Enquête 24/04/2011 à 22h58

En France, la maladie de Lyme souffre de déni médical

Pauline Grand d Esnon | Etudiante en journalisme

Difficile à diagnostiquer et à traiter, la maladie de Lyme, qui s’attrape par une morsure de tique, est très mal connue en France.


Quand Ania Dal a découvert la rougeur douloureuse sur sa cuisse, après un week-end en banlieue parisienne, elle a cru à une piqûre d’araignée. Dix jours après, elle a de la fièvre, des courbatures. Son travail la fatigue, lui dit-on. Mais les symptômes se multiplient. Son genou droit enfle, elle n’arrête pas d’attraper froid, elle est épuisée, tout le temps :

« La fatigue me terrassait par vagues, je devais me coucher en position fœtale. J’étais hypersensible au bruit. Je ne pouvais plus travailler, plus conduire. Je suis psychologue du travail, et j’avais du mal à m’exprimer, à aligner les mots. »

Quatorze ans de diagnostics erronés

Le médecin lui parle de maladie auto-immune, lui explique qu’elle souffre d’un déficit immunitaire. Elle accumule les prises de sang, on lui parle de leucémie, de lymphome, de sida. Son état s’améliore vers 2007, mais après une crise de stress, elle rechute. Le tout dure quatorze ans. Aujourd’hui encore, son élocution est difficile.

Et c’est en mars 2011, au détour d’une conversation avec une cliente qui présente les mêmes symptômes, qu’elle apprend que son affection correspond à la maladie de Lyme. Une infection due à une morsure de tique, courante en Europe et aux Etats-Unis. Une recherche sur Wikipédia le lui confirme. Elle effectue une sérologie. Le test est positif.

« Quand j’ai appelé mon médecin traitant pour lui dire que c’était la maladie de Lyme, il ne m’a pas crue. Il semblait à peine savoir ce que c’était. Il m’a que le Lyme, ce n’était rien, que moi j’avais quelque chose de beaucoup plus grave, mais que j’étais en déni. Maintenant, j’ai recours à la médecine douce. »

« C’est comme si je me tétanisais de la tête aux pieds »

Le cas d’Ania Dal est représentatif de la méconnaissance de nombreux médecins. Cette maladie toucherait pourtant entre 12 000 et 15 000 Français par an, selon les estimations de l’Institut Pasteur. Des estimations basses, précise l’association France Lyme, qui informe et met en relation des malades à travers la France, via un forum. Un nombre indéterminé de Français en est porteur sans le savoir.


Un érythème migrant dû à une piqure de tique (James Gathany/Wikimedia Commons/CC).

Car l’infection est difficile à diagnostiquer. Elle se traduit souvent par un rond rouge, dit érythème migrant, au niveau de la piqûre. Les premières manifestations surviennent longtemps après, entre dix jours et plusieurs mois, et s’apparentent à la grippe. Parmi les rares docteurs qui ont le réflexe de penser à la tique, beaucoup sont des médecins de campagne.

La tique est en effet porteuse de la bactérie Borrelia, qui provoque la maladie. Si elle n’est pas traitée, elle peut devenir chronique, avec des symptômes extrêmement divers et handicapants. Douleurs articulaires, paralysie faciale, méningite, pertes de concentration, épuisement...

Jeanne Gruson raconte son calvaire :

« J’avais très mal à la hanche droite, on m’a diagnostiqué de l’arthrose. Mais j’étais aussi très fatiguée, déprimée, j’avais mal partout. C’était comme si je me tétanisais de la tête aux pieds. C’est une amie qui m’a appris l’existence de Lyme, sa fille l’avait eue. Quand j’en ai parlé à mon médecin, il m’a ri à la figure. Il m’a dit qu’il n’y avait plus de Lyme aujourd’hui. »

Jeanne Gruson se fait tester positivement et change de médecin. En un mois de traitement aux antibiotiques à base d’amoxicilline, elle est guérie. Une chance qui n’est pas donnée à tous les malades. Le test ne permet pas toujours de détecter Lyme.

« J’avais tous les symptômes, mais le test était négatif »

En effet, la maladie se teste normalement en trois fois : deux premières sérologies dites Elisa, qui détectent 50% des affections. Et un test Western Blot, plus fiable, qui détecte les protéines virales et bactériennes. Mais toutes ces techniques produisent souvent de faux positifs ou de faux négatifs. Les souches de Borrelia sont multiples, et la bactérie s’accompagne souvent de « co-infections », véritable cocktail transmis par la tique, et qui brouille les tests.

