Tribune 16/04/2011 à 10h01

Réforme de la garde à vue : la cour des miracles

jeancattan | Allocataire de recherche

Un arrêt tombe, les commissariats s’effondrent. Les geôles à peine fermées sur tout type de contrevenants s’ouvrent sous un ciel ensoleillé. Les miracles peuvent pleuvoir et la Cour de cassation peut décider de l’application immédiate d’une loi à peine votée.

Non, mes très chers. La Cour de cassation n’a pas décidé de l’application immédiate de la loi n° 2011-392 du 14 avril 2011 relative à la garde à vue et devant entrer en vigueur, d’après son article 26, « le premier jour du deuxième mois suivant sa publication au Journal officiel et au plus tard le 1er juillet 2011 ».

La Cour de cassation ne fait pas ce genre de choses. Ce qu’elle a fait dans ses quatre arrêts en date du 15 avril 2011 est tout à la fois bien plus classique et bien plus beau.

La Cour de cassation n’a fait que ce qu’elle devait faire

L’action entreprise par la Cour de cassation tient à son rôle de juridiction nationale devant exercer un contrôle des mesures internes au regard des conventions internationales à laquelle la France est partie. Une mission dévolue à toute juridiction nationale, dite contrôle de conventionnalité et dont le président de la cour d’appel de Lyon, pour ne prendre que l’affaire le mettant en cause, avait cru pourvoir se défaire.

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(Fichier PDF)

En effet, celui-ci avait considéré d’une part, n’être pas lié par le arrêts rendus par la Cour européenne des droits de l’homme et d’autre part, que la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme n’obligeait pas les Etats signataires à ce que toute « personne interpellée ne puisse être entendue qu’en présence de son avocat ». (Télécharger la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme)

Ainsi, la procédure française de garde à vue n’aurait rien eu d’irrégulière. C’était oublier cette longue file d’arrêts rappelant ces droits fondamentaux impartis aux justiciables au titre de l’article 6, paragraphe premier de la Convention précitée.

Lorsque la Cour de cassation casse cette ordonnance au visa de ce même article 6, paragraphe premier, elle l’affuble de l’article 63-4 du code de procédure pénale toujours en vigueur jusqu’à ce que la loi du 14 avril prenne effet.

En aucun cas, la Cour de cassation a décidé de l’application immédiate de cette dernière loi. Cela est tout autant valable pour les trois autres affaires concernées. La Cour de cassation n’a fait que ce qu’elle devait faire depuis longtemps.

Si une circulaire vient ensuite dire qu’il convient de lire aux personnes interpellées des articles de loi qui n’existent pas encore et qui contiennent quelques-uns des droits exigés par le principe du procès équitable, qu’il en soit ainsi.

Mais gardons bien à l’esprit que ce texte administratif ne peut lui non plus avancer la date d’entrée en vigueur d’une loi.

La messagère du front européen de nos libertés

Bien mieux que de faire de l’alchimie juridique, par ces quatre arrêts rendus au lendemain de l’adoption de la loi relative à la garde à vue, la Cour de cassation s’inscrit dans un rapport de pouvoirs dont le justiciable sort gagnant.

Dans une décision n° 2010-14/22 QPC du 30 juillet 2010 rendue sur question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel avait déclaré certains pans de notre procédure pénale ici mis en cause incompatibles avec notre bloc de constitutionnalité.

D’après l’article 2 de cette décision, le législateur avait jusqu’au 1er juillet 2011 pour mettre notre bloc législatif en conformité avec les règles constitutionnelles qui lui sont supérieures.

Cette pratique de diffusion dans le temps des décisions est connue de nombreuses cours constitutionnelles européennes.

Le problème s’est d’ailleurs déjà posé de savoir ce qu’il advient pendant ce temps improbable où une disposition considérée comme contraire à ses règles supérieures doit tout de même s’appliquer dans l’attente de jours meilleurs. Comment nos droits reconnus peuvent-ils être garantis au cours de cette période ?

Et c’est précisément ici que le contrôle de conventionnalité vient montrer toute sa force. Alors que le Conseil constitutionnel, par peur du vide, diffère dans le temps l’application de ses décisions, le législateur adopte ses maigres réformes.

Pendant cet entre-deux, nous justiciables sommes protégés par nos conventions internationales et une fois de plus la Cour de cassation se pose en messagère du front européen de nos libertés.

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  • A déménagé le 13-10-2012
    • Posté à 10h19 le 16/04/2011
    • Internaute 19357
      non connue

    Cette précipitation cache quelque chose , la justice est lente , en tous cas les bavards vont faire leur beurre .

