Document 17/06/2011 à 02h48

Arrêté à l'aéroport, DSK a invoqué l'immunité diplomatique

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

Il est 16h40, samedi 14 mai, à l’aéroport JFK de New York. Le policier Diwan Maharaj s’adresse à un passager du vol Air France :

« M. Dominique Strauss-Kahn ?

– Oui.

– Puis-je voir votre passeport ? Nous souhaiterions que vous nous suiviez.

– Pourquoi ?

– Ce n’est pas le moment ni l’endroit pour en discuter. Avez-vous des bagages à bord ?

– Oui. »

Voici, dans le document ci-dessous, le récit, très administratif et sec, de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn par la police, à bord de l’avion qui s’apprêtait à décoller pour Paris.

Le document, contresigné par le procureur Cyrus Vance Jr., a été remis au juge Michael Obus chargé de l’affaire.

A l’aéroport, l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), menotté, parle très peu, ne s’énerve pas. Il demande : « De quoi il s’agit ? » La police lui parle sans précision d’un « incident » qui a eu lieu « à l’hôtel ». Strauss-Kahn affirme qu’il a droit à l’immunité diplomatique, mais qu’elle ne figure pas sur le passeport qu’il porte sur lui : « J’ai un deuxième passeport », dit-il. Il demande à parler « à quelqu’un du consulat français ».

A 17h10, juste avant d’être transféré vers New York, il demande à être menotté par devant. Dans le véhicule, il se plaint de ses menottes « trop serrées ». Il insiste pour passer un coup de téléphone et prévenir qu’il ne pourra pas assister à une réunion importante (peut-être celle qu’il doit avoir avec la chancelière allemande Angela Merkel).

« Est-ce que j’ai besoin d’un avocat ? »

Voir le document

(Fichier PDF)

A 21 heures, alors qu’il attend dans les locaux de l’unité spéciale chargée des crimes sexuels, il s’inquiète de savoir s’il peut appeler son avocat, Bill Taylor. Il demande s’il a « besoin » d’un avocat et précise, cette fois, qu’il ne cherche pas, en posant cette question, à mettre en avant son immunité diplomatique :

« Est-ce que j’ai besoin d’un avocat ?

– Dans ce pays, vous y avez droit, si vous le désirez ; j’ignore si vous avez l’équivalent d’un statut diplomatique »

– Non, non, non, je n’essaye pas de faire jouer cela, je veux juste savoir si j’ai besoin d’un avocat.

– A vous de voir. »

A 22h55, la police lui demande s’il souhaite s’expliquer sur « l’incident » de l’hôtel. Il refuse : « Mon avocat m’a dit de ne pas parler. J’étais prêt à le faire ».

La police de New York ne lui reconnaîtra pas l’immunité diplomatique. (Télécharger le document, en anglais)

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  • Nemed
    • Posté à 04h00 le 17/06/2011
    • Internaute 60703

    Il semble calme.

    Il demande à plusieurs reprises s’il a besoin d’un avocat. Il ne voyait donc rien dans ce qu’il a fait récemment qui nécessiterait la présence d’un avocat.

    Une personne qui vient de voler une femme et qui se fait arrêter 10 minutes plus tard ne demanderait pas s’il a besoin d’un avocat, il appellerait son avocat immédiatement.

    Ou pas.

  • Bein...
    Bein... répond à Nemed
    fils de mon père
    • Posté à 07h23 le 17/06/2011
    • Internaute 134428
      fils de mon père

    Demander s’il a besoin d’un avocat ne se lit pas forcément comme la preuve de ce qu’il ne verrait pas pourquoi il en a besoin.

    Cela peut se lire ainsi : ne sachant pas ce qu’on lui reproche exactement (en fait, il ne sait pas ce que sait exactement la police, ce qui est fréquent : la police n’a souvent que quelques éléments d’un crime ou délit en flag), d’autant que jamais le policier ne le lui indique, se contentant d’évoquer un incident dans un hôtel, sans autre précision, DSK se renseigne plutôt sur la nature de la procédure et son besoin ou pas, d’avoir recours à un avocat.

