Polémique 12/05/2011 à 17h07

Basket amateur : la Fédération veut moins de joueurs étrangers

Anthony Cerveaux | Journaliste


Dans cette fédération sportive, on croise la notion « d’étranger fidèle » et, pour les licences, un code couleur qui vire au rouge pour les joueurs étrangers... Non, vous n’êtes pas sur le nouveau texte réglementaire de la FFF (Fédération française de football) mais sur celui de la FFBB (Fédération française de basket-ball, 457 035 licenciés).

Cette dernière, qui organise les championnats amateurs de basket, prévoit une modification de son règlement. Officiellement, il s’agit de s’adapter à l’harmonisation européenne de l’organisation du basket et de promouvoir la formation des jeunes. Mais dans le même temps, elle écarte les joueurs étrangers.

« Etranger fidèle »

Le principal changement de la réforme concerne le passage à une « citoyenneté européenne » élargie pour tous les joueurs appartenant à un pays de la Fiba Europe, Fédération européenne de basket amateur regroupant 52 pays. Jusqu’à deux joueurs européens peuvent évoluer dans les clubs amateurs français, de Nationale masculine 1 (NM1, 3e division) à NM3 (5e division).

Mais le nouveau règlement prévoit d’écarter les joueurs étrangers (ceux n’appartenant pas à la Fiba Europe) en NM2 (Nationale masculine 2) et NM3 (4e et 5e division). Sauf à satisfaire à la condition d’ « étranger fidèle », autrement dit un joueur étranger ayant été licencié sept ans en France, ou quatre années consécutives dans un même club français.

Concrètement, si un Sénégalais est présent en France pour ses études ou son travail et qu’il souhaite jouer au basket à un niveau intéressant sans être professionnel, il ne pourra plus.

La Fédération française (FFBB) avait d’ailleurs pris des précautions en envoyant le changement de règlement aux clubs :

« Nous savons que cette réforme est une véritable révolution intellectuelle qui nous conduit à reconsidérer la question de la nationalité. [...] Nous sommes conscients des questions que cela ne va pas manquer de soulever et restons à votre disposition pour vous accompagner. »

Pas les mêmes critères au hand ou au volley

Pourtant, ces critères exigeants n’existent pas pas au handball ou au volley-ball, où un joueur étranger peut évoluer aux mêmes niveaux sans aucune condition.

Cette mesure scandalise Emmanuel Humbert, dirigeant du ASP Sainte-Marie-aux-Chênes et journaliste :

« Ce qui me choque, c’est cette distinction entre les joueurs affiliés à la Fiba Europe et les autres. Globalement, c’est en majorité les Africains et les Nord-Africains qui vont être exclus du nouveau règlement. Et cette notion d’“étranger fidèle” fleure bon le colonialisme. »

Patrick Maucouvert, directeur technique du club de Basket Les enfants du Forez (NM2), n’est pas tendre non plus :

« C’est une volonté de la fédération d’éradiquer les joueurs étrangers au niveau amateur. D’autant que la distinction entre les joueurs Fiba Europe et les étrangers n’a pas de sens, alors que beaucoup de joueurs africains, par exemple, sont francophones. »

La FFBB tente de calmer le jeu

Face aux réactions suscitées par les nouvelles dispositions, Marie-Noëlle Servage, secrétaire générale de la FFBB, tempère :

« Ce sont des règles qui sont susceptibles d’évoluer, rien n’a encore été acté. Une réunion doit se tenir ce week-end avec le comité directeur pour décider d’où on met le curseur concernant les étrangers. »

Pourtant, rien dans la lettre envoyée aux clubs de basket ne mentionne le caractère modulable de la mesure. Tout laisse penser, au contraire, que les nouvelles réglementations devraient s’appliquer en l’état dès la saison prochaine. Pour Emmanuel Humbert :

« Ils ont dû recevoir pas mal de courriers et de mails de mécontentement pour annoncer d’éventuels assouplissements. »

Mais la FFBB assume néanmoins la logique d’une réglementation du nombre d’étrangers. Sans toutefois parler de quotas :