    • Banlieusard
      • Posté à 17h04 le 16/04/2011
      • Internaute 112936
        Retraité

      Cette « précipitation » de la cour de cass ne cache que la « lenteur » de l’exécutif (le gouvernement) qui freine des 4 fers depuis des années en refusant d’appliquer le droit découlant de la convention internationale des droits de l’homme que la France avait pourtant signé, et qui était donc sensée s’appliquer depuis la date de sa signature...
      Voir le site de Maître Eolas pour comprendre :
      Lien

    • pablico
      pablico répond à A déménagé le 13-10-2012
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 17h13 le 16/04/2011
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      c’est un bout vichyste , qui a fini par être arraché à notre démocratie.

      on va finir par devenir civilisé.. dites donc..

      (ironie)

      • Blue_tail_fly
        Blue_tail_fly répond à pablico
        Dans l'Air du Taon
        • Posté à 23h07 le 16/04/2011
        • Internaute 123618
          Dans l'Air du Taon

        Quand tu labellises « ironie », ça ne suffit pas toujours pour que ce soit clair.

        Pour ma part je pense que la « civilisation » ne se mesure pas que dans l’arrière salle d’un commissariat. Je ne voudrais pas trop gâcher la fête, mais bien malin qui pourra savoir combien de présumés innocents échapperont aux faux aveux sous l’abus de pression ... pour combien de voleurs, assassins et trafiquants qui pourront ricaner aux dépens des Droits de l’Homme. Parce-qu’il y a droit et droit, et le jour où la vie ne sera plus possible en sécurité pour la moitié des parents et enfants, les droits de l’homme dans les arrières salles des commissariats ne vaudront plus grand-chose, enfin je veux dire en comparaison. A ce moment là, il faudra encore rappeler que quels que soient les droits dictés en haut lieu, les révolutions sont faites pour les rappeler à l’ordre des réalités.

         
        • pablico
          pablico répond à Blue_tail_fly
          À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
          • Posté à 23h41 le 16/04/2011
          • Internaute 14278
            À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

          dans ce genre de choses, soit :

          -on donne les droits de l’homme à TOUS.
          -on enlève les droits de l’homme à TOUS.

          on ne peut pas faire des demies, quarts, tiers de droit de l’homme.
          personne ne sera jamais content, tout le monde pourra contester tout et n’importe quoi..

          rien n’est parfait. Autant partir sur une base et faire avec.
          Les autres pays qui font cela, ne se portent pas plus mal.

          • Blue_tail_fly
            Blue_tail_fly répond à pablico
            Dans l'Air du Taon
            • Posté à 00h09 le 17/04/2011
            • Internaute 123618
              Dans l'Air du Taon

            Qui vivra verra.

        2 autres commentaires
    • Yvon le Zébulon
      Yvon le Zébulon répond à A déménagé le 13-10-2012
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
      • Posté à 09h29 le 17/04/2011
      • Internaute 65781
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

      « la justice est lente , en tous cas les bavards vont faire leur beurre ».

      Alors prépare la baratte...moi je vais chercher les moules !
      On va quand même leur en piquer un peu.

    • kloriandre
      • Posté à 11h47 le 17/04/2011
      • Internaute 82364
        songeuse

      Voici le point de vue d’un avocat :

      Lien

      • A déménagé le 13-10-2012
        A déménagé le 13-10-2012 répond à kloriandre
        non connue
        • Posté à 13h22 le 17/04/2011
        • Internaute 19357
          non connue

        Merci , il ne se prend pas trop au sérieux , jeune peut être mais vous savez bien qu’il y a avocats et avocats , médecins et médecins , chirurgiens et chirurgiens , plombiers et plombiers ,garagistes et garagistes etc .... quand aux journalistes je crois bien qu’il n’y a que des journalistes .
        Bon dimanche .

  • grosnaze
    • Posté à 11h19 le 16/04/2011
    • Internaute 27732

    On va donc payer l’impéritie de ce gouvernement qui a utilise la garde a vue a tort et a travers pour cause de lutte contre la délinquance et culture du chiffre et de soit disant efficacité.

    Cette version de la loi est une vraie cata qui va rapidement s’avérer inapplicable et discriminatoire par l’argent. De plus l’avocat n’aura sauf erreur toujours pas accès a la procédure ce qui est genant pour le moins. A savoir qu’est ce qui est reproche et pourquoi par quel élément ? .

    Sous peine de blocage du système il va donc falloir arrêter de mettre en garde a vue pour un oui ou un non et devra redevenir ce qu’elle était a l’origine une mesure exceptionnelle et non plus la règle.

