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21/05/2011 à 19h38

La « French revolution » qui vient d'Espagne

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Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89

« Personne ne sait ce qui va se passer. » Rue89 a suivi à Paris, des « indignés » à la Hessel, solidaires de la « Spanish revolution ».

Ils sont près de 300, presque tous jeunes, installés sur le terre-plein de la place de la Republique à Paris.

A 20 heures, ils ont prévu de retourner à Bastille, lieu qu’ils ont provisoirement délaissé car une manif de soutien aux Ivoiriens leur faisait concurrence. « Ils ont des grosses sonos, on ne s’entendait pas », rigole une étudiante.

Un beau brun embrasse une jolie fille contre un lampadaire. Il s’appelle Julien Kien et c’est un des membres du collectif qui a appelé à la mobilisation. Il a 27 ans, prépare le Capes d’histoire-géo et pense que l’Europe est mûre pour un mouvement générationnel.

« Nous sommes tous touchés par la précarité, les étudiants comme les jeunes salariés. Nous étouffons tous dans des pays contrôlés par des oligarchies, de vieilles élites qui virent xénophobes. »

Une cigarette roulée finit de s’éteindre entre ses doigts.

« Sérieusement, est-ce qu’on va attendre d’être dans une situation aussi grave que les Espagnols pour réagir ? »

Sur des cartons, on lit :

« Indignez-vous ! Pour une démocratie réelle, maintenant. » (Voir la vidéo)

C’est le troisième soir qu’ils se réunissent, à Paris. D’abord en solidarité avec le mouvement espagnol. Mais aussi avec l’espoir que l’esprit révolutionnaire gagne la France.

« Nous nous plaçons dans la lignée des révolutions arabes “, explique Marie-Anne Favreau (photo), étudiante franco-espagnole, en dernière année de musique au Conservatoire.


Marie-Anne Favreau, le 21 mai 2011, à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

Derrière elle, des cuivres jouent la musique des ‘Temps modernes’ de Charlie Chaplin :

‘En Espagne, les partis porteurs de changement n’ont aucune chance d’arriver au pouvoir. Mais ici aussi nous sommes loin de la démocratie réelle.’

‘On voit qu’ils ne connaissent pas Paris, mais ils sont libres’

Les ‘ révolutions ’ sur le Web

► La ‘ Spanish revolution ’

- Sur Twitter, suivre les ‘ hashtags ’ ou mots-clés :

- Sur Ustream, suivre le live de Sol.TV, en direct de la Puerta del Sol à Madrid.

- Sur Facebook, ‘ aimer ’ la communauté ‘ Spanish revolution ’.

► La ‘ French revolution ’

- Sur Twitter :

- Le journal de la ‘ French revolution

- French-Revolution.com

Face aux photos des journalistes Hervé Ghesquiere et de Stephane Taponnier, on parle surtout espagnol. Un manifeste est distribué. A la fin, le hashtag’ (ou mot-clé utilisé sur Twitter) #AcampadaParis et l’adresse www.TomaLaPlaza.net

Au mégaphone, une voix invite, en espagnol puis dans un français mal assuré, à ‘faire du bruit’ sur Twitter.

Un type bondissant raconte sa joie de voir ‘un mouvement différent, bon enfant’. Il s’appelle Victorino, il a 54 ans et court toutes les mobilisations parisiennes.

‘Ces gosses rêvent, on voit qu’ils ne connaissent pas Paris, ils ont eu du mal à trouver leur chemin, mais ils sont libres, sans parti, sans organisation, personne ne sait ce qui va se passer.’

Des commissions sont organisées. Juridique. Communication. Logistique. Quel esprit de sérieux ! ‘Tout le monde va chercher à nous discréditer, on se tient prêts, c’est tout’, corrige un membre du collectif.

Des CRS au Pavillon de la crevette

Pour ne pas rester enfermés dans l’image d’une ‘révolution Erasmus’, les Espagnols comptent sur des renforts français. On annonce l’arrivée prochaine de représentants du Collectif 21-Avril, de Jeudi noir, de Generation précaire, de l’Appel et la pioche...

En route pour la Bastille. ‘Rapido rapido rapido’, hurle un jeune mec en rouge à ceux qui traversent la place avec langueur. On dépasse une distribution de soupe des Restos du cœur.

