A débattre 06/05/2011 à 11h14

Quand Buisson, conseiller de Sarkozy, défendait Le Pen

Guy Birenbaum | Epicier

Nous sommes le 6 mai 2011. Il y a quatre ans, Nicolas Sarkozy remportait l’élection présidentielle et la légende veut que le Président considère devoir une bonne partie de son succès à Patrick Buisson, son « hémisphère droit »...

Au moment où débute la campagne 2012 – qui en doute ici ? –, j’ai voulu revenir sur un épisode ancien de l’itinéraire intellectuel et politique de monsieur Patrick Buisson.

Je ne vous apprends sans doute pas que Patrick Buisson vient de l’extrême droite, la vraie. Il a notamment été directeur de la rédaction de Minute un an, mais il y a travaillé de 1981 à 1987, en plein essor du Front national.

C’est justement cette période qui m’intéresse.

Lorsqu’on lit les biographies de monsieur Buisson, on trouve, recensés partout, plusieurs livres co-écrits avec des figures de l’extrême droite comme Pascal Gauchon, ex-rédacteur en chef de Défense de l’Occident et ancien secrétaire général du Parti des forces nouvelles (« OAS : Histoire de la Résistance française en Algérie »). Ce livre datant de 1984 est préfacé par le fameux Pierre Sergent, l’un des dirigeants historiques de l’OAS.

L’introuvable « Album Le Pen »

Mais, surtout, la même année, monsieur Buisson a dirigé un « Album Le Pen » avec Alain Renault, ancien secrétaire national du Front national et contributeur du journal Militant.

Me souvenant d’avoir feuilleté ce livre à l’époque, je me suis mis en tête de le retrouver, tant j’avais le souvenir d’une sorte d’album de photos hagiographique, tout à la gloire d’un Jean-Marie Le Pen qui, en 1984 – faut-il le rappeler ? –, est en plein essor et aligne surtout les positions les plus extrémistes.

J’ai donc décidé de relire ce livre. Et là, mon parcours du combattant (sic) a commencé.

Dans un premier temps, j’ai simplement tenté de retrouver sa couverture sur le Web sans y parvenir : « visuel non disponible » peut-on lire sur la plupart des sites. Puis je me suis dit que j’allais essayer de l’acheter sur Internet ; sans succès. Et les quelques bouquinistes que j’ai sollicités ne l’avaient pas.

Attention. Je ne prétends pas que Patrick Buisson a organisé la « disparition » de ce livre qui n’est pas secret, ni caché, puisqu’il apparaît dans toutes ses bios.

Je constate simplement qu’il est assez rare qu’un livre soit si difficile à récupérer. Et qu’il est aussi peu courant de ne parvenir à trouver aucune illustration de sa couverture.

Dépité par ce livre « invisible » et introuvable, j’allais renoncer. Quand j’ai fini par trouver une piste, en fouillant sur un site (américain, je crois) qui recense les exemplaires des livres présents dans les salles les plus claquemurées de nos bibliothèques ! J’en ai déniché un exemplaire.

Dans cet ouvrage, quelques informations...

Une fois localisé, les difficultés n’étaient pas terminées car l’ouvrage n’était pas disponible dans les rayons publics de la bibliothèque où le site l’annonçait.

Il dormait tranquillement, dans une rangée de livres, enfouis dans un « magasin » d’ouvrages apparemment exclus au prêt aux étudiants et réservés aux enseignants. Je l’ai cependant récupéré (merci à ceux qui m’ont aidé) et après avoir relu cet album de photos du « grand homme », j’en ai tiré quelques informations et quelques images.

D’abord, sa couverture.


Puis la page de garde où apparaissent les directeurs de l’ouvrage.


Enfin, l’article rédigé par Buisson. Il décrypte la fameuse « Heure de vérité » (Antenne 2) où tout a vraiment commencé pour Jean-Marie Le Pen.



On voit bien à lire cette contribution que Patrick Buisson s’inscrit alors bien dans la tradition polémique « éditoriale » de l’extrême droite Française.

Alors pourquoi exhumer et partager ces documents datés ?

L’itinéraire politique de Patrick Buisson

Parce qu’avoir soutenu à ce point-là Jean-Marie Le Pen, pendant ces années-là, n’est nullement anodin. D’ailleurs, parmi les quelques contributeurs dirigés par monsieur Buisson dans cet album figurent de véritables figures de l’extrême droite française et de la Collaboration : Roland Gaucher, autrement connu sous le nom de Roland Goguillot (passé de l’extrême gauche à la Collaboration), ou à François Brigneau (Emmanuel Allot).

