A la une 10/06/2011 à 12h58

Une résistante de 96 ans avoue un meurtre... commis en 1946

Judith Duportail | Journaliste


Un pistolet ancien Walther P38 9mm (Katie@ ! /Flickr/CC).

Le 1er mars 1946 au soir, les pieds d’Atie crissent sur les trottoirs enneigés de Leiden, une ville située à une cinquantaine de kilomètres d’Amsterdam. Atie a alors 31 ans. Cette résistante fréquente les milieux underground et lit la presse engagée.

Elle fait partie du comité néerlandais de recherche des collaborateurs. Arrivée devant la porte de la maison des Guljé, elle frappe. Mme Guljé ouvre. Atie lui déclare :

« J’ai une lettre à donner à votre époux. »

L’homme a à peine le temps de se présenter à elle qu’Atie lui avait déjà envoyé une balle dans la poitrine. Elle prend la fuite, à pied. Lui meurt dans l’ambulance. Felix Guljé était ingénieur, connu pour ses ambitions politiques.

Atie s’est tue pendant 65 ans. Après son crime, elle part vivre en Indonésie puis en Espagne. Ne rejoindra les Pays-Bas que dans les années 1960. Pendant ce temps, à Leiden, l’enquête patine. A la fin des années 1990, les parlementaires néerlandais interpellent le ministre de la justice, lui demandant : comment est-il possible que l’affaire ne soit pas encore élucidée ?

Elle pensait abattre un collaborateur nazi, il protégeait les juifs

En janvier dernier, Atie écrit au maire de la ville, Henri Lenferink. Il publie alors un communiqué (en néerlandais) sur le site de la mairie :

« Au début de cette année, j’ai reçu une lettre. Celle qui a écrit la lettre est une dame de 96 ans, presque 97, qui avoue avoir commis le meurtre de Felix Guljé en 1946. »

Atie était persuadée que Felix était un collaborateur. Elle le soupçonnait d’avoir réparé un pont détruit par la résistance néerlandaise. Il n’en était rien : Félix avait abrité des juifs chez lui et organisé, chez lui, des réunions d’une organisation catholique interdite par l’occupant. Le maire de Leiden a raconté à la télévision publique néerlandaise NOS :

« Elle m’a dit : si je l’avais su, nous n’aurions bien sûr pas fait cela. Nous avons fait cela au vu des informations que nous avions à ce moment, et au vu de celles-ci, nous avions le sentiment qu’il était naturel de faire cela. »

Atie, aujourd’hui âgée de 96 ans, ne sera pas poursuivie. Le crime est prescrit.

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  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 16h59 le 10/06/2011
    • Internaute 45067
      Littéral

    Ce que ne dit pas l’article, malheureusement, c’est que l’infortuné Félix Guljé, juste après la guerre avait été soupçonné de collaboration économique, qu’il avait même été emprisonné d’août à octobre 1945 et que son dossier faisait l’objet d’une enquête qui ne s’est achevée qu’en janvier 1947.

    Si les conclusions de l’enquête le lavait de tout soupçon de collaboration, il avait déjà été exécuté hors de toute procédure légale alors qu’il avait été libéré et demeurait en résidence surveillée chez lui en attendant les conclusions de cette enquête.

    Pour comprendre ce qui se passait en Hollande dans les années qui ont suivi la fin de la guerre, il faudrait un article qui traiterait rien que de cela.

    Finalement, cette nouvelle pose énormément de questions à un moment où les derniers témoins de cette époque commencent à disparaître et que les tentations de refaire le passé sont de plus en plus fortes.

    Aucun des pays occupés n’a réussi à traiter correctement les problèmes des compromissions avec l’occupant allemand. Particulièrement la collaboration économique et celle des administrations civiles et militaires n’ont pas fait l’objet des éclaircissements complets et circonstanciés.

    On a préféré traiter cela rapidement par l’inculpation de quelques milliers de personnes dont la plupart, soit, ont été blanchies ou condamnées à des peines relativement légères.

    Ensuite, c’est le silence des archives et leurs secrets scellés pendant des décennies voire des siècles.

    On dirait que seuls les mensonges de la propagande subsistent obstinément.
    Y aura-t-il mille ans de poison pour 15 années d’horreur nazie ?