    • pierrot06
      pierrot06 répond à grosnaze
      • Posté à 21h37 le 16/04/2011
      • Internaute 143548

      L’avocat aura accès à tous les actes de la procédure ce qui va changer beaucoup de choses par contre vu la politique répressive et la culture du chiffre les différents textes de loi votés depuis 10 ans et les peines de prison encourues j’ai bien peur que ça ne réduisent pas trop le nombre de GAV mais surtout celles ci restent illégales car dirigées par le parquet qui n’est pas une autorité indépendante CEDH (arrêt france moulin )

      Lien

      • grosnaze
        grosnaze répond à pierrot06
        • Posté à 11h18 le 17/04/2011
        • Internaute 27732

        L’accès a la procédure est partielle voit art 63 1 et en sont bel et bien exclus les pièces ayant conduit a la garde a vue ( les actes d’enquêtes et éléments trouves) Pour un accès entier a la procédure il faut être mis en examen

        L’indépendance du Parquet est une autre dimension qui concerne indirectement la garde a vue mais qui ajoute effectivement au merdier.

  • Tot
    Tot
    étudiant fainéant
    • Posté à 11h34 le 16/04/2011
    • Internaute 112202
      étudiant fainéant

    C’est une grande avancée de nos droits à tous, et une sévère claque pour le gouvernement qui se fait rappeler à l’ordre sur les droits de l’Homme (vous savez ce texte dont on est si fier d’être à l’origine, mais qu’ils piétinent si facilement), rien que ça.

    Un grand bravo à la cour de cassation, qui, comme on dit vers chez moi, a porté ses c******s !

    PS : à pars ça je trouve que l’article n’explique pas exactement ce qui s’est passé et les conséquences de tout ça. Ceux qui n’ont rien suivi de l’histoire ne doivent pas y comprendre grand chose.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 11h48 le 16/04/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Quand l’Europe vient à notre secours pour rappeler à nos (trop) chers élus les règles fondamentales des droits internationaux que notre pays à signer, il ne faut surtout pas bouder notre plaisir. D’autre part, la Cour de cassation, juridiction la plus élevée de l’ordre judiciaire français met un carton rouge à l’exécutif et au législatif en leur rappelant qu’ils sont priés de bien vouloir respecter le Droit européen et non pas l’interpréter. Ce rappel à la loi ressemble à une revanche de la magistrature vis à vis de l’exécutif.

    • PF43
      PF43 répond à padiran
      cadre fonction publique, enfin (...)
      • Posté à 13h10 le 16/04/2011
      • Internaute 130271
        cadre fonction publique, enfin (...)

      Il faudrait préciser que la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’est pas un organisme de « l’Europe » au sens de l’Union Européenne.

      Lien

      Elle est issue du Conseil de l’Europe qui compte 47 membres, soit beaucoup plus que l’UE et n’a aucun lien avec les institutions de l’UE

      • padiran
        padiran répond à PF43
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 13h55 le 16/04/2011
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        D’accord mais, « La Cour européenne des droits de l’homme est compétente lorsqu’un État membre du Conseil de l’Europe, qui a ratifié la Convention et ses Protocoles additionnels (État partie), ne respecte pas les droits et les libertés qui y sont reconnus. » Wikipédia
        En d’autres termes elle a toutes compétences pour mettre un carton jaune, voir rouge aux pays qui ne respectent pas les traités qu’ils ont signé.

         
        • bloozmarch
          bloozmarch répond à padiran
          indocile heureux
          • Posté à 22h27 le 16/04/2011
          • Internaute 15731
            indocile heureux

          « La Cour européenne est compétente ... », de toute façon tout le monde est compétent en comparaison de notre président et de ses ministres !
          Plus sérieusement il est de plus en plus urgent que la schizophrénie galopante qui est en train de le dévorer soit de plus en plus dénoncée.
          Tous ses actes sont à l’ opposé de ses déclarations, toutes les valeurs « républicaines » qu’ il prétend défendre en discours sont piétinées dans ses actes, tous les principes dont il se glorifie sont bafoués de façon indécente, il est temps que les pouvoirs soient repris en main par ceux qui sont aptes à les exercer dans le respect de tous !

