Décryptage 17/04/2011 à 09h30

Maroc : le Mouvement du 20 Février refuse la Commission du roi

Ilhem Rachidi | Journaliste


Manif à Casa (Ilhem Rachidi)

(De Rabat) Les Jeunes du Mouvement 20 Février, à l’origine des protestations en faveur de changements politiques au Maroc, ont décidé de boycotter la Commission consultative de révision de la Constitution (CCRC) créée à l’initiative du roi Mohamed VI.

Plusieurs membres du Mouvement dont Oussama Khlifi, Abdallah Aballagh et Nizar Bennamate, membres fondateurs, avaient été invités à présenter leurs propositions devant la commission samedi.

Le mois dernier, le roi Mohamed VI avait annoncé lors d’un discours qualifié d’historique la mise en place d’une commission consultative chargée de présenter un projet de révision de la constitution d’ici le mois de juin.

Les articles les plus débattus

Article 19 : Le Roi, Amir Al Mouminine. Représentant Suprême de la Nation,
Symbole de son unité, Garant de la pérennité et de la continuité de l’Etat,
veille au respect de l’Islam et de la Constitution. Il est le protecteur des
droits et libertés des citoyens, groupes sociaux et collectivités. Il garantit
l’indépendance de la Nation et l’intégrité territoriale du Royaume dans ses
frontières authentiques.

Article 23 : La personne du Roi est inviolable et sacrée.

Article 35 : Le Roi peut proclamer, par dahir, l’état d’exception. (...) Il est mis fin à l’état
d’exception dans les mêmes normes que sa proclamation.

Article106 : La forme monarchique de l’Etat ainsi que les dispositions relatives à la religion musulmane ne peuvent faire l’objet d’une révision constitutionnelle.

Dès le lendemain, le Mouvement avait dénoncé la « nomination » de cette commission par le roi. Nizar Bennamate, un des fondateurs, explique :

« Nous sommes contre cette commission parce qu’elle a été nommée de façon unilatérale, donc pas démocratique, et parce que les contours du travail de cette commission ont été tracés par le roi. C’est de la figuration de se rendre là-bas. »

« Nous craignons qu’ils se contentent de nous écouter sans réellement tenir compte de nos propositions, » affirme Mohamed Lmossayer, fondateur du Mouvement et membre d’Attac Maroc.

« Nous savons qu’on ne pourra pas sortir des 7 points énoncés lors du discours. Dès le départ, il y a des limites établies ».

Pas mandatés

Dans un communiqué, le Mouvement déclare n’avoir mandaté personne pour assister aux travaux de la commission. Quelques membres du Mouvement ont cependant accepté de présenter leurs propositions devant la commission en tant que représentants d’un parti ou d’une organisation. Environ une centaine de jeunes (étudiants, membres d’organisations ou de partis politiques), dont 45 membres du Mouvement, ont été invités à rencontrer la commission.

« Je viens d’être joint par la commission, mais officiellement pour présenter des propositions en tant qu’étudiant en droit, pas en tant que membre du Mouvement, » disait ainsi Abdallah Aballagh samedi en début d’après-midi.

« Je ne m’y rendrai pas. Nous avons décidé de ne pas nous y rendre au Mouvement. De plus, la commission est coincée parce que les jeunes du Mouvement ont refusé de répondre à son invitation, et les organisations qui veulent réellement le changement aussi ».

S’il s’oppose à la participation du Mouvement à la révision constitutionnelle, Abdelkhalek Elboumeslouhi, étudiant en sciences-politiques et membre de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), parti de gauche membre de la coalition gouvernementale, a néanmoins décidé de se rendre à une deuxième série de consultations prévue samedi prochain.

« Au sein du parti, nous voulons changer la constitution. On n’est pas contre la commission. On fait avec ce qu’il y a ».

Dans leur document fondateur, publié avant leur première marche le 20 février dernier, les membres du Mouvement s’étaient exprimés en faveur d’une « constitution démocratique et populaire ». A l’origine de manifestations à travers le pays depuis le 20 Février, le Mouvement appelle à des réformes politiques et sociales profondes dans le pays. Il réclame l’élaboration d’une nouvelle constitution et refuse une révision de la constitution actuelle.

« La constitution actuelle n’est pas réformable »

Pour Nizar Bennamate :

« La constitution actuelle n’est pas réformable parce qu’elle est féodale, totalitaire, rétrograde, religieuse ».


