Thérésa, 28 ans, assistante parlementaire, 2 133 € par mois
Elle n’a pas l’impression d’être « une sangsue de la République » : Thérésa dévoile son budget – serré – à Eco89.
Elle ne veut pas que son nom soit publié. Elle propose qu’on l’appelle Thérésa, c’est son deuxième prénom, choisi en hommage à mère Teresa par ses parents, « des cathos de gauche », cadres moyens socialistes et bretons.
Elle a donné rendez-vous un jeudi après-midi dans le bureau de son député, à l’Assemblée nationale. C’est le moment de la semaine où il est dans le train pour rentrer dans sa circonscription.
Elle est assistante parlementaire depuis septembre 2007. Elle voulait « faire journaliste », mais n’a « rien trouvé » malgré son diplôme de Sciences-Po Rennes et un master sur le monde arabo-musulman de l’université de Genève obtenu en 2006.
« Pas une sangsue de la République »
Quand un ami de ses parents a été élu député, elle lui a envoyé un CV. Elle est entrée à son service :
« C’est mon premier taf. On est quatre collaborateurs, dont deux à plein temps. Je ne sais pas combien les autres sont payés. C’est le député qui choisit comment il répartit son enveloppe parlementaire. »
A 28 ans, Thérésa touche 2 100 euros net par mois (sur douze mois). Elle est contente d’en parler :
« Quand je dis que je suis collaboratrice parlementaire, tout le monde pense que c’est une planque bien payée. Mais je n’ai pas l’impression d’être une sangsue de la République. C’est correct, mais pas magnifique. »
Plus tard, elle ajoutera :
« Je ne veux pas me plaindre de mon sort car j’ai un salaire plus élevé que des tas de gens et j’arrive un peu à épargner, mais je galère quand même beaucoup.
Je n’imagine même pas comment font les gens payés au smic, et ça me semble quand même refléter un vrai problème dans notre société, en tout cas à Paris. »
Revenus : 2 133 euros
Salaire net : 2 100 euros par mois
Il y a deux mois, Thérésa a demandé une augmentation à son député. « Il m’a répondu qu’il n’avait plus assez de crédits collaborateurs. » Jusqu’en janvier, elle avait un « deuxième boulot » : consultante en communication.
« J’étais autoentrepreneuse en parallèle de mon travail à l’Assemblée, je faisais ça le week-end, je me faisais 500 euros par mois, mais mon client a fait faillite. Depuis, c’est un peu compliqué. »
Cadeaux : 33 euros par mois
Ses parents savent que Thérésa court après l’argent. Pour Noël et son anniversaire, elle reçoit donc des enveloppes : 200 euros à chaque fois.
Dépenses « obligatoires » : 1 440 euros
Loyer : 850 euros
Elle loue un deux-pièces de 40 m2 près de la porte de Bagnolet, dans le XXe arrondissement de Paris, depuis juillet dernier. Avant, elle était en colocation dans le XVe – « mais il y a un âge où ça suffit ».
Elle a cherché à acheter, sa banque acceptait de lui prêter 150 000 euros. Elle a signé un compromis de vente pour un studio de 20 m2 dans « un coin pourri du XVIIIe » puis a renoncé :
« Avec cette somme, j’aurais pu m’acheter une maison en Bretagne. Se loger décemment à Paris est vraiment devenu un luxe, en tout cas quand on vit seul. »
Charges : 40 euros
C’est sa facture EDF.
Assurance habitation : 11 euros par mois (135 euros par an)
Elle a utilisé un comparateur de prix « pour trouver la moins chère » : Carrefour Assurance. « Mais je n’ai eu droit à rien quand j’ai été cambriolée à l’automne : il n’y avait pas eu d’effraction. »
Transports : 56 euros
Thérésa a une carte intégrale. C’est un abonnement annuel, plus avantageux que le pass Navigo mensuel (60,40 euros).
Internet et téléphone : 70 euros
Elle a un téléphone portable et une Bbox, l’offre triple-play de Bouygues Telecom. Il lui en coûte 70 euros par mois.
Frais bancaires : 7,20 euros
C’est le montant du « pack » de services qu’elle a souscrit au Crédit mutuel (carte bancaire, etc.)
Mutuelle : 34 euros
Elle a pris la même que ses parents, sans étudier la concurrence : une mutuelle régionale.
Impôt sur le revenu + taxe d’habitation : 150 euros
Nourriture : environ 200 euros
Elle mange peu. Elle dîne le plus souvent chez elle. « Je fais une grosse commande une fois par mois sur Coursengo.com [le cybermarché de Leader Price] pour 80 euros environ. » La livraison est payante, mais elle explique qu’elle s’y « retrouve largement » :
« Là, je rentre ma liste et c’est fini. Quand j’allais au supermarché, je me laissais tout le temps tenter par des offres dont je n’avais pas vraiment besoin. »
Thérésa devant une photo de l’Hémicycle, avec des dossiers dans les bras et ses chaussures de danse (Mathieu Deslandes/Rue89).
Le midi, elle dépense environ 40 euros à la cantine de l’Assemblée :
« Normalement, un repas coûte 6,80 euros. Si je me passe de viande, je peux faire baisser le ticket à 4 euros. Deux fois par semaine, mon député m’invite. S’il est déjà pris, je me fais un sandwich, c’est quand même moins cher que la cantine. »
S’il lui reste un peu d’argent en fin de mois, elle accepte une sortie au resto entre amis « parce que c’est difficile de toujours dire non ».