          • padiran
            padiran répond à bloozmarch
            Chroniqueur Grolandais
            • Posté à 11h01 le 17/04/2011
            • Internaute 5159
              Chroniqueur Grolandais

            C’est un provocateur né, il se met volontairement en porte à faux avec la loi qu’il est sensé défendre et prend ensuite l’opinion à témoin de sa volonté « d’aller de l’avant » et d’être freiner par les magistrats, ce qui lui permet de les dénoncer. C’est un calculateur avant d’être un Président

        2 autres commentaires
    • Blue_tail_fly
      Blue_tail_fly répond à padiran
      Dans l'Air du Taon
      • Posté à 23h19 le 16/04/2011
      • Internaute 123618
        Dans l'Air du Taon

      Il faut espérer que cette « revanche de la magistrature vis à vis de l’exécutif » ne sera pas par la même occasion (si j’ose dire) une revanche des assassins, violeurs, voleurs et trafiquants sur leurs prochaines victimes. Parce-qu’entendu que tous les droits concernent chacun de nous, les Droits de l’Homme ne sont pas seulement ceux qui se jouent dans les arrières salles des commissariats mais aussi ceux des victimes de toutes sortes de mésaventures..

      • Eowyn
        Eowyn répond à Blue_tail_fly
        • Posté à 00h13 le 17/04/2011
        • Internaute 31766

        Les autres pays européens permettent aux avocats d’assister à l’équivalent de la garde à vue depuis bien plus longtemps que nous (pas difficile...). Pour l’instant, les assassins et les violeurs n’ont pas été mieux traités.

        De plus, on sent dans votre propos l’opposition entre la victime et celui qui se retrouve dans le commissariat. Mais (malheureusement) ce dernier n’est pas toujours coupable ! De sorte que ses droits ne sont pas incompatibles avec celui de la victime ;)
        Comme le disait notre prof de procédure pénale quand j’étais à la fac : le droit pénal, c’est le droit des coupables. La procédure pénale, c’est le droit des innocents !

         
        • Blue_tail_fly
          Blue_tail_fly répond à Eowyn
          Dans l'Air du Taon
          • Posté à 09h42 le 18/04/2011
          • Internaute 123618
            Dans l'Air du Taon

          Je sais. J’essaie de conserver l’esprit critique.

        1 autres commentaires
      • padiran
        padiran répond à Blue_tail_fly
        Chroniqueur Grolandais
        • Posté à 11h07 le 17/04/2011
        • Internaute 5159
          Chroniqueur Grolandais

        Parce qu’appliquer la loi commune de l’espace européen est une façon d’encourager le viol, l’assassinat , le vol et le trafic de stupéfiants. Vous avez une perception bien surprenante de la justice des autres pays de l’Europe, c’est stupéfiant

         
        • Blue_tail_fly
          Blue_tail_fly répond à padiran
          Dans l'Air du Taon
          • Posté à 09h45 le 18/04/2011
          • Internaute 123618
            Dans l'Air du Taon

          J’essaie simplement de garder l’esprit critique et de poser considérer le résultat d’ensemble, à la différence de ceux qui se sont emballés dans leurs commentaires.

          • padiran
            padiran répond à Blue_tail_fly
            Chroniqueur Grolandais
            • Posté à 12h29 le 18/04/2011
            • Internaute 5159
              Chroniqueur Grolandais

            1)« ne sera pas par la même occasion (si j’ose dire) une revanche des assassins, »
            2)« à la différence de ceux qui se sont emballés dans leurs commentaires. »
            Quand on rapproche vos deux propos, il y a comme un malaise

            • Blue_tail_fly
              Blue_tail_fly répond à padiran
              Dans l'Air du Taon
              • Posté à 23h09 le 18/04/2011
              • Internaute 123618
                Dans l'Air du Taon

              En effet et je me sens comme deux ronds de flan. De plus, maintenant que j’ai lu l’article suivant sur le sujet, je suis refroidi. Mais ça m’ennuie quand-même de donner carte blanche à une nouvelle mesure indépendamment des conséquences. Comme ci comme ça.

              • padiran
                padiran répond à Blue_tail_fly
                Chroniqueur Grolandais
                • Posté à 23h24 le 18/04/2011
                • Internaute 5159
                  Chroniqueur Grolandais

                P’tet, ben qu’oui, p’tet ben qu’non. Vous ne seriez pas une mouche à vache .....normande par hasard ? Faites attention à la queue, c’est avec elle que les vaches se débarrassent des mouches

                • Blue_tail_fly
                  Blue_tail_fly répond à padiran
                  Dans l'Air du Taon
                  • Posté à 23h45 le 18/04/2011
                  • Internaute 123618
                    Dans l'Air du Taon

                  Je crains plus les tapettes que les queues.

                  • padiran
                    padiran répond à Blue_tail_fly
                    Chroniqueur Grolandais
                    • Posté à 08h48 le 19/04/2011
                    • Internaute 5159
                      Chroniqueur Grolandais

                    Vous êtes Têtu !

