Témoignage 19/05/2011 à 15h45

Chômeuse depuis six mois, ma vie sociale s'éteint

Novalie | Chômeuse


Une fille sur son lit dans sa chambre (Artsy Aubs/Flickr/CC).

Fin de semaine pourrie. Vendredi soir à la maison. Devant mon écran allumé sur ma page Facebook, je me trouve presque pathétique. Ne devrais-je pas être dehors à faire la fête ? A boire des verres dans des bars ? A me faire un ciné ?

Non. A la place, j’ai droit à « Bones », une série qui ne me captive pas mais qui me tient compagnie en fond sonore.

Et j’ai le droit de ruminer dans mon coin, au vu des sorties de mes amis fièrement annoncées sur ce réseau social : untel est allé au concert de « machin-truc », l’autre est en week-end à Venise avec sa chère et tendre, etc. C’est une avalanche, mode surenchère, qui se déploie sous mes yeux.

Pourtant, je devrais être bien placée pour savoir qu’appuyer sur « attending » aux événements qu’on m’envoie est facile, mais que de se bouger de chez soi et réellement aller ici et là est bien plus complexe. Malgré tout, comme je me suis mise dans la liste des participants, Facebook ne retiendra que le fait que j’ai bel et bien été à ce vernissage underground avec DJ new-yorkais. En vérité, j’étais chez moi devant « Bones ».

Un vendredi soir comme quand j’avais 12 ans et que je regardais des séries plus bêtes les unes que les autres, car j’étais trop jeune pour fréquenter les bars.

Aujourd’hui, j’ai l’âge, mais l’envie me manque.

Six mois, c’est long... surtout avec un CV de « killer »

D’ailleurs, ces temps-ci, tout me manque. Je me pose beaucoup trop de questions, envahie par le constat amer d’approcher la trentaine (bon, ok, j’ai encore quelques années devant moi) et d’être en échec professionnel. Je ne comprends pas, je me demande où j’ai merdé, pourquoi j’en suis là...

Deux masters, dont un à l’étranger, la maîtrise de cinq langues, des stages prestigieux en organisations internationales. Un tableau parfait. Sauf que voilà, ça fait six mois que je suis au chômage. Six mois, c’est long. Alors je voulais retracer avec vous le cheminement de ces six mois...

Les premières semaines, on ne pense pas à la recherche d’emploi.

On profite de ses maigres économies (mauvaise idée) pour voyager, voir sa famille en Espagne, retrouver quelques potes pour un court week-end à Bruxelles ; en d’autres termes profiter de ce temps libre qui nous est imparti. Des vacances forcées, ça se respecte !

Un mois de chômage. C’est là qu’on carbure. On s’est ressourcé auprès des siens, et on attaque l’envoi de CV et de lettres de motivation. On fait marcher son réseau. On envoie à tout va, même (voire surtout) des candidatures spontanées. Et on croise le plus de monde.

Evidemment, on s’est inscrit au Pôle emploi entre temps, ce qui m’a valu un rendez-vous avec mon conseiller persuadé qu’avec un CV de « killer » comme le mien, je retrouverai un emploi dans les trois mois ! Je sors de là pleine d’entrain.

Evidemment que je vais trouver du travail ; je suis compétente, diplômée d’une prestigieuse université londonienne, je n’ai pas à m’en faire.

Le coup des trois mois de chômage. Là, il faut commencer à se faire à l’idée que ça ne va pas être aussi facile qu’on nous a dit. On oscille entre hyperactivité et déprime. La couette est notre meilleure amie.

Manquerait plus que la période des trois mois coïncide avec le début de l’hiver pour vouloir simplement ne faire qu’un avec son matelas. Et pour la première fois, on se pose cette question :

« Où est-ce que j’ai merdé ? »

Ça devient un leitmotiv, un truc qui nous suit même dans notre sommeil le plus profond. Rien de pire que de se lever avec ce sentiment d’échec. Se mêle à cela le sentiment d’injustice car on se raisonne, évidemment :

« Non, j’ai tout fait comme on m’a dit. On m’a dit : “Fais de longues études, parle plusieurs langues, forme toi avec des stages.” »

Tout ça, j’ai fait. Heureusement (oui, c’est affreux à dire), on se rassure en se disant qu’on a plein de potes jeunes autour de soi qui triment aussi. On n’est pas un cas isolé, loin de là. Le réconfort trouvé dans la misère de l’autre. Le sentiment de culpabilité qui nous envahit.

Où est-ce que j’ai merdé ? C’est comme se faire larguer...

Passé six mois, on commence à considérer l’inconsidérable. Pourquoi ne pas faire un doctorat ? Ça repoussera l’échéance de l’entrée sur le marché du travail. Oui, mais n’est-ce pas reculer pour mieux sauter ? !

On considère différentes options, on élargit la fenêtre des possibilités, on revoit à la baisse nos attentes. Un CDD mi-temps payé au smic, pourquoi pas ! De toute façon les offres ne tombent pas du ciel.

Où est ce que j’ai merdé... Est-ce simplement un concours de circonstances, un mauvais timing, la crise ?

Le problème, c’est que lorsqu’on est confronté au chômage, c’est comme quand on se fait larguer. La première réaction, c’est de se dire : « Qu’est ce que j’ai fait de mal ? » Et il faut du temps pour comprendre qu’on n’est pas forcément l’unique responsable de cette situation.

Surtout, ne pas devenir l’amie que l’on n’invite plus

Ce soir, j’ai beau me dire que je ne suis pas responsable de cette situation, que je fais tout mon possible pour retrouver un boulot – j’ai même un « mindmap », placardé au mur, où je couche toutes mes idées de contacts, de pistes de travail, de personnes à contacter –, je me demande pour encore combien de temps je vais vivre dans cette instabilité permanente.