    La réponse du policier va d’ailleurs dans le sens de cela : « à vous de voir... ».

    Sous-entendu, je ne vous dis rien, si vous vous croyez coupable de quelque chose, il vaut peut être mieux pour vous, mais c’est vous qui voyez...

    Les policiers français font cela très souvent : « vous avez le droit à un avocat, mais il n’y a que les coupables qui prennent des avocats... »

  • Bein...
    Bein... répond à Rabelais
    fils de mon père
    • Posté à 07h27 le 17/06/2011
    • Internaute 134428
      fils de mon père

    Il ne faut pas trop intellectualiser les choses : le compte-rendu d’interpellation, comme celui des échanges téléphoniques, est une pièce aussi essentielle que les autres, car souvent relatant des faits enregistrés (donc peu susceptibles d’être modifiés après) et qui peuvent contredire des affirmations ultérieures.

    Je viens d’obtenir une relaxe grâce à cela.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 07h52 le 17/06/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « DSK était un diplomate ? ... première nouvelle ! »

    Que DSK eût été ou pas sous statut diplomatique importe peu à mes yeux.

    Sans vouloir particulièrement m’acharner sur l’homme, je dois dire que je n’ai jamais très bien compris cette histoire d’immunité Diplomatique qui autoriserait un individu à faire tout et n’importe quoi, se révéler criminel ou super-escroc
    international, sans risquer la moindre sanction pénale.

    Qui donc a instauré le premier cette « immunité diplomatique là »...
    ...et sur quel principe, et à l’origine, dans quel but ?

    Serait-ce parce qu’en sous-sol, les Etats peuvent absolument tout se permettre ?

  • 22decembre
    22decembre répond à Yvon le Zébulon
    Social-libéral... C'est pas (...)
    • Posté à 08h14 le 17/06/2011
    • Internaute 137595
      Social-libéral... C'est pas (...)

    On tire pas sur le messager. En temps de guerre, le type qui vient négocier doit être sûr et certain de repartir avec la vie sauve...

    Ce genre de considérations très étendues se retrouve dans l’immunité diplomatique, quand bien même ça fait longtemps qu’elle a perdue cette utilité.

    Néanmoins, elle reste utile des fois. Mais c’est vrai que ça protège des criminels parfois...

  • iJer
    iJer répond à iJer
     ? ?
    • Posté à 12h37 le 17/06/2011
    • Internaute 63550
       ? ?

    Ce document montre à priori que la défense va pouvoir attaquer la crédibilité des enqueteurs :
    Menoté sans raison et pas en état d’arrestation. Il ne présentait aucun risque pour lui, son entourage ou les officiers de police.
    L’heure de son placement « under arrest », 2h45, pourrait rendre inadmissible certains éléments obtenus avant cette heure. Le non placement « under arrest » limite les investigations, et le questionnement. Si les enqueteurs ont posé trop de questions avant cette heure, il y a problême. Il serait étonnant qu’aucune question un peu précise sur les faits n’aient été posé pendant les 10 heures ou il n’était pas « under arrest ».
    Le fait pour la police de le détenir, sans savoir si il possède ou non une immunité est assez bizarre, pour la crédibilité de l’enquête, c’est pas terrible.
    Enfin cela ne répond toujours pas à la question sur son immunité. Car son voyage pour se rendre à un RDV avec merkel, n’est plus considéré comme privé, mais bien dans le cadre de ses fonctions. D’où l’interrogation supplémentaire sur la validité de son arrestation.

    Avant de décrédibiliser la victime, ce qui ne devrait pas arriver, la défense a du pain sur la planche avec la crédibilité des enquêteurs...

    La défense aura beau jeu de rappler que Cy vance, le procureur avait dans son équipe de campagne, pour se rallier le vote noir, un avocat démis de ses fonctions, après une affaire de viol présumé, qui fut jugée, comme imaginaire...

    Ajouté les liens, Vance/UMp/Sarkozy, et le doute raisonnable, n’est pas très loin...

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