        6 autres commentaires
  • thierry reboud
    • Posté à 12h17 le 16/04/2011
    • Internaute 20923

    Merci pour cette explication de texte claire et précise. Si j’osais, je suggèrerais bien à Jean Cattan d’intervenir plus souvent pour nous expliquer le pourquoi et le comment du fonctionnement de la chose juridique. Pas judiciaire, hein : juridique.

  • PF43
    PF43
    cadre fonction publique, enfin (...)
    • Posté à 13h01 le 16/04/2011
    • Internaute 130271
      cadre fonction publique, enfin (...)

    Sauf erreur, la loi sur la garde à vue votée hier, 15 avril 2011, par le Parlement, n’est toujours pas conforme aux arrêts de la CEDH qui estime que les droits du gardé à vue doivent être garantis par une autorité judiciaire indépendante.
    La CEDH a déjà estimé que le Procureur de la République en France, ne présentait pas ces garanties d’indépendance, de par son statut de magistrat du parquet.
    Or la loi du 15 avril 2011 maintient la responsabilité de toutes les phases de la garde à vue, au Procureur de la République.
    Combien d’arrêts de la CEDH faudra-t-il pour que la France mette ses procédures judiciaires aux normes de la convention européenne des droits de l’Homme ?

    • pierrot06
      pierrot06 répond à PF43
      • Posté à 21h57 le 16/04/2011
      • Internaute 143548

      le parlement a bien voté la loi sur la GAV « contraint et forcé » par les arrêt de la CEDH mais celle-ci devait rentrer en vigueur le 1 er juillet 2011 au plus tard c’est la cour de cassation qui a dans son rendu du 15 04 2011 a ordonné l’exécution immédiate

      Par contre vous avez raison pour le statut du procureur

      ON continue a valider toutes les procédures et surtout à envoyer des gens en prison alors qu’elles sont illégales

      France patrie des droits de l’homme ? ? ?

      De qui se moque t-on ?

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 13h33 le 16/04/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    Bravo pour l’article, dont j’avais déjà entendu l’explication sur FI.

    Quand il s’agit de nos libertés, les décrets mettent plus de temps à s’écrire que lorsqu’il s’agit de défiscalisation.
    Pas la faute de Sarkozy, mais celle du marionnettiste qui tient les ficelles de ce triste pantin. Sans le pouvoir des grandes familles, on ne devient pas maire de Neuilly, et on ne fait pas carrière dans le 92. Même celle qui le tient par la zigounette vient d’une grande famille.

    On attend toujours les suite du « referendum d’initiative populaire », texte déjà insuffisant et inefficace, mais non appliqué. Qui imaginait qu’il le serait avant 2012 ? ...

  • glop-pasglop
    glop-pasglop
    justiciable à merci
    • Posté à 15h22 le 16/04/2011
    • Internaute 117082
      justiciable à merci

    Voilà un article enflammé de louanges, qui cire les pompes (sans bénéfice retiré ?) de la Cour de cassation pour faire oublier qu’il y a quelques jours, elle a refusé un nouveau procès à Dany Leprince qu’elle avait pourtant remis en liberté.

    Le justice pénale française est, comme toujours, une des dernières en Europe à accepter d’appliquer (après avoir longtemps freiné des 4 fers) les principes respectant les droits de l’homme et l’équité. Ces éloges sont tout à fait déplacés.

    • Hulk
      Hulk répond à glop-pasglop
      Gros con de droite
      • Posté à 16h58 le 16/04/2011
      • Internaute 108405
        Gros con de droite

      Utile rappel. Dany Leprince doit se réjouir de cette belle et noble décision.

    • pierrot06
      pierrot06 répond à glop-pasglop
      • Posté à 23h20 le 16/04/2011
      • Internaute 143548

      Je suis totalement d’accord avec vous ! ! !

    • Eowyn
      Eowyn répond à glop-pasglop
      • Posté à 00h18 le 17/04/2011
      • Internaute 31766

      Il n’y a que quelqu’un qui n’est pas dans le « milieu » du droit pour croire qu’un chercheur pourrait cirer les pompes à des juges^^

      Plus sérieusement, ce n’est pas la même composition qui a eu à connaître de l’affaire Leprince et de l’affaire de la garde à vue. Et je trouve étrange que vous condamniez la justice pénale pour non respect des droits de l’homme, quand c’est avant tout le législateur qui fait les règles. Le juge a pour mission de faire respecter les lois, pas de les faire. Et d’ailleurs la Cour de cassation a plusieurs fois écarté des lois sur le fondement des Traités, ce qu’on lui reproche à chaque fois (l’Europe, c’est mal, ça va contre le peuple souverain).

