23/05/2011 à 12h15

Contre le sexisme : « Nous sommes tous des domestiques »

Estelle Faure | Journaliste


Pancartes tenues lors de la manifestation anti-sexisme (Mélanie Wanga).

Ils ont tous signé l’appel : Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon, Audrey Pulvar, Florence Foresti ou encore Clémentine Autain. Au total, 15 000 autres personnes ont soutenu la pétition « Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent !  » Dimanche, personnalités ou simples quidams ont manifesté près de Beaubourg, à Paris, pour contrer le « sexisme décomplexé » révélé par l’affaire DSK.

« C’est pas les domestiques qu’il faut trousser, c’est les machos et le sexisme », « Ras la touffe de la domination masculine » ou encore « Nous sommes tous des domestiques  » : ce sont quelques-uns des slogans qu’on pouvait entendre place Stravinsky à Paris, hier en fin d’après-midi.

Propos « indignes » et « blagues sexistes »

Banderoles et pancartes en renfort, ils sont plusieurs centaines massés près de Beaubourg (3 000 selon les organisateurs) dont quelques personnalités comme Eva Joly. L’initiative de la manifestation revient à trois associations Osez le féminisme ! , La Barbe et Paroles de femmes.

En compagnie de la journaliste Audrey Pulvar et l’ancienne conseillère de Paris Clémentine Autain, Caroline de Haas, porte-parole du jeune mouvement Osez le féminisme ! , rappelle leur doléance :

« Le problème n’est pas ce qui s’est passé à New York : nous dénonçons ce déferlement de sexisme, ces personnalités publiques et politiques qui expriment des propos misogynes. »

Sans oublier les petites « blagues sexistes », dont on se vante en public ou sur les réseaux sociaux. Des actes qui minimisent le viol, l’assimilant à un « badinage amoureux » ou une marque de virilité, alors que 75 000 agressions sexuelles sont perpétrées chaque année.

Aux yeux des féministes, sur le banc des accusés, Dominique Strauss-Kahn n’est pas seul. Le scandale révèle un autre coupable présumé : le sexisme ordinaire qui règne dans la société. Les associations s’inquiètent du traitement de l’affaire, notamment des prises de paroles regrettables de certaines personnalités.

En tête de liste, le «  troussage de domestique  » de Jean-François Kahn, la «  tartufferie  » de Bernard-Henri Lévy, ou encore cette phrase maladroite de Jack Lang, « il n’y a pas mort d’homme » : autant de propos qui ont indigné les manifestants.

Dimanche après-midi, homme ou femme, tous fustigent ce climat machiste et délétère.

Annie, 60 ans, militante

Au milieu de la foule, les bras levés pour maintenir une banderole, Annie n’en perd pas sa fougue.

« Je me bats pour qu’une femme puisse dire non. Qu’on ne soit pas en permanence agressée, sur son lieu de travail ou ailleurs. »

Aujourd’hui militante de la Ligue du droit international des femmes (LIDF) créée par Simone de Beauvoir, elle se souvient de ses premiers pas dans le mouvement féministe.

« Ce qui me choque le plus, c’est d’entendre ces propos sexistes et de voir qu’on peut encore en arriver là après toutes nos batailles. Surtout, supporter ce déferlement d’imbécilités qu’on entendait déjà il y a 40 ans ! »

Avec un peu de malice, elle rappelle que l’an dernier, la violence contre les femmes était décrétée grande cause nationale.

« On disait que la violence devait changer de camp. Et là, on voit revenir les vieux stéréotypes. »

Mélanie, cadre, et Fiona, employée de théâtre, 26 ans


Mélanie et Fiona (Estelle Faure).

Lunettes de soleil sur le nez, un peu en retrait de la foule, les deux jeunes amies sont venues manifester ensemble, contre «  le sexisme ambiant  ».

« C’est révoltant ce qu’on a entendu, on est loin de l’égalité homme-femme, en politique ou ailleurs. Ce climat machiste, c’était latent. Ca a juste éclaté avec l’affaire DSK. »

Mélanie était en Espagne quand elle a eu vent de l’affaire, elle a été choquée par le « non respect de la présomption d’innocence » et la légèreté avec laquelle les accusations de la femme de ménage ont été prises. La jeune fille s’emporte :

« Où est la présomption de véracité ? »

Elias, professeur, 30 ans


Elias (Estelle Faure).

