Polémique 28/05/2011 à 12h11

Des pubs géantes devant nos fenêtres ? Merci le Grenelle 2 !

Estelle Faure | Journaliste

Depuis 2007, la pub peut s’afficher sur les bâches de monuments en travaux. Un décret doit bientôt l’autoriser sur la propriété privée.


Une pub Chanel sur le musée d’Orsay à Paris, le 31 janvier 2011 (Benoît Tessier/Reuters).

Vous avez aimé l’iPad 2 géant sur La Conciergerie de Paris, vous adorerez la publicité sur votre immeuble. Cet été, un décret mettra en application une proposition du Grenelle 2 de l’environnement : il autorise la publicité sur les bâches de travaux des propriétés privées (article 7 R581-51). Bizarrement, ce projet mécontente les antipub tout comme les syndicats de l’immobilier et de la communication.

C’est une des mesures du Grenelle 2 qui fait le plus bondir. Même si dans le projet gouvernemental, il y a quelques avancées : par exemple, la publicité lumineuse est soumise à des conditions plus strictes (PDF). Les antipub fustigent quand même ce qu’ils voient comme une reculade et un bon moyen de laisser la pub envahir la ville.

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Car le phénomène n’est pas nouveau : depuis 2007, l’affichage publicitaire est autorisé sur les monuments historiques en cas de travaux, sur 50% de la surface d’une bâche (article 621 du code du patrimoine). Le Palais de justice de Paris, le musée d’Orsay ou encore le palais Garnier ont été habillés par des pubs Chanel ou Dior.

Déjà, en Italie, cette mesure avait bousculé les riverains, comme à Venise, sous le pont des Soupirs, ou en plein cœur du Vatican. Une pétition avait même été lancée pour s’opposer à ce déferlement publicitaire.

En France, c’est maintenant au tour des propriétés privées (souvent des copropriétés) de voir des publicités fleurir sur les bâches de travaux. Dans son projet de décret, le ministère de l’Ecologie a posé quelques conditions, notamment restreindre les affiches à 12 m2. De quoi déconcerter tant les anti que les pro-pub.(Télécharger le projet de décret du ministère de l’Ecologie)

Les antipub : « A contre-courant de l’esprit du Grenelle »

Nicolas Hervé fait partie du collectif des Déboulonneurs, antipub reconnus pour leurs actions coups de poing. La dernière date du mois de mars : le barbouillage d’une bâche au musée d’Orsay. Pour ce militant, la pub sur les monuments publics ou chez les propriétaires est inacceptable :

« C’est une pollution visuelle supplémentaire. On en voit déjà de plus en plus sur les bâtiments publics. On est complètement à contre-courant de l’esprit du Grenelle de l’environnement. »

Pour lui, l’argument financier – l’argent de la pub permettrait aux particuliers de financer des travaux – ne tient pas :

« Jusqu’à aujourd’hui, il n’y avait pas de problème pour financer les rénovations et les ravalements de façades. Est-ce que ce décret va stopper toute rénovation ? Non. Ils avaient les moyens avant, ils les auront toujours après. »

Côté proprios : « Si la pub fait rentrer de l’argent... »

Du côté du secteur de l’immobilier (PDF) et de l’AACC (Association des agences-conseils en communication), on n’est guère satisfait non plus. Pierre Weinstadt, juriste de formation, suit le dossier pour l’UNPI (Union nationale des propriétaires immobiliers). Il fustige le ministère de l’Ecologie, trop timide dans sa décision :

« Le ministère avait le choix entre le zéro et l’infini, il a choisi 12 m2. Par mimétisme stupide avec ce qui existe déjà, les affiches en 4 par 3.

C’est ridicule car la pub sur les bâches de chantier est temporaire, deux ou trois mois, le temps d’un ravalement. »

Et de rager contre le traitement privilégié réservé aux monuments historiques, où les publicités, elles, sont limitées à 50% de la surface. Son souhait : que les propriétaires puissent faire rentrer des recettes publicitaires pour financer leurs travaux.

« Laissons les copropriétaires tranquilles ! J’ai un petit appartement place des Ternes à Paris dans une grande copropriété, on a un devis de 800 000 euros pour un ravalement. Si on peut louer une bâche de 1 000 m2 pendant quelques mois, on économisera 300 000 euros. C’est énorme pour des petits copropriétaires !

Si la pub fait rentrer de l’argent, si elle cache l’échafaudage en renforçant les bâches pour protéger les ouvriers, où est le problème ? »

Le vœu de la mairie de Paris sur ses monuments

Alors que les acteurs de l’immobilier et les antipub font du lobbying en coulisse pour renégocier le décret, la ville de Paris y est allée de son petit commentaire.

