Porte-monnaie 08/05/2011 à 11h06

Thérésa, 28 ans, assistante parlementaire, 2 133 € par mois

Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89

Elle n’a pas l’impression d’être « une sangsue de la République » : Thérésa dévoile son budget – serré – à Eco89.


Thérésa (Mathieu Deslandes/Rue89)

Elle ne veut pas que son nom soit publié. Elle propose qu’on l’appelle Thérésa, c’est son deuxième prénom, choisi en hommage à mère Teresa par ses parents, « des cathos de gauche », cadres moyens socialistes et bretons.

Elle a donné rendez-vous un jeudi après-midi dans le bureau de son député, à l’Assemblée nationale. C’est le moment de la semaine où il est dans le train pour rentrer dans sa circonscription.

Elle est assistante parlementaire depuis septembre 2007. Elle voulait « faire journaliste », mais n’a « rien trouvé » malgré son diplôme de Sciences-Po Rennes et un master sur le monde arabo-musulman de l’université de Genève obtenu en 2006.

« Pas une sangsue de la République »

Quand un ami de ses parents a été élu député, elle lui a envoyé un CV. Elle est entrée à son service :

« C’est mon premier taf. On est quatre collaborateurs, dont deux à plein temps. Je ne sais pas combien les autres sont payés. C’est le député qui choisit comment il répartit son enveloppe parlementaire. »

A 28 ans, Thérésa touche 2 100 euros net par mois (sur douze mois). Elle est contente d’en parler :

« Quand je dis que je suis collaboratrice parlementaire, tout le monde pense que c’est une planque bien payée. Mais je n’ai pas l’impression d’être une sangsue de la République. C’est correct, mais pas magnifique. »

Plus tard, elle ajoutera :

« Je ne veux pas me plaindre de mon sort car j’ai un salaire plus élevé que des tas de gens et j’arrive un peu à épargner, mais je galère quand même beaucoup.

Je n’imagine même pas comment font les gens payés au smic, et ça me semble quand même refléter un vrai problème dans notre société, en tout cas à Paris. »

Revenus : 2 133 euros

Salaire net : 2 100 euros par mois

Il y a deux mois, Thérésa a demandé une augmentation à son député. « Il m’a répondu qu’il n’avait plus assez de crédits collaborateurs. » Jusqu’en janvier, elle avait un « deuxième boulot » : consultante en communication.

« J’étais autoentrepreneuse en parallèle de mon travail à l’Assemblée, je faisais ça le week-end, je me faisais 500 euros par mois, mais mon client a fait faillite. Depuis, c’est un peu compliqué. »

Cadeaux : 33 euros par mois

Ses parents savent que Thérésa court après l’argent. Pour Noël et son anniversaire, elle reçoit donc des enveloppes : 200 euros à chaque fois.

Dépenses « obligatoires » : 1 440 euros

Loyer : 850 euros

Elle loue un deux-pièces de 40 m2 près de la porte de Bagnolet, dans le XXe arrondissement de Paris, depuis juillet dernier. Avant, elle était en colocation dans le XVe – « mais il y a un âge où ça suffit ».

Elle a cherché à acheter, sa banque acceptait de lui prêter 150 000 euros. Elle a signé un compromis de vente pour un studio de 20 m2 dans « un coin pourri du XVIIIe » puis a renoncé :

« Avec cette somme, j’aurais pu m’acheter une maison en Bretagne. Se loger décemment à Paris est vraiment devenu un luxe, en tout cas quand on vit seul. »

Charges : 40 euros

C’est sa facture EDF.

Assurance habitation : 11 euros par mois (135 euros par an)

Elle a utilisé un comparateur de prix « pour trouver la moins chère » : Carrefour Assurance. « Mais je n’ai eu droit à rien quand j’ai été cambriolée à l’automne : il n’y avait pas eu d’effraction. »

Transports : 56 euros

Thérésa a une carte intégrale. C’est un abonnement annuel, plus avantageux que le pass Navigo mensuel (60,40 euros).

Internet et téléphone : 70 euros

Elle a un téléphone portable et une Bbox, l’offre triple-play de Bouygues Telecom. Il lui en coûte 70 euros par mois.

