous différents, mais il existe des « marqueurs » qui sont majoritairement masculins ou féminins. Ne pas vouloir le voir, c’est se voiler la face. Et lutter contre ça, c’est, à mon avis, vain. Il s’agit en fait de tolérance, de respect et d’ouverture d’esprit. Et surtout d’éducation de l’enfant, pour qu’il comprenne qu’il n’y a pas un sexe (ou une race, etc.) inférieur ou supérieur à l’autre.

Les différences existent, sans que cela doive être assorti d’un jugement de valeur. Ne pas se retrouver dans les schémas établis par la majorité n’est ni honteux, ni dévalorisant.

Je termine par une dernière provocation : qu’on me trouve une féministe qui a habillé son fils en rose dès sa plus tendre enfance au nom de la lutte contre le sexisme et pour l’égalité des sexes et qu’on la fasse témoigner sur Rue89 !

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  • Benvolette
    • Posté à 16h13 le 17/06/2011
    • Internaute 160238

    Tout à fait d’accord ! J’aime le rose, les jupes, les diadèmes et le rouge à lèvre, j’ai joué avec des barbies.... ce n’est pas pour ça que je me sens inférieure à mes congénères masculins ! Je suis féminine parce que je trouve ça joli, peut être parce que la société m’a appris à trouver ça joli... mais je ne vois pas en quoi c’est un problème !

  • leptiprince
    leptiprince
    Conseiller municipal Ville de (...)
    • Posté à 16h21 le 17/06/2011
    • Internaute 160414
      Conseiller municipal Ville de (...)

    Cet article mériterait une réponse approfondie, néanmoins contentons-nous déjà de constater qu’il tend à minimiser les discriminations liées à la socialisation genrée : et oui après tout, les différences sont naturelles, les marqueurs de sexe aussi, leur attribution se faisant tout naturellement grâce à la publicité et autres... « Les grandes firmes auraient bien tort de nier ses goûts » Ben oui, donc pourquoi aller contre les logiques marchandes du système, c’est bête quand on y pense ! Laissons faire le marché, la main invisible, la nature ! Après tout, les inégalités sociales aussi sont naturelles, mais ça l’auteure de ces ligne n’a pas osé l’affirmer (ce sera pour le prochain billet sans doute - mais ça en deviendrait presque choquant sur une plateforme de débat de gauche, certes). En attendant, faisons preuve d’ouverture d’esprit et acceptons passivement que nos enfants soient enfermés dans les catégories de genre dès leur naissance, au nom de la nature, du différentialisme rétrograde et du libre marché. Celles et ceux qui s’opposent à cette marche en avant naturaliste et capitaliste, ce sont des méchants extrémistes qui veulent l’égalité à coup de censure... Bravo, les raccourcis fonctionnent bien, l’article est donc une réussite.

  • karmai
    karmai
    L'ataraxique de service
    • Posté à 16h26 le 17/06/2011
    • Internaute 55541
      L'ataraxique de service

    Clairement l’attirance pour des couleurs est vraiment culturel ! Il suffit d’aller voir dans d’autres régions du monde ou l’alternative bleu/rose n’existe simplement pas alors que les différences de genre sont bien marquées également.

    La façon dont va réagir un enfant face aux couleurs qu’on tente de lui imposer, c’est une question de personnalité (donc surtout des gènes au départ) et de résistance personnelle à la norme. Il est clair que les individus sont assez inégalement doté à accepter (ou pas) la norme.

    Que la majorité des enfants et des parents finissent par accepter les codes en vigueur c’est bien naturel étant donné la force structurelle qui les met en avant (Médias, Traditions, Religions, etc). Ainsi chère COQUILLE, c’est surtout cette force de caractère à assumer ce que vous êtes en vers et contre les forces qui ont du tenter de vous changer qui est impressionnant. Votre fille n’a visiblement pas récupérer cet assemblage génétique.

    Au final je suis bien d’accord qu’interdire c’est complètement contre productif. Si on pouvait interdire la médiocrité de manière efficace ça se saurait depuis bien longtemps !

  • CitizenSim
    CitizenSim
    Au monde
    • Posté à 16h38 le 17/06/2011
    • Internaute 114259
      Au monde

    « Aujourd’hui, j’ai une fille et un garçon. Je ne suis pas un modèle de féminité pour ma fille, mais de façon innée, elle a le côté fille très développé que je n’ai jamais eu. »

    Coquille, je suis d’accord avec pas mal de chose de ton article, mais le « innée » remballe le, tu fais offence à un siècle et demi de sciences sociales !

    ta fille n’est pas féminine de manière ’’inée’’ mais justement à cause des stéréotypes véhiculés par petit bateau par exemple et par plein d’autres...

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 16h55 le 17/06/2011
    • Internaute 53186
      inconsolable

    Elle l’aura sa perçeuse !