A LA UNE 13/07/2011 à 10h39

Profs ou instits, déprimés et mal formés, ils ont démissionné

Nolwenn Le Blevennec | Journaliste Rue89

Les postes d'enseignants de collèges et lycées ne seront pas tous pourvus à la rentrée 2011 par concours, faute de candidats, mais ils le seront par d'autres voies, selon le ministère. Les résultats viennent de tomber et, dans quatre disciplines – mathématiques, lettres classiques, lettres modernes et anglais – 978 places offertes aux Capes externes ne sont pas pourvues.

Dans un communiqué, le Snes-FSU dénonce, entre autres, « la dégradation des conditions d'entrée dans le métier ».

(De nos archives) Les jeunes se détournent de l'Education nationale (EN) : à la session 2011, ils ont boudé le concours avec 35 000 candidats de moins. Depuis septembre, de nombreux profs stagiaires ont démissionné de l'académie de Créteil, selon une source syndicale. Le rectorat parle lui de 1,6% (14 sur 833 stagiaires dans le secondaire).

La réforme de la mastérisation, qui modifie les conditions d'accès aux concours (bac+5 requis) et zappe l'année de stage, a été la goutte d'eau. Les syndicats sentent un « mal-être général dû au manque de préparation ».

Alors que le taux de chômage des jeunes actifs est très haut en France, ces trois profs ont renoncé à un CDI à vie.

Kevin, trop romantique


Kevin, 35 ans, se souvient qu'après avoir envoyé sa lettre de démission, il a reçu le coup de fil d'un « gestionnaire du rectorat ». Il se rappelle s'être dit : « Chouette, quelqu'un se soucie enfin de moi. » Cette personne l'appelait en fait pour lui dire que sa lettre avait été perdue et qu'il fallait en renvoyer une. C'est tout. Dans l'Education nationale, Kevin a eu le sentiment d'être un numéro, pendant trois ans et jusqu'au bout.

Ancien élève d'une grande école parisienne, gros lecteur à petite veste côtelée, Kevin rêvait d'autre chose. Il est devenu prof après avoir vu le documentaire « Etre et avoir ». Il se voyait devenir un prof qui change les vies. Expressions fétiches : « transmettre », « créer des liens empathiques », « je crois en toi ».

La révélation de la petite clochette

Va donc, grand romantique. Il s'est pris une claque. Kevin a beaucoup souffert de solitude d'abord. Pas de hiérarchie, pas d'équipe, pas de soutien, pas de groupe de paroles. Il était face à 30 enfants et des incertitudes :

« Que tu fasses bien ou mal, tout le monde s'en fout. Personne ne t'aide avec ta classe. »

Kevin pense qu'il avait des « qualités pédagogiques », mais manquait de formation « en gestion de classe ». Complètement perdu face à une maternelle du quartier Stalingrad :

« Je pensais que pour réunir des enfants autour de soi, il suffisait de taper dans les mains [il mime, ndlr]. Alors je tapais comme un con, mais aucun enfant ne bougeait. J'ai appris plus tard que la petite clochette marchait mieux. Si tu ne sais pas ça, ça sert à rien de continuer. »

La consolation du scoubidou

L'ancien prof admet qu'il manquait aussi de distance et de psychologie. Le pire a été son année de CE1 en ZEP. Le deuxième jour a été atroce (le premier, silence extraordinaire, les élèves le testent). Au bout de quelques semaines, il entendait tous les matins les camions-poubelles passer. Il ne dormait plus.

Un bon souvenir : une jeune élève qui a compris qu'elle avait le droit de venir au tableau et se tromper. Une autre lui a offert un scoubidou.


« Les Désarrois d'un jeune instit » de Kevin André.

Kevin a raconté tout ça dans un livre : « Les Désarrois d'un jeune instit » (éditions JC Lattès). Après publication, il a reçu « une trentaine de lettres-témoignages poignantes ».

Il pense que l'EN n'écoute pas les profs, qu'il faudrait faire « remonter les bonnes pratiques du terrain et les disséminer un peu partout » au lieu d'avoir une approche « de haut en bas ».