Le 17 mai, elle a formulé un vœu pour limiter les publicités sur les monuments historiques. Un vrai appel du pied pour demander à l’Etat de revoir sa position. Danièle Pourtaud est adjointe au patrimoine à la mairie de Paris :

« Par ce vœu, nous demandons à l’Etat de se conformer à nos attentes et de prendre en compte qu’il y a des monuments exceptionnels à préserver comme les berges de Seine. »

Ce souhait s’inscrit dans la lignée du futur règlement local de publicité (RLP), jamais remanié depuis 1989 et qui doit être voté en juin par le Conseil de Paris. Dans chaque ville, les élus peuvent adapter les réglementations nationales à leur territoire via le RLP. Celui de Paris serait applicable dans la foulée. Mme Pourtaud commente :

« La ville souhaite pouvoir réformer ce règlement dans un sens plus protecteur du patrimoine, du paysage, du cadre de vie des Parisiens donc dans un sens plus restrictif. »

Parmi les mesures-phares :

  • limiter l’affichage publicitaire sur les bâtiments historiques en travaux à 16 m2, contre 50% actuellement ;
  • diminuer la publicité de 30% ;
  • interdire les affiches 4 par 3 ;
  • augmenter l’espace entre deux publicités.

« On ne veut pas une bâche rouge avec une pub Coca-Cola ! »

La mairie de Paris prendrait donc le contre-pied du ministère de l’Ecologie. En partie seulement car ce futur projet intègrerait aussi une clause sur la publicité sur bâches de travaux pour tout bâtiment, y compris les copropriétés privées. « A certaines conditions », s’empresse de souligner l’adjointe au patrimoine :

« On donne une facilité aux copropriétaires pour faire des ravalements car le paysage parisien a tout à gagner d’avoir des rénovations de façades réalisées dans les règles de l’art. Surtout que la publicité ne sera que provisoire.

Mais nous avons mis une contrainte importante : la publicité n’est autorisée que s’il y a une composition artistique et décorative qui l’accompagne. On ne veut pas une bâche rouge avec une pub Coca-Cola ! Plutôt une façade en trompe-l’œil, par exemple. »

L’Italie, précurseur en la matière, a peut-être ouvert la voie. Fin mars, Giancarlo Galan, le nouveau ministre de la Culture transalpin, a exigé la fin des publicités géantes sur les monuments en restauration de Venise. Son vœu : soustraire les riverains italiens et les touristes étrangers à « cet horrible spectacle ».

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  • Benjamain
    Benjamain
    précaire
    • Posté à 12h39 le 28/05/2011
    • Internaute 37988
      précaire

    aujourd’hui je fais visiter paris à un ami australien, j’ai très honte de devoir lui imposer cela, quelle horreur...

  • A déménagé le 25.04.2013
    • Posté à 12h48 le 28/05/2011
    • Internaute 150693

    La question n’est pas la beauté.

    Mais le lavage de cerveau.

    De ce point de vue, l’échafaudage est neutre, la pub non.

    Volontaire pour la lobotomie ? : -)

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon répond à zerkalo
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h12 le 28/05/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Une bâche grise salie de taches de peinture, des échaffaudages, et des goutières à gravats...c’est pas plus laid qu’un trompe l’oeil ?

    Réfléchissez deux secondes ... deux secondes ça suffira !

    Que le fric ramassé via ces pubs permettent de payer au final moins cher aux gens qui ravalent, en quoi cela vous gêne-t-il ?

    Mais vous avez raison,
    Ne pas ravaler du tout par manque de fric, c’est beaucoup mieux !

    Après, vous ne vous plaindrez plus de pubs, mais des façades lépreuses.

  • minguinhirigue
    minguinhirigue répond à Badlands
    Architecte
    • Posté à 14h00 le 28/05/2011
    • Internaute 47263
      Architecte

    Parfaitement d’accord sur le fait que les monuments historiques devraient être les derniers à être envahi par des publicités privées... A la limite, qu’il y ai de la propagand... pardon, communication d’instance gouvernementale sur les échafaudages du patrimoine nationale, pourquoi pas.

    Dans tous les cas, je préfère avoir la pub sur des supports « laids » (bâches et échafaudages) ne limitant pas la vue du reste de l’espace urbain et paysager, plutôt que sur des panneaux 4x3 sur portiques, où il s’agit littéralement d’une pollution visuelle.

    Si ces mesures publicitaire sur bâches de chantier s’accompagnaient d’une disparition de certains supports d’affichage par portiques, elle serait acceptable à me yeux...

  • Ishtar
    Ishtar
     ? ?
    • Posté à 14h39 le 28/05/2011
    • Internaute 26226
       ? ?

    « “Car le phénomène n’est pas nouveau : depuis 2007, l’affichage publicitaire est autorisé sur les monuments historiques en cas de travaux, sur 50% de la surface d’une bâche ‘’

    L’argument avancé plus bas au sujet du caractère provisoire de ces pubs est beaucoup moins pertinent s’agissant des monuments historiques.Certains bâtiments sont parfois très longtemps en travaux.Il n’est pas rare de voir des échafaudages durant plusieurs années sur de vieilles structures qui nécessitent des restaurations d’envergure.
    Cela ne choque personne de voir une bâche sur les remparts de Carcassone ou sur le château des ducs de Bretagne à Nantes ? Bien au delà des monuments parisiens,notre patrimoine historique souffre du désengagement de l’état pour leur entretien.Avant 2007 de grandes multinationales s’investissaient dans les grands projets de restauration du patrimoine sans que des affiches ne dégradent les bâtiments.On peut légitimement redouter que cette intrusion de la pub n’aille encore plus loin.

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