30/05/2011 à 19h02

Austérité et « tutelle » internationale poussent les Grecs dans la rue

Judith Duportail | Journaliste

« Quand je suis arrivé au boulot ce matin, la première chose qu’on m’a demandé c’est “tu y étais ? Moi, j’y vais ce soir !” »

Serge a 29 ans, il est professeur de français dans la capitale grecque. Dimanche, il était place de la Constitution où, selon la police, 30 000 « agnaktismeni » (révoltés, en grec) se sont rassemblés pour exprimer leur colère. Selon les organisateurs, ils étaient 100 000.

Depuis le 25 mai, des rassemblements sont organisés sur cette grande place du centre-ville de la capitale, où est situé le Parlement. Avant ce jour, quelques centaines de personnes seulement répondaient à l’appel des syndicats. Le professeur de français pense que les manifestations en Espagne ont été un déclic :

« Les révoltés de Madrid nous ont donné du courage. Il y avait même des banderoles écrites en espagnol. »

« Un genre de doigt d’honneur, en pire »

Serge vit en Grèce depuis près de neuf ans :

« C’est la première manifestation spontanée, le message a été relayé par les réseaux sociaux et non par les partis traditionnels. »

La foule s’est rassemblée devant le siège du Parlement et a hurlé de nombreux slogans :

« On ne paiera plus ! »

« Voleurs, voleurs ! »

Certains ont adressé des « moudzes » à l’attention des députés. Serge décode :

« C’est une malédiction proférée en écartant deux doigts vers quelqu’un, un genre de doigt d’honneur, en pire. »

Sur les banderoles des « agnaktismeni », on pouvait lire :

« Dehors le FMI ! »

« On veut de quoi manger ! »

Serge n’est pas venu seul :

« Certains de mes amis sont venus avec des casseroles et des cuillères, ils tapaient pour faire du bruit, mais aussi pour montrer qu’ils ne peuvent plus se payer à manger ! »

La police n’a eu a déplorer aucun débordement.

« Les manifestants sont venus en famille, il y avait des personnes âgées, des enfants... L’esprit était très pacifique. » (Voir la vidéo)

« Non au gouvernement mondial »

En échange des 110 milliards d’euros accordés à la Grèce par l’Union européenne et le FMI, le gouvernement du Premier ministre socialiste Georges Papandréou a mis en œuvre une politique d’austérité sévère. Les salaires des fonctionnaires et les pensions de retraite ont été revus à la baisse, alors que les impôts ont été augmentés : la TVA par exemple est passée de de 19 à 23%. Des augmentations de prix incompatibles avec le niveau de vie des grecs, assure Serge.

« Un litre d’essence coûte 1 euro 70 ! Alors que le salaire moyen d’un jeune diplômé est de 700 euros et que se loger dans la banlieue la moins chère d’Athènes coûte au moins 400 euros par mois. »

Des représentants du FMI, de la Banque centrale européenne et de l’UE se trouvent en ce moment à Athènes pour évaluer les résultats de cette austérité. Le FMI reproche notamment à Athènes des retards dans les privatisations des chemins de fer, des ports, des télécoms... Une situation qui révolte les grecs qui se sentent mis sous tutelle, comme on pouvait le lire, dimanche, sur de nombreuses banderoles. Sur la photo ci-dessous, on peut lire à droite :

« Non au gouvernement mondial. »


Manifestation à Athènes le 29 mai (DR).

Les journalistes grecs étaient également visés. Réunis sur le toit de l’hôtel de luxe le Grande-Bretagne, place de la Constitution, pour prendre en photo le rassemblement, les manifestants cherchaient à les éblouir avec des lumières vertes.

Beaucoup de grecs ont été déçus par les médias qu’ils considèrent comme trop passifs et incapables de dénoncer le train de vie des politiques quand eux doivent se serrer la ceinture.


Place de la constitution

Un nouveau rassemblement est prévu ce lundi soir, comme tous les soirs depuis le 25 mai. Serge, qui s’aprête à demander la nationalité grecque, a prévu de n’en manquer aucun.

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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h46 le 30/05/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Et dire qu’il a fallu le printemps arabe et un gamin de 94 ans ,S. Hessel pour que les citoyens européens s’aperçoivent qu’ils ont un avenir commun, rembourser au FMI et à la BCE les gabegies de leurs politiciens, technocrates et banquiers. Et quand ces organismes de prêts seront remboursés, les citoyens européens seront en slip. Bel avenir pour nos enfants.

  • Tot
    Tot répond à Ruski
    étudiant fainéant
    • Posté à 01h42 le 31/05/2011
    • Internaute 112202
      étudiant fainéant

    D’après ce qui se dit sur les réseaux, ils étaient 200 à avoir tenter de se réunir ce lundi, mais les crs dispersaient les regroupements de plus de 3 personnes. Il me semble qu’ils sont allez plus loin.
    #frenchrevolution #europeanrevolution #worldrevolution #parisnofear

  • Gorn
    Gorn
    Geek farceur
    • Posté à 10h37 le 31/05/2011
    • Internaute 92890
      Geek farceur

    La population grecque paie aujourd’hui le gachis de ces dernieres annees de la meme facon que le portugual et cela va durer pendant plusieurs annees helas.

    Il ne faut pas oublier que les 110 milliards proviennent des impots allemand, francais etc. Et donc, il faudrait faire des economies egalement en france et en allemagne pour payer cette aide.

    Je ne vois pas comment on peut penser retablir la situation en grece sans effort de la population.

  • Tulipeee
    Tulipeee
    Etudiante
    • Posté à 13h49 le 31/05/2011
    • Internaute 123679
      Etudiante

    Moi aussi je vis en Grèce, et il y a des choses qui ne sont pas dites : le salaire minimum est passé à 480 euros la semaine dernière, l’équivalent de la TVA va encore augmenter jusqu’à 33% (ce qui signifie très concrètement l’augmentation par deux des produits alimentaires, qui sont pour le moment aux mêmes prix qu’en France), se loger comme le dit Serge pour 400 euros reste faisable, mais difficile. Les assurances (obligatoires et établis dans le contrat par l’employeur) sont autour de 400 euros, que l’on paye tous les deux mois, la compagnie nationale d’électricité va être privatisée, ce qui veut dire que les prix vont grimper. Il y a 30% de chômage chez les jeunes...Tout le monde a peur.
    Alors moi aussi, dès que je peux je me rends à Syntagma (place de la constitution), pour aire entendre ma voix contre cette mise à mort d’un pays et de ses habitants.