Tribune 08/06/2011 à 17h38

Mediator : la justice, pour que le scandale ait été utile

Arnaud de Broca | Secrétaire général de la FNATH, association des accidentés de la vie



Capture d’écran de l’application « Autopsie d’un tueur » développée par Rue89 et Owni.

Les pouvoirs publics cherchent à nous convaincre, pour couper court à toute réforme d’envergure, que le scandale du Mediator serait le premier d’une telle ampleur. Ne nous laissons pas abuser, depuis de longues années, les scandales sanitaires se succèdent : Thalidomide, Distilbène, Mediator... A chaque crise particulière, notre société tente, au mieux, d’apporter une réponse spécifique. Au pire, de l’oublier.

Du précédent dans les scandales sanitaires

Pour comprendre

Rue89 et Owni ont développé une application interactive sur le Mediator. Avec « Autopsie d’un tueur », visualisez ce qui a bugué.

Le traitement sans cohérence des drames sanitaires conduit à une injustice et à une discrimination majeure. La surmédiatisation de l’affaire Mediator est à la mesure du silence que les autres victimes doivent supporter. On ne peut accepter le déni actuel à l’endroit, entre autres, des victimes du Distilbène, alors que cette histoire exemplaire est aujourd’hui enseignée comme « modèle » des erreurs à ne pas commettre.

Ce produit, administré en masse aux femmes enceintes jusque dans les années 1980 (1977 en France), a la particularité perverse de toucher non seulement les consommatrices, mais essentiellement leurs enfants, voire leurs petits-enfants.

Évoquons également les victimes des syndromes de Lyell et de Stevens-Johnson, réactions rares aux médicaments, provoquant des atteintes gravissimes sur la peau et les muqueuses. Il est inconcevable que toutes ces victimes doivent – parce que leur pathologie est due à un autre médicament – être les « oubliées » de l’indemnisation.

Victimes : le parcours du combattant

Sans avoir d’autre choix, toutes les victimes ont à supporter, à leurs frais et dans le silence des médias, des années de procédure individuelle, d’expertises et de contre-expertises pour espérer obtenir enfin une reconnaissance de responsabilité et une réparation de leur préjudice. Au bout du chemin, certaines découvrent que parce que le risque était signalé dans la notice, elles n’ont aucun recours légal. Et se voient déboutées.

Pourtant, comme pour le Mediator, les effets indésirables été démontrés. Les dommages irrémédiables causés à leur santé sont le fruit de médicaments ou de dispositifs qui ont été validés par les autorités administratives et politiques, et financés par la collectivité. Le médicament constitue un progrès indéniable pour notre société, et l’industrie pharmaceutique contribue à la richesse nationale, mais la gravité de certains effets dit « secondaires » est à la mesure des avantages procurés.

Une « mutualisation » du risque serait logique

Aujourd’hui, pourquoi ne pas utiliser le scandale du Mediator pour obtenir une réponse générale permettant l’émergence d’un principe de responsabilité globale fondée sur le risque lié à la prise d’un médicament ? Le gouvernement doit se saisir de cette affaire comme d’un levier pour progresser vers une réponse sociale définitive à un risque collectif avéré.

Le profit tiré de la commercialisation d’un médicament est assuré par la solvabilité qu’apportent aux laboratoires pharmaceutiques les remboursements de la Sécurité sociale, laquelle est financée par l’ensemble des contribuables et assurés sociaux. Il ne serait donc pas choquant que, comme pour les risques professionnels, le coût d’indemnisation des victimes soit automatiquement supporté par les entreprises à l’origine de la création du risque. La mutualisation d’un risque collectif, supportée par les laboratoires pharmaceutiques qui en sont à l’origine, présenterait un double avantage : garantir aux victimes une indemnisation rapide, mais aussi, inciter ces entreprises à promouvoir une politique de prévention.

L’effet dissuasif des « class action »

Le scandale du Mediator devrait être également l’occasion de donner aux victimes les moyens de se défendre en permettant des actions judiciaires collectives. L’absence de procédure collective (« class action ») rend le combat bien inégal. Alors que les victimes des scandales sanitaires n’attendent que cela, pourquoi avoir totalement évacué ce sujet des Assises du Médicament ? S’il est sûrement intéressant de réfléchir des heures à la charte de déontologie des visiteurs médicaux ou à la formation continue des médecins, l’effet d’autorégulation induit par l’épée de Damoclès que représentent les « class action » pour un laboratoire pharmaceutique serait, lui, immédiat.

Le choix reste maintenant ouvert : soit notre société apporte une réponse définitive à la responsabilité des médicaments, soit nous reverrons dans quelques années, voire quelques mois, émerger un nouveau scandale sanitaire. Victimes et citoyens, nous attendons une réaction d’envergure et une solution véritablement politique. Sans quoi le Mediator n’aura été qu’un scandale de plus.

Avec Sophie Le Pallec, présidente de l’association Amalyste, Anne Levadou, présidente de l’association Réseau D.E.S. France, Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret.

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  • Cannibal Ferox-
    Cannibal Ferox-
    mangeur de chouineur
    • Posté à 00h46 le 09/06/2011
    • Internaute 159072
      mangeur de chouineur

    Le mediator en plus, ça gratte
    Lien

  • Roger Velu-
    Roger Velu-
    CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG
    • Posté à 01h19 le 09/06/2011
    • Internaute 102062
      CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG

    Le Mediator, c’est du speed.

    • Baracuda
      Baracuda répond à Roger Velu-
      Dans les remous
      • Posté à 05h49 le 09/06/2011
      • Internaute 93411
        Dans les remous

      Encore une drogue pour vendre du rêve ? ?