      Un des derniers exemples en date (mais qui n’intéresse pas le grand public), c’est quand la Cour de cassation a décidé que le délai d’appel du procureur général (2 mois), sensiblement supérieur à celui du prévenu (10 jours) n’était pas conforme à la CEDH. Ou quand elle a définitivement condamné la pratique visant à refuser à un prévenu le droit de ne pas comparaître tout en laissant son avocat intervenir pour lui. En reprenant, à chaque fois, les décisions de la CEDH.

      • glop-pasglop
        glop-pasglop répond à Eowyn
        justiciable à merci
        • Posté à 12h47 le 17/04/2011
        • Internaute 117082
          justiciable à merci

        « ... ce n’est pas la même composition qui a eu à connaître de l’affaire Leprince et de l’affaire de la garde à vue. »

        Je vous laisse la responsabilité de vos propos insinuant que certains magistrats de la Cour de cassation - ceux qui composent la Cour de révision - rendraient des décisions contestables et seraient donc moins compétents que d’autres - ceux qui ont décidé de conformer (enfin !) aux « normes » européennes les modalités de la GAV en France. Si c’est vous qui le dites...

        Par ailleurs il me semble qu’il y a une légère contradiction dans vos explications. Vous dites à juste titre que « le juge a pour mission de faire respecter les lois, pas de les faire », ce qui vaut donc pour la Cour de cassation. Mais plus loin, vous affirmez que « ... la Cour de cassation a décidé que le délai d’appel du procureur général... » etc... etc
        « A décidé... » ... ne serait-ce pas plutôt aux parlementaires à voter les lois et donc à décider de ce qui doit s’appliquer en matière de procédure pénale ?
        Je ne vous comprends plus...

         
        • Eowyn
          Eowyn répond à glop-pasglop
          • Posté à 13h22 le 17/04/2011
          • Internaute 31766

          Je n’ai jamais dit que la décision sur Leprince était contestable : je n’ai lu ni le dossier, ni l’arrêt de la Cour. Je ne peux donc pas juger.
          Je faisais simplement remarquer que, à l’intérieur d’une même Cour, des magistrats peuvent avoir des opinions divergentes. Critiquer une décision de justice, comme vous le faites, en se fondant sur une autre, qui n’a pas été rendu par les mêmes personnes, n’a pas de sens. Surtout quand les deux décisions portent sur des sujets aussi différents que la révision d’une affaire et les principes de procédure pénale.

          En fait mon propos n’était pas clair parce que la « loi » telle que je l’entends n’est pas celle du sens commun (norme juridique votée par le parlement), mais le sens général de « norme juridique ».

          Grosso modo, et pour essayer d’être plus claire : le juge doit respecter les normes juridiques, selon ce qu’on appelle la hiérarchie des normes : le décret (tout en bas), la loi votée par le parlement, les traités, puis la constitution. Ici, la Cour de cassation a été obligée d’écarter le droit français (art 63sq CPP) en se fondant sur la décision de la CEDH, autorité supérieure. Ce qu’elle a fait aussi dans les autres exemples que j’ai cités. Elle ne peut pas faire autrement, c’est son devoir : appliquer les normes. Si elle avait refusé de le faire, là on aurait pu parler de pouvoir des juges, car ce n’est pas au juge de décider, tout seul, de différer les effets d’un Traité ratifié par le peuple français.

          La décision d’il y a deux jours était donc logique. J’ajoute que le pouvoir exécutif savait depuis longtemps que le droit français n’était pas conforme à la CEDH. J’espère que c’est plus clair !

        1 autres commentaires
  • Banlieusard
    Banlieusard
    Retraité
    • Posté à 17h08 le 16/04/2011
    • Internaute 112936
      Retraité

    Pour mieux comprendre, voir le site de Maître Eolas :
    Lien

    En particlier :
    Lien

    et aussi sur les jurés populaires :
    Lien

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 19h23 le 16/04/2011
    • Internaute 47359
      Retraité

    Comment font les autres pays (les policiers) font pour mener les enquêtes ? Il ne semble que les résultats soient moins bons cela veut dire qu’ici c’est la méthode de l’aveu qui est privilégié.Pourquoi 900000 gardes à vue pour 10 fois moins de condamnations ?

    • Eowyn
      Eowyn répond à tlaloc
      • Posté à 00h21 le 17/04/2011
      • Internaute 31766

      Oui, les autres pays ont des avocats en GAV et ça n’a jamais géné personne. Parce que bien souvent, une procédure tient sur des éléments extérieurs à l’aveu (des indices, ou tout simplement parce que la personne a été prise sur le fait...).