Aujourd'hui, il a créé Zup de Co, une association de lutte contre le décrochage scolaire :

« L'objectif n'est pas d'envoyer les gens à Polytechnique, mais de faire passer les élèves dans la classe suivante ».

Il a deux jeunes fils, Victor et Basile, qu'il gère pas mal. Il a retenu une règle de son expérience d'instit en maternelle : quand tu dis quelque chose à un enfant, il faut le faire, sinon « il n'y a plus aucun respect ».

Céline, trop rebelle


Céline en Bretagne après sa démission de l'EN (DR).

Céline exagère un peu. A l'entendre, l'EN serait proche d'un régime stalinien. L'ancienne professeure d'espagnol, qui a quitté « le navire » en 2007, décrit un système qui appuie sur les faiblesses des gens, éjecte les dissidents et fait de la rétention d'information. Cela nous fait aussi penser à la Scientologie.

L'ex-prof franco-mexicaine a donc démissionné de peur de se faire couper la tête : « C'est ce qu'ils font avec les gens qui dépassent, voilà », dit-elle. Le mot « voilà » avec un léger accent espagnol. La colère subsiste, cinq ans après.

Considérée comme une gamine mal dans sa peau

Le régime totalitaire en trois illustrations : d'abord, les rapports difficiles avec son tuteur de stage (on les appelle aussi maîtres-formateurs). Un lien qui est vécu par beaucoup de jeunes profs comme infantilisant. Céline n'arrive pas à appliquer les conseils qu'il prodigue d'un ton péremptoire (il n'a que le mot « autorité » à la bouche). Il se met à lui parler comme « une petite gamine trop grosse ».

Quand il assiste à ses cours, du fond de la classe, il lève les mains au ciel de désapprobation (certains profs acceptent de devenir formateurs sans envie, pour la prime). Céline se sent humiliée et nulle, ou l'inverse.

Deuxième anecdote : comme cela se passe mal avec son tuteur, Céline décide de se confier à une formatrice de l'IUFM. Peu de temps après, au cours d'une réunion, la formatrice met en cause sa vie personnelle :

« Vos parents sont loin, vous êtes seule. Appelez la cellule d'écoute du rectorat. »

Céline, loin de ses parents depuis ses 15 ans :

« C'est jamais de leur faute. Je me suis sentie rabaissée. Vous ne pouvez pas remettre en cause l'organisation. »

« Les anxiolytiques, tout le monde trouve ça normal »

Troisième étape : la démission. Sa santé est en jeu :

« Tout le monde considère ça normal, la première année, de prendre des anxiolytiques. Pas moi. »

Céline ne trouve aucune information sur la procédure à suivre. Les syndicats et ses collègues ne l'aident pas, « ce serait remettre en cause leurs propres choix de vie ». Ils lui conseillent une « mise en disponibilité » ou un « arrêt maladie », bref de profiter du système. Elle trouve finalement la réponse sur des forums « obscurs ».

Enfin, les rigidités de l'EN, la lecture religieuse des « BO » (bulletins officiels) par les profs, le « poids de l'autorité » lui donnent des envie d'anarchie. Sa lettre, finalement envoyée en décembre 2007, est courte, sobre et se termine par « salutations ». Quelques jours après, un « type » du rectorat l'a appelée pour proposer de prendre quinze jours pour réfléchir, « comme si j'étais une enfant, ça m'a trop énervée ».

Céline, 30 ans, vit aujourd'hui « au fin fond du Finistère » où elle élève ses enfants. Elle a raconté sa démission sur un blog sous le pseudo de Pepina. Le site, bien référencé sur Google, est connu des jeunes profs déprimés.

Anne-Sophie, trop sensible


Les yeux d'Anne-Sophie devant le groupe de presse qui l'emploie en stage (Nolwenn Le Blevennec/Rue89).

Anne-Sophie, 27 ans, connaît bien le blog de Céline, c'est l'une des premières choses dont elle parle :

« Tu l'as lu ? Dans l'Education nationale, c'est tabou d'aller mal. Heureusement, il y a Internet et les blogs. »

Cette petite blonde, perles aux oreilles, très réfléchie et qui vient du Nord de la France, n'a pas du tout le même profil que l'impulsive Céline. Elle a aussi démissionné.