Sans savoir planifier, penser au futur, imaginer des vacances, vivre une histoire d’amour qui ne vire pas au cauchemar à cause du stress de cette situation empoisonnée.

Et je me demande aussi, surtout, combien de temps il me reste avant que je ne devienne l’amie que l’on n’invite plus car elle est obsédée par le sujet de l’emploi des jeunes, de la précarité, des stages abusifs...

Combien de temps avant que ma vie sociale se résume à zéro ?

  • 354209 visites
  • 500 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • radekach
    radekach
    ingénieur en informatique
    • Posté à 16h11 le 19/05/2011
    • Internaute 86529
      ingénieur en informatique

    Bonjour,

    un seul conseil, quittez la France.
    Vous avez la chance de parler 5 langues, cela vous fait au minimum 5 pays dans lesquels vous pouvez trouver un emploi.

    Quitter sa famille, ses amis ... n’est pas une chose simple mais elle vous permettra de vous sortir du désespoir, d’ouvrir votre vie sociale, d’améliorer vos connaissances culturelles ... que du bon.

    Bon courage

  • watashi_baka
    • Posté à 16h57 le 19/05/2011
    • Internaute 47330
      ...

    Un commentaire serieux (apres un precedent qui l’est moins) et general

    -Est ce que quelque chose retiens l’auteure en France ? Si non c’est l’occasion de se faire une experience a l’international (Allemagne, Amerique Latine, Angleterre par exemple)

    -Est ce que l’auteure est impliquée dans quelque choses (on en revient a mon commentaire précédent) c’est con, mais se lever pour son asso ou son groupe de musique ca remotive.

    -Est ce que l’auteure a, à tout hasard, envoyé un CV au rectorat, il cherche souvent des gens pour faire des remplacements, c’est pas terrible mais ca permet de travailler un peu (bon par contre le cheque de salaire il arrive avec 6 mois de retard ;))

    -Si l’auteure veut rester en France, il ne faut pas negliger les concours de l’administration, c’est comme le lotto, parfois ca marche, et parfois c’est meme des postes interessants avec une equipe motivee.

    -Derniere chose, brulez votre compte facebook, le principe de facebook c’est de montrer qu’on a une super-vie meme si c’est pas vrai donc voir que les super truc que les autres montre lorsqu’on a rien a montrer c’est un coup a finir depressif

  • NonooStar
    NonooStar répond à mioumiou
    Informaticien
    • Posté à 17h06 le 19/05/2011
    • Internaute 34879
      Informaticien

    Le problème n’est pas une question de filière, mais de niveau réel ET supposé.

    Dans certains pays (comme les Etats-Unis, par exemple), avoir un Master en psychologie anthropologique des Bantous ne vous empêche pas de trouver un boulot parce que les entreprises considèrent que si vous avez eu ce Master grâce à votre capacité à travailler et que cette capacité est plus importance que des connaissances dans un domaine précis qui seraient de toute façon théoriques.

    Je ne me prononcerai pas sur le bien-fondé ou non de la réputation des filières littéraires et humaines auprès des entreprises françaises. Mais quelle que soit les causes de ce désamour, ça serait pas mal que ça change.

  • Tariec
    Tariec
    « Radio Paris ment », « Radio (...)
    • Posté à 17h40 le 19/05/2011
    • Internaute 37287
      « Radio Paris ment », « Radio (...)

    -1ere régle : se lever le matin, donc ne pas vivre la nuit.
    -2eme régle : aprés le p’tit déj, faire du footing ou de la marche rapide en mode rigoureux, donc tous les jours avec un break de temps en temps (histoire d’évacuer les toxines).

    Une fois ces deux points ritualisés, organiser sa journée comme une journée de taff...c’est à dire avec des horaires, mais sans le p’tit chefaillon aigri, ça c’est le pied.

    Donc > 3eme régle : recherche d’emploi en intensif le matin, à prendre comme un jeux de société, sinon c’est le casse pipe à moyen long terme si ça débouche pas.
    -Régle 4 : L’aprés midi : sieste, ça ressource...
    -Régle 5 : Ensuite les taches domestiques (on est pas des porcs),
    -Régle 6 : et seulement aprés vers 17h00/18h00, les loisirs. Face de bouc ou autres ça vous regarde...
    La lecture...autre que la collection Arlequins, ça aide un maximum, enfin c’est moins débile que « Bones »

    Et puis comme dit plus haut, régle 7 : dégagez des villes car pas de solidarité, ambiance morose, consommation partout sauf de votre coté. Venez en Bretagne, en Ardéche ou dans un environnement sublime, on est nombreux comme vous et on s’organise entre nous, un qui bosse, l’autre qui assure tous le reste, et aprés on intervertit...

    Le chomage et la précarité en deviennent d’ailleurs laaaaargement vivable mais dans de bonnes conditions, donc réfléchies et rigoureuses : entouré, sans pote qui ne vivent QUE par des loisirs couteux et extérieur à eux mêmes et qui plus est vous renvoie à votre condition. Haaa oui, pas de « médias aux ordres », eux c’est le mode culpabilité/pleureuse dés qu’ils abordent ce théme là : normal, faut foutre la pression aux salariés etc. pour qu’ils évitent de se poser trop de question, dont la possiblité d’une vie autre, moins formatée, plus en accord avec les éléments et leur environnement, pour faire court.

    Bref pas de panique, une autre vie est possible...avec de la rigeur et des choix qui vont à l’opposés de ce que certains essayent à tous prix de nous faire gober.
    Ca c’est le coté jouissif du chomage : la prise de recul, la réflexion qui en découle et le coté absurde du statut social qui ne signifie strictement rien !

    Bon courage.

Verbes thématiques