Pour ce jeune professeur en collège et lycée, venir manifester était une évidence. Il se dit « choqué par les réactions de la classe politique française » qui voit dans cette affaire un immense complot, défendant un DSK blanc comme neige. Elias lance, excédé :

« C’est irresponsable. »

Il n’épargne pas les médias, qui ont relayé ces propos sans tiquer. La palme revient sans hésiter à Jean-François Kahn et son « troussage de soubrette ». Le jeune homme regrette :

« C’est comme si le viol n’était pas grave. »

Pire, pour Elias, ces déclarations d’hommes politiques ont ouvert une vanne, libéré la parole sexiste. Y compris dans sa salle des profs :

« Autour de moi, j’entends des gens dire que c’est la femme de ménage qui a dû l’allumer, parce que c’est une salope. Ces mots sortent la bouche de gens qu’on ne soupçonnerait pas. »

► Martial, 64 ans, associatif

Pas très loin de là, Martial, stoïque, répète quelques slogans. Il travaille pour SOS Racisme, et le féminisme est un combat qui lui tient à cœur.

« Avec cette affaire, les politiques et même les journalistes dévalorisent la parole des femmes et des victimes. »

Plus insidieux, ce mal touche la société entière selon lui. Les propos publics ne seraient qu’un reflet de ce qui se dit en privé, dans les couloirs des entreprises, entre amis ou ailleurs. Inacceptable pour cet ancien syndicaliste qui a défendu des femmes, dont le salaire était inférieur à celui de ses collègues, ou d’autres harcelées sur leur lieu de travail.

« Dans les transports ou au café, on entend les gens parler. Ils disent que c’est un coup monté par une femme qui veut gagner de l’argent. »

A peine le temps de terminer sa phrase qu’il entonne déjà l’un des slogans lancés par les associations :

« Solidarité avec les femmes du monde entier ! »

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  • super_lapin
    super_lapin
    couillon de la classe moyenne
    • Posté à 14h23 le 23/05/2011
    • Internaute 135884
      couillon de la classe moyenne

    Personnellement, je suis plus sensible au « racisme ambiant » plutôt qu’au « sexisme ambiant ».
    J’en ai vraiment marre des blagues racistes, du racisme « quotidien », des blagues sur les noirs ou les musulmans ou les juifs, ça me fatigue ce « racisme de bonne famille », des clichés à 2 balles sur les « racailles » ou les immigrés.

    Mais finalement racisme et sexisme c’est un peu la même chose. Alors oui, je soutiens ces femmes. Il faut faire avancer les choses.

  • A déménagé le 25-5
    • Posté à 16h10 le 23/05/2011
    • Internaute 143540
      nc

    On est loin de la retenue prônée par tout le monde.

    Aussi colossale, spectaculaire ou traumatisante soit-elle, cette histoire devrait rester un fait divers.

    L’exploitation qui en est faite par les chacuns ou les chacunes est plus le fait d’une dérive tabloïdaire de notre société qu’une chape de plomb machiste.

    Pour le moment, ça ne me plaît pas de m’associer à
    « Osez le féminisme », surtout quand on voit les dérives que donnent l’opportunisme, comme le torchon dont tout le monde parle sur la Rue.

    Je n’ai pas dans mon entourage d’homme qui ne condamnerait pas cet acte s’il s’avérait vrai. Il tient plus lieu du crime que que machisme d’ailleurs.

    Si on veut lutter contre le machisme existant, l’indéniable, c’est un peu tous les jours, dans sa vie, mais pas là, comme un coup d’éclat un peu trop opportun. Toutes ses journalistes connues qui ont signé l’appel n’ont-elles pas reçu DSK déjà ?

    Elles se rendent compte soudainement que le milieu politique est macho ? non, sans blague.

    Quel rapport avec ce fait divers ?

    Je ne doute même pas qu’elles soient sincères, le pire.

    C’est juste qu’elles mélangent tout.

    Il faut laisser à untel qui dit des conneries la responsabilité de ses paroles, de là à généraliser, c’est aussi incroyable que l’affaire DSK cette dérive.

    Je ne sais pas si c’est le puritanisme, le tabloïdisme, l’opportunisme, ou tout bêtement le simplisme.

    Messieurs, autant j’aime bien monter au créneau et jouer les suffragettes plus souvent qu’à mon heure, mais là, je ne me range pas aux côtés de mes copines.