Frais bancaires : 7,20 euros

C’est le montant du « pack » de services qu’elle a souscrit au Crédit mutuel (carte bancaire, etc.)

Mutuelle : 34 euros

Elle a pris la même que ses parents, sans étudier la concurrence : une mutuelle régionale.

Impôt sur le revenu + taxe d’habitation : 150 euros

Nourriture : environ 200 euros

Elle mange peu. Elle dîne le plus souvent chez elle. « Je fais une grosse commande une fois par mois sur Coursengo.com [le cybermarché de Leader Price] pour 80 euros environ. » La livraison est payante, mais elle explique qu’elle s’y « retrouve largement » :

« Là, je rentre ma liste et c’est fini. Quand j’allais au supermarché, je me laissais tout le temps tenter par des offres dont je n’avais pas vraiment besoin. »


Thérésa devant une photo de l’Hémicycle, avec des dossiers dans les bras et ses chaussures de danse (Mathieu Deslandes/Rue89).

Le midi, elle dépense environ 40 euros à la cantine de l’Assemblée :

« Normalement, un repas coûte 6,80 euros. Si je me passe de viande, je peux faire baisser le ticket à 4 euros. Deux fois par semaine, mon député m’invite. S’il est déjà pris, je me fais un sandwich, c’est quand même moins cher que la cantine. »

S’il lui reste un peu d’argent en fin de mois, elle accepte une sortie au resto entre amis « parce que c’est difficile de toujours dire non ».

Santé : environ 18 euros

Thérésa n’est pas très souvent malade, et quand elle l’est, sa sœur, interne en médecine, lui dresse des ordonnances gratuites. Il lui reste tout de même à payer la pilule (60 euros par an), les lunettes (100 euros tous les deux ans), et des frais liés aux crises d’eczéma auxquelles elle est sujette (une grosse centaine d’euros par an).

Loisirs : 323 euros

Loisirs ? C’est elle qui qualifie ces dépenses ainsi.

Cours de danse et soirées : 229 euros

Après son loyer, la danse constitue son plus gros poste de dépense. Ses repères chronologiques sont liés à cette activité. Elle a eu ses périodes danse classique (3-6 ans), danse contemporaine (7-10 ans), modern-jazz (collège). Depuis ses études, elle pratique la danse orientale, la salsa, et la bachata dominicaine. (Voir la vidéo)

Thérésa suit des cours et danse dans une compagnie « qui fait quelques shows ». En tout : quatorze heures par semaine ! Elle sort de son sac et montre ses chaussures à talons en disant :

« J’adore ça. C’est festif, c’est sensuel, la musique me touche énormément. »

Elle essaye sans cesse de trouver des soirées gratuites pour... continuer à danser :

« Sur Facebook, je suis abonnée à toutes les pages consacrées à la salsa ou à la bachata. »

Malgré tous les bons plans qu’elle repère, elle dépense environ 80 euros pour ses nuits latinos.

Esthétique : 20 euros

« Pour être présentable au boulot et en soirée – on est à Paris, quand même – il faut que j’investisse un peu dans le maquillage, les sourcils, la couleur... »

Elle achète l’essentiel chez Sephora. Une copine coiffeuse lui coupe gratuitement les cheveux « trois ou quatre fois par an ».

Shopping : 20 euros

Pour les vêtements et les chaussures, elle se fournit exclusivement « chez les Vietnamiens et les Chinois de Châtelet ». Quand il y a des anniversaires dans son entourage, elle participe à des cadeaux communs (10 euros maximum).

Un abonnement à Télérama : 5 euros

Elle lit « les critiques ciné » et « les interviews souvent intéressantes de personnalités qui réfléchissent sur la société ». Avant, elle achetait aussi Marianne, mais c’est devenu « trop cher pour ce que c’est ».

