Entretien 14/05/2011 à 20h52

Sécurité routière : « On est dans l'enfumage complet »

Pascal Riché | Redchef Rue89

Pour Chantal Perrichon, les mesures annoncées, qui épargnent le kit mains libres, ne compensent pas la réforme du permis à points.


Un gendarme mesure la vitesse des véhicules sur l’autoroute Paris-Bordeaux (Régis Duvignau/Reuters)

Retrait des panneaux signalant les radars, interdiction des systèmes électroniques les signalant au conducteur, durcissement du nombre de points retirés pour certaines infractions : les changements prévus par le gouvernement Fillon pour renforcer la sécurité routière ont suscité beaucoup de récriminations cette semaine.

Cette réforme, que ses détracteurs qualifient de « répressive », est-elle courageuse ? Ce n’est pas du tout l’avis de Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière.

Les mesures annoncées vont-elles dans le bon sens ?

Le gouvernement a travaillé dans l’urgence, sans concertation avec les experts et les associations. Il a dû réagir à une crise [la mortalité est en hausse de 20% en avril, ndlr] qui est elle même la conséquence du fait qu’il n’a pas su résister à ceux qui veulent casser le permis à points.

Au Parlement, ces derniers ont réduit de moitié l’efficacité du permis à point [la loi sur la sécurité intérieure ou Loppsi 2, prévoit de réduire de trois à deux ans le délai pour récupérer ses douze points, ndlr], envoyant un message dramatique aux conducteurs. Pourtant, le permis à points a quand même évité que 25 000 d’entre nous ne meurent depuis 2002, et que 25 000 autres ne soient gravement handicapés.

Confronté aux conséquences de cette reculade, le gouvernement a dû avancer le (Comité interministériel de la sécurité routière (CISR) qui était programmé fin mai, et sortir quelques mesures de son chapeau, sans les avoir réfléchies et travaillées.

En 2009, le président de la République a fixé l’objectif de diviser par deux la mortalité liée à l’alcool d’ici 2012, par deux la mortalité des usagers de deux roues, et par trois celle des jeunes.

Mais on ne se donne pas les moyens d’y parvenir. Et trois ans plus tard, on vote la Lopssi 2 ! Si on avait travaillé sérieusement depuis 2009, l’accident de Chelles aurait pu, comme bien d’autres, être évité...

Mais certaines mesures ne sont-elles pas concrètes ? L’interdiction des avertisseurs de radars par exemple...

Nous étions favorable à deux interdictions : celle des « chacaleries », comme nous appelons les réseaux « asociaux » signalant les radars [« chacalerie » est une allusion à la marque d’avertisseurs de radars Coyote, ndlr] et celle des kit mains libres pour téléphoner.

Le gouvernement a renoncé à la seconde. On sait pourtant que l’usage du kit mains libres triple les risques d’accident − pire que le cannabis, qui ne les multiplie que par 1,8.

Le kit mains libres « n’est pas facteur de plus de danger qu’une conversation », vient d’affirmer le ministre de l’intérieur Claude Guéant. Qu’en pensez vous ?

Il se fiche du monde. Les études ont montré que le risque d’accident était multiplié par trois quand on téléphonait avec un kit mains libres : regardez donc page 47 de l’expertise collective commandée sur la question.

Dans une conversation avec un autre passager, ce dernier est conscient des situations qui se présentent sur la route : l’échange s’adapte à la conduite.

Ce n’est pas le cas d’une conversation téléphonique, ou le niveau de distraction est bien plus grand. Ce sont des conclusions scientifiques, tirées par l’Inserm et l’Ifsttar, mais le gouvernement les nie !

Autre mesure, la suppression des panneaux annonçant les radars...

Cette décision ne fait qu’anticiper l’arrivée des radars de troisième génération, qui seront capable de mesurer la vitesse des véhicules depuis des voitures de police banalisées et mouvantes. Bref, il va falloir s’habituer à vivre avec le risque d’être pincé à tout instant. C’est une mesure de transition.

Enfin, il y a un durcissement dans le retrait de points pour certaines infractions : deux points de plus pour l’alcool (de 6 à 8), un point de plus pour le téléphone (de 2 à 3)...

Tout cela ne compense pas, loin de là, le sabotage du permis à points. Les gens peuvent désormais « acheter » quatre points de permis par an ! On est dans l’enfumage complet.