Fouad Abdelmini (Ilhem Rachidi)

« Je pense que les jeunes qui ont décidé de boycotter la commission ont bien fait, » dit Fouad Abdelmoumni (photo), ancien Vice-Président de l’AMDH et membre du Mouvement 20 Février. D’après lui, le Mouvement, qui n’est pas un parti politique, est un mouvement en construction qui doit attirer l’attention sur l’essentiel de ses revendications : le passage à une démocratie parlementaire.

Il n’est pas « opportun » pour les leaders du Mouvement de se « pencher sur les détails de la constitution », ajoute-t-il.

Plusieurs organisations proches du Mouvement ont aussi décidé de ne pas se présenter devant la commission. L’association altermondialiste Attac Maroc, qui est présente au Maroc depuis 2000 mais qui n’est pas officiellement reconnue, et l’AMDH (Association marocaine des droits humains), ont refusé de se rendre à cette consultation.

Parmi les partis qui soutiennent le Mouvement, le Parti socialiste unifié (PSU) et Annahj Addimocrati n’ont pas participé aux travaux de la commission mais ont rendues publiques leurs propositions.

Le PSU s’est prononcé pour une monarchie parlementaire où seul le parlement détient le pouvoir législatif. Annahj Addimocrati déclare vouloir une constitution qui met « fin au despotisme » et évoque un Etat démocratique laïc.

Trente autres formations politiques ont soumis leurs propositions à la commission, loin d’être à la hauteur de l’enjeu, selon de nombreux analystes.

D’après le Mouvement, les conditions pour l’élaboration d’une constitution démocratique ne sont pas encore réunies au Maroc. L’Etat doit d’abord émettre des signes de changement forts comme la libération de tous les prisonniers politiques, des mesures contre la corruption, la démission du gouvernement, la dissolution du parlement.

Le 8 avril dernier, jour de l’ouverture de la nouvelle session parlementaire, le Mouvement tenait un sit-in devant le parlement pour appeler à sa dissolution.

« Faire preuve de maturité et inspirer la confiance »

Mohamed Tozy, politologue et aujourd’hui membre de la commission, estime pour sa part, dans le mensuel Revue :

« La monarchie parlementaire suppose une classe politique exigeante et crédible, faisant preuve de maturité et inspirant la confiance. Toutes ces choses font défaut pour l’instant, »

Conscients des défis à relever, les membres du Mouvement ont récemment décidé d’organiser des cercles de discussions dans les quartiers populaires pour sensibiliser la population aux défis politiques et sociaux de demain.

Ils appellent à manifester dimanche à Salé et Tanger notamment, et le 24 avril dans les principales villes du pays.


Manif à Casa le 3 avril (Ilhem Rachidi)

► Photos prises le 3 avril lors d’une manifestation à l’appel du Mouvement du 20 Février à Casablanca (Ilhem Rachidi)

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  • 15 réactions
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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 10h24 le 17/04/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    Tenez bon !
    Mais ne comptez pas trop sur des soutiens officiels et médiatiques en France.

    Entre les présidents qui passent leurs vacances au Maroc et les stars des médias ou de l’intelligentsia qui y possèdent des somptueuses villas, on n’entendra pas beaucoup le soutien français, pourtant réel et populaire, mais qui n’a pas voix au chapitre.

  • A.T.swey
    • Posté à 10h34 le 17/04/2011
    • Internaute 112034
      *

    « La constitution actuelle n’est pas réformable parce qu’elle est féodale, totalitaire, rétrograde, religieuse ».

    Ben voilà, tout est dit, et il n’y a rien à rajouter, sauf que pour les « zautorités » (vous me suivez ?) chercher à gagner du temps c’est reculer pour mieux.....sauter .

    Courage marocains, il va vous en falloir beaucoup...

  • Homere elmero
    Homere elmero
    communiste primitif
    • Posté à 11h39 le 17/04/2011
    • Internaute 87706
      communiste primitif

    Bien vu ! Ne vous laissez pas enfumer dans le Rif par la clique de double zeros au pouvoir !

  • Mr.White
    • Posté à 15h15 le 17/04/2011
    • Internaute 21805

    Ce mouvement est une mascarade totale. Dedans, vous trouvez pelle-mêle des islamistes (souvent ceux du Cheikh Yassine), des quinquagénaires d’extrême gauche qui ont connu la répression de Hassan II, des jeunes bourgeois nés avec la cuillère d’argent dans la bouche qui se prennent pour Guevara (cf photo.)

    Quand De Gaulle voulait faire modifier la constitution de la IVème République pour lancer la Vème, il s’est d’abord fait nommer Président du Conseil par René Coty, malgré tous le mal qu’il pensait de cette constitution.