      Pour les condamnations, il y a aussi un élément qui joue : souvent les procédures font l’objet d’alternatives aux poursuites. En gros, l’infraction est constituée (donc la GAV était justifiée) mais plutôt que de renvoyer la personne devant un tribunal, on fait un classement, ou un rappel à la loi, ou une médiation pénale etc.

      Mais globalement, c’est vrai que notre nombre de GAV a connu une explosion sans précédent ces dernières années.

      • pierrot06
        pierrot06 répond à Eowyn
        • Posté à 00h41 le 17/04/2011
        • Internaute 143548

        Et vous en tant qu’avocat qu’en pensez vous ?

         
        • Eowyn
          Eowyn répond à pierrot06
          • Posté à 11h23 le 17/04/2011
          • Internaute 31766

          Ah mais je ne suis pas avocat, je suis du côté obscur de la force ;)

          • pierrot06
            pierrot06 répond à Eowyn
            • Posté à 16h13 le 17/04/2011
            • Internaute 143548

            Ok très bien quel est votre avis ?

            • Eowyn
              Eowyn répond à pierrot06
              • Posté à 16h57 le 17/04/2011
              • Internaute 31766

              Que la réforme de la GAV était inévitable, parce que notre système ne correspondait pas aux exigences posées par la CEDH depuis un certain temps déjà.... en droit, on ne peut rien redire à la Cour de cassation qui n’a pas le pouvoir de différer dans le temps les effets de la Convention Européenne des Droits de l’Homme (et encore heureux).

              Ensuite sur les changements que ça va impliquer : c’est vrai qu’au début ça va être un peu difficile, comme toute réforme (il va falloir plus de locaux, il va falloir réorganiser les barreaux, et ça ne va pas être facile dans les petits barreaux, où il y a peu d’avocats pénalistes, qui devront aller d’un bout à l’autre du ressort du TGI dans des délais parfois courts). Et on va devoir changer de culture juridique, et c’est ça qui prendra à mon avis le plus de temps. C’est la fin de la culture de l’aveu, qui est encore très forte dans les commissariats et les gendarmeries, alors même que le plus souvent, une affaire tient sur des indices extérieurs (le taux d’alcoolémie, les témoignages...).

              Il y a un domaine, cependant, où la réforme va vraiment changer quelquechose : le domaine des affaires dite « de moeurs » (agression sexuelle, viol), où on poursuit souvent bien après les faits, ce qui fait qu’on n’a quasiment jamais de preuve matérielles. Là, l’aveu joue encore un rôle important, et l’interrogatoire était un grand moment de psychologie pour amener à l’aveu - sans amener au faux aveu.... Je ne sais pas ce que ça va changer avec un avocat, mais je pense que si l’interrogatoire se fait dans les règles, il n’y a pas de raison que l’avocat change la donne.

              • pierrot06
                pierrot06 répond à Eowyn
                • Posté à 18h33 le 17/04/2011
                • Internaute 143548

                Que la réforme de la GAV était inévitable, parce que notre système ne correspondait pas aux exigences posées par la CEDH depuis un certain temps déjà....

                J’attendais cette réponse et surtout les trois points de suspension..

                En 1976 la France a ratifié la convention des droits de l’homme et de ce fait, elle a accepté le principe de supranationalité des textes européens. Principe qui a été intégré dans notre constitution.

                L’Etat français se trouve (se trouvait ) donc engagé de manière formelle dans le respect des règles édictées à l’échelon européen..

                Il aura fallut 35 ans pour appliquer une mesure de droit acquis et inscris dans notre constitution.... et connue par tous les acteurs de la justice..

                Pendant toutes ces années combien de procès inéquitables ? de procédures à charge ? de comparution immédiate ? ont eu lieu combien de gens « normaux » se sont retrouvés en prison avec des procédures bancales ? combien d’innocents ? combien de suicides en prison ?

                Combien de vies brisées ?

                Ah mon avis beaucoup...

                Et ce que qui m’indigne c’est que l’on a pas modifié le statut du procureur dans cette réforme de la GAV malgré les arrêt récents de la CEDH

                Une fois de plus l’état passe outre... jusqu’à quand ?

                • Eowyn
                  Eowyn répond à pierrot06
                  • Posté à 21h46 le 17/04/2011
                  • Internaute 31766

                  Comme je le disais à Glop, oui, il y a clairement un certain conservatisme de la Cour. Mais attention, ce n’est pas parce que la GAV était (à mon sens, mais plein d’OPJ vous diront le contraire, encore maintenant, et avec force) contraire aux DDH que tous les citoyens ont été victimes de pressions psychologiques insurmontables. Dans la plupart des cas, la GAV se passe normalement, soit parce qu’il n’y a pas de doute, les faits étant reconnus, soit parce qu’il y a des éléments suffisamment probants (en cas de délit flagrant par exemple).