Ajoutez à cela que Madame Merli [Michèle Merli, déléguée interministérielle à la sécurité routière, ndlr] a plombé le dossier du Limiteur s’adaptant à la vitessse autorisée (Lavia). C’est un système qui permettrait de limiter la vitesse des véhicules en fonction des routes utilisées, grâce à un système de GPS.

Une expérimentation a été engagée, puis plus rien. Mais on préfère improviser des mesures au coup par coup... Ce n’est pas sérieux.

Photo : un gendarme mesure la vitesse des véhicules sur l’autoroute Paris-Bordeaux (Régis Duvignau/Reuters).

  • 64510 visites
  • 712 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Le Renifleur
    Le Renifleur répond à ocelote
    On attend des actes
    • Posté à 00h53 le 15/05/2011
    • Internaute 136986
      On attend des actes

    Bonsoir Ocelote,

    Alors vous êtes en pétard : moi aussi !
    J’allais oublier : Bonsoir aussi à tous et à toutes,

    Bon, comme on parle d’enfumage dans le titre de cet article, je me suis senti obligé de réagir en qualité de Renifleur… Alors, la sécurité routière... Parlons en !

    Commençons par quelques chiffres

    « Entre 1973 et 2002, le nombre d’accidents et de victimes a été divisé par deux alors que la circulation routière a été multipliée par 2,5. Les deux mesures importantes qui suivirent l’année noire 1973 furent la limitation de la vitesse en 1973 (cette année-là, le nombre de morts diminua à un peu plus de 15 600 tués) et le port de la ceinture de sécurité en 1975. » Lien Il est vrai que la limitation de vitesse et la ceinture furent deux avancées majeures en terme de sécurité. A cela, il faut ajouter les progrès considérable en matière de conception des véhicules.

    Des véhicules plus sécurisés

    Jusque dans les années 1980, le concept « sécurité » reposait essentiellement sur un « solide châssis rigide » et des pare-chocs « en béton »... Puis un constructeur dont je ne citerai pas la marque a eu l’idée décalée de concevoir au contraire un châssis avec des points de déformation et à conçu une bagnole qui ne résistait pas au chocs mais les absorbait en se déformant...
    C’est pour cela qu’aujourd’hui, votre voiture n’a plus de pare-chocs et que dès que vous « cognez » un peu fort, le châssis est kaput et la caisse bonne pour la casse (le recyclage on dit maintenant)...

    Ajoutez à cela les renforts latéraux, les air-bags, les système d’aide à la conduite, à la tenue de route ; les pneumatiques qui n’éclatent quasiment plus et qui « tiennent le pavé » : c’est 95% de la production actuelle.
    Enfin, ajoutez une plus grande fiabilité du moteur comme des parties du châssis : il est vrai que l’on tombe moins souvent en rade sur le bord de la route que lorsque nous roulions en R16, en DS ou en 504...
    Bien entendu, il y a des inconvénients : électronique qui foire, coût des réparations énormes car matériels irréparables...
    Mais bon, dans son ensemble, l’automobile a grandement progressé tout au long de son histoire séculaire, y compris ces 10 dernières années.

    Aménagement du réseau routier

    Alors il y a eu aussi une nette amélioration de la voirie... De la chaussée si vous préférez.
    Les croisements dangereux disparaissent au profit de ronds points ou d’échangeurs ; les voies de liaisons nationales font l’objet de nombreuses déviations et ne traversent plus les centres villes...
    Les aménagements de la voirie s’améliorent : exit les « glissières guillotines » qui décapitaient les motards... Exit également les zébras peinturlurés qui se transformaient en patinoire à la moindre goutte de pluie !

    Et puis les revêtements proprement dit ont également progressés, à l’exemple de l’enrobé drainant qui supprime la nuée de brouillard qui se forme sur la chaussée en cas de forte pluie.
    Bon, il subsiste encore de nombreux « points noirs » à modifier et tout est loin d’être parfait mais il faut reconnaître les progrès et le travail d’aménagement qui a été fait depuis 1973.
    En terme d’investissements et de finances publiques : c’est énorme.