« S’il devait y avoir une limitation des joueurs étrangers, ce serait dans une démarche de reconnaissance de la formation française. Faire en sorte de privilégier les joueurs français à un certain niveau, d’autant qu’on peut se poser la question de la circulation, dans différents clubs, des joueurs étrangers. »

« L’opportunisme des carrières n’est pas propre aux joueurs étrangers », répond Mathias Ona Embo, entraîneur à Marne-la-Vallée basket Val Maubuée et ancien joueur :

« Et puis beaucoup d’étrangers sont installés, ont un travail et veulent seulement jouer au basket à un niveau intéressant sans en faire leur métier. »

Déjà en vigueur dans le basket féminin

Cette réglementation à l’égard des joueurs étrangers est déjà en vigueur, depuis la saison dernière, dans les divisions féminines amateures.

Et son application ne s’est pas faite sans difficulté, concernant notamment le cas emblématique de Mami Bocandé, fille du célèbre joueur de football Jules Bocandé. Internationale sénégalaise, elle a été contrainte d’arrêter de jouer pour le Metz basket club (Metz BC) en raison des nouvelles règles. Et envisage aujourd’hui de demander une dérogation.

Bruno Blin, président du Metz BC :

« Je trouve dommage qu’on ne puisse pas faire jouer des joueurs ou des joueuses qui sont en France pour des questions de nationalité. Mais depuis toujours, dans le basket-ball il y a eu des restrictions à l’égard des étrangers.

Et c’est clair que ça tombe plutôt mal, en pleine polémique à la Fédération française de football. »

Une réglementation « beaucoup trop rapide »

Jean-Christophe Buiron, président de l’Entente sportive de Trappes Saint-Quentin-en-Yvelines, est de son côté plus mesuré :

« C’est vrai que ça ressemble à une exclusion de certains continents mais il y a des pas en avant faits vis-à-vis des pays européens au sens large. On peut également considérer que c’est un petit effort à l’égard de la formation. »

Il est davantage préoccupé par le timing de la nouvelle réglementation :

« C’est beaucoup trop rapide, pour des clubs qui ont des contrats avec des joueurs étrangers, on est mis devant le fait accompli. Ils veulent définir un cadre, mais je pense que derrière il va y avoir des dérogations. »

Au fond, beaucoup se demandent si la FFBB ne se trompe pas de cible, comme le résumé Mathias Ona Embo :

« Si on veut promouvoir la formation française, l’effort devrait vraiment être fait au niveau professionnel afin de donner davantage leur chance aux joueurs formés localement. »

Mis à jour le 12/05/2011 à 18h50. Modification de la citation de M. Emmanuel Humbert et du club dans lequel il est dirigeant, suite à une précision apportée par ce dernier.

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  • Gibert Because-Youno
    Gibert Because-Youno
    Kaléïdoscopique
    • Posté à 17h35 le 12/05/2011
    • Internaute 68955
      Kaléïdoscopique

    Pas vraiment. Déjà, le basket est un sport nettement moins médiatisé que le football. Et là, il ne s’agit pas de « révélations », avec enregistrement secret.

    D’autant qu’à priori, les coordonnées sont également différentes sur le fond. Il ne s’agit pas là de « quotas », visant à sélectionner des joueurs sur des critères « raciaux » (les grands blacks qui courent vite).

    Enfin - et même si l’Afrique est elle aussi visée, je soupçonne la Fiba, dont la concurrence avec la NBA américaine ne date pas d’hier - de vouloir prendre des mesures pour empêcher les joueurs américains de venir jouer en France (et en Europe).

  • Buzzcocks
    Buzzcocks
    Anarchiste
    • Posté à 19h03 le 12/05/2011
    • Internaute 137500
      Anarchiste

    Dans les années 90, le basket était le sport numero 2 en France, avec une vitrine la dream team de Barcelone.... depuis, ce sport s’est ramassé la gueule, dépassé par le rugby voire le hand.