Santé : environ 18 euros
Thérésa n’est pas très souvent malade, et quand elle l’est, sa sœur, interne en médecine, lui dresse des ordonnances gratuites. Il lui reste tout de même à payer la pilule (60 euros par an), les lunettes (100 euros tous les deux ans), et des frais liés aux crises d’eczéma auxquelles elle est sujette (une grosse centaine d’euros par an).
Loisirs : 323 euros
Loisirs ? C’est elle qui qualifie ces dépenses ainsi.
Cours de danse et soirées : 229 euros
Après son loyer, la danse constitue son plus gros poste de dépense. Ses repères chronologiques sont liés à cette activité. Elle a eu ses périodes danse classique (3-6 ans), danse contemporaine (7-10 ans), modern-jazz (collège). Depuis ses études, elle pratique la danse orientale, la salsa, et la bachata dominicaine. (Voir la vidéo)
Thérésa suit des cours et danse dans une compagnie « qui fait quelques shows ». En tout : quatorze heures par semaine ! Elle sort de son sac et montre ses chaussures à talons en disant :
« J’adore ça. C’est festif, c’est sensuel, la musique me touche énormément. »
Elle essaye sans cesse de trouver des soirées gratuites pour... continuer à danser :
« Sur Facebook, je suis abonnée à toutes les pages consacrées à la salsa ou à la bachata. »
Malgré tous les bons plans qu’elle repère, elle dépense environ 80 euros pour ses nuits latinos.
Esthétique : 20 euros
« Pour être présentable au boulot et en soirée – on est à Paris, quand même – il faut que j’investisse un peu dans le maquillage, les sourcils, la couleur... »
Elle achète l’essentiel chez Sephora. Une copine coiffeuse lui coupe gratuitement les cheveux « trois ou quatre fois par an ».
Shopping : 20 euros
Pour les vêtements et les chaussures, elle se fournit exclusivement « chez les Vietnamiens et les Chinois de Châtelet ». Quand il y a des anniversaires dans son entourage, elle participe à des cadeaux communs (10 euros maximum).
Un abonnement à Télérama : 5 euros
Elle lit « les critiques ciné » et « les interviews souvent intéressantes de personnalités qui réfléchissent sur la société ». Avant, elle achetait aussi Marianne, mais c’est devenu « trop cher pour ce que c’est ».
Une carte UGC : 19,80 euros
Pour aller au cinéma à volonté
Vacances : 29 euros
Ce budget, c’est le prix du train pour rendre visite à ses parents (350 euros par an). Elle ne prend pas d’autre vacances : « trop cher ». Elle raconte que quand les députés rentrent bronzés de congés et qu’ils se demandent tous où ils étaient, vient toujours un moment de gêne quand elle dit qu’elle n’a pas eu les moyens de partir :
« Les parlementaires sont très attentifs au sort des plus pauvres, ceux qui touchent le RSA. Ils oublient parfois que c’est assez compliqué de vivre à Paris même avec un salaire comme le mien. »
Epargne : 350 euros
CEL (compte épargne logement) : 100 euros
PEL (plan épargne logement) : 300 euros de dépôts... mais des retraits (50 euros environ)
Elle vire 400 euros par mois sur ses deux comptes d’épargne « pour acheter un appart un jour ». Mais elle pioche systématiquement dedans, 50 euros environ, pour ne pas finir le mois à découvert (elle surveille ses comptes sur Internet plusieurs fois par semaine pour vérifier qu’elle n’est pas dans le rouge).
Thérésa se sent contrainte de compter en permanence, ne veut pas renoncer à la danse, et trouve que la plupart du temps, son travail n’est pas très intéressant :
« J’aime bien travailler sur les textes de loi, préparer des questions écrites ou des amendements, mais tenir l’agenda, répondre à tous les courriers, qui portent souvent sur des sujets auxquels on n’a aucune envie de s’intéresser, c’est quand même moins épanouissant. »
Pour sortir de l’impasse dans laquelle elle a l’impression de s’être enfermée, elle vient de commencer un bilan de compétences.

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Ancien pauvre
Ancien pauvre
Une chose que je trouve dommage dans cet article, c’est qu’on aurait pu en profiter pour nous expliquer en quoi consiste exactement le travail de cette personne. Ça aurait été sympa de le savoir afin de se faire une opinion sur la « sangsue de la République ».
Dans tous les cas 2100€, ça n’est pas un salaire abusif, surtout à Paris. C’est à peu près de quoi vivre confortablement.
Comme dans la plupart des « porte-monnaie » publiés sur Rue89, on se rend compte que les frais de logement sont très gourmands (ici presque 900€), pas loin de la moitié de ses revenus.
Toujours le même problème en région parisienne, les loyers sont trop élevés et pas toujours justifiés.
Je remarque donc que cette demoiselle touche à peu près la même chose que moi, qu’elle paye beaucoup plus de loyer (la colocation me permet de payer seulement 350€/mois) mais qu’elle économise tout de même deux fois plus. Elle ne doit pas sortir beaucoup...




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