Une carte UGC : 19,80 euros

Pour aller au cinéma à volonté

Vacances : 29 euros

Ce budget, c’est le prix du train pour rendre visite à ses parents (350 euros par an). Elle ne prend pas d’autre vacances : « trop cher ». Elle raconte que quand les députés rentrent bronzés de congés et qu’ils se demandent tous où ils étaient, vient toujours un moment de gêne quand elle dit qu’elle n’a pas eu les moyens de partir :

« Les parlementaires sont très attentifs au sort des plus pauvres, ceux qui touchent le RSA. Ils oublient parfois que c’est assez compliqué de vivre à Paris même avec un salaire comme le mien. »

Epargne : 350 euros

CEL (compte épargne logement) : 100 euros

PEL (plan épargne logement) : 300 euros de dépôts... mais des retraits (50 euros environ)

Elle vire 400 euros par mois sur ses deux comptes d’épargne « pour acheter un appart un jour ». Mais elle pioche systématiquement dedans, 50 euros environ, pour ne pas finir le mois à découvert (elle surveille ses comptes sur Internet plusieurs fois par semaine pour vérifier qu’elle n’est pas dans le rouge).

Thérésa se sent contrainte de compter en permanence, ne veut pas renoncer à la danse, et trouve que la plupart du temps, son travail n’est pas très intéressant :

« J’aime bien travailler sur les textes de loi, préparer des questions écrites ou des amendements, mais tenir l’agenda, répondre à tous les courriers, qui portent souvent sur des sujets auxquels on n’a aucune envie de s’intéresser, c’est quand même moins épanouissant. »

Pour sortir de l’impasse dans laquelle elle a l’impression de s’être enfermée, elle vient de commencer un bilan de compétences.


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  • Samuel Vimaire
    Samuel Vimaire
    Ancien pauvre
    • Posté à 13h16 le 08/05/2011
    • Internaute 140339
      Ancien pauvre

    Une chose que je trouve dommage dans cet article, c’est qu’on aurait pu en profiter pour nous expliquer en quoi consiste exactement le travail de cette personne. Ça aurait été sympa de le savoir afin de se faire une opinion sur la « sangsue de la République ».

    Dans tous les cas 2100€, ça n’est pas un salaire abusif, surtout à Paris. C’est à peu près de quoi vivre confortablement.

    Comme dans la plupart des « porte-monnaie » publiés sur Rue89, on se rend compte que les frais de logement sont très gourmands (ici presque 900€), pas loin de la moitié de ses revenus.

    Toujours le même problème en région parisienne, les loyers sont trop élevés et pas toujours justifiés.

    Je remarque donc que cette demoiselle touche à peu près la même chose que moi, qu’elle paye beaucoup plus de loyer (la colocation me permet de payer seulement 350€/mois) mais qu’elle économise tout de même deux fois plus. Elle ne doit pas sortir beaucoup...

  • bibimbap
    bibimbap
    en travaux
    • Posté à 13h58 le 08/05/2011
    • Internaute 86441
      en travaux

    Alors là, honnêtement...
    Je gagne à peu près la même chose que cette jeune femme, j’ai à peu près le même âge, mais j’ai l’impression que je m’amuse plus, quand même : je mange presque entièrement bio, je vais au resto environ 3 fois par mois, et surtout (grand dieux), je m’achète des fringues correctes et pas des horreurs chez les Chinois (désolée, Thérèsa).
    Evidemment, j’épargne beaucoup moins qu’elle.
    C’est quand même gonflé de chouiner sur la nécessité de compter quand on choisit de faire un tel effort d’épargne.

  • herve trezen
    herve trezen répond à Samuel Vimaire
    bientôt les vacances
    • Posté à 14h37 le 08/05/2011
    • Internaute 79316
      bientôt les vacances

    Un travail d’attaché parlementaire, ça consiste à aider le député. A lui décrypter les projets et propositions de lois. Les députés sont en fait rarement des juristes capables d’analyser la portée des textes (beaucoup de médecins, de profs...). Ils ont bien sûr leurs partis qui leur donnent des consignes, mais bon, il y en a certains qui cherchent néanmoins à comprendre ce qu’ils votent...

    L’attaché fait aussi de la veille juridique. Il prépare les questions parlementaires adressées aux ministres, les dossiers d’interventions auprès des services administratifs ou des cabinets ministériels, pour le compte des entreprises ou des particuliers qui se sont adressés au député. L’attaché a parfois aussi des contacts sur le terrain (en général les attachés en région, pas trop ceux sur Paris).