Ses premiers jours de classe, Anne-Sophie les vit dans un stress qui la met de mauvaise humeur. On lui a dit que le premier cours est le moment de la « grande révélation », la sensation d'être au bon endroit est censée vous envelopper entièrement. Elle n'a pas trouvé ça transcendant du tout.

La jeune prof se rend compte que les élèves ne l'écoutent pas. Aucun. C'est encore pire, dit-elle, que le bordel :

« Je parlais dans le vide, j'avais l'impression de devenir folle. »

Les élèves, un miroir anxiogène


Anne-Sophie devant son lieu de stage. ((Nolwenn Le Blevennec/Rue89).

L'impression d'inadéquation est totale. Anne-Sophie se rend compte qu'elle manque d'aisance et de théâtralisme. Personne ne lui a appris (son premier cours d'IUFM a eu lieu deux jours avant la rentrée) à capter l'attention.

Perfectionniste, elle vit mal le fait de se sentir échouer : trente paires d'yeux la regardent et elle se demande ce qu'ils pensent d'elle à chaque moment.

Les élèves sont un « miroir anxiogène » de sa personne, dans lequel elle lit de l'ennui. Pour être un bon prof, elle pense qu'il faut une capacité à s'oublier qu'elle n'a pas. Une autorité naturelle, aussi :

« Quand les élèves sont excités, on te conseille de jouer au méchant. Moi, je tapais par exemple mon sac contre la table, au lieu de le poser. Je claquais un peu la porte. Ça marche bien, mais tu contrains ta personnalité et tu dois contrôler ta gestuelle, c'est épuisant. »

Anne-Sophie s'est trompée de voie. Elle en veut aussi à l'EN. Elle enseigne la grammaire à des sixièmes alors qu'elle a étudié les lettres. Les effectifs qui augmentent l'obligent à mettre « consciemment » des élèves de côté. Quant aux programmes, la mise en place de la méthode inductive, par exemple, est une « absurdité pédagogique » : « Les élèves sont perdus et le niveau sonore monte. »

Mais si elle décide de faire autrement, les inspecteurs le verront sur ses fiches de cours. Impossible de prendre quelques libertés.

Cartouches d'encre dans la figure

Pendant plusieurs mois, Anne-Sophie renonce à parler de ses difficultés à l'IUFM. Elle sait qu'on va lui faire comprendre que c'est de sa faute, comme à une de ses copines qui a reçu des cartouches d'encre sur le visage et qui a été accusée par ses formateurs de « mépriser son public ». Elle parle d'une « culture de la culpabilisation ». Si elle s'avoue en difficulté, il y aura aussi plus de visites d'inspecteurs et donc plus de stress. Elle se tait.

L'école est devenue insupportable. Aux vacances de février, Anne-Sophie finit par se mettre en arrêt maladie, un grand classique. Elle pense, au passage, qu'il ne serait pas idiot qu'il y ait « une médecine préventive qui vienne vers les profs, il y a urgence ».

Son congé va finalement se prolonger jusqu'à la fin de l'année, elle pense que sa vie est foutue. Elle en profitera pour passer les concours des écoles de journalisme (avec succès). Le soir où elle a envoyé sa lettre de démission, « c'était hyper-libérateur ». Elle a ouvert une bouteille de champagne.

► Article initialement publié le 27/04/2011.

Corrigé le 28/04/11 à 10h15. Céline a envoyé un mail de précisions sur sa nationalité et ne souhaite pas que la comparaison avec la Scientologie lui soit attribuée.

Corrigé le 04/05/11 à 15h38. Le rectorat de Créteil donne les vrais chiffres des démissions.

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  • Fred24
    Fred24
    Rural
    • Posté à 11h27 le 27/04/2011
    • Internaute
      Rural

    Au bon vieux temps on entrait à l'école normale à 17 ou 18 ans....Les élèves sortaient du cm2 en sachant lire, écrire, conjuguer le subjonctif et compter. Maintenant on balance des « masterisés » sans aucune sélection autre qu'un concours et on s'étonne que ça ne marche pas....Peut être que savoir transmettre un savoir et savoir étudier son deux choses très différentes. Et puis beaucoup de ces « masterisés » sont incapables de se mettre au niveau d'un élève de ce1. Je n'aimerais pas être à leur place.

