A la une 27/04/2011 à 19h17

Sarkozy, nouveau meilleur ami d'Internet... enfin, de ses patrons

François Krug | Journaliste Rue89


Dessin de Baudry

Où est passé le président qui voulait civiliser Internet ? En présentant le Conseil national du numérique, Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à juger la loi Hadopi maladroite et à s’émerveiller des couples formés sur Meetic. En créant un organisme ne réunissant que des patrons, fera-t-il vraiment oublier aux internautes quatre ans d’incompréhension ?

La dernière fois que Nicolas Sarkozy avait exposé sa vision d’Internet, c’était le 23 novembre 2007. Ce jour-là, le président était fier de lui et remonté. Les professionnels de la culture et ceux d’Internet venaient de signer à l’Elysée l’accord qui allait déboucher sur la loi Hadopi contre le piratage.

2007 : pas de « Far West high tech »

Pour Nicolas Sarkozy, c’était tout simplement un « moment décisif pour l’avènement d’un Internet civilisé » :

« Internet, c’est une nouvelle frontière, un territoire à conquérir. Mais Internet ne doit pas être un Far West high tech, une zone de non-droit où des hors-la-loi peuvent piller sans réserve les créations, voire pire, en faire commerce sur le dos des artistes.

On dit parfois que quand personne ne respecte la loi, c’est qu’il faut changer la loi. Sauf que si tout le monde tue son prochain, on ne va pas pour autant légaliser l’assassinat. »

Ce mercredi matin, changement de ton. Les professionnels d’Internet étaient à nouveau convoqués à l’Elysée, mais pas pour se faire engueuler.

2011 : pas de « lignes Maginot contre les usages »

Pour Nicolas Sarkozy, Internet est toujours « un territoire entièrement vierge, en expansion permanente ». Mais trois ans et demie plus tard, ce Far West semble moins inquiétant. Et le chef de l’Etat ne veut plus qu’on le prenne pour un shérif :

« Le rôle de l’Etat ne peut en aucun cas consister à brider le développement d’Internet [...]. Le rôle de l’Etat n’est pas de construire des lignes Maginot contre les usages des internautes [...].

[Internet] est une terre d’entrepreneurs où tout est possible. Mais le rôle de l’Etat n’est pas non plus de laisser passer des comportements qui ne respecteraient pas les principes fondamentaux de notre société [...].

On ne peut pas considérer une technologie comme une fin en soi, ni comme bonne en soi [...]. L’important, c’est ce qu’on veut en faire. »

Hadopi : « Je prends ma part de l’erreur »

Le ton a changé, la logique aussi. Désormais, Nicolas Sarkozy reconnaît qu’Internet et ses usages évoluent plus vite que la loi. Mieux, il est prêt à admettre des maladresses. Au hasard, « pour prendre un sujet qui a pu nous fâcher » :

« Hadopi n’est pas une fin en soi, c’est à un moment de l’histoire une solution imparfaite [pour défendre] un principe immuable dans mon esprit, qui est la défense du droit d’auteur [...]. Est-ce qu’on peut faire mieux qu’Hadopi ? Sans doute. [...] Je prends d’ailleurs ma part de l’erreur. »

A un an de la présidentielle, Nicolas Sarkozy veut donc prouver qu’il n’est pas entièrement déconnecté. Mi-décembre, il avait déjà invité à déjeuner huit vedettes d’Internet, du patron de Free Xavier Niel au blogueur Maître Eolas. Et il leur avait révélé son grand projet : la création d’un Conseil national du numérique (CNN), qui pourra faire des propositions au gouvernement, et que celui-ci sera tenu de consulter dès qu’il s’agira d’Internet.

Seulement, à peine créé, le CNN voit déjà sa légitimité remise en cause. Pierre Kosciusko-Morizet, PDG de Priceminister, avait été chargé de mener la réflexion. Dans son rapport, il imaginait une institution réunissant des représentants des professionnels d’Internet, des utilisateurs et du Parlement, et il expliquait que « seule l’élection permet d’assurer une vraie représentativité ».