Aucun des tests effectués par Cécile M. n’a affiché positif. Et pourtant, cela fait un an et demi qu’elle est infectée. Lors d’une randonnée en Irlande, elle se retrouve avec dix-sept tiques sur le corps. Dix jours plus tard, elle déclenche un état grippal. Des recherches sur Internet lui font soupçonner la vérité, mais les tests ne vont pas dans ce sens :

« On m’a dit que j’avais une gastro, une grippe, et finalement, une infectiologue m’a engueulée en me disant que je m’inventais la maladie, que j’étais juste stressée. »

Tâtonner pour traiter


Une tique (Scott Bauer/Wikimedia Commons/CC).

Et puis, il y a les problèmes de traitement. Le protocole prévoit deux semaines à un mois d’antibiotiques. Insuffisant quand l’affection a atteint un stade chronique. La bactérie progresse de manière très lente, ce qui empêche les antibiotiques de l’éradiquer tout de suite.

Le seul soin efficace pour les cas les plus graves, c’est le suivi personnalisé, empirique. Les médecins tentent des solutions, observent les effets. Avec des ajustements en fonction des réactions du corps.

Anne Tormo a étudié la microbiologie. Elle s’est penchée sur les traitements de la maladie de Lyme lorsque sa fille est tombée malade :

« En France, les médecins sont en découverte sur cette maladie, ils explorent. Le CHU a voulu faire une ponction lombaire à ma fille. C’était trop invasif et pas fiable, j’ai refusé. J’ai préféré le traitement à l’aveugle : un mois en intra-musculaire. Ça a très bien marché. »

Cécile M. aussi, après des traitements par antibiotiques inefficaces, a adopté le traitement à l’aveugle. Le spécialiste lui administre alternativement plusieurs antibiotiques, comme la roxithromycine, sur des périodes de deux semaines. Cela fait plus d’un an que la maladie l’empêche de travailler, de se concentrer ou de rester debout trop longtemps.

La maladie commence à être connue

Depuis deux ans, le danger sanitaire que constitue la maladie de Lyme est connu aux Etats-Unis. La prise de conscience en France est plus lente, mais elle commence à se répandre. Le docteur Dumont, médecin généraliste en Dordogne, raconte :

« La maladie de Lyme a été longtemps ignorée. Et puis on a commencé à faire des évaluations plus systématiques il y a quatre ans. Si le nombre d’infections augmente, c’est parce qu’on la détecte mieux, surtout à la campagne. »

Corrigé le 26/04/2011 à 09h49. Précision sur le champ d’action du test de Western-Blot

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  • Edoz
    Edoz
    Os de l'Educ
    • Posté à 00h06 le 25/04/2011
    • Internaute 40092
      Os de l'Educ

    J’ai déjà eu cette maladie. Comme je suis, on va dire curieux, j’ai potassé le sujet et je suis allé voir mon médecin. Outre le fait que c’est un ami, il est plutôt compétent et à l’écoute de ses patients et, avant que je ne lui confie mes craintes, a pensé à la maladie de Lyme. Deux semaines d’amoxicilline 1g et tout était rentré dans l’ordre.
    La maladie est assez peu connue, dans le sens où les études sérieuses sont peu nombreuses. La liste des symptômes de la maladie est très longue et cela va du rash à la méningite foudroyante. On peut la classer en trois stades. J’ai subi le premier avec un érythème migrant qui est passé d’une zône inflammée de la taille d’une pièce à une tache qui me couvrait la cuisse.
    Chaque tique n’est pas porteuse de la bactérie : on peut donc être mordu et ne pas développer la maladie. Il semblerait que cela concerne en gros 10 à 20% des cas. La tique peut aussi être porteuse et ne pas transmettre la bactérie.