    C’est un vrai boulot, surtout quand l’élu a de multiples mandats locaux. Taillable, corvéable et congédiable (surtout !) à merci

  • Philippine_Dubois
    Philippine_Dubois
    Etudiante
    • Posté à 15h23 le 08/05/2011
    • Internaute 154856
      Etudiante

    Je me permets de poster un commentaire, non pas en réaction à l’article lui-même, mais plus à nombre de commentaires dont les auteurs n’ont visiblement rien compris.

    1. Vous vous indignez, car elle ose dire qu’il lui est difficile de vivre avec 2000 et quelques euros par mois, à Paris ? C’est juste une réalité. Et elle s’en tire franchement bien, en réussissant à avoir plus d’un 20 m² à un tel prix.

    2. Les salaires ne sont pas les mêmes dans la capitale et en province. Ils sont plus élevés car le coût de la vie lui même est plus élevé.

    3. Si elle avait voulu gagner plus, peut-être aurait elle du entrer « dans le privé », au service « marketing » ou « communication », après avoir fait une « ESC » ? Une ESC, c’est demander à ses parents de payer 10 000 euros par an (en moyenne à Paris) pendant cinq ans, ou souscrire à un prêt avant même d’avoir eu vingt ans. Je stigmatise ? Vous stigmatisez tout autant en crachant sur la fonction publique (dont elle ne fait pas partie, d’ailleurs).

    4. Elle, au moins, elle avait un idéal, une ambition, travailler non pas pour son seul intérêt mais pour celui de la communauté, du « public », vous voyez. Pas de chance, elle n’est même pas fonctionnaire. Juste assistante parlementaire. Et au regard des tâches à accomplir et du coeur de la mission, son salaire est plutôt faible. Dans le privé, un vendeur de cosmétiques peut toucher plus de 4000 euros par mois. Mais c’est vrai qu’on fait tenir la société avec du fond de teint...

    5. Elle a donné son CV à une relation ? Et alors ! Ouvrez les yeux. Ca se passe comme ça dans tous les secteurs et à tous niveaux, ouvriers comme cadres. L’opportunisme n’est pas un crime. Et même si c’est triste, c’est aujourd’hui la règle.

    Ce qui transpire de vos commentaires, c’est un sentiment de révolte, envers une société, un gouvernement, et on peut même pas vous en vouloir.
    Sauf que vous ne traitez pas la question sur le bon tableau.

  • lili29
    lili29
    cadre
    • Posté à 16h38 le 08/05/2011
    • Internaute 154869
      cadre

    Je me retrouve beaucoup dans son portrait. Même âge, études et salaires comparables... Vie d’étudiante très améliorée, sorties. Pas de quoi se plaindre en somme.
    Sauf que. Ca ne choque personne que sa seule perspective soit d’acheter un 20 m2 à Paris ou, admettons un 35 m2 en banlieue ? Avouez que ca bloque pas mal d’opportunités si on ne peut trouver un travail équivalent en province : pas d’enfant notamment, pas d’achat immo possible à des prix « raisonnables ». Alors après, pas étonnant que l’on se rattrape sur les à côtés : voyages, loisirs... Cette génération - la mienne - incarne bien des ambiguïtés : comment être à la fois privilégié et déclassé.

  • poingsurlatable
    poingsurlatable
    (né par hasard)
    • Posté à 20h19 le 08/05/2011
    • Internaute 49079
      (né par hasard)

    Petite rectification : c’est sur un CEL que l’on peut piocher de l’argent, un PEL est bloqué pendant 5 ans ou jusqu’à ce qu’on demande son déblocage (avec paiement de taxes etc.)

    Il faut aussi noter que le travail d’attaché parlementaire, pour en avoir côtoyé, est parfois un vrai sacerdoce : être disponible jour et nuit, ne pas compter ses heures, subir les humeurs d’un député difficile... Mais il est vrai que le salaire annoncé ici est sans doute assez honnête car certains attachés sont payés plus près de 1800 euros que de 2100 ...