Tchat avec Eva Joly 08/06/2011 à 17h54

Quel type de dépénalisation ou légalisation prônez-vous pour les drogues dures et le cannabis ?


« Pour les drogues douces, je suis pour une dépénalisation. (Le trafic) créé un marché et une économie parallèles, avec beaucoup de dégâts. Nous n’avons pas gagné la lutte contre les stupéfiants . Les forces de police n’arrivent toujours pas à appréhender les grands trafiquants, et n’arrêtent que les consommateurs et les petits dealer. Cela fait tourner la machine judiciaire à vide. »

« Une dépénalisation et une régularisation, donc la possibilité de pouvoir se fournir légalement, avec des taxes et une économie contrôlée, serait un avantage. »

« Les salles de shoot, c’est un débat très différent. Il faut faire en sorte que les usagers des drogues dures n’aient pas de maladies opportunistes, et ne soient pas vecteurs d’épidémies. Je suis absolument pour les salles de shoot, comme c’est le cas en Norvège. Cela me paraît être le minimum que l’on puisse faire pour cette catégorie d’exclus très marginalisés. »

Toutes les questions posées à Eva Joly

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  • A déménagé le 05-02-2012
    • Posté à 19h33 le 08/06/2011
    • Internaute 84960
      non connue

    Je trouve que c’est la voix de la raison sur ce phénomène de société gravissime.

  • ostia
    ostia
    inadapté
    • Posté à 19h47 le 08/06/2011
    • Internaute 88960
      inadapté

    « je suis absolument pour les salles de shoot, comme c’est le cas en Norvège »

    alors ça je savais pas qu’ils avaient ça en Norvège ! !

    euh... comment dire, la Norvège est quand même très mauvaise élève en ce qui concerne la lutte contre la toxicologie... pour avoir vécu un certain temps à Bergen, je peux témoigner que l’héroïne y est un fléau (des seringues qui jonchent le sol de certains parcs, des types qui se piquent sur des blancs publiques devant tout le monde), à Oslo il semblerait que ce soit pire, mais je n’ai vu ça en France

    ou alors ils ont ouverts les salles de shoot après mon départ, ce qui serait une bonne nouvelle

  • Frijol
    Frijol
    Bonne graine
    • Posté à 20h18 le 08/06/2011
    • Internaute 145136
      Bonne graine

    Merci pour cette ouverture d’esprit Mme Joly !

    Même si je ne consomme pas de drogues, votre opinion et cet accompagnement + dépénalisation sont pour moi non pas une « ouverture des vannes » vers une consommation exacerbée ou un tourisme de consommation comme certains le disent, mais tout simplement une responsabilité à prendre au même titre que les accompagnements d’alcooliques ou de fumeurs excessifs...

    Merci, et en avant !

  • Laurent Appel
    Laurent Appel
    Journaliste (ASUD)
    • Posté à 10h50 le 09/06/2011
    • Journaliste 157362
      Journaliste (ASUD)

    Il n’y a pas photo, sur ce sujet Eva Joly est parfaitement au point et Nicolas Hulot navigue à vue.

    Elle a lu et intégré le dossier bien documenté du groupe de travail sur les drogues d’EELV.

    Lien

    Ou la fiche sur les drogues dans le projet de programme d’EELV :
    Fiche 29 : Pour une politique des drogues responsable et respectueuse des usager-es

    Europe Ecologie et les Verts depuis leur création se sont engagés dans un changement de la politique des drogues. Le constat de départ est l’échec de la prohibition des drogues, qui n’a atteint aucun de ses objectifs, en termes de protection de la santé comme en termes de sécurité. L’inefficacité et les conséquences catastrophiques de cette politique internationale sont désormais attestées dans toutes les études scientifiques.

    Aujourd’hui, le consensus des experts internationaux impose une réorientation des politiques dont la prise de conscience progresse au niveau international. En témoigne la reconnaissance des politiques de santé publiques qui prennent acte de la réalité des consommations de drogues (OMS/ONU).

    Si l’échec de la prohibition est un fait, le changement des politiques de drogues exige la construction d’un nouveau consensus tant au niveau national qu’au niveau international. Les politiques alternatives à la prohibition doivent faire la preuve de leur efficacité et de leur faisabilité, en terme de protection de la santé comme de sécurité. Des dizaines d’années de recherche ont permis d’établir des faits qui font consensus dans la communauté scientifique.

    C’est la raison pour laquelle les experts recommandent aujourd’hui de prendre des mesures fondées sur des faits scientifiques. C’est le cas des actions de réduction des risques recommandées par l’OMS. Les traitements ont également fait la preuve de leur efficacité, tandis que la pénalisation de l’usage ne limite pas la consommation. Cette démarche peut paraître limitée dans la mesure où il s’agit nécessairement d’actions déjà mises en œuvre, mais ce serait déjà un grand pas en avant, mais les résultats déjà obtenus peuvent servir de base pour expérimenter de nouvelles approches.

