à débattre 02/06/2011 à 18h41

Sevran : des casques bleus pour enrayer la guerre des gangs ?

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


Mercredi, les enfants de l’école Montaigne de Sevran (Seine-Saint-Denis) ont passé leur récréation en classe, par mesure de sécurité : des coups de feu avaient été tirés dans le quartier. Le maire de la ville, Stéphane Gatignon, demande qu’une force d’interposition, agissant comme des casques bleus de l’ONU, vienne séparer les gangs qui s’affrontent pour le contrôle de lieux de vente de cannabis.

Un reportage du Parisien dépeint très bien l’ambiance qui règne dans cette école maternelle et primaire de 600 élèves. Ces derniers ont peur, les enseignants aussi, même si aucun coup de feu n’a jamais visé l’établissement lui-même :

« Comme lundi dernier, la pause de 15 heures s’est faite à l’intérieur des salles de classe, et non dans la cour pour raison de “ confinement ”.

Depuis plusieurs semaines, ce mot fait partie du vocabulaire courant dans le groupe scolaire. A trois reprises au moins, la récré a sauté. “ La première fois, une élève a cru que c’était à cause de la radioactivité de Fukushima... ” témoigne une institutrice.

Ses camarades l’ont vite ramenée à la réalité : des tirs à balles réelles empoisonnent le quotidien des habitants du quartier Montceleux. »

« Les dealers s’affrontent avec des pistolets mitrailleurs Uzi »

Le maire de la ville, Stéphane Gatignon (EELV), explique à Rue89 que des gangs de trafiquants de cannabis s’affrontent à quelques dizaines de mètres de l’école Montaigne, pour le contrôle de deux lieux de vente « assez importants » :

« C’est comme ça depuis le mois de mars, après une tentative d’homicide sur un trafiquant. Ça a déclenché une sorte de guerre des gangs avec, régulièrement, des tirs dans le quartier.

Les dealers s’affrontent avec des pistolets mitrailleurs Uzi. En mars, il y a eu des tirs en rafale sur une façade d’immeuble, des gens ont reçu des balles chez eux, à travers leur baie vitrée.

Tout se joue dans un rayon de 100 mètres environ. Dans le quartier, l’école Montaigne est l’endroit le plus éloigné de ce conflit. Il n’y a jamais eu d’attaque sur l’école. C’est en dehors que les gens sont le plus en danger. »

La crainte de la balle perdue

Et c’est quand ils sortent de l’école que les enfants ont peur. Des enseignants, cités par Le Parisien, expliquent que l’hélicoptère de la police fait partie du paysage :

« On ferme les fenêtres pour limiter le bruit, mais on sait bien que les enfants sont moins attentifs aux cours, rapportent plusieurs instits, inquiets pour leurs élèves. On leur dit de rentrer vite chez eux après la classe... Un des élèves nous a dit : Oui, mais mes petits frères en maternelle, ils courent pas vite... On entend aussi dire que beaucoup de gosses ici ont déjà vu un flingue. »

Comme ses administrés, Stéphane Gatignon craint l’incident, la balle perdue qui toucherait un enfant ou une vieille dame du quartier :

« On est dans une situation exceptionnelle, ça ne peut plus durer. C’est pour ça que je demande une force d’interposition permanente.

Quand la police, les CRS et les deux hélicoptères de la protection civile et de la police sont là, ça va. Mais dès que la police s’en va, les trafiquants reviennent. Je refuse d’être le maire qui va subir une tragédie dans sa ville. »

Sevran, Baltimore, les favellas de Rio

Le maire de Sevran, qui milite pour la fin de la prohibition des drogues, y voit un problème politique : sa ville est gangrénée par le trafic de cannabis, et la répression ne marche pas :

« Comment vivre dans un quartier où l’on a peur de prendre une balle perdue ? Tout ça pour du cannabis !

Il faut sortir de la prohibition, ça ne marche pas. Regardez, à Tremblay, les poursuites contre des trafiquants présumés chez qui on avait retrouvé 1 million d’euros viennent d’être annulées à cause d’une erreur de procédure. »

A Sevran, le maire réclame donc des casques bleus, comme à Kigali ou à Gaza. Sa ville est aussi comparée à la Baltimore de la série « The Wire », ou à la favella du film brésilien « La Cité de Dieu », selon un collaborateur de Gatignon.