« Le gouvernement est totalement à votre écoute »

Résultat : le CNN ne réunira que des professionnels, tous désignés par l’Elysée. Parmi ses 18 membres, des stars comme Xavier Niel de Free, Jean-Baptiste Descroix-Vernier de Rentabiliweb ou Marc Simoncini de Meetic, des dirigeants de Bouygues Télécom, SFR ou Alcatel, et quelques représentants de start-up, comme Nicolas Voisin d’Owni.

Un « Medef du numérique », s’étrangle l’UFC-Que Choisir. Devant les membres du CNN, Nicolas Sarkozy s’est donc justifié :

« Le Conseil national du numérique, ce n’est ni pour défendre, ni pour attaquer les consommateurs, c’est pour avoir le sentiment des professionnels sur tout ce qui est législatif et réglementaire [...].

Soyez proactifs, proposez tout ce qui à vos yeux peut favoriser le développement d’Internet en France [...]. Le gouvernement est totalement à votre écoute. »

Encore mieux : le CNN doit être « un premier élément d’une politique qui a une dimension internationale ». Les 24 et 25 mai à Paris, juste avant le sommet du G8 à Deauville, Nicolas Sarkozy a ainsi prévu un « G8 du numérique ».

Un événement qui fait lui aussi jaser. L’Elysée a en effet chargé Maurice Lévy, patron du groupe Publicis, d’organiser la rencontre. On est loin de la spontanéité d’Internet. Parmi les invités, les patrons de Google, Facebook, eBay ou Twitter. Un « super-Medef » d’Internet ?

  • 11972 visites
  • 81 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Pictulo
    • Posté à 20h25 le 27/04/2011
    • Internaute 23785

    En 2011, internet serait toujours selon le président « un territoire entièrement vierge »....Les développeurs, les responsables de sites, leurs collaborateurs et tous les internautes seront ravis d’apprendre qu’ils ne contribuent qu’à meubler une sorte de steppe désertique et désolée battue par les vents, où s’estompent ça et là les complaintes de quelque bestiole sauvage et démunie, une terre aride et inhospitalière, une banquise chancelante sous la charge des ours blancs et du réchauffement climatique réunis.
    Drôle d’appréciation présidentielle, qui prouve définitivement qu’il n’a rien pigé.

  • A.T.swey
    • Posté à 21h30 le 27/04/2011
    • Internaute 112034
      *

    « ...Le rôle de l’Etat n’est pas de construire des lignes Maginot contre les usages des internautes.. »

    Ah celle-la elle est bien bonne ! Quand on sait a quoi a servi la ligne Maginot .

    Pour rappel les allemands l’ont tout simplement contournée et les internautes ont fait pareil avec la « ligne » Hadopi !

    Il est vraiment fort notre zident en instance.....

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 23h10 le 27/04/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    Pour Sarkozy comme pour ses godillots, Internet est un marché. Normal qu’il le fasse représenter par des patrons.

    Mais attention, les internautes n’aimerons pas que Free, Owni, Google, Facebook, ou Twitter se compromettent avec Sarkozy.
    Parce que pour le coup, leurs « parts de marché » en prendront pour leur grade.

  • arsene_lupin
    arsene_lupin
    Etudiant
    • Posté à 23h35 le 27/04/2011
    • Internaute 123269
      Etudiant

    Moi personnellement, je trouve que c’est une très bonne nouvelle et je dirais meme la nouvelle de la journée.
    C’est la première fois depuis son quinquennat que le président Sarkozy « prend sa part d’erreur », et l’assume publiquement. Je vois qu’il y’a du progrès dans son comportement et que la campagne présidentielle de 2012 vient de commencer. (LOL).
    Pour la première fois aussi, que le président écoute les voix opposées à ce projet. J’espère qu’une vraie réflexion sera menée sur ce sujet de fond qui est le téléchargement et qu’on pourra trouver une solution qui satisfasse tout le monde (téléchargeur et artistes) sans riposte graduée, sans prison.
    Mais il reste des zones d’ombre dans cette affaire. La semaine dernière les spécifications du mouchard « labellisé » (j’aime bien ce mot) d’Hadopi a été publié, qu’en deviendra t-il ? Wait and see ! !