                  Par exemple pour les délits routiers (beaucoup, beaucoup de garde à vue...), on a la mesure de l’alcoolémie de la personne, elle reconnait (bien obligé...), donc pas trop de pression.

                  Ensuite, il y a les affaires où l’aveu a une force particulière, parce qu’on a plus de preuves, typiquement, les affaires sexuelles. Là oui, le risque de dérapage est plus grand (à mon sens... mais j’aimerais bien l’avis d’un policier ou d’un gendarme là dessus, ou d’un avocat, pquoi pas).

              • glop-pasglop
                glop-pasglop répond à Eowyn
                justiciable à merci
                • Posté à 20h13 le 17/04/2011
                • Internaute 117082
                  justiciable à merci

                « ... en droit, on ne peut rien redire à la Cour de cassation qui n’a pas le pouvoir de différer dans le temps les effets de la Convention Européenne des Droits de l’Homme (et encore heureux). »

                Elle ne s’est pourtant pas gênée pour différer l’entrée en vigueur d’un des principes phares du procès pénal garantis par la Convention EDH. Pendant combien d’années - ou plutôt de décennies - cette Cour s’est-elle opposée à la possibilité de faire appel des verdicts d’assises, faisant de la France un des derniers pays européens à appliquer ce droit fondamental ?

                Quant au cas particulier des affaires « de moeurs » pour lesquelles, selon vous, « la réforme va vraiment changer quelquechose », vous tombez encore une fois assez mal car la justice française n’a jamais eu besoin d’aveux pour condamner des suspects à partir de rien d’autre que l’accusation verbale d’une victime. Dois-je vous citer la longue liste des erreurs judiciaires commises en la matière, les erreurs admises ne représentant évidemment qu’une infime partie des erreurs commises en réalité ?

                • Eowyn
                  Eowyn répond à glop-pasglop
                  • Posté à 21h41 le 17/04/2011
                  • Internaute 31766

                  Je vois que, même si vous n’en faites pas partie, vous connaissez bien mieux la justice française que moi. J’aimerais bien, en effet, que vous me citiez les erreurs judiciaires que vous invoquez, avec les éléments du dossier, à charge et à décharge, qui vont avec, et non votre simple appréciation personnelle. Ou votre préjugé, car il me semble que c’est de cela qu’il s’agit, dans la mesure où vous mettez tout et tout le monde dans le même sac, y compris les jurés d’Assises, coupables d’avoir condamné sans preuve. Je vous assure que, contrairement à ce que vous pensez, ils réfléchissent et condamnent quand il y a des indices de culpabilité.

                  Sinon, oui, la Cour de cassation (enfin plutôt la chambre criminelle, puisque, je l’ai déjà dit, ce n’est pas un tout mais un ensemble d’individus avec des opinions plutôt divergentes) a plusieurs fois refusé d’appliquer l’appel criminel. Parce que jusqu’à il y a peu, le deuxième degré de juridiction n’était pas inscrit dans la CSDH ou dans la jurisprudence de sa Cour. De même, si la Cour a si longtemps attendu pour certains revirement de jurisprudence, c’est tout simplement qu’elle attendait que la CEDH se prononce sur le sujet.

                  On peut reprocher à la Cour de cassation un certain conservatisme. Mais vous devriez vous rappeler qu’il n’y a pas que la Cour de cass dans la justice française.

                  • glop-pasglop
                    glop-pasglop répond à Eowyn
                    justiciable à merci
                    • Posté à 22h20 le 17/04/2011
                    • Internaute 117082
                      justiciable à merci

                    Vous avez raison, j’ai tendance à mettre « tout et tout le monde dans le même sac » et du coup on s’éloigne du sujet de l’article...

                    Pour en revenir à la Cour de cassation qui aurait dû, il y a plusieurs décennies de cela, casser systématiquement tous les procès d’assises suivis d’un pourvoi, afin d’obliger les parlementaires à voter, bien avant juin 2000, la loi instaurant l’appel des verdicts criminels conformément aux dispositions de la Convention EDH, on dirait qu’elle bascule aujourd’hui dans l’excès inverse et fait preuve de précipitation en ordonnant l’application immédiate de la réforme de la GAV avant que celle-ci ne soit passée en texte de loi.
                    Au point qu’un barreau refusait, hier, d’assurer la permanence d’un avocat en GAV puisqu’il ne s’agissait pas encore d’une disposition légale.
                    La Cour de cassation fonctionne de façon erratique...

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