    Et la raison est toute trouvée, l’arrêt bosman qui a fait qu’y a eu une invasion dans les clubs pros d’américains au passeport nébulleux genre Troy Truvillion débarquant en disant « Yeah man, I’m french ».

    Ainsi, les équipes devenaient exclusivement composées d’américains avec des supplétifs français jouant peu. Les coachs étant filmés pendant les temps morts, ne parlaient plus que l’anglais... pour les télés, c’était une catastrophe.

    Et donc les français ont préféré le rugby, ca sent quand même bon le terroir et le cassoulet.
    Et c’est de pire en pire, vous prenez les compos des équipes de proA, exemple Nancy :

    Darden, Linehan, Johnson, Grant, Deane, Akingbala ... voilà pour les joueurs majeurs, comment d’identifier à des joueurs pareils. L’année prochaine, ils auront signé ailleurs.

  • -JibJib-
    -JibJib-
    Etudiant/école d'art
    • Posté à 02h02 le 13/05/2011
    • Internaute 111007
      Etudiant/école d'art

    Blague de costards cravates ? Même pas...Le basket restait à mes yeux le sport du multiculturalisme ! Tapez la balle avec des potes, ou un mec de passage, c’est ca la philosophie du basket ! bon mauvais, black blanc beurre, jaune, on est là pour apprendre de l’autre, échanger deux trois trucs niveaux techniques...
    Enfin merde quoi, le sport n’est pas qu’une activité lucrative ! C’est aussi et avant tout une activité saine, de partage.
    Apprentissage collectif pour savoir gérer sa position individuelle,
    bref, marre de ce Françisme.... Marre mare et encore marre.....

  • Ras Paco
    Ras Paco
    Clafouti Lover
    • Posté à 10h22 le 13/05/2011
    • Internaute 89334
      Clafouti Lover

    En France, même au niveau amateur, de la NM1 à la NM3 (3è à 5è division), les différences de budget entre les clubs est plus que notoire. Les clubs les plus riches peuvent se permettre de payer de vrais salaires à des joueurs professionnels et de faire venir des joueurs étrangers grassement payer pour le niveau auquel ils évoluent.

    Sans être d’accord avec la réforme dont il est question, je pense qu’il ne faut pas que y voir plus qu’un repli national et européen mais aussi une volonté de préserver un championnat amateur dans lequel évoluent de plus en plus de professionnels, notamment étrangers.

    c’est en majorité les Africains et les Nords-Africains qui vont être exclus du nouveau règlement.
    Pas d’accord du tout. Les pays africains et encore plus les pays Nord-africains ne sont pas connus comme étant de grandes nations de basketball et le vivier de joueurs n’y est pas si important (le basket y est tout même moins populaire que le foot par exemple, et demande sensiblement plus d’infrastructures).
    En revanche je pense que la réforme cible plus les joueurs états-uniens, nombreux dans ces championnats.

    La question devrait être plus orienté sur les joueurs étrangers professionnels (dans le but de favoriser le formation française) et aucunement sur les joueurs amateurs étrangers.

  • Kozak54
    Kozak54
    Menchevik
    • Posté à 00h45 le 14/05/2011
    • Internaute 155398
      Menchevik

    Je me permet une précision qui me semble d’importance :

    Les règlements sportifs des championnats pré-nationaux (premier niveau régional qualificatif pour la nationale 3) sont obligatoirement calqués sur ceux des championnats de France.

    Ceci a pour conséquence que l’exclusion des étrangers extra-européens s’applique également d’office à ce niveau. Cette donnée est importante car elle concerne plus de 500 équipes soit un public plus large encore que celui des championnats nationaux et on ne peut pas ici douter qu’il s’agisse bel et bien d’un niveau purement « amateur ».

    Pour retour d’expérience, nous avons cette saison dû renoncer à recruter une excellente joueuse de nationalité libanaise, étudiante en 3ème cycle de médecine à Nancy. Dans l’impossibilité de la faire jouer avec notre équipe de pré-nationale, nous ne pouvions lui proposer que d’évoluer à un niveau départemental (très, très faible en Lorraine.) Elle a donc préféré renoncer à reprendre le basket en compétition.