Hésitations sur le chemin à emprunter. Un flic en civil avec un Talkie-Walkie désigne du bras le boulevard du Temple.

Soudain, une cinquantaine de CRS surgissent. Ils encerclent tout le monde devant un resto asiatique, Le Pavillon de la crevette. Incompréhension générale.

Aux riverains qui s’étonnent, les policiers répètent : ‘Manifestation non déclarée.’ On entend une voix crier ‘négocier une heure de départ’ dans le Talkie d’un des deux commissaires.

Menaces d’embarquer tout le monde... Quelques minutes de nego. Et le cortège est autorisé à repartir à condition de rester sur le trottoir. ‘un malentendu’, estime Marie-Anne. Les CRS forment une escorte.

Une grande rousse se prend en photo en riant au milieu des uniformes.

En arrivant devant les marches de l’opéra Bastille, les ‘escortés’ sont applaudis par presque autant de manifestants, déjà là. Deux CRS râlent en passant devant un stand de marionnettes en laine (1 euro pièce) :

‘Quand y’en a à Bastille, faut les virer, et quand y’en a pas, faut les y amener’

Les commissions se réunissent. ‘Qu’est-ce qu’on veut faire ?’ est la phrase la plus prononcée d’un cercle à l’autre. Des vendeurs à la sauvette branchent et chambrent :

‘Après la révolution qu’est-ce qu’on fait ? On baise ?’

Ils voudraient lancer ‘un cri du silence’

Le collectif prévoit, dans la soirée, une session de dix minutes d’envois intensifs de textos pour inviter les amis des manifestants à les rejoindre. Quand ils seront ‘nombreux’, ils voudraient lancer ‘un cri du silence’, ‘comme en Espagne’. Pour la suite, après l’AG de cette nuit, ils rêvent d’un campement qui dure toute la semaine et fusionne avec les actions anti-G8 prévues le week-end prochain.

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  • Cruasanambulant
    Cruasanambulant
    Journaliste
    • Posté à 20h36 le 21/05/2011
    • Journaliste 132082
      Journaliste

    Un ami français me dit : ici c’est difficile un mouvement spontanée comme en Espagne : les syndicats ont le monopole de la mobilisation. C’est vrai ça ?

  • Adéménagéle1erseptembre2011
    • Posté à 20h37 le 21/05/2011
    • Internaute 132112

    Trois cents personnes à Paris, ce n’est pas encore la révolution, french ou pas. Mais c’est peut-être un début (il y avait beaucoup de rassemblements de diverses natures prévus à Paris aujourd’hui, d’ailleurs : ce serait intelligent de la part des organisateurs d’en tenir compte, surtout que souvent les revendications se recoupent. Facebook et Twitter ne peuvent pas tout, lire un peu la presse - et pas que - ici et là, ça sert aussi).

  • Alexander Doria
    Alexander Doria
    wikipédien…
    • Posté à 20h56 le 21/05/2011
    • Internaute 42699
      wikipédien…

    C’est mignon, mais par rapport à l’Espagne et aux pays arabes on est encore loin du compte.

    (En même temps, qu’est-ce que je fous à donner des leçons depuis mon clavier d’ordinateur — je ferais mieux de bouger mon cul et de descendre dans la rue…)

  • Polyb
    Polyb
    Lectrice : -)
    • Posté à 22h18 le 21/05/2011
    • Internaute 151093
      Lectrice : -)

    La seule issue des mouvements sociaux, aujourd’hui, c’est une alliance européenne (voire plus élargie encore).

    Si on avait pu mettre ça en place pour les retraites, par exemple, et que tous s’étaient associés pour faire évoluer les choses, je suis sûre que les revendications auraient obtenu de vraies réponses.

    Construire un grand nombre de logements sociaux de qualité, re-nationaliser EDF et GDF, arrêter le nucléaire, nationaliser les banques, réguler voire même interdire la bourse... on peut changer bien des choses si on s’y met tous en même temps.

    Les nouvelles technologies nous permettent de nous mettre d’accord à distance, rapidement.

    A bon entendeur... : -)

  • labrisure
    labrisure
    Personnage exceptionnel
    • Posté à 22h39 le 21/05/2011
    • Internaute 48949
      Personnage exceptionnel

    Du n’importe quoi ! Il faut arrêter maintenant !

    Les peuple arabes étaient légitimés puisqu’ils n’avaient pas le droit de vote, mais nous, nous c’est de la rigolade. On le droit de vote depuis des décennies ! ! !