    Au sein même du mouvement du 20 février tous les monde n’est pas d’accord sur la marche à suivre, certains veulent prendre part à l’écriture de cette nouvelle constitution, d’autres par principe sont opposés à tout initiative royale, ils ne veulent même pas discuter. Pourtant la constitution actuelle est claire : toute initiative de reforme constitutionnelle doit venir du Roi qui est le garant de la constitution.

    L’ensemble du paysage politique a fait des propositions y compris les communistes et les islamo-conservateurs du PJD.

    Le rapport de force n’est clairement pas en faveur de ce mouvement du 20 février, pour les organisateurs, 200 000 manifestants ont marché le 20 mars dernier. En réalité beaucoup moins, mais passons sur cette querelle de chiffres.

    Face aux 2,5 millions (3 millions selon les organisateurs) qui avaient défilés le 28 novembre à Casablanca pour le sahara marocain ils ne font pas le poids : Lien
    Preuve que pour une cause juste et noble, les marocains sont prêts à descendre en masse dans les rues.

    • A.T.swey
      A.T.swey répond à Mr.White
      *
      • Posté à 17h31 le 17/04/2011
      • Internaute 112034
        *

      « Pourtant la constitution actuelle est claire : toute initiative de reforme constitutionnelle doit venir du Roi qui est le garant de la constitution. “

      Ben voilà ! la situation est très claire et c’est vous qui l’écrivez, M6 est le garant de la constitution qui protège son pouvoir et ses privilèges, et vous voudriez qu’il accepte de la modifier dans un sens plus...démocratique ? Arrêtez de nous faire prendre des vessies pour des lanternes .

      Quant à votre comparaison de chiffres avec les manifs pour le Sahara marocain elle est tout simplement malhonnête car il s’agit d’une revendication complètement différente et vous le savez bien !

    • streetcore
      streetcore répond à Mr.White
      contrebandier
      • Posté à 00h44 le 18/04/2011
      • Internaute 143576
        contrebandier

      1. ces quinquagénaires, gauchistes, bourgeois, islamistes, etc...font aussi partie du peuple marocain - non ?
      2. vous raisonnez comme si toutes les prises de positions étaient possibles. je vous rappelle que il y a peu des gens sont passés devant des tribunaux pour « atteinte à la sacralité du roi » dont un jeune qui avait écrit sur le tableau de son école « dieu, la patrie, le fc barcelone ». ne mettez donc pas les chiffres en balance (marche sahara contre marche 20 février/2Omars, etc..) il y a des marches ou les autorités vous transportent jusqu’au lieu des manifs, et d’autres ou on vous attend au tournant.
      je suis convaincu que vous avez compris ce que je veux dire si vous connaisssez le maroc

  • lautre 89
    • Posté à 22h30 le 17/04/2011
    • Internaute 97186

    La Reforme de la constitution réclamée depuis des décennies au Maroc arrive enfin et sous la forme d un accouchement en urgence ! C est le problème des régimes Arabes,une tendance à la négligence,comme si le temps était un allié offert par le ciel pour endormir leurs peuples.Au Maroc ,il ne faut pas s y tromper,il est urgent d agir pour garder la main,et ne pas se laisser déborder par des vagues folles,qui pourraient comme le Tsunami au Japon mettre le pays en miettes.
    Deux conditions pour réussir
    ,1-attaquer de front les anachronismes pour une constitution moderne qui vise au-delà des aspirations de la rue ;
    2- cette rue qui est la source de toutes les aspirations et toutes les manoeuvres-même les moins avouées- doit s’ auto réguler afin de ne pas finir dans l impasse de la surenchère et l absurde...
    Il ne faut pas ignorer que ce qui est en jeu surtout, c est la Confiance et la Dignité oubliées sous nos Latitudes lascives,il est est encore temps de se réveiller....

  • albin
    • Posté à 11h13 le 18/04/2011
    • Internaute 11837

    Il semble tout de même que ce mouvement s’essouffle. Pas assez populaire sans doute et ne prenant pas en compte toutes les réalités marocaines. Je suis partisan de tous changements qui font souffler un désir d’ouverture, de changement, de libertés. Mais les critiques du mouvement contre les médias marocains sont les mêmes que n’importe quel quidam peut avoir contre les chaînes publiques françaises (infos semi-tronquées, visions parcellaires,....), et donc ça fait penser un peu à une nouvelle génération voulant prendre le « pouvoir » à l’instar du blogueur tunisien devenu ministre. Je trouve que Rue89 manque totalement de vision sur le coup. Le Maroc est un pays pluriel et offrir une vision aussi parcellaire de ce pays me permettrait presque à manifester sous vos balcons. ; -)