    Deux ou trois choses à savoir pour éviter,dans la mesure du possible, cette maladie :

    Il ne faut pas tuer la tique à l’éther comme on l’entend encore souvent : l’ethyloxyde provoque la libération de la bactérie dans l’organisme quand la tique meure. Il faut l’enlever avec une pince à tique (genre de pied de biche miniature en plastique) en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, pour décrocher la tique sans qu’elle y laisse ses articles (crochets avec lesquels elle se fixe à la peau).
    On considère que le traitement aux antibiotiques est à commencer si l’animal est resté accroché plus de 24 heures.
    Certaines personnes « attirent » les tiques plus que d’autres : il faut alors éviter les balades sauvages (hors des sentiers, dans les hautes herbes, stationner sous les pins, s’allonger dans l’herbe) en forêt et se couvrir : pantalon dans les chaussettes, teeshirt manches longues et éventuellement, utiliser un répulsif à insectes.
    Les zones souvent infectées sont les plis, le creux poplité (derrière le genou), les chevilles...Après une ballade en forêt, bien inspecter son corps dans les moindre détails : la tique humaine mesure généralement entre 0.5 et 2 mm , noire ou brune, de forme triangulaire, très aplatie au début, plus ronde (car pleine du sang dont elle se nourrit) plus tard.
    Enfin, c’est dans la période d’avril à juin que les « contaminations “ sont les plus fréquentes.

  • MarxForEver
    MarxForEver
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 00h43 le 25/04/2011
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    Vous avez complètement raison de faire de la publicité à la maladie de Lyme.

    Nous autres forestiers sommes mis au courant dès le début de notre formation, car elle est endémique dans notre profession. J’ai moi-même fait plusieurs crise, comme quasiment tous mes collègues. J’en profite pour rappeler les consignes de sécurité :

    - ne pas se trimballer en forêt bras et jambes nus.

    - avoir des vêtements bien serrés à la taille et aux chevilles

    - éviter de s’approcher des grandes herbes et des feuillages, dans lesquels les tiques attendent de se laisser choir sur vous.

    - si vous avez une tique, l’enlever avant 24h

    Votre article mentionne la forme courte. Mais il faut préciser, que la forme longue produit des accidents vasculaires cérébraux des années après exposition.

    La maladie de Lyme est un véritable enjeu de santé publique :

    - de par l’augmentation du flux touristique en forêt, c’est à dire de gens pas conscients qu’ils ne sont pas dans un jardin public et ne prennent pas de précautions (ne pas laisser les enfants s’aventurer dans les parcelles)

    - de par le fait que les médecins de ville sont complètement incompétents à la diagnostiquer. Lors de mes crises, c’est moi qui ai indiqué au médecin quoi chercher

    - de par les pratiques cynégétiques : ce sont les tiques de chevreuils et de sangliers, qui transmettent la maladie. Les populations de sangliers sont maintenues à des niveaux très élevés par un nourrissage artificiel, pratiqué dans le but d’avor des effectifs suffisamment nombreux pour la chasse.

    La maladie de Lyme est là depuis toujours et ne sera jamais éradiquée, car chaque hectare de forêt contient des milliards de tiques. Seul le respect des précautions d’usage en milieu forestier peut vous protéger.

  • MarxForEver
    MarxForEver répond à Ikari63
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 02h09 le 25/04/2011
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    En tant que forestier, après 20 ans de pratique, moult contaminations (au moins 4 tiques/jour) et plusieurs collègues transformés en légumes, je puis vous assurer, que dans notre milieu nous prenons ce problème très au sérieux.

    Nous discutons fréquemment du problème de santé publique qui va surgir. Certes pendant longtemps, cette maladie a été cantonnée à nos professions et est restée confidentielle.

    Mais nous ne doutons, qu’il va y avoir problème. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que la forêt est devenue un milieu touristique, dans lequel nous voyons débarquer par milliers des urbains pas éduqués à ce milieu, armés de la certitude que tout est sous contrôle. Or les forestiers ne contrôlent que les arbres. Ce qui vit dessous est sauvage.

    Je puis vous assurer que je suis tous les jours témoin de comportements à risque, non seulement par rapport à lyme, mais aussi par rapports à d’autres risques du milieu forestier.

    Cet article n’est nullement alarmiste, mais le reflet d’une préoccupation très réelle, même si on ne peut pas attendre une précision microbiologique d’un journaliste.

    C’est une très bonne chose d’alerter sur ce sujet.

  • homopragmaticus
    homopragmaticus
    entrepreneur
    • Posté à 10h20 le 25/04/2011
    • Internaute 113701
      entrepreneur

    vivant et travaillant en Foret je trouve cet article un peu.... exagéré.
    Cela ne fait surement pas deux ans que l’on decouvert la maladie de lyme, nottement aux etats unis ou la souche est beaucoup plus virulente que celle d’euriope. Cela date au minimum des année 70.
    Par ailleurs tous les medecins de campagne d emon coin connaissent cette saloperie, et les bucherons et exploitants forestiers tres exposés aussi....et ça depuis plus de 10 ans, avec meme il y a 6 ou 7 ans une conference info....
    Alors que « certains » medecins, surtout medecins de ville ou hospitalier psécialisés se souciant peu de se tenir au courant des maladies endémiques aux epaces naturels, comme des maladies tropicales aussi, ignorent cela je veux bien le croire. Mais que l’ensemble des medecins ignorent l’existence de ce peril comme l’article semble le sous entendre ... j’y crois moins.. par exeperience.

