Si si, les jeunes votent encore comme leurs parents
Peu importe ce qu’ils en disent à table, les trois quarts des jeunes rejoignent le camp idéologique de papa-maman.
Dans « Tout le monde dit “I love you” » de Woody Allen, le fils de la famille, Scott, porte une raie sur le côté et des polos rayés – à l’intérieur du pantalon. Il est contre les allocations et pour le port d’armes. Son père en pleurerait de rage.
Le soir de Thanksgiving, Scott fait une attaque. Diagnostic : une artère bloquée. Pendant des mois, son cerveau a manqué d’oxygène. Tout s’explique ! « Une fois guéri, Scott a embrassé la pensée démocrate », dit la voix off. Retour à la normale, son père est fou de joie. (Voir la vidéo, en anglais)
Retour à la normale, vraiment ? « Oui, les jeunes votent toujours comme leurs parents, cela n’a pas changé », répond Anne Muxel – « Avoir 20 ans en politique », Seuil, 2010.
La famille, « LE creuset » des opinions politiques
La sociologue, spécialiste de la « transmission générationnelle », explique que la famille est « LE creuset » des opinions politiques. Selon une étude Cévipof de 2007, trois quarts des jeunes se situent dans la continuité des choix politiques de leurs parents.
Ils ne votent pas toujours pour le même parti, mais rejoignent le camp idéologique de papa-maman.
Même s’il est plus flou que dans les années 50, le clivage gauche/droite persiste. Anne Muxel précise que dans des familles « désinstitutionnalisées », la transmission emprunte des voies plus officieuses, plus affectives :
« Les idées politiques sont véhiculées dans les échanges quotidiens, notamment avec la mère. Des idées peuvent passer en écoutant la radio ensemble, par exemple. »
Chaque enfant évolue ainsi dans un « bain idéologique », et intègre des positions-clés (sur la peine de mort ou les syndicats, par exemple). Plus elles sont explicites et plus la transmission est effective. Exemples en famille.

« Ma grand-mère est mariniste, je suis golnishienne »
Jacques Tanguy, élu Modem aux dernières cantonales, a cinq enfants. A la maison, quand ils étaient petits, le militant a beaucoup parlé politique, prônant « le partage des richesses », mais aussi « une économie qui marche ».
Tous ses enfants, qui ont entre 20 et 30 ans aujourd’hui, ont un « vote très social », de la gauche au centre-droit. François, le plus âgé, est élu Modem à Alfortville :
« Aucun d’eux n’aurait pu choisir Le Pen ou Sarkozy. L’exclusion n’est pas le truc de la maison. »
Plus à droite, chez les Jarty, le gaullisme se transmet de père en fille (avec la forme des yeux). Pour Laëtita, élue UMP de la mairie de Bordeaux, 25 ans, l’engagement politique de son père, ancien RPR, a « fortement » influencé ses choix :
« Quand j’étais petite, j’allais à la mairie où il était élu, je croisais Chaban-Delmas. »
Laëtita a intégré les discours-maison sur le mérite et le travail. Son père, très fier d’elle :
« Je suis content qu’elle ait pu intéresser un homme comme Alain Juppé. J’aurais été profondément choqué si elle avait décidé de s’engager pour un parti extrême. »
En Loire-Atlantique, trois générations de femmes se sont présentées aux dernières cantonales, sous l’étiquette du Front national.
Laura Lussaud, 20 ans, est entrée en politique « grâce à sa grand-mère ». Elle lui a transmis un goût pour l’Histoire, la culture française et le catholicisme. Petite, Laura apprenait à ses camarades de classe à chanter « La Marseillaise ». Mais depuis ses 13 ans, elle pense de façon autonome :
« Ma grand-mère est mariniste, je suis golnishienne. Mes idées politiques, je me les suis construites toute seule. Une révolte est montée : mon frère est handicapé, qui était laissé de côté, j’ai voulu me bouger. »
Chez « les cocos », au-delà du PS, c’est la rupture
Les familles communistes constituent un cas à part. Les jeunes sont plus embêtés : le PC n’est plus trop dans l’air du temps. L’héritage politique profite souvent à d’autres partis. Enfants et petits-enfants optent pour le Front de gauche, Europe Ecologie, voire le Parti socialiste – au-delà, c’est la rupture.
C’est le cas de Clara Vieuguet, liée au PC à 21 ans, mais qui choisit maintenant l’une de ces trois formations politiques, à chaque élection, « selon l’enjeu ». Son grand-père, André Vieuguet, était un ancien dirigeant « du parti ». La famille ultra-coco a fait l’objet d’un reportage en 1997 dans « La Marche du Siècle ».
Clara a aujourd’hui 30 ans :
« Petit à petit, ma naïveté s’est heurtée à la réalité. Dès la fac, j’ai choisi d’adhérer à l’Unef-ID, proche des socialistes. C’est mon premier acte de rébellion. Il y en a eu d’autres. »
Son frère, Renaud, ancien communiste, a même été jusqu’à voter « oui » au référendum sur le Traité constitutionnel européen – elle l’a engueulé. Clara assure avoir néanmoins conservé ses idéaux communistes : « solidarité et justice sociale. »
La fonctionnaire territoriale raconte comment la greffe des idées a lieu : les discussions politiques dominicales, les manifestations en famille du 1er mai – Clara reproduit : sa fille de 2 ans a fait les manifestations pour les retraites.
Son deuxième prénom est « Margit », celui d’une amie de la famille qui vivait en Allemagne de l’Est.