Le « super-préfet » de Seine-Saint-Denis Christian Lambert, un proche de Sarkozy dont les fonctions viennent d’être prolongées grâce au vote d’une loi en urgence, a, lui, déclaré la guerre aux trafiquants. C’était il y a un an.


Dessin de Baudry

Photo et illustration : des casques bleus français se bouchent les oreilles lors d’un exercice à Naqoura, au Liban, en 2008 (Haidar Hawila/Reuters) ; dessin de Baudry

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 19h03 le 02/06/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    Mais si on légalise, qui achètera les armes ?

  • phiverm
    phiverm
    Paris Visiteur Urbain
    • Posté à 19h21 le 02/06/2011
    • Internaute 99317
      Paris Visiteur Urbain

    très drôles les commentaires !

    avec certaines personnes il faut être ferme !

    aux Périchaux, dans le 75015, pas plus de 20 jeunes méchants ,au rap hyper violent ,dealers et autres empêchent de vivre harmonieusement pas loin de 10 000 personnes !

    Rien ne change ... et pourtant il faudrait les foutre en tôle, leur en faire baver et laisser les vieilles dames rentrer dans leurs halls d’immeubles SEREINEMENT.

    les 9980 applaudiraient.Rien d’autre ne marche.et Dieu sait si les voisins essayaient de les raisonner.Maintenant ils en ont peur , à juste titre.

    faut à un certain niveau savoir condamner leur faire aussi mal qu’ils n’en font à leurs voisins multiculturels et honnêtes ! ! !

    De la chienlit qui si vous légalisez le cannabis se tourneront vers d’autres interdits dangereux pour TOUS !

    je trouve que ce maire de Sevran devrait etre plus écouté et je le félicite de sa clairvoyance.

    Depardieu et Dewaere des « Valseuses“sont battus largement !

  • profil.bas
    • Posté à 20h13 le 02/06/2011
    • Internaute 152905
      ...

    C’est pas nouveau, à Grenoble par exemple, il y a eu des guerres, avec un bilan humain très lourd. Il me semble que dans les quartiers de cette ville c’est un phénomène asse récurent.
    Mais faut pas nous raconté que les gang sont indépendant du milieux mafieux ( présent la bas ).
    Cette histoire de casque bleue et de cité favelas c’est qu’une lutte médiatique.
    Les gros bonnet ne sont jamais inquiété, c’est toujours les petit gens comme d’habitude ( truand ou pas truand ).
    Ceux qui sont tomber dans un engrenage dont ils sont eux aussi victime. Les gens qui risque leur vie pour un bout de trottoir merdique, il ont pas eu l’idée tout seul, un jour ou il savais pas quoi faire.

  • Caniveau89
    • Posté à 21h08 le 02/06/2011
    • Internaute 26147

    Mauvaise pioche !

    Les casques bleus ne protègent personne contre des groupes armés, ils ne sont pas autorisés à tirer, mais seulement à faire vroum vroum dans des VAB protégés des balles perdues...

  • Milton Friedman II
    Milton Friedman II
    Chef de projet
    • Posté à 21h33 le 02/06/2011
    • Internaute 157172
      Chef de projet

    Bonsoir à tous,

    Plutôt que des casques bleus, non autorisés à belligérer, il vaudrait mieux des snipers postés sur le toit des immeubles, aléatoirement en terme d’heures et de localisations.

    En les dotant de caméras à longue portée et de petits drones à moteurs brushless, de laptops chargés avec les nombreux fichiers de police créés depuis 2007 et de fusils genre PGM Hécate 2, ces agents de l’Etat pourraient résoudre les problèmes de mauvaises fréquentations du quartier.

    Après ceci, une saisie des biens des défunts (Audi, chaînes en or, antennes paraboliques) et une vente aux enchères permettront de contribuer à combler les déficits publics.

    Vous me direz, et si les vendeurs et consommateurs se camouflent avec écharpes, casquettes, capuches ? Et bien, n’est pas interdit par la loi sur la voie publique ? Pan !

    Comme le disait ce bon vieux Thomas Hobbes, rendons l’Etat unique dépositaire du pouvoir de violence afin de pacifier les relations entre citoyens.