    Ce qui se passe aujourd’hui ce n’est ni la conséquence de la politique de Sarkozy, ni de celle de Mitterand, mais c’est entièrement de notre responsabilité, nous peuple français.Nous les avons choisi. Et l’excuse du mensonge n’est pas valide, puisque c’est le cas depuis là encore des décennies, donc soit nous sommes stupide, soif nous sommes des adeptes du SM.

    Je ne participerai pas à cette révolution, elle est à mon sens hypocrite et je ne vois pas par quel systeme remplaçait d’ailleurs l’actuel.

  • Henri_de_la_Rochejaquelein
    • Posté à 22h48 le 21/05/2011
    • Internaute 156512
      (étudiant)

    Révolution de quoi ? Qu’ont-ils à dire ? A proposer au delà du joyeux rassemblement festif et « provocateur » ? On est en plein dans Muray là... Cela dit ils témoignent, si besoin en est encore, d’un véritable malaise ,d’une crise profonde de la société et de la politique.

    Cette crise c’est en partie celle de la disparition du modèle politique qui fut le notre en France depuis deux siècle et dont la révolution de 89 constitue le mythe fondateur : le citoyen s’efface, devant l’individu (le consommateur diront certains), les gens ne pensent plus avoir une quelconque influence sur le cours des choses, l’idée de Progrès ou de sens de l’Histoire est morte...
    Seuls ceux qui ne voient pas çà se sentent encore capable de jouer la tragi-comédie anachronique du peuple en marche. Le paradoxe c’est qu’ils appellent à un renouveau, un changement de modèle, tout en restant scotchés à l’ancien modèle, à cette vieille mythologie révolutionnaire mâtinée de lutte des classes et de mai 68...

    Après, malheureusement, je n’ai pas de meilleur choix à proposer... Remarquons aussi au passage qu’en France la plupart de ces manifestants doivent être de gauche. Alors qu’en Espagne c’est face à un gouvernement socialiste que se déroulent ces manifs... Le dépassement du clivage gauche/droite ? Je ne suis pas sûr que les manifestants aient remarqué ce détail...

    Sur la place de la révolution dans l’imaginaire politique, cf l’article de Patrice Gueniffey : Lien

  • licia
    licia
    de-ci de-là
    • Posté à 22h52 le 21/05/2011
    • Internaute 118601
      de-ci de-là

    Si Mohamed Bouazzi pouvait voir ce que son immolation à engendré...il serait drôlement étonné !
    Le feu qui l’a tué se propage, doucement, doucement....
    Une belle étincelle ce pauvre vendeur ambulant. il faudra se souvenir de son nom.

  • Les Indignés Rennes
    • Posté à 23h14 le 21/05/2011
    • Internaute 156588
      Rien

    Liste des rassemblements demain :

    STRASBOURG : 11h : Place Kléber
    PERPIGNAN : 19h : Place de la République
    NICE : place garibaldi 20h
    POITIER : palais de justice ? h (désolé on a pas d’infos)
    LILLE : 12h, devant la préfecture, place des beaux arts
    MONTPELLIER : 14h à la Comédie
    MARSEILLE : 19h, prefecture
    LYON : 19h Bellecour
    RENNES : 18h Place de la mairie
    TOULOUSE : 19h Place du capitole
    PARIS : 15h Place de la Bastille

  • aurelienfr
    aurelienfr
    Sarko au cachot subito
    • Posté à 23h38 le 21/05/2011
    • Internaute 48716
      Sarko au cachot subito

    « Après la révolution qu’est-ce qu’on fait ? On baise ? »
    Pourquoi après et pas pendant aussi ?

  • Manarch
    Manarch
    Soigneur Animalier
    • Posté à 00h23 le 22/05/2011
    • Internaute 98249
      Soigneur Animalier

    Du rêve.... S’il vous plaît qu’on nous donne du rêve et de l’espoir ! ! !

    Politiques à la con, syndicats foireux, pouvoir financier bien plus omniprésent que notre agité, administrations débordées, écoles en danger, services publics soumis à rentabilité forcenée, Europe financiarisée, principe de retraite bafouée, travail forcé, précarité, société civile désabusée, besoin de s’évader, envie de changer, pourquoi ne pas au moins essayer....

    « Une utopie est une réalité en puissance »