Une grand-mère anar sur son petit-fils : « Traître socialiste »
Même chose chez Pierre Juquin. Dans la famille de l’ancien candidat PSU et LCR à la présidentielle de 1988, personne ne vote plus PC « depuis la chute du mur ».
Mais ses onze petit-enfants, entre 20 et 25 ans, votent quand même tous à gauche. Avec une forte poussée Europe Ecologie (« des aspirations à d’autres modes de vie émergent », analyse Pierre Juquin).
L’un de ses petits-fils, dont il semble fier, est un militant Vert qui a choisi de vivre « autrement ». Il a arrêté ses études pour devenir accordeur de piano. Il habite dans une maison en bois dans les environs de Bordeaux, avec très peu d’argent et « un côté ours, à la Jean-Jacques Rousseau ».
Le plus à droite de la famille Juquin est l’un des fils de Pierre. Ayant eu un parcours scolaire exemplaire, il a terminé cadre dirigeant dans la banque et s’apprête à voter pour Dominique Strauss-Kahn, « il le perçoit comme un keynésien ».
Presque la rupture ? La grand-mère décédée de Pierre Juquin, centenaire anarchiste qui traitait son petit-fils de « traître socialiste » quand elle le voyait à la télévision, ne l’aurait peut être pas supporté.
Moi, mes parents et « mes envies d’entrepreneuriat »
Pour un gros quart de jeunes, la transmission parentale ne joue pas dans le sens de la continuité. Selon Anne Muxel, c’est souvent parce que leurs parents n’avaient pas d’opinions politiques concordantes. Les cas de ruptures sont finalement assez rares – seulement 5%.
Ils peuvent être liés à une crise d’adolescence, une tuile, un mariage, une évolution professionnelle.
Le père de Pierre-Olivier est fabusien, la mère vote PS aussi. A 24 ans, le jeune ingénieur, qui fait des applications pour mobiles, se sent de plus en plus évoluer vers le centre. Il a le sentiment qu’on doit aider les autres, « mais pas tout le monde » : il considère qu’il faut des contreparties. Il cherche « des solutions liées à [ses] envies d’entrepreneuriat ». S’il ne vote pas Sarkozy, il ne peut pas jurer qu’il ne votera pas un jour à droite.
Influencé par son boulot et par sa petite-amie ? Sa compagne a voté Sarkozy en 2007, parce qu’elle pensait qu’il était le seul à pouvoir faire « des réformes difficiles pour que la France reste concurrentielle ». Comme ses parents.

- Sur Rue89Un déj » à Boulogne-sur-Mer avec les jeunes voix du FN
- Sur Rue89Faut-il accorder le droit de vote dès 16 ans ?
- Sur youtube.comLa bande-annonce de "Tout le monde dit I love you sur Youtube
- Sur dailymotion.comLa famille Vieuguet dans La Marche du Siècle sur Dailymotion
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le pote à nonante-huit
le pote à nonante-huit
Pas plus que les autres partis, effectivement ! ! Mais comme on leur demande surtout de virer les racailles, autant voter pour eux ! !




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