Parce qu’un tel itinéraire politique, de telles affinités laissent des traces politiques et intellectuelles.

Parce que la stratégie de Nicolas Sarkozy en 2007 a bien été de siphonner les voix du FN et que c’était la préconisation de monsieur Buisson, de l’avis de tous les témoins.

Parce que la campagne qui s’annonce pourrait bien s’orienter dans la même direction.

Parce que monsieur Buisson a toujours plaidé pour le rapprochement entre la droite et l’extrême droite.

Parce que monsieur Buisson reste très proche du président de la République.

Et puis, aussi, pour finir, parce qu’un éditeur n’aime pas que les livres finissent « invisibles » dans les arrière-salles des bibliothèques.

  • 31439 visites
  • 176 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Le Templier
    Le Templier répond à 0173dom
    • Posté à 11h49 le 06/05/2011
    • Internaute 153996

    Arrêtez de croire que Sarko est d’extrême droite.
    C’est un laquais de la finance et des multinationales, il n’a donc aucune idéologie sinon celle de favoriser les riches ....
    Sa posture proche FN n’est que de la poudre aux yeux qui lui a servi à prendre des voix au FN en 2007 et en espérant faire de même en 2012.
    Il n’est pas sécuritaire mais laxiste. Il favorise l’immigration et l’islamisation alors arrêtez de marcher dans son jeux.
    les paroles ne valent pas des actes.

  • dupontlajoie
    dupontlajoie
    cadre sud
    • Posté à 11h52 le 06/05/2011
    • Internaute 26047
      cadre sud

    Moi je suis toujours surpris lorsque l on place Sarkozy comme appliquant une tactique de ces conseillers d’extréme droite pour gagner une élection.En deux mots il appliquerait cette tactique si elle est gagnante mais l’abandonnerait si elle était perdante !
    Je pense plutôt que Sarkozy à l image de la droite ultra libérale a réellement une conception proche des théses conservatrices et réactionnaires du Front National.Le modéle comparable c’est BUTSCH qui a été élu avec tout ce que l’amérique compte comme rats d’extrême droite et de mouvements conservateurs.
    Donc ses conseillers accompagnent le maître car c’est lui qui trace le cap idéologique. Et qu’il soit entouré de fachos n’a rien d’étonnant pour celui qui à son second mandat a j’en suis persuadé la volonté de faire rentrer le FN au gouvernement !

  • sid.vicious
    sid.vicious
    en disponibilité de poésie
    • Posté à 12h19 le 06/05/2011
    • Internaute 98870
      en disponibilité de poésie

    « Il dormait tranquillement, dans une rangée de livres, enfouis dans un “ magasin ” d’ouvrages apparemment exclus au prêt aux étudiants et réservés aux enseignants. »

    Ce qui est totalement faux. Il suffit d’aller sur le site de la bibliothèque de Sciences Po (Lien) et de taper « L’album Le Pen » pour pouvoir l’emprunter (et ce, n’importe quel détenteur de la carte de bibliothèque, étudiant comme professeur peut le faire). Il est juste en annexe car la bibliothèque manque de place. D’ailleurs le livre en question donc la couverture est en photo dans l’article, a été emprunté à la dite bibliothèque.

    Amis journalistes, si vous faisiez un stage avec les chercheurs qui travaillent sur des archives, vous pourrez apprendre à utiliser des outils très intéressants (comme le Sudoc) qui faciliterez votre tâche.

  • destroyedlolo
    destroyedlolo répond à Ermite
    Skieur fou
    • Posté à 14h10 le 06/05/2011
    • Internaute 96738
      Skieur fou

    Faut arrete de prendre les electeurs pour des captifs : s’ils choisissent un candidat, en plus un dissident par rapport a la « ligne du parti », qu’est-ce qui prouvent qu’ils rejoindront la dite ligne si cette dissidence se retire ? ? ? ?

    Perso, je pense que les plus democrate s’abstiendront ou iront chez les autres candidats du centre droit s’ils y en a, les plus decus du roitelet iront chez Marine mais que tres peu retourneront chez celui qu’ils ont deja delaisse.

    Il y avait un reportage tres interessant hier a la TV (je ne sais plus dans quel journal), ou les interviewes tres de droite annonçait clairement qu’en aucun cas il ne ferait le meme vote qu’en 2007 : deception, trahison, magouille, favoristisme, manque d’ecoute ... ca a laisser des traces meme chez les gens de droite.