  • Mme Berthe
    • Posté à 11h32 le 27/04/2011

    « si elle décide de faire autrement, les inspecteurs le verront sur ses fiches de cours. Impossible de prendre quelques libertés. »

    Je crois que tout est dit...

    En fait, le gros problème, et ça n'est pas le cas que pour les instits et les profs, est que l'éducation nous fait croire jusqu'à très tard que nous sommes formé-e-s pour faire ce qui nous plaît. Que nenni ! ! « La société » a des besoins, elle attend de nous quelque chose de précis et de « rentable », à un niveau ou à un autre. L'éducation, la recherche, la médecine, ont une rentabilité qui est par certains aspects plus gratifiante que d'autres boulots, mais la réalité est toujours là : on nous a créés de toutes pièces, on nous utilise pour remplir une fonction. Quel intérêt y'aurait-il alors à nous laisser une quelconque marge de manœuvre ? C'est ce dont les administrations sont en train de prendre de plus en plus fortement et cyniquement conscience...
    Sauf que, sans marge de liberté, les humains étouffent. Dans l'éducation comme ailleurs, j'ai bien peur que la construction de quelque chose de sensé ne puisse se faire sans la destruction (dont la désertion évoquée ici est l'élément central) d'une grande partie de ce qui préexiste.

  • Dalriada
    Dalriada répond à Schrödinger
    • Posté à 12h00 le 27/04/2011

    C'est un peu l'histoire de mon porte qui veut devenir prof de lettres parce qu'il aime les lettres et qu'il voudrait transmettre cette passion. Et non pas parce qu'il aime enseigner (avec la part de discipline que cela implique).

  • Schrödinger
    Schrödinger répond à Dalriada
    Poli et gentil. Très rue89.
    • Posté à 12h10 le 27/04/2011
    • Internaute
      Poli et gentil. Très rue89.

    Ça c'est clair ; ce qui compte c'est vouloir être prof... La matière enseignée est quasiment anecdotique... Je dirai même qu'on risque encore plus vite d'être déçu si c'est par amour de l'histoire ou de la littérature qu'on en vient à enseigner...

  • algiedi
    • Posté à 12h20 le 27/04/2011

    Cet article correspond assez à ce que j'ai pu entendre dernièrement : j'ai deux amis profs (collège & lycée) et les deux prévoyaient déjà de changer de métier avant la fin de leur première année.

    On va faire comment quand tout le monde aura démissionné ?

  • _GF_
    • Posté à 12h28 le 27/04/2011

    Ce qui est assez surprenant, par rapport aux autres témoignages du même type, c'est que l'accent est peu mis sur le rapport à la mastérisation. Visiblement, ces trois ex-collègues ont l'air d'avoir démissionné avant la réforme.
    Quand on disait que c'était globalement n'importe quoi avant, et que c'est encore pire maintenant, pas grand monde n'y prétait une oreille attentive.

    Sans que ça aille jusqu'à une démission, j'ai pas mal d'exemples de collègues qu'on traite comme de la merde (désolé du terme, mais c'est vraiment ça).

    Dernier exemple en date : deux collègues, bossant en ITEP à côté de mon école (un institut médico-pédagogique, pour des élèves en rupture) qui craquent, parce qu'on ne prenait pas en compte les difficultés qu'elles faisaient remonter des classes (se faire mordre jusqu'au sang, gérer la violence des mômes, se faire frapper, je passe le détail de la liste).
    Une des deux (une amie, par ailleurs) a été obligé de se mettre en arrêt 4 mois pour qu'on l'écoute (avec passage à mi-traitement au bout de trois mois). Elle refusait qu'on dise qu'elle était en arrêt maladie (ce qui n'était pas le cas), mais plutôt que de lui proposer un poste de remplaçant, comme ça se fait régulièrement, l'inspection (n+1) semblait vouloir la laisser en arrêt jusqu'à la fin de l'année, pour des raisons tout à fait nébuleuses (j'ai quelques hypothèses, mais je risque d'être vulgaire).
    Il a fallu qu'elle prenne rendez-vous avec l'inspecteur académique adjoint (n+2) pour que la situation se débloque...

