EXCLU 05/04/2011 à 11h15

« Juifs, Arabes » : le nouveau clip de Philippe Katerine en exclu


« Juifs. Arabes. Ensemble. » Trois mots en tout et pour tout dans le dernier titre de Philippe Katerine que Barclay, la maison de disques, vient de sortir en clip. Il se marre un peu : « Disons que l’essentiel n’est pas les paroles. » Dans les gestes, alors ?

« C’est venu d’une choré inventée dans le tour-bus avec les musiciens en réalisant que les Arabes applaudissent vers le bas et les Juifs vers le haut. »

Dans la vidéo, le chanteur vaguement déguisé en évêque (« On avait pensé à un habit de prêtre mais la costumière n’en avait pas sous la main ») scande les paroles d’un air un peu ahuri, entouré de danseurs noirs et gays. Le tout filmé dans une boîte de Nantes qui aurait pu s’appeler La Pergola mais qui aura été Le VIP. Un hasard, en fait : une plage à l’aube avait été repérée mais « il a plu, la lumière était merdique ». (Voir le nouveau clip du titre « Juifs, Arabes », en exclusivité sur Rue89 pour 24 heures)


Le clip est signé Gaëtan Chataigner, un Nantais d’extraction vendéenne qui partage avec Katerine une même origine géographique et aussi pas mal d’heures de vol en commun, soirs et week-ends essentiellement. Et aussi tous ses clips depuis « Louxor, j’adore », en 2006. (Voir le clip de « Louxor, j’adore »)

Dans la presse, le chanteur est rarement interviewé sur ses clips. Pourtant, sa maison de disques a décidé d’un plan marketing en images : un clip est fabriqué pour chaque titre de son dernier album, sorti à l’automne 2010. Une façon de relancer la promo dans la durée, et de faire écho au substrat du chanteur sur le Net.

Lui dit que « cet album-là s’y prêtait parce que les chansons sont beaucoup venues d’une image, d’une vision ». Et aussi qu’il y attache de plus en plus d’importance :

« A l’époque de “Je vous emmerde” [en 1999, ndlr], je participais beaucoup moins à l’élaboration. Celui-là me ressemble moins, du coup. Je ne saurais pas dire d’où vient la boîte de chippendales de Pigalle, par exemple. Ce n’est pas une idée à moi. Je ne me sentais pas forcément légitime, je devais me sentir un peu coupable ».

Le sentiment d’imposture a molli avec la notoriété. Katerine a aussi pris de l’élan en mettant à profit un résidu d’études en fac d’arts plastiques à Rennes et des amitiés longue durée. Celle, par exemple, du vidéaste Pierrick Sorin, un autre Nantais qui a signé le clip du titre « Un après-midi à Paris ».

« Un collage d’obsessions »

La plupart de ses clips sont tournés en province. « Au premier degré », répète-t-il. Dans « Louxor, j’adore », un char surmonté de danseuses aux perruques peroxydées traverse la campagne. On y voit des chasseurs même pas grotesques. Le rapport entre les deux ?

« Aucun, les histoires des clips viennent de nos obsessions. Parfois les miennes, parfois celles du réalisateur. Comme un collage. Les perruques rappelaient la pochette de l’album. Les chasseurs, c’est un truc de Gaëtan. C’est un vrai village. C’est quelque chose qui nous est très familier. On a grandi dans ces endroits-là, on filme là-bas parce que tous ces gens-là y vivent. On n’a jamais vraiment dû quitter la Vendée. »

L’image arty et décalée du chanteur est à la fois hyper-prégnante et en même temps un peu gratuite. Certes, il se promène souvent en slip. La bedaine en avant ou l’œil un peu torve.