    • bix_00
      bix_00 répond à albin
      chanteur de lendemain
      • Posté à 17h22 le 18/04/2011
      • Internaute 117604
        chanteur de lendemain

      il ne faut pas non plus se tromper, même si le mouvement 20 février n’a pas encore convaincu l’ensemble des classes populaires dans le pays, il attire de plus de marocain.
      Le mouvement gagne en popularité et la réussite des dernières manifestations, rassemblement et sit-in dans les quartier pauvres en sont bien la preuve.
      Les revendications sociales sont bien présentes dans la plateforme du 20 février
      pour l’accès de tous à l’éducation et à la santé
      pour l’augmentation du salaire minimum (SMIG et SMAG)
      pour la création d’un impôt sur la fortune destiné à financer la construction de logements sociaux
      pour imposer des embauches dans les entreprises publics et privées afin de résoudre le problèmes du chômage
      pour la création de comités populaires afin de résoudre les problèmes locaux
      ...

  • marocpld
    marocpld
    Ghost
    • Posté à 16h50 le 19/04/2011
    • Internaute 145065
      Ghost

    La conception élitiste de la réforme constitutionnelle au Maroc ! Où est la place des jeunes ?

    S’il y a un fait saillant de la récente, et soit disant, « large concertation » lancée par M6 c’est l’absence des jeunes de ce marchandage ! comment se fait-il que les principaux concernés soient éliminés purement et simplement en confiant la réforme aux mêmes, autrement dit aux promoteurs du système actuelle. Je n’aime pas trop mettre sur un même plan la gestion d’un pays et une entreprise, mais quand même ! Une entreprise qui ne fonctionne pas on vire ses dirigeants et confie la gestion à d’autres plus performants, non ? Dans un pays normalement constitué, et surtout possédant les rudiments d’une démocratie, la concertation doit être d’abord et avant tout menée envers les concernés ! Quand un malade crie « aïe » on ne demande pas ce qu’il sent à son voisin, en excellente santé !
    Au Maroc on aime bien faire les choses à l’envers. D’ailleurs les défenseurs de la monarchie qui nous expliquaient que M6 est de bonne foi et veut faire le changement mais c’est son entourage qui l’empêche ou lui cache la réalité, et bien là c’était l’occasion pour lui pour se racheter. Il ne l’a pas fait. Il avait l’occasion d’organiser une réunion ou une petite rencontre avec ces jeunes en lui demandant leur malaise, leurs souffrances, leurs difficultés, leurs aspirations... n’est-ce pas ! Et bien non ! On reprend les mêmes et on recommence. Alors, ne me dites plus que le Roi ne sait pas ce qui se passe ou qu’il est de bonne foie. Comme je disais dans un billet sur mon blog, son utilité marginale est devenue nulle, voire même négative, dans la mesure où il nous coûte plus que ce qu’il nous rapporte. Je parle, bien sûr, de coûts en termes de démocratie, de respect de droit de l’homme, de développement..., mais aussi de coût dans le budget de l’Etat.
    Un deuxième trait caractéristique du Maroc, c’est que les partis politique de notre cher pays NE SONT PAS DEMOCRATE, absolument pas. Chaque pays a profité de cette occasion des concertations pour la « réforme » de la constitution pour revenir en grâce sous l’aile Royale, pour se relancer politiquement, pour protéger leurs affaires, pour se refaire... Le peuple, vous dites, au diable. Mais de quel peuple parler vous ! Cette catégorie autoproclamés intelligentsia de la nation, ces bien pensants n’a que du mépris pour ce qui vient de la base ou du Maroc d’en bas, comme dirait un vieux ami d’Hassan II. Ils vomissent eux ce Maroc là, le Maroc des gens simple, le Maroc du peuple, le Maroc tout court. Pour eux ce n’est qu’une terre comme d’autres ailleurs où ils se sont retrouvés par le hasard de l’histoire et ils font des affaires. Si jamais un jour les choses tournent mal, leurs appartement à Paris, à Londres, New York ou ailleurs sont déjà défrichés.
    Cette élite qui, à la fois, qui a un pied dans la politique et l’autre dans les affaires ne veut entendre parler de réforme constitutionnelle fondamentale. Ils ont tous rendu leurs copies de propositions sans débat interne à leur parti, sans prendre le temps de consulter leur base, sans vote... Un esprit révélateur de la définition que se font ces gens là de la démocratie. Si leur base n’est pas la source de leur pouvoir, comment voulez vous que le peuple le devienne à l’échelle du pays et dans la constitution. Si l’on est incapable de respecter les rudiments de la démocratie dans son propre parti, comment voulez-vous qu’ils les transposent à une échelle plus large ? Qu’ils s’en aillent tous