    Quand à l'autre collègue, elle a été affectée à un poste administratif et remplit de la paperasse jusqu'à la fin de l'année.

    Tout ça, alors que les remplacements de collègues absents étaient encore moins assurés que d'habitude, et que les épidémies, la fatigue et le ral le bol général augmentaient les arrêts maladies dans tout le département.
    Au lieu de remettre ces deux collègues devant élèves, on les met de côté...

    Et encopre, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. J'aurais encore beaucoup d'autres histoires du même registre à raconter.

    GF, prof des écoles

  • supertoto
    supertoto
    (ancien) post-doc
    • Posté à 13h34 le 27/04/2011
    • Internaute
      (ancien) post-doc

    Tout cela me rappelle des souvenirs... j'ai démissionné de l'EN après 2 mois et demi (j'enseignai la physique chimie). À cette époque, on avait moins d'heures : j'avais juste une seconde, celle que tous les autres enseignants avaient évité de prendre, celle avec des élèves qui ont déjà l'étiquette : « toi tu n'iras pas dans les sections générales ».

    Un véritable calvaire, surtout lorsque les collègues n'osent pas vous dire que c'est la classe la plus dure, puisque cela reviendrait à avouer qu'ils ont choisi d'envoyer le petit stagiaire de 22-23 ans se casser les dents. Quant à l'IUFM, c'est rempli de gens auxquels il ne faut surtout pas dire que cela va mal, car ils vont vous répondre que tout est de votre faute. Et la moindre critique de leurs méthodes fait de vous un paria.

    Les autres stagiaires sont généralement puérils, et leur niveau véritable n'est souvent pas suffisant pour enseigner, même dans le secondaire. Ils ne savent qu'appliquer des recettes de cuisine, celles qui sont requises pour passer le concours. Les plus intéressants sont, paradoxalement, ceux qui ne collent vraiment pas avec les méthodes type « IUFM », comme si le système cherchait à valoriser les plus stupides.

    Au final, je préfère encore mon statut de jeune chercheur en CDD (j'espère pas pour très longtemps), même si j'ai abandonné un poste à vie.

  • Dave Feng
    • Posté à 14h17 le 27/04/2011
    • Internaute

    Merci pour cet article. Mais ce serait bien de le faire suivre d'autres articles, histoire de sortir les riverains de cette désagréable impression de relire le même marronnier...
    1/ Un article ancien de Rue89 rappelait une étude de l'OCDE indiquait que le taux de démission chez les jeunes enseignants était fort dans tous les pays de la zone. La France a un taux légèrement supérieur. Pourquoi ?
    2/ La conjoncture actuelle fait-elle augmenter ou baisser le nombre de démissions ? (est-ce que la récente réforme a augmenté les démissions ? les arrêts ? )
    3/ L'EN s'est doté d'une directrice RH. Travaille-t-elle sur ce dossier ? Ou est-elle là pour appliquer sa « feuille de route » (euphémisme moderne pour dire que l'on est incompétent et irresponsable...) ?

    - Pour l'anecdote - j'ai moi aussi démissionné de l'EN. Au bout de cinq ans, on m'a placé à 2h30 de transports en commun de mon domicile, alors que je suis marié avec deux enfants. Je suis parti faire autre chose. Les collègues, les élèves étaient gentils. Le rectorat inexistant. - la seule chose désagréable, c'est cette insistance de tous à considérer qu'il est normal de prendre sur soi. J'admets que travailler, c'est accepter des contraintes - mais il y a une frontière du mépris que toutes les grosses administrations oublient rapidement...
    - et maintenant, j'ai un travail près de chez moi, mieux payé, tout aussi utile socialement.

  • Lazu
    • Posté à 17h31 le 27/04/2011

    Article intéressant mais quand même peu en accord avec les réalités, vu que les intervenants « datent un peu ». Et oui, tout va vite avec notre gouvernement. Peu en accord, donc, car c'est bien pire aujourd'hui...