    1. Les orientations générales : elles répondent aux mêmes exigences que les politiques de santé d’une part, les politiques de sécurité d’autre part dans le respect des Droits de l’homme.
    Les politiques de drogues doivent s’inscrire dans une dimension territoriale où les notions de « vivre ensemble », de citoyenneté et de solidarité sont primordiales. Elles doivent s’élaborer avec l’ensemble des acteurs concernés, collectivités locales, experts, communauté éducative y compris les usagers de drogues eux-mêmes.

    2. les actions à développer dans l’immédiat : il s’agit d’actions qui peuvent s’inscrire dans le cadre législatif actuel.

    1. Santé publique

    • ● La prévention doit être fondée sur l’éducation à la santé en fonction de la réalité des risques. Les priorités doivent être définies sur des critères de santé publique, dont particulièrement l’alcool, le tabac, les médicaments.

    • ● L’offre de soin doit être large et accessible. Elle doit comprendre toute la gamme des traitements, cure et post cure, traitements de substitution, communautés thérapeutiques. Les prescriptions d’héroïne médicalisées doivent être expérimentées ainsi que les prescriptions de cannabis thérapeutique.

    • ● la réduction des risques doit proposer tous les outils adaptés à la prise de risque, selon les types d’usage, récréatif ou problématique. La gamme des outils doit être accessibles sur tout le territoire et tous lieux dont particulièrement en prison : accès aux seringues stériles, accueils, salles de consommation de drogues à moindre risque. Des équipes de rue doivent aller au-devant des consommateurs actuels. Le testing doit être
    autorisé afin de favoriser le contact avec les nouvelles générations d’usagers de drogues.

    2. Sécurité publique

    Il faut distinguer ce qui relève de la sécurité de proximité et ce qui relève de la lutte contre les organisations criminelles internationales. Dans les deux cas, des priorités doivent être définies et négociées avec les partenaires.

    • ● sécurité de proximité : les priorités doivent être définies au niveau local avec les acteurs concernés, services de police, services judiciaires, collectivités locales, associations d’habitants, associations d’usagers de drogues.

    • ● développement des filières souples d’accueil et d’accompagnement Les usagers problématiques doivent réorientés vers les services adéquats (réduction des risques, soin, psychiatrie, accompagnement social)

    • ● lutte contre les mafias internationales : renforcer et concentrer les forces répressives sur la lutte contre les mafias, qu’elles concernent la drogue, les armes, les déchets toxiques…

    3. Les actions exigeant un changement de cadre législatif

    • ● Dépénalisation immédiate de l’usage et la détention associée à l’usage des drogues : voir les jeunes Verts. Nous devons rétablir les usagers dans leur citoyenneté et non plus les traiter sous le régime d’exception des terroristes. La pénalisation serait seulement maintenue – de manière graduée et assortie de TIG concrets et formateurs pour les mineurs -, pour la culture et l’importation à but commercial, la vente aux mineurs, et les comportements à risques pour les autres comme la conduite automobile.

    • ● Pour une filière drogues écoresponsable ;
    - Envisager une régulation de la production et de la distribution des produits naturels les moins problématiques comme le cannabis et de manière générale les psychédéliques par le biais de cercles associatifs d’usagers et d’une économie sociale en circuit court avec respect d’un strict cahier des charges sanitaire, sécuritaire et environnemental.

    - Réguler l’auto-production et créer des cercles privés d’usagers de cannabis. La fin du processus est la création de clubs privés d’usagers de cannabis réservés aux adultes résidents en France. Les adhérents délèguent leur droit individuel à l’autoproduction à une association à but non lucratif. Celle-ci gèrerait la production, la distribution du cannabis et une salle de consommation à moindre risque, tout en étant soumis à un strict cahier des charges sanitaire et sécuritaire. Ce modèle de Cannabis Social Club existe déjà sous des formes proches en Espagne et en Belgique.

    4. La politique européenne et internationale : Pour un changement des conventions internationales Dans le cadre européen et onusien, notre objectif sera de :

    • Veiller à ce que toutes les mesures de réduction des risques (voir liste établie par ONUSIDA) et les services de traitement de la toxicomanie, notamment la thérapie de substitution des opioïdes, soient accessibles aux usagers de drogues, en particulier ceux qui se trouvent en milieu carcéral ;

    • Décriminaliser ou dépénaliser la détention et l’usage de drogues ;

    • Abroger ou réformer profondément les lois et politiques interdisant l’accès aux services de santé essentiels aux usagers de drogues, et examiner les initiatives de répression relatives au contrôle des drogues afin de garantir leur conformité aux obligations en matière de droits de l’homme ;

    • Intégrer les droits de l’homme dans les lois, politiques et programmes relatifs à la lutte contre les drogues ;

    • Envisager la création d’un cadre alternatif de réglementation des drogues à long terme, s’appuyant sur un modèle tel que la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé pour la lutte antitabac.

    Nicolas Hulot a encore du travail pour intégrer cet élément fondamental du programme d’EELV.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 13h32 le 09/06/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Une réponse qui ne pourrait me faire plus plaisir !
    Si elle est candidate, je ferais l’effort d’aller voter, même si j’ai une énorme gueule de bois :)

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