      Remarque, grâce au Mediator, y a au moins plein de médecins qui ont fait de beaux voyages ! !
      Oh et puis les « visiteuses » de chez Servier......Que des bombes ! !

      • Roger Velu-
        Roger Velu- répond à Baracuda
        CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG
        • Posté à 12h04 le 09/06/2011
        • Internaute 102062
          CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG

        Ben oui : après le Fringanor et ses ravages dans les années 70, y a eu le Mediator, comme cocaïne du pauvre.

        C’est marrant qu’aucun journaliste − pour autant que je sache − n’en ait jamais parlé.

        Bah : vaut mieux couiner sur le mode victimaire avec le troupeau : c’est plus convenable.

         
        • Mon-Al
          Mon-Al répond à Roger Velu-
          roturière : -)
          • Posté à 12h12 le 09/06/2011
          • Internaute 24219
            roturière : -)

          Sans compter le Maxiton ... dont beaucoup de ma génération ont usé et abusé ...

          • Roger Velu-
            Roger Velu- répond à Mon-Al
            CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG
            • Posté à 13h00 le 09/06/2011
            • Internaute 102062
              CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG

            Ah ! le Maxiton !

            Mais le hakik, c’est mal ; -)

            • Mon-Al
              Mon-Al répond à Roger Velu-
              roturière : -)
              • Posté à 13h04 le 09/06/2011
              • Internaute 24219
                roturière : -)

              C’était le bon temps : avec ça tu pouvais être en forme 24 h sur 24 ! Et carrément en vente libre ... enfin presque, suffisait d’avoir la bonne filière : -))

              • Roger Velu-
                Roger Velu- répond à Mon-Al
                CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG
                • Posté à 13h32 le 09/06/2011
                • Internaute 102062
                  CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG

                Droguée !

                 ; -)

                • Mon-Al
                  Mon-Al répond à Roger Velu-
                  roturière : -)
                  • Posté à 13h34 le 09/06/2011
                  • Internaute 24219
                    roturière : -)

                  Plus ...

        • Baracuda
          Baracuda répond à Roger Velu-
          Dans les remous
          • Posté à 12h36 le 09/06/2011
          • Internaute 93411
            Dans les remous

          Meuh aussi alors ! !

          Il faut quand même noter qu’ils ont réussit à vendre du Mediator, comme coupe faim, dans des pays qui vivent dans la misère.....
          Ca c’est « social », les journalistes devraient en parler ! !

          Et puis au moins, dans ces pays, ils peuvent couiner, la bonne conscience occidentale ne s’en verra pas affectée....

          • Roger Velu-
            Roger Velu- répond à Baracuda
            CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG
            • Posté à 12h56 le 09/06/2011
            • Internaute 102062
              CHEF EN CHEF DE L'ICI-BLOG

            Coupe faim = speed. Simple.

            Et ça t’envoie le lumpenprolétaire en l’air mieux que le picrate et aux frais de la Sécu, en plus. Et pour équilibrer les effets, quelques pilules neuroleptiques et hop : l’Assommoir.

            Le journaliste se contrefout de tout ça. C’est salissant, tu penses bien.

        7 autres commentaires
  • Baracuda
    Baracuda
    Dans les remous
    • Posté à 05h46 le 09/06/2011
    • Internaute 93411
      Dans les remous

    En même temps, ils prennent souvent le « soin » de tester leurs merdes en Afrique avant de nous les refourguer...
    Et ça, c’est sympa pour nous.

    Entre autres, ça me rappelle une histoire de cobayes au Cameroun. Pour ne pas avoir à payer quelques CFA, un laboratoire expliquait très sérieusement qu’il allait soigner gratuitement le sida de toutes les femmes atteintes par le virus en leur refilant quelques pilules.
    Une première mondiale, et bien entendu, c’était les camerounaises qui avaient été élu pour en bénéficier en premier....
    Quelle chance ! !
    Personne n’a jamais vraiment cherché à savoir ce que ces scientifiques en cours de bourse avaient refourgué....
    Aucun suivi médical ensuite, et le sida se porte toujours aussi bien là bas.

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 08h16 le 09/06/2011
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    pour que le scandale ait été utile

    où ta vus un scandale toi ?

    si l’meurtrier et son (ses) complices, se pavanent encore, c qui a rien du tout

    les 500 a 2000 morts c comme qui dirait, ça fait partis des pertes et profits , comme auchan quoi ect ect ect ect

  • piflechien
    piflechien
    animal domestique
    • Posté à 09h45 le 10/06/2011
    • Internaute 42424
      animal domestique

    Il y a dans ce texte une regrettable confusion entre scandale et drame sanitaire. Des drames sanitaires, il y en aura malheureusement encore, et certains seront liés à l’innovation, à moins qu’il n’y ait plus d’innovation en matière de traitement.
    On peut discuter de la façon d’indemniser les victimes.
    Mais le scandale, c’est une autre histoire : c’est quand le jugement des experts est faussé par l’intérêt financier. Nul besoin de victimes pour ça. Quand un individu comme Axel Kahn se fait embaucher par la société Rhône-Poulenc après avoir donner un avis favorable à la culture OGM, c’est un scandale, pas besoin de victimes (l’avis n’a pas été pris en compte par le gouvernement). Quand les médias nous présentent ce même individu comme un expert en éthique, il y a un double scandale.
    Cette lamentable confusion entre souffrance et injustice a des conséquences néfastes sur l’innovation et même toute activité humaine : il n’y a pas de risque zéro, et la confusion fini par paralyser toute action. Mais il est inadmissible que ceux qui sont là pour juger objectivement soient rémunérés d’une manière ou d’une autre de manière à altérer l’évaluation de la balance bénéfices/ risques.