    Allez la Rue... au lieu de vous voiler la face et de faire, faut le dire, dans le pseudo-sensationnel réchauffé, ne regardez pas ce qui s'est produit il y a deux ans, regardez ce qui se passe aujourd'hui avec la mastérisation. Regardez les conditions déplorables, risibles, du concours pour les futur profs qui se préparent à ce métier et aiment travailler auprès des jeunes... Regardez aussi la sape de la formation, et cette blague du master enseignement. Regardez enfin les conditions dans lesquelles nos élèves vont devoir, dans les années qui viennent, travailler. Car oui, le constat est sévère. Et ce n'est pas tant les nouveaux profs qui sont en difficulté, cela n'est plus nouveau tant c'est devenu une réalité. C'est la résultante de tout cela qui est dramatique, toute une institution qui souffre et les élèves en première ligne.

  • Edelweiss
    • Posté à 19h26 le 27/04/2011

    « Les jeunes se détournent de l'Education nationale (EN) : à la session 2011, ils ont boudé le concours avec 35 000 candidats de moins.... »

    Et vous savez pourquoi ? Dans son grand élan de réforme l'Education Nationale a avancé l'an dernier les dates de concours et des inscriptions sans faire la publicité nécessaire.
    En 2010 il fallait s'inscrire au plus tard le 12 Juillet pour la session 2011 du CAPES, alors les années précédents les candidats avaient le temps jusqu'à fin octobre !

    Et beaucoup de profs potentiels ont tout simplement loupé le moment d'inscription !

  • caliclès
    caliclès répond à Edelweiss
    • Posté à 19h32 le 27/04/2011

    Non.

    Cette explication est quand même largement insuffisante (cela ne veut pas dire qu'elle est inexacte).
    La crise des « vocations » (je déteste ce mot) est bien plus ancienne que cela.
    Dans ma discipline le nombre de candidat chute à une vitesse vertigineuse depuis 2002.

  • Bozars
    • Posté à 18h11 le 13/07/2011

    Bonjour,
    Cela fait maintenant presque 10 ans que je suis prof en Lycée Pro (enseignement général). Pendant l'année d'IUFM, je me disais tous les jours « je vais démissionner ». Et puis voilà, trois ans en banlieue parisienne (la vie dans le tgv), deux ans au fond du Médoc et trois ans en banlieue bordelaise, et c'est toujours mon métier. Je m'y suis fait et j'aime le faire mais je crois que c'est un métier difficile comme beaucoup d'autres et que certains s'y font (ou sont faits pour même si je n'aime pas bien cette manière de dire) et d'autres non, comme les boulangers, les médecins etc... pourquoi éviterait-on de le dire ? Il faut supporter la confrontation et la mise en question par une 30aine de personnes jeunes et beaucoup moins fatiguées que vous pendant une 20aine d'heures par semaine et ensuite essayer de préparer correctement ce que vous allez leur proposer pour peut-être faire émerger quelque chose pendant le temps que vous les voyez...et encore...ce qu'on maîtrise vraiment là-dedans... Il faut c'est vrai aussi accepter d'être fonctionnaire (il y a des contreparties) et beaucoup se lancent dans le métier sans y penser vraiment : la grosse machine de l'éducation nationale, les mutations souvent pas du tout là où on voudrait surtout au début, la hiérarchie complexe, le jargon des programmes...etc... Tout cela pour dire que devenir enseignant ça ne peut pas être simplement recycler son diplôme universitaire en réussissant un concours, malheureusement ou heureusement je ne sais pas. J'ai tout de même été très touché par les portraits de ces trois anciens profs, ils ont su d'une certaine manière faire face à leurs difficultés et je rejoins la plupart des critiques perceptibles dans leurs témoignages, elles ont fondé l'envie que j'ai eu moi aussi de démissionner un jour et que j'aurai peut-être encore un jour. Mais pour ceux qui décident de rester profs il y a de quoi faire et de quoi trouver une place au milieu de beaucoup d'absurdités, notamment face aux élèves.