    Permettez moi donc de penser que la division par 2 du nombre de décès sur la route pour un parc automobile 2,5 fois supérieur est le résultat de l’ensemble de ces évolutions techniques et non pas les politiques stigmatisantes successives menées depuis 40 ans.
    On peut (et l’on doit) améliorer ces chiffres mais une fois encore, les nouvelles mesures répressives mise en place ne sont qu’un leurre dont je suppute que l’objectif premier est de faire chier un peuple qui s’apprête à foutre dehors un gouvernement désormais ouvertement sociopathe.

    Parlons formation !

    Je ne vais pas faire plaisir à tout le monde : le sacro-saint permis et la 20e d’heures de conduite minimum, c’est du foutage de gueule ni plus ni moins !
    Et lorsqu’un gouvernement le réforme, ce n’est pas pour améliorer la formation du conducteur, c’est pour le rendre plus restrictif, voire plus volatil : le permis à point est un scandale.
    Le but n’est pas d’améliorer la prudence de son détenteur, le but c’est de le maintenir sous pression et à terme de tout faire pour qu’il le perde et pour qu’il le repasse. Donc une histoire de fric pour l’Etat, pour les centres de récupération de point et pour les assureurs qui ne manqueront pas de vous faire casquer un supplément au « re-nouveau conducteur ».

    Dans la longue histoire de l’automobile, tout a progressé : la sécurité et les performance des voitures, son incidence sur l’environnement ; la sécurité des routes, des voiries et des aménagements… Mais curieusement, la formation et le permis sont à peu près les mêmes depuis 40 ans... Avec quelques nuances suivant les réformettes gouvernementales mise en places au gré des alternances politiques.
    Vous remarquerez que ces réformes vont toujours dans le même sens : stigmatiser le conducteur, le culpabiliser mais JAMAIS le former correctement.

    Croyez vous franchement qu’autoriser un conducteur automobile à piloter une 125 qui roule à + de 150 km/h et dont le maniement n’a rien à voir avec une voiture va dans le sens de la sécurité ?

    A la fin des années 1970, Henri Pescarolo avait proposé un système de formation qui n’a bien entendu jamais trouvé un écho favorable auprès des édiles ;
    Il proposait tout simplement de reprendre le système du permis moto de l’époque (A1, A2 et A3) et de l’adapter à l’automobile avec un critère d’expérience supplémentaire ;
    Ainsi, on pouvait passez un premier permis permettant de conduire une « petite voiture » peu puissante, puis un second examen « de puissance moyenne » puis un dernier « toutes puissances ». Avec des périodes minimales entre chaque « diplôme », permettant au jeune de se familiariser progressivement avec la machine à quatre roues. C’était un début de permis « intelligent » soutenu par les plus grands pilotes de l’époque mais qui a vite fini dans le tiroir gauche des oubliettes du Ministère des Transports.

    Vers une Education Routière Nationale et Publique !

    Pour conclure, je voudrais bien que celles et ceusses qui couinent à tout va et qui hurlent à « la Prévention Routière » nous expliquent pourquoi il n’existe pas d’Écoles Publique d’Éducation Routière Nationale au même titre qu’il existe une Éducation Nationale ?
    Si je ne m’abuse, il existe des cursus dans tous les domaines sauf dans celui qui nous intéresse : pourquoi ?
    Pourquoi la formation routière est-elle exclusivement l’apanage d’entreprises privées dont le but principal est de faire du profit ?
    Pourquoi les mômes doivent t-ils casquer des sommes considérables pour avoir ensuite le droit de piloter des bolides de 200 cv ?

    Le jour où on s’intéressera honnêtement à la sécurité routière dans ce pays (qui compte tout de même 3 fabricants majeurs d’automobiles) : il y aura des écoles publiques et gratuites pour former des automobilistes responsables.
    Et vous verrez : les cons dangereux et les abrutis de chauffards seront une espèce en voie de disparition...

    Former coûte, Fliquer rapporte !

    Et bien c’est un très mauvais calcul en regard du poids financier, moral et humain que coûte a la société ces désespérantes chasses à l’automobiliste. Devenu paranoïaque, l’attention du conducteur est aujourd’hui détournée par le repérage en permanence des pièges que mettent en planque quotidiennement des milliers de fonctionnaires assermentés qui seraient plus utiles ailleurs. Pour conclure, discutons donc de l’incidence accidentogène de « la peur du Gendarme » sur le comportement routier des conducteurs…

    Vroum à vous tous et toutes,

    Le Renifleur

    Lien