  • jivé13
    jivé13 répond à Ikari63
    salarié comme plus de 90%des (...)
    • Posté à 00h22 le 26/04/2011
    • Internaute 52558
      salarié comme plus de 90%des (...)

    Trouvé sur le site de Francelyme : .

    COMMUNIQUÉ, article Rue89 (25-04-2011)
    Un article sur la Maladie de Lyme vient de paraitre sur Rue89. Cet article n’a JAMAIS été validé par le Bureau de l’Association, alors que France Lyme y est clairement mentionnée. Nous ne pouvons que regretter que ce texte, soit disant journalistique, contiennent de nombreuses fautes et d’affirmations reposant uniquement sur des suppositions. La liste des erreurs de cet « article » étant beaucoup trop longue, nous ne nous ne pouvons que rappeler que la seule et unique communication officielle de l’Association France Lyme est sur son site internet et sur les documents qu’elle édite.

    Si cet article n’a pas été suggéré par Francelyme, un esprit un peu tordu comme le mien retrouve dans le style alarmiste employé, un peu de la communication des labos ( cf, l’hépatite B ou la grippe saisonnière).
    Or l’Institut Pasteur cité dans l’article, n’est pas neutre dans cette histoire puisqu’il a un vaccin à vendre contre les arboviroses transmises par ces mêmes tiques.Par un coup de billard à trois bandes, on part de la maladie de Lyme pour laquelle il n’existe pas de vaccin, pour aboutir sur le site de Pasteur à l’encéphalite à tiques qui elle a un vaccin que les toubibs proposeront aux randonneurs inquiets surtout s’ils vont randonner en Europe de l’Est.
    Peut-être que l’auteur nous expliquera comment lui est venue l’idée de cet article, disons atypique dans la forme.
    Par contre les deux commentaires sélectionnés en Une sont excellents.

  • gengivons
    gengivons
    pessimiste moderé
    • Posté à 11h38 le 26/04/2011
    • Internaute 153625
      pessimiste moderé

    Lecteur occasionnel de votre journal, je me fais riverain pour apporter mon temoignage de lymé. Il faut savoir qu’il existe deux formes (au moins ) de cette maladie, une forme aigue qui se traite plutot bien et une forme chronique, que le corp medical se refuse a reconnaitre dans sa grande majorité. Cette forme chronique met des dizaines d’années a ce developper le plus souvent. Moi qui en suis au stade terminal ou neurolyme d’après certains labos, j’ai developpé les premiers symptomes en 1992 a l’age de 12 ans suite a une morsure de tique lors d’un stage equestre. Mes symptomes qui sont apparus insidieusement au fil des ans sont les suivants : depression, phobie, douleurs articulaires, musculaires, tendineuses, myoclonies, infections bronchique chroniques, hyper tension... La seule chose que m’ait conseillé les medecins malgré le resultat de mes tests fut d’entamer une psychotherapie. Lyme est une saloperie quasi impossible a deloger, les antibios que j’ai tout de meme tester m’ont plonger dans un état de santé deplorable appelé Herx, c’est une aggravation manifeste des symptomes liée a la destruction des bactéries, certains ne s’en remettent pas et le traitement doit etre immediatement interrompu. Pour le lymé chronique les antibios ne sont d’un secours que modeste et les rares specialistes de la question considèrent que la forme chronique relève d’une combinaison de facteurs, c’est a dire que Lyme prospère generalement sur un terrain d’intoxication mercurielle souvent d’origine dentaire, les deux s’alimentant reciproquement. Il semblerait donc que paradoxalement, la meilleurs solutio pour eradiquer Lyme ne consiste pas a l’attaquer frontalement sous forme d’antibiotherapie mais d’abords a eliminer l’intoxication au mercure (prochain scandale sanitaire a venir). Mais là c’est tout aussi complexe.
    En tout cas merci a Rue89 de parler de cette maladie encore fort meconnue.