Dans « Liberté », il fait du vélo couché, puis du basket, et ça n’a rien à voir. Mais c’est juste parce qu’il est « basketteur depuis longtemps ». (Voir le clip de « Liberté »)

La province qu’il filme évoque plus la France de Raymond Depardon (« En moins esthétique quand même : on n’a pas de sous pour faire tout ça, mais on ne saurait même pas quoi faire d’un gros budget ») que le kitsch Martin Parr.

Katerine promène juste sa nonchalance au milieu d’anonymes. Souvent, dans une foule, parce que Katerine a « plutôt confiance dans ça » :

« J’aime bien les clips un peu naturalistes. »

Dans « Des bisous », on se bécote, on se fait des doigts dans l’objectif d’un appareil Lumix œil de poisson :

« Pour moi, c’est un peu du scopitone [jukebox associant vidéo et son, qui a permis la diffusion des premières images sur les tubes, ndlr]. On plante un décor, le chanteur devant, le clip est alors purement illustratif comme à l’époque des Yéyés. C’est un genre méprisé en France mais il m’intéresse justement pour sa simplicité. » (Voir le clip de « Des bisous »)

Le clip de « La Banane » a été filmé sur une plage de Bretagne. La presse locale en avait parlé quelques jours plus tôt, tout les figurants sont arrivés avec leur banane, d’énormes haut-parleurs diffusaient le titre en boucle, Gaëtan Chataigner filmait avec des appareils photos. Grand souvenir, dit le chanteur :

« Un plan séquence de trente secondes, c’est rare pour un clip, mais tu t’intéresses à chacun d’eux si le montage n’est pas trop serré. Tu laisses une chance à ce qu’ils sont, à ce qui se passe à l’écran. C’est bien plus émouvant qu’un chanteur qui essaye de se la jouer. »

Le 1er mars 2011, ce clip a été récompensé par une Victoire de la musique.

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  • Inquisiteur
    Inquisiteur
    Chanteur de charme
    • Posté à 11h56 le 05/04/2011
    • Internaute 132321
      Chanteur de charme

    Katerine est tellement iconoclaste qu’il lui suffit de bidouiller instinctivement quelques notes et nappes sur les images qui lui viennent.... pour obtenir quelque chose de très original.

    On pourrait gloser sur une certaine « pauvreté » musicale de ses titres au premier abord, mais le propos n’est pas là : Katerine est un artiste complet qui a déjà sorti des titres plus fouillés et sait écrire.

    Il a surtout bien intégré certaines recettes : un propos original, un look « anti héros » très travaillé, de l’auto-dérision, une expression très intime, un sens du show....

    Je ne suis pas un grand fan, mais je le trouve totalement unique (c’est assez rare), et son jusqu’auboutisme a au moins le mérite de la cohérence, voire de l’intégrité... Et puis ça plait.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 13h18 le 05/04/2011
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    les paroles sont vraiment minimalistes, mais avec la musique (légèrement moins minimaliste) et les images, ça fait un ensemble sympa.
    Faut pas chercher trop loin, à mon avis, juste prendre un peu de bon temps. C’est permis ?

  • Alest
    Alest
    Prof en Suède
    • Posté à 13h51 le 05/04/2011
    • Internaute 86514
      Prof en Suède

    Là où l’on voit que Katerine est un excellent musicien, c’est dans l’ambiance qu’il arrive à créer avec ce qui n’apparait que comme trois bouts de ficelle.

    La chanson des bisoux est étonnante : après l’avoir juste écoutée une fois, sans la connaitre d’avant, je me sentais « bon ».

    Y’a vraiment que les abrutis sans aucune réflexion qui voient dans Katerine un débile ou un fainéant. Ou alors ce sont les mêmes qui, devant une toile contemporaine, s’exclament « rholala, ma petite soeur peut faire pareil, gros-lol-des-bois ».

    C’est de la musique jetable, d’après ses propres dires : y’a des choses qui plaisent, d’autres qui ne plaisent pas. Mais il FAUT reconnaitre le côté créatif et intègre du bonhomme, je crois. Un vrai punk !