    Amicalement

  • aurelienfr
    aurelienfr
    Sarko au cachot subito
    • Posté à 21h58 le 02/06/2011
    • Internaute 48716
      Sarko au cachot subito

    En tout cas, on ne pourra pas dire que la politique du tout sécuritaire de Sarko à Sevran (et même ailleurs) ait été un franc succés...
    La politique sécuritaire, ça ne marche pas. C’est de la cosmétique électorale.
    Les vraies raisons sont plus profondes que ça.

  • Rebel Yell
    Rebel Yell
    Je pose une question.
    • Posté à 22h27 le 02/06/2011
    • Internaute 127333
      Je pose une question.

    A propos de la dépénalisation du cannabis, on trouve un intéressant document sur le site de l’assemblée nationale : Lien.

    Cela s’appelle « Rapport sur l’impact éventuel de la consommation des drogues sur la santé mentale de leurs consommateurs ». On y trouve page 23 ce non moins intéressant tableau :

    Lien
    (Cliquez pour agrandir.)

    D’abord on y apprend que l’alcool et le tabac sont des drogues (c’est fou), alors que leur consommation est légale en France.

    Ensuite sur l’ensemble des facteurs de dangerosité étudiés voici quels sont les scores (voir le tableau pour le détail) :

    Alcool : très forte, très forte, forte, forte, forte, oui ;
    Tabac : forte, très forte, 0, très forte, (cancer), 0 oui ;
    Cannabinoïdes : faible, faible, 0, très faible, faible, non recherché.

    Or les cannabinoïdes sont illégaux en France : cherchez l’erreur.

  • crocmagnon
    crocmagnon
    musicien
    • Posté à 22h50 le 02/06/2011
    • Internaute 47146
      musicien

    « Aucun problème ne pourra être résolu avec la façon de penser qui l’a généré. » Albert Einstein

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 23h48 le 02/06/2011
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    Le politique en matière de lutte contre les drogues est un fiasco complet depuis plus de quarante ans et ça continue....et ça continuera encore longtemps.
    Si les esprits étaient un peu plus ouverts, si on mettait des gens intelligents pour essayer de comprendre ce qu’il se passe avec ça, au lieu de juristes, de médecins, de flics, de politiques bien assis dans leur petit fauteuil et qui ne connaissent rien de la rue, encore moins de la vie on commencerait à avancer.
    Mais je rêve là, et il ne se passera rien car c’est un sujet de société auquel personne n’est capable de répondre autrement que par la répression car cela fait peur. Oui , prendre de la ’drogggue » fait flipper la ménagère et le beauf et ça, c’est mauvais pour la société de coincés dans laquelle on vit, ça dérange et si ça dérange c’est mauvais pour les politiques.
    Prendre ce problème par le haut et on le résoudra....en plus ça changerait.

  • pier31
    pier31
    reprendre la main
    • Posté à 12h05 le 03/06/2011
    • Internaute 64394
      reprendre la main

    Je crois qu’avec 50 % de chômage pour les jeunes dans les banlieues ni la légalisation, ni la répression ne règleront le problème de ces populations à vivre dignement.

  • Frangipanier
    Frangipanier
    Plante verte, rouge et noire.
    • Posté à 12h14 le 03/06/2011
    • Internaute 106626
      Plante verte, rouge et noire.

    C’est moi ou Sevran a de furieux relents de Ciudad Juarez ?

    Problème complexe :

    - d’un côté, les pro-dépénalisation de drogue
    - de l’autre, les anti-dépénalisation

    Au milieu, des enfants sous les balles...

    Ah il est beau, le progrès. Elle est belle, notre civilisation. C’est un chouette monde que voilà.

    Quelle médiocrité...

  • Le_mouton_noir
    Le_mouton_noir
    www.delaservitudemoderne.org
    • Posté à 12h15 le 03/06/2011
    • Internaute 119868
      www.delaservitudemoderne.org

    Il semblerait que « le sentiment d’insécurité » se développe au point qu’il devienne de plus en plus difficile de nier les problèmes. C’est presque une bonne nouvelle pour ceux qui attendent, depuis trop longtemps, que les partis de gauche proposent leurs solutions.
    Il n’y a pas de société